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L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar Sneiba

L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar SneibaLe Calame - Cent jours. C’est très peu pour la croissance d’un poulet, voire pour la rémission d’une maladie, même bénigne. Alors pourquoi -comment s’impatienter quand il s’agit de croissance et de pathologies de l’Etat ?

Pour certains, le tout –nouveau président ne fait qu’atermoyer, faisant languir une population éprise de changement ; d’un changement rapide, profond, aussi bien nécessaire que durable.

La méthode et la façon de communiquer de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, semble trancher avec celle des autres chefs d’Etat ; tous, sans exception, déroulent le one man show trivial : irruption en fracas, voire en éléphant dans un magasin de porcelaine, dans l’Espace politique ; discours tonitruants, promettant monts et merveilles dès potion minet ; exhumation des dossiers fumants et nauséabonds, aptes à l’empêtrer lui-même dans un brouillamini l’empêchant de se gratter le genou.

Poli à l’envi, patient à décourager plus d’un soufi, un silence olympien et une capacité d’écoute à toute épreuve, sont quasiment les réactions du Président à tout stimuli extérieur. C’est très bien, d’autant plus que ce n’est pas donné à tout le monde.

Mais ça peut troubler des populations habituées à des leaders par trop réactifs et à l’autorité cassante. Chacun a son style, De Gaulle disait : « Il y a deux façons de dire une chose ; la douce et la patibulaire, je préfère la dernière » Le Président El Ghazouani, quant à lui, opte résolument pour la douce.

Même si certains désapprouvent sa méthode, celle-là a déjà son effet positif : depuis son avènement, l’espace politique est plutôt calme et les revendications sociales et communautaires moins véhémentes.

Coquilles sporadiques

De l’argent, il semble en manquer pour dérouler son programme. Une expérience quasi-éternelle nous apprend que les Etats vivent d’argent, mais ne meurent jamais par la mouise. A titre d’exemple : au Congo, en 1972, un zaïre valait deux dollars ; en 1991, un dollars en valait 4 millions.

La monnaie puissante du Congo mua en monnaie de singe, réduisant à la déliquescence l’Economie du pays qualifié de « scandale géologique » D’après le RAMSES 2018 (Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les stratégies, émis par l’Institut Français des Relations internationales), la RDC affiche un taux de croissance du PIB de 6,92, en 2015 ; un taux d’inflation de 0, 96 ; et un taux de corruption de 21, tandis que la Mauritanie est à 0,58 de croissance de PIB (données 2015), avec un taux d’inflation de 3,77 et 27 de corruption.

Ce n’est pas là un hymne à la prévarication, mais c’est dire que les Etats ont plus besoin d’autres choses. Par exemple, les Ressources humaines : moteur et promoteur de l’Etat. Après le léopard de Kinshasa, les cadres formés dans de grandes écoles ont su faire renaitre le Zaïre et sa monnaie de leurs cendres.

Nommer n’importe qui n’importe où est le pire des actes de commandement et de management. Imaginons le capitaine confiant la chaudière à un matelot carent puisqu’il est parent, tandis que le navire dérive vers le récif a vitalement besoin d’un ingénieur capable ?

Avec le Président Mohamed Ould Cheikh, on note une amélioration en la matière : moins de jouvenceaux ou de jouvencelles néophytes à des postes stratégiques de la haute administration ; moins de vieillards analphabètes parvenus à la faveur des méandres de l’Histoire. Mais, force est de constater de petites coquilles sporadiques résiduelles. De nouveaux promus à de grands postes parlent un arabe et /ou un français approximatif.

Nous comptons sur l’homme du nouvel espoir pour séparer le bon grain de l’ivraie. Les écuries d’Augias nécessitent une très longue haleine.

Fidele à son caractère et à sa méthode, nous l’avons entendu dire : « je vais y aller à mon rythme » Peu importe le rythme, l’essentiel est de continuer à filer du bon coton.

Brahim Bakar Sneiba, écrivain-journaliste
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

[Tribune] Émirats arabes unis : le meilleur des mondes, Par François Mattei, Journaliste indépendant

Le prince héritier des Emirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, le 24 août 2019 à Abou Dhabi (image d'illustration).Prenant le contre-pied de l'image de « tolérance » prônée par les Émirats arabes unis, plusieurs enquêtes récentes dénoncent les conditions de travail sur les chantiers et la prostitution organisée dans le pays.

La découverte récente de trente-neuf cadavres de migrants vietnamiens dans un camion frigorifique, à Londres, rappelle que le commerce d’êtres humains sévit toujours, jusqu’au cœur même de l’Occident. L’épisode, exceptionnel et tragique, est venu comme en écho à la dénonciation par The Guardian des conditions de travail quotidiennes des immigrés aux Émirats arabes unis.

Dans cette longue enquête, le très sérieux quotidien britannique prouve que des milliers de travailleurs sont morts et continuent de mourir à Dubaï, sur le chantier pharaonique de l’exposition universelle de 2020, à laquelle participeront pas moins de cent quatre-vingt-dix pays. Et qui aura donc lieu, dans le faste que l’on imagine, au milieu des fantômes d’âmes sacrifiées pour le seul prestige d’Abou Dhabi.

Plus de 5 000 victimes indiennes en cinq ans

Venus du Népal, d’Inde, du Bangladesh, du Pakistan, des centaines de jeunes hommes s’éteignent chaque année, victimes pour la plupart d’attaques cardiaques, car exposés à des conditions de travail inhumaines : chaleurs insupportables, pollution, poussières, et aucune protection…

S’il est difficile de recenser exactement le nombre de victimes, le gouvernement indien a, lui, mené des investigations sur ses propres ressortissants. Le décompte est macabre : de 2012 à 2017, 5 185 Indiens employés sur les chantiers des Émirats ont succombé à des arrêts cardiaques ou à des problèmes pulmonaires aigus. Faute de diagnostic précis, certains morts, en dépit de leur jeune âge, ont même été classés dans la catégorie des « décès naturels ».

Les autorités émiraties ont toujours prétendu avoir fixé des règles pour protéger les travailleurs

Les autorités émiraties ont toujours prétendu avoir fixé des règles pour protéger les travailleurs. Un exemple : entre les mois de juin et d’août, toute activité physique sur les chantiers, dans les zones exposées au soleil, est interdite entre 12 h 30 et 15 heures. Les experts consultés par le Guardian jugent toutefois ces mesures insuffisantes.

« Toutes les sociétés en construction engagées aux Émirats opèrent en exposant les travailleurs à un degré inacceptable de risques », tranche Diana Eltahawy, d’Amnesty International. Le gouvernement émirati n’a pas souhaité répondre au Guardian. Côté britannique, le ministère du Commerce extérieur a assuré avoir exigé des mesures pour garantir la sécurité des ouvriers engagés dans la construction du pavillon de Grande-Bretagne.

Prostitution forcée

L’autre aspect le plus voyant de la traite humaine aux Émirats a trait à la prostitution forcée, tout spécialement à Dubaï. Un phénomène dénoncé par celles qui ont réussi à échapper aux trafiquants, ainsi que par plusieurs organisations européennes, dont l’ONG La Strada – et services de polices spécialisés dans le trafic d’êtres humains.

Elle n’est pas à vendre, un film documentaire diffusé il y a peu par la télévision officielle du Parlement grec et disponible sur YouTube, plonge avec force détails dans les réseaux de prostitution à destination du marché émirati. C’est la première fois qu’un constat aussi documenté est livré à l’opinion publique.

L’enquête démontre que ces esclaves modernes sont « prélevées » en grande partie dans les pays est-européens, essentiellement en Moldavie, par des mafias très organisées qui emploient tous les moyens – promesses mensongères ou contraintes violentes – pour acheminer des milliers de jeunes filles pauvres et vulnérables. Arrivées sur place, elles sont livrées à leurs employeurs et prisonnières d’un système de prostitution implacable. Des témoignages inédits révèlent que les trafiquants sont parfaitement organisés à Dubaï et qu’ils agissent en toute impunité.

Contradiction flagrante

Ana Revenco, autrice du film, explique aussi que « [son] attention a été attirée par l’existence de nombreuses femmes des Philippines et d’Afrique vivant à Dubaï sous le régime de l’apartheid. Ces endroits ne semblent faire l’objet d’aucune surveillance et ne semblent offrir aucune protection à ces filles contre l’exploitation. Notre propre observation est étayée par le rapport annuel du département d’État américain sur la traite des êtres humains aux Émirats arabes unis. Le rapport accuse le gouvernement des Émirats de ne pas même faire le minimum requis pour mettre un terme à cette traite ».

Et de poser la question de « l’implication des autorités émiraties, individuellement ou institutionnellement, dans la dissimulation des crimes liés à la traite des êtres humains ». En effet, les organisations gouvernementales émiraties publient régulièrement des informations et des chiffres sur l’esclavage sexuel dans leur pays, en contradiction flagrante avec tous les résultats des enquêtes menées par des gouvernements ou des organisations étrangères. La promotion internationale des Émirats en 2019 se fait, il est vrai, sur le thème de la « tolérance ».

Source : jeuneafrique.com

 

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution)

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution) Senego - L’édition 2019 du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité retiendra encore pour longtemps la prestation de très haute facture du président de la République islamique de Mauritanie Mohamed Ould Ghazouani.

Je connais personnellement l’homme depuis très longtemps (plus de 15 ans), un brillant militaire efficace et effacé. Cependant, j’ignorais totalement la puissance du verbe de l’homme, son audace, mais surtout sa vision claire de la question de lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Invité d’honneur de l’édition 2019, il en sera aussi la surprise inattendue. Outre le président Macky Sall, Mohamed Ould Ghazouani a été largement ovationné par une salle qui s’est reconnue dans le discours de l’homme. Devant le président Macky Sall, le Premier ministre de France Edouard Philippe, Mohamed Ould Ghazouani a asséné ses vérités à l’Organisation des Nations-Unies.

« Les activités terroristes de groupes armés ont généré des milliers de morts, des centaines de déplacés, la fermeture de centaines d’écoles et des millions de déplacés. Nous saluons les initiatives de gestion de crises émanant de nos Etats et de nos partenaires. Des initiatives qui se sont multipliées ces dernières années, mais qui ont connu des limites. Nous assistons depuis quelques années des rationalismes qui mettent en cause les mécanismes Onusiens. L’ONU de par sa capacité de neutralité vis-à-vis des tendances politico-régionales et de partenaires par excellence doit jouer en bon catalyseur dans la coopération multilatérale. Mais pour cela, l’Onu doit se réformer », conseille-t-il.

Il propose un vaste changement dans la procédure onusienne de lutter contre le terrorisme au niveau de la composition des membres permanents du Conseil de sécurité mais également dans sa politique de maintien de la paix qui n’est pas en adéquation avec le temps des autres. Selon lui, il faut des forces plus mobiles et connaissant mieux le terrain qu’une force lourde avec un mandat souvent limité et coûteux.

« Aujourd’hui, nous devons promouvoir la bonne gouvernance, nous devons garantir l’accès à la justice, renforcer l’arsenal juridique pour l’adapter aux évolutions, assurer un accès inclusif aux services de base de qualités, lutter contre l’ignorance et l’analphabétisme, adopter des politiques économiques créatrices d’emploi, promouvoir l’innovation et l’entrepreneuriat surtout des jeunes, mener des politiques de déradicalisation auprès des érudits religieux et enfin renforcer le mécanisme de coopération régionale et internationale et surtout renforcer la coopération multilatérale », soutient le président de la Mauritanie.

Un discours de très haute facture qu’on n’a jamais attendu d’un président de la Mauritanie. Un discours d’un homme de poigne, mais surtout courageux pour appeler à la réforme du système onusien. Notre conviction est que le président Macky Sall a trouvé un véritable interlocuteur avec qui il peut partager les problèmes entre nos deux pays. Parce que Mohamed Ould Ghazouani n’est pas un homme versatile.

Il donne à espérer un nouveau départ dans les relations fécondes et séculaires qui lient le Sénégal et la Mauritanie, surtout que les mauritaniens ont enfin un Président capable de faire cette réunification de ses composantes ethniques tant souhaitée.

* Baba TANDIAN
Président Groupe Tandian Multimedia

 

 

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel Kader

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel KaderInitiatives News - Les Mauritaniens, du moins ceux qui ont encore des yeux, savourent le plaisir d’observer la lueur d’un jour prometteur. Illusion ou vérité, cette lueur réconforte en attendant qu’elle s’avère légitime ou, qu’à Dieu ne plaise, s’éteigne dans l’amère réalité d’une fatale déception.

Dans le pays, les effets accumulés des erreurs du passé sont arrivés à un stade où la société, boiteuse au départ à cause de ses anachronismes, campe depuis quelques années aux abords de la dislocation.

Le fossé s’est notablement élargi entre le discours des acteurs politiques, y compris l’Etat et la réalité économique, culturelle et sociale, entre les riches et les pauvres, entre anciens maitres et anciens esclaves, entre le Nord et le Sud du pays, entre les hommes et les femmes, entre la génération du couscous et celle du hamburger.

Le sable mouvant menace à tout moment de dévoiler tant d’amertume et d’horreurs, de disparitions « arrangeantes » et mystérieuses, de privations et de pratiques indicibles que notre insouciance et notre naïve et pusillanime complaisance ont permis d’ensevelir.

40 ans de pillage…

Durant les quarante dernières années, les richesses du pays ont été pillées tantôt pour être rapatriées à l’extérieur par les gouvernants, les sociétés étrangères et leurs compradores, tantôt pour financer notre pseudo démocratie qui constitue désormais la source idéologique de la consécration de l’impunité et de l’usage du faux dans tous les domaines.

Les nouveaux gouvernants doivent avoir sous les yeux ce tableau sombre que personne ne doit, cependant, évoquer pour remuer le couteau dans la plaie. Ils se rendront ainsi à l’évidence que le pays est arrivé au seuil de l’intolérable et que le silence devant cet effroyable paysage n’est une bonne chose que lorsque derrière le rideau, une main sure se met à changer réellement l’essentiel.

Aussi, comprendront-ils que pour produire ce nécessaire changement, il est impérieux de créer les conditions d’une unanimité sans faille des Mauritaniens autour de principes cardinaux qui paraissent évidents et sans le respect desquels aucun obstacle ne sera surmonté sur le chemin du salut national.

Juste répartition des richesses, dissolution des écoles d’excellence…

Toute entreprise de refondation de l’Etat sur des bases pérennes doit commencer par une juste répartition des richesses nationales entre les citoyens et une mise en œuvre concertée de mécanismes concrets et efficaces garantissant, entre eux et sans aucune forme de discrimination, l’égalité absolue des chances.

C’est la condition la plus importante et, malheureusement, la plus difficile à réaliser, car elle suppose entre autres leviers, une politique d’aménagement du territoire pertinente, une maitrise de la politique de l’Emploi restaurant l’ancien service de placement, une suppression de l’enseignement privé fondamental et secondaire, une dissolution des écoles d’excellences qui sont devenues un instrument ségrégatif pour perpétuer la hiérarchie sociale et militaire et, enfin, une instauration d’un système assurant la gratuité de la santé pour tous.

Par le respect de ces options, on aura prévenu la plupart des conflits et comblé les schismes tant verticaux qu’horizontaux qui ont pour sources l’inégalité, la vénalité des charges publiques, la privatisation des services sociaux et le détournement de la rente du pouvoir à tous les niveaux.

« Une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale »

C’est, diront certains, un système socialiste que l’on nous propose ici et que Histoire aurait mis en cause. Mais qu’avons-nous d’autre à suggérer lorsque les privatisations au titre d’un ajustement structurel visant à instaurer un système soi-disant libéral aboutissent à enrichir ceux que la rente esclavagiste et féodale a déjà enrichis, lorsqu’au versant de ce système, une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale et lorsqu’il n’existe aucune cloison entre les entreprises privées et les institutions de gestion des ressources publiques ?

Restitution des biens pillés

La plus difficile des actions à entreprendre dans ce domaine sera l’indispensable restitution des biens pillés depuis l’indépendance par des personnes militaires et surtout civiles bien connues, dont il est facile d’établir la liste.

Pour assurer le succès de cette action plus que salutaire, il serait nécessaire de promulguer une loi qualifiant de crimes imprescriptibles les infractions de détournement des biens publics de toutes natures.

Il est également utile de créer une juridiction spéciale pour la restitution de ces biens suivant des instruments procéduraux et processuels s’appuyant sur une commission d’enquêté formée d’anciens commissaires de Police et officiers de Gendarmerie nationale.

Tous les anciens hauts responsables et leurs épouses, en l’occurrence les présidents, les premiers ministres, les ministres, les ambassadeurs, les gouverneurs de la Banque Centrale de Mauritanie et leurs adjoints, les Commissaires à la Sécurité Alimentaire, les Directeurs de cabinet du Président ou du Premier ministre, les Secrétaires généraux des ministères, les directeurs d’établissement publics, les chefs d’Etat major de l’Armée, de la Garde nationale, de la Gendarmerie nationale, les directeurs des Douanes, du Budget, du Trésor, les walis, ainsi que les principaux hommes d’affaires, devront envoyer la liste de leurs biens et se tenir prêts à les justifier devant la commission d’enquête.

C’est une tâche immense et d’autant plus difficile qu’elle pourrait inquiéter de nombreuses personnes craignant d’être l’objet de règlement de comptes ou ayant créé une base sociale grâce au vol des biens publics, alors qu’elles sont sans racine dans leur propre milieu.

Elle est également difficile parce qu’elle semble contraire au tempérament d’un Président détestant le sensationnel et pouvant se réfugier derrière le proverbe guerrier selon lequel « la dignité est un mauvais sort ».

Mais Monsieur le Président devra interroger les derniers arbis d’une époque révolue où la magnanimité avait un sens, pour s’assurer que ce proverbe ne signifie nullement que la dignité doive voler au secours de l’ignominie, du vol au grand jour et du viol manifeste des consciences. Elle signifie qu’on doit se résigner parfois à perdre la vie au lieu d’abandonner un ami sur le champ de bataille.

Or, dans notre cas, il ne s’agit pas d’un ami qu’on abandonnerait, mais d’un peuple tout entier qu’on laisserait gésir sur le champ du mépris et de la famine, après avoir été spolié au grand jour de toutes ses richesses.

Peur de la déception

Les Mauritaniens dont une grande majorité se voit dans le miroir du nouveau régime après avoir perdu l’espoir d’un retour aux sources de leur pays, ont peur d’être déçus et surtout d’être obligés d’imposer par la force, comme d’autres peuples l’ont fait ailleurs, la restitution de leurs richesses spoliées.

Il est certes désagréable et douloureux de s’affronter à un régime dirigé par des hommes dignes d’estime et de confiance, mais hélas, on ne peut que choisir la survie de tout un peuple plutôt que celle d’un régime lorsqu’il s’entête à couvrir de son propre manteau, la trace des voleurs de grands chemins.

Faut-il alors oublier que notre passé est bien devant nous et qu’il demeure aussi incontournable qu’impitoyable ? Doit-on laisser aux assauts de la colère le soin de défoncer notre porte au lieu de l’ouvrir, nous-mêmes, sagement en nous mettant à l’abri des éclats imprévisibles de l’anarchie ? Faut-il continuer à se fier au repos des écumes, comme l’ont fait, en leur temps, les dirigeants algériens, tunisiens, iraquiens et libanais en pariant sur l’hypothétique insensibilité sans limite de leur peuple ?

Nous n’avons pas besoin de réponse à ces questions en laissant le soin de le faire au tsunami universel qui secoue déjà l’Amérique Latine, l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.

Isselmou Ould Abdel Kader
Source : Initiatives News (Mauritanie)

 

Quelles perspectives pour la Force Conjointe des pays du G5 Sahel? Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb Jeddou

Quelle perspectives pour la Force Conjointe des pays du G5 Sahel? Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb JeddouAdrar Info - Ayant vu le jour au forceps en 2017, la FC-G5S qui avait suscité un enthousiasme débordant à ses débuts, semble être restée au stade de gestation.

En fait, dès sa conception, avec les divergences internes de ses membres, l’absence de concepts opérationnels, un financement qui tarde à venir et le refus de l’octroi d’un mandat international par la communauté internationale, la FC-G5S portait déjà en elle des insuffisances congénitales qui se révéleront fatales à son évolution, auxquelles vont venir s’ajouter d’autres facteurs exogènes qui risqueront d’accélérer sa descente aux enfers.

En effet, dès le début, les divergences internes des membres de la force étaient manifestes quand aux choix stratégiques à adopter pour faire face aux très mobiles groupes armés terroristes.

Le choix de la stratégie des fuseaux qui n’a pas fait l’unanimité des membres a eu pour conséquence les réticences à l’engagement de certains membres. En réalité, ce choix s’avérera catastrophique, d’abord parce que c’est précisément sur sa base que la communauté internationale va refuser à la force l’octroi du bénéfice de l’article VII de la Charte des Nations Unies, ensuite, une lutte efficiente contre le terrorisme au sahel nécessite la mise en œuvre de formations panachées agissant dans un cadre transnational ou du moins la planification d’opérations conjointes.

Par ailleurs, l’absence de concepts opérationnels a influencé négativement le déroulement des opérations menées par la FC-G5S. Cette absence de vision s’explique largement par le fait que dans sa conception initiale, les opérations de la force n’avaient pas un caractère offensif. Cette carence de vision a été aggravée par un bilan mitigé qui a fini par entacher la crédibilité de la force.

Un facteur important qui n’a pas manqué d’affecter la volonté des pays du G5 et qui a constitué un point de discorde avec les partenaires est le refus de l’octroi à la force FC-G5S du parapluie de l’article VII, ce qui n’a pas manqué de tempérer l’engouement des pays du G5 pour l’engagement de leurs forces.

A Bruxelles, le président mauritanien a été on ne peut plus explicite sur ce point: La viabilité de la FC-G5S est tributaire, avant tout, d’un mandat clair et précis en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, en complément des résolutions précédentes pour donner à l’action de la force conjointe toute la légitimité et la visibilité requises. Du côte des Nations c’est le niet catégorique à la requête, malgré le soutien de la France et du Secrétaire Général des Nations Unies en faveur des pays du G5.

Pendant que Les deux camps restent barricadés dans leurs positions respectives, la situation sécuritaire au sahel continue d’empirer jusqu’a devenir alarmante. Avec la moitié de la Boucle du Mouhoun et les deux tiers du Centre-Nord échappant a son contrôle, l’armée Burkinabé sous-équipée et démoralisée par les attaques quasi quotidiennes des groupes armés terroristes, est au bord de l’effondrement. Au Mali, l’armée ne tient que grâce au doping et à l’assistance de la Force Barkhane. Plus de quatre cents incidents violents depuis 2016, plus de 600 morts, la haine et la peur un peu partout font dire au Secrétaire Général de l’ONU sa terrible phrase: « Nous ne sommes pas en train de gagner la guerre au Sahel ».

Les terroristes galvanisés par le déferlement vers eux des groupes de jeunes, sont aux portes des pays de l’Afrique de l’Ouest, jusqu’ici épargnés (Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana). Dans cette confusion indescriptible, le CDS, réuni à Nouakchott, peine à rendre sa voix audible, et son président, le général Moise Minoungou ne cache plus son inquiétude quant à la situation sécuritaire au sahel et son scepticisme concernant la capacité de la FC-G5S à renverser la vapeur.

Il est maintenant plus qu’évident pour les parrains des pays du G5, que la FC-G5S, qui jusqu’a la n’a pu montrer sa capacité operationnelle, n’est plus à même de contenir la menace, si jamais elle l’a été un jour. D’ailleurs, le 24/8/2019, au sommet du G7, Biarritz lorsque Merkel note la détérioration progressive de la situation au Sahel et que Macron appelle à "changer de méthode et d’échelle" en «élargissant» la Force G5 à d’autres pays, le glas de la FC-G5S semble avoir sonné.

Profitant de cette situation délétère, les pays de l’UEMAO saisissent l’occasion pour se mettre en orbite. La voix en sourdine du Sénégal depuis "la quatrième édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique" pour être associé aux pays du G5, reçoit en écho celles des pays de l’ UEMAO, réunis à Ouagadougou avec le Tchad et la Mauritanie.

Avec leurs économies plus riches, les pays côtiers sont maintenant en mesure de mieux attirer les bailleurs internationaux » pour la sécurité comme pour le développement, déclare M. Savadogo, un expert de la sécurité au sahel. La réunion des chefs militaires des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), prévue en novembre, pour le déploiement dès la fin du mois de Novembre de bataillons au Mali, au Burkina faso et au Niger pour lutter contre les groupes jihadistes, signera vraisemblablement le certificat de décès de la FC-G5S ou au mieux la verra se faire phagociter par les forces de l’UEMOA.

Une décision accueillie favorablement par le Mali, le Burkina et le Niger qui permettra d’occuper l’espace, réduire l’espace des terroristes et faire souffler les armées des pays des fuseaux centres.

Avec une crédibilité fortement ébranlée et l’apparition de nouveaux protagonistes au Sahel, la FC-G5S ne semble plus avoir le vent en poupe. La lutte contre le terrorisme au sahel est une entreprise globale qui ne manquera pas d’engager tous les acteurs sous-réseaux et régionaux.

Compte tenu des impératifs du moment, et au risque de se voir marginalisée, il s’avère indispensable pour la FC-G5S de se focaliser sur l’opérationnalisation de ses forces dans un cadre transnational pour garder sa centralité dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, en optimisant la concentration de ses efforts en vue de réunir les conditions favorables à une reconnaissance internationale qui tarde à venir, sans laquelle la Force G5 ne peut ni faire légalement usage de la force, ni prétendre à un financement du département des Opérations du Maintien de la Paix, et ce faisant, éviter de devenir un pendant des forces de l’UEMOA.

Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb Jeddou
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

[Tribune] Présidentielle en Algérie : les derniers feux d’un système aux abois, par Adlene Mohammedi

Huit mois après les premières manifestations populaires, le pouvoir militaire algérien donne l’impression de tenir bon et entend imposer son élection présidentielle dans un contexte répressif.

Selon les mots de Lénine, une révolution triomphe quand « ceux d’en bas » ne veulent plus et « ceux d’en haut » ne peuvent plus. Cela décrit assez bien la situation actuelle : les Algériens ne veulent plus d’un régime corrompu qui les a méthodiquement méprisés et humiliés, et ce régime ne peut plus s’imposer à eux, comme il l’a fait depuis ses débuts.

Le bras de fer entre les manifestants – qui marchent avec la même vigueur et la même détermination qu’au début de la lutte en février – et l’état-major concerne désormais la tenue de la présidentielle prévue le 12 décembre. Un scrutin perçu par les dirigeants comme le moyen de tourner la page du soulèvement populaire et de sauver le régime.

Nous savions que le régime était cryptocratique et que le vernis civil des années Bouteflika masquait mal une réalité essentiellement militaire. Nous découvrons désormais un pouvoir militaire décomplexé qui, après avoir sacrifié quelques symboles – des oligarques, des politiciens et des proches de l’ancien président – , mène directement son dernier combat contre la volonté populaire.

Le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, semble bien être l’ultime gardien de ce pouvoir. Après avoir consciencieusement soutenu le « clan » Bouteflika et s’être accommodé d’un chef de l’État fantôme, il s’est donné pour mission de sauver le système et incidemment quelques intérêts privés qui lui sont arrimés. Cette tâche est sans doute trop ardue pour un homme qui a cruellement manqué de clairvoyance jusqu’ici.

Désordre moral dans les discours et les actes

En attendant sa fin inévitable, ce pouvoir moribond déploie sa capacité de nuisance sans tenir le moindre compte de ses propres règles. Il n’incarne pas l’ordre – face au désordre supposé des foules qui lui tiennent tête – mais l’arbitraire et la chienlit. Ce ne sont pas les militaires qui se cachent derrière les civils pour sauver les apparences, mais le gouvernement « chargé d’expédier les affaires courantes » qui se cache derrière les généraux pour hypothéquer clandestinement l’avenir du pays.

Dans cette bataille finale, le pouvoir compte bien exacerber le désordre moral qu’il a longtemps instillé. Par les discours et par les actes. Les discours sont ceux d’un chef de l’armée qui « désalgérianise » celles et ceux qui luttent légitimement pour l’éviction de ceux qui les ont trahis en prétendant gouverner en leur nom. Et voilà l’accusation de trahison par magie inversée !

Les généraux peuvent compter sur un climat international favorable, qui applaudit leur élection comme on applaudissait la prolongation du mandat de Bouteflika

Les actes sont ceux d’une police qui réprime les opposants. Et d’une justice aux ordres qui condamne à la fois ceux qui ont été sacrifiés par leurs anciens complices et ceux qui ont le malheur d’exprimer une idée dissonante ou de brandir un drapeau. L’oligarque véreux est ainsi confondu avec le militant téméraire.

En apparence, les généraux, qui font la pluie et le beau temps, sont en position de force. D’ailleurs, peut-être pensent-ils avoir le peuple à l’usure et pouvoir lui imposer le statu quo – et donc s’assurer l’impunité. Ils peuvent compter sur un climat international favorable, qui applaudit leur élection comme on applaudissait la prolongation aberrante du mandat de Bouteflika, et sur une élite autoproclamée – au mieux pusillanime, au pire corrompue – sensible au clairon de l’état-major, à savoir une cohorte d’affidés issus du régime, érigés en médiateurs ou en candidats, et de télégraphistes déguisés en journalistes.

Suicide du pouvoir

Cela ne suffira pas. Le suicide du pouvoir est peut-être bruyant, violent, long, lent… Cela reste un suicide. Le processus a commencé il y a longtemps, quand des décideurs ont jugé opportun de faire élire une photo, un cadre, s’autonomisant du peuple jusqu’à l’absurde. Ce processus risque fort de s’achever quand le scrutin de décembre sera annulé. Que pourront-ils bien inventer après trois élections présidentielles avortées la même année ?

Tandis que les membres du gouvernement, les « médiateurs » et les faux candidats rasent les murs, les manifestants répètent tous les mardis et tous les vendredis que cette élection n’aura pas lieu. Ils ont innové, le 13 octobre, en s’emparant massivement des rues pour contester la nouvelle loi sur les hydrocarbures, adoptée en Conseil des ministres. Les Algériens n’ont donc pas besoin d’un isoloir fourni par leurs bourreaux pour s’exprimer. « En haut », on pense pouvoir organiser une énième élection sans eux. « En bas », on veut un futur sans malfrats à la tête de l’État.

Source : jeuneafrique.com

 

Le duumvirat et la dyade

Le duumvirat et la dyadeLe Calame - L'autre jour, nous nous amusions des cousins et moi, Mrabih, Cheikh Elwely et Bomba Ould Cheine, au sujet de la nomination de l'un d'entre nous comme président du groupe. Et comme on n’arrivait pas à se départager, je leur ai proposé le duumvirat qui veut dire un pouvoir avec deux chefs.

Quelques temps plus tard, je reçus et comme par hasard la photo de Ould Ghazwani avec celle d’Aziz qui sortait carrément de son front. Et qui n'était en réalité que son cerveau autrement dit sa faculté pensante.

Ceci me rappela la dyade qui veut dire, selon le Larousse, un couple de deux idées ou de deux principes complémentaires. Cela explique parfaitement ladite situation. Résumons-nous, Ghazwani et Aziz ne font qu'un et ce pour plusieurs raisons

1-Chacun d'eux le dit et le revendique haut et fort et ce depuis plus de dix ans.

2- Que les uns et les autres disent le contraire, ou plutôt rêvent, ou prétendent le contraire, rien n'altère ni ne dément ce qu’ils affirment eux-mêmes, que nous nous vivons quotidiennement et que confirment leurs attitudes et leurs agissements.

Deux anecdotes illustrent mon argumentation: Aziz, grièvement blessé et gisant sur son lit de mort, Ghazwani lui est resté fidèle jusqu'au bout.

La seconde, c'est celle du jour de la passation du pouvoir, pour qui sait lire les traits du visage, les expressions et la gestuelle, l'homme Ghazwani était si ému, sa gorge si serrée, qu’il évita de justesse les larmes en évoquant son ami et leur parcours ensemble.

Soyons lucides et conséquents ne serait-ce qu'avec nous-mêmes. Ils sont simplement deux frères siamois avec deux corps et une seule tête. Le reste n'est qu'illusion, rêve et fantasmagorie.

Sid'Ahmed Ould Eleya El Ammoni
Source : Le Calame (Mauritanie)