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Mauritanie : petits pas en avant vers l’opposition et grand pas en arrière pour le dialogue de Ould Ghazouani

Mauritanie : petits pas en avant vers l’opposition et grand pas en arrière pour le dialogue de Ould GhazouaniKassataya - Après avoir reçu le président du front populaire et le président du RFD et d’anciennes figures de l’UPR, le président mauritanien s’est entretenu cette fin de semaine avec l’ancien numéro un du premier parti de l’opposition démocratique TAWASSOUL. Une concertation de Ould Ghazouani au palais qui augure un dialogue politique avec l’opposition.

C’est la deuxième fois que le président mauritanien se lance pour des consultations avec l’opposition démocratique au palais de Nouakchott.

Le même défilé des chefs de partis ( UFP RFD Front populaire TAWASSOUL pour l’instant et des personnalités de l’UPR surtout des anciennes figures qui laissent croire que Ould Ghazouani se prépare à un changement de gouvernement pour la nouvelle année. Les observateurs excluent un gouvernement d’union nationale sans dialogue politique.

La valse des opposants et caciques de la majorité est plutôt considérée par les observateurs comme une volonté politique de préparer ce rendez-vous politique. Le contexte de la crise sanitaire avec les ses implications socio-économiques s’y prêtent mais à quel prix ?

Les éditorialistes pointent de petits pas en avant pour des concertations avec la classe politique mais un grand pas en arrière pour un véritable dialogue avec l’opposition dont le dossier brûlant du passif humanitaire est hors de question pour Ould Ghazouani qui a tourné le dos à la réconciliation nationale.

L’autre point chaud du dialogue est la révision du système électoral avec une nouvelle CENI et un nouveau conseil constitutionnel, les deux mamelles pour le maintien du pouvoir militaire.

La probabilité d’une émergence d’une opposition dialoguiste à l’image des dialogues politiques précédents est plus attendue qu’une confrontation avec l’opposition. Le rapport de force est pour l’instant en faveur du chef de l’Etat mauritanien.

Cherif Kane

 

 

La démographie au Sahel, porteuse de conflits

La démographie au Sahel, porteuse de conflits Le Temps - Si rien n’est fait, la situation empirera sur le plan social et sécuritaire au Sahel. Dans cette région aride qui s’étend de la Mauritanie au Cameroun, les conflits sont devenus ces dix dernières années parmi les plus meurtriers de la planète.

Malgré les 17 stratégies de développement mises en œuvre par des organisations régionales, des agences bilatérales et multilatérales, il faut avoir l’humilité de reconnaître que nous ne sommes pas au bout du tunnel.

Mali, Niger, Burkina Faso… L’insécurité s’est propagée, contraignant les Etats de la région à consacrer de plus en plus de moyens à la défense, au détriment de l’éducation et de la santé.

Au Mali par exemple, la part des dépenses de santé publique dans le budget de l’Etat a été maintenue en moyenne à moins de 5% entre 2010 et 2018, tandis que celle des dépenses militaires a doublé, passant de 7 à 14%. Le terrorisme et l’extrémisme violent, qui a souvent entraîné la formation de milices d’autodéfense communautaires, ont créé des «friches» sécuritaires qui s’étendent, avec des conséquences dramatiques sur l’activité économique. La pauvreté, qui frappe entre 40 et 50% de la population, a repris en 2020 une courbe ascendante.

Le tout, dans un contexte de croissance démographique soutenue d’environ 3% par an. D’où une véritable quadrature du cercle: le manque d’accès à l’emploi, à l’éducation et la santé, dans des pays où les trois quarts de la population ont moins de 25 ans, ne fait qu’aggraver les conflits. Du fait de sa vulnérabilité économique, la jeunesse représente une proie facile pour les groupes armés en quête de recrues, ou encore les trafiquants d’êtres humains opérant dans les filières de la migration clandestine.

Démographie et sécurité

Il ne s’agit pas d’agiter un quelconque épouvantail, ou d’imputer à la seule fécondité des femmes sahéliennes tous les maux de la région. La démographie compte, mais elle invite surtout à s’interroger sérieusement sur l’avenir. C’est pourquoi l’UNFPA a exploré la relation précise entre démographie, paix et sécurité, dans un ouvrage publié le 2 décembre. Menés avec le Peace Research Institute of Oslo (PRIO) et l’Ecole nationale de la statistique et de l’analyse économique (Ensae) de Dakar, ces Regards croisés pour un Sahel central résilient (L’Harmattan Sénégal) démontrent un fort lien entre la structure de la population et le risque de conflits violents à travers le monde.

Ce sont en effet les pays où les moins de 30 ans représentent plus de 60% de la population qui risquent le plus de crises sécuritaires. Bien d’autres facteurs entrent en ligne de compte, tels que le chômage des jeunes, les inégalités, la mauvaise gouvernance et la dépendance démographique (nombre de personnes à charge pour une personne en âge de travailler). En Afrique de l’Ouest, dont certains pays sont confrontés à des problèmes sécuritaires, le niveau de dépendance démographique se situe à 75% contre 47% pour la moyenne internationale, et le chômage des jeunes atteint 28%, 10 points de plus que la moyenne mondiale. Inversement, de forts taux de scolarisation au secondaire, l’urbanisation et la bonne performance agricole représentent des facteurs de sécurité majeurs, de même que des dépenses de santé substantielles et le respect des règles du jeu démocratique.

Trois scénarios possibles

Selon l’analyse prospective originale menée par l’Institut des futurs africains dans cette étude, trois possibilités se dégagent: un scénario où l’Etat n’arrive pas à répondre aux besoins des populations défavorisées; un autre où prévaut l’adaptation, l’Etat et la population prenant conscience de la situation de crise et réinventant un contrat social; un scénario d’aggravation dans lequel l’Etat reste inactif, laissant la place à de nouveaux acteurs non étatiques.

Au Niger, au Mali et au Burkina Faso, les projections démographiques s’avèrent inquiétantes. La population va doubler d’ici à 2040 au Mali et au Niger, passant respectivement de 21,5 à 40 millions d’habitants, et de 23 à 55 millions. La jeunesse représentera les trois quarts de la population, et fera pression sur une demande sociale exponentielle. Si les tendances actuelles se poursuivent, la violence risque fort de perdurer dans le jeu politique, social et économique. Il est possible d’inverser ces tendances, par le biais des politiques publiques. Au Sahel, qui fut longtemps paisible, il n’existe pas plus qu’ailleurs de fatalité historique. L’horizon 2030, qui est celui des Objectifs de développement durable (ODD), dépendra en grande partie des décisions prises aujourd’hui – ou pas. Face à l’enjeu que représente la croissance de la population, important pour l’Afrique et le monde, les solutions ne peuvent se limiter à des réponses militaires. Elles doivent être structurelles, avec des interventions pensées sur le long terme et de profondes réformes.

Les tendances lourdes

Un nouveau type de narratif s’avère à notre sens nécessaire: un discours dépassionné, guidé par les données et les faits, et surtout par une stratégie endogène que les populations du Sahel et leurs principaux partenaires puissent s’approprier.

Avec ses partenaires, l’UNFPA cherche à travailler sur le noyau des problèmes, et non leur écorce. Afin de décrypter les tendances lourdes qui pèseront sur l’avenir, des institutions indépendantes ont collaboré à notre étude, et des consultations nationales ont été menées autour d’études empiriques par pays, pour permettre à tous les acteurs d’œuvrer ensemble au bien commun. La conversation entamée le 2 décembre lors d’un symposium sur la démographie, la paix et la sécurité dans le Sahel va continuer en février avec une table ronde ministérielle, afin de passer à l’action. Une révolution des mentalités doit s’opérer sur la meilleure façon d’investir dans le capital humain, avec une meilleure maîtrise de la dynamique démographique. Il en va, ni plus ni moins, de la capture du dividende démographique, gage de paix et de sécurité au Sahel.

Par Mabingué Ngom,
directeur régional du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Afrique de l'Ouest et du centre

 

Autour d’un Thé : Toujours les mêmes

Autour d’un Thé : Toujours les mêmesLe Calame - C’est jusqu’à quand que c’est descends toi ou monte toi ! Où es tu ? Je suis là ! C’est qui ton parent ou ton parrain ? J’ai dit que je me demande que c’est jusqu’à quand que ça va continuer comme ça ? Toi dénommé de la Somelec mais nommé à la zone franche.

Mine de rien. Va là-bas avec tes pertes et profits et toi viens là comme cela tout simplement. Sans que ni l’un sache pourquoi il est dégommé ni que l’autre pourquoi il est greffé. Presque les mêmes hommes et les mêmes femmes. Au point que parfois certains ou certaines reviennent deux à trois fois au même poste. Tout ça, ça donne le tournis.

Du temps de Maouiya, c’était le jeu de la cagnotte et des dés. C'est-à-dire comme le disait quelqu’un que pour être nommé, il fallait trois choses : Un, être du parti républicain, démocratique et social (PRDS). Deux, que ton nom soit dans la cagnotte.

Trois, être chanceux pour être bien tiré et sortir ainsi du lot pour tomber au hasard sur un poste ministériel qui peut ne rien à voir avec ta formation si jamais tu as été formé à quoi que ce soit. Ya rien qu’on n’a pas vu.

Un professeur d’Arabe, ministre des mines et des nouvelles technologies. Un agronome, ministre des affaires islamiques et de l’enseignement originel. Un ingénieur, ministre de la femme, de l’enfant et de la famille.

C’est ça que la cagnotte a emmené ! Et ainsi de suite. Puis après on reprend les mêmes et on recommence. Toi va là-bas, moi va ici, mon ami va là-bas, mon cousin va là-bas, le cousin de mon ami va là-bas, la copine de ma petite amie va ici et le cousin de mon ami va quelque part. L’essentiel est qu’il ait quelque chose. Je vous assure.

Ce n’est pas la peine de jurer pour vous que moi je connais des gens qui sont là depuis que je suis devenu ‘’ conscient’’, c'est-à-dire depuis maintenant plus de quarante ans. Il y en a même qui sont là depuis bien avant.

Des gens qui ont travaillé avec feu le premier président et qui sont là vivants et bien vivants et aux affaires avec le dernier président. Des gens qui travaillent avec leurs petits fils et parfois même en deviennent leurs subordonnés. Des poignées de gens qui sont toujours là à tourner avec tous les systèmes.

Des fossiles. Des inoxydables. Des ininflammables. Regardez autour de vous. Visitez toutes les institutions de la République. De la présidence à la prison des femmes de Nouakchott. Ayez la curiosité de savoir qui les préside ?

Quelques exemples : Assemblée Nationale, Conseil Constitutionnel, Prix Chinguetti, Conseil Economique, Social et environnemental, les partis politiques les plus en vue, tous les ministres, les quelques rares exceptions confirmant la règle, les directeurs généraux des plus importants établissements et sociétés, les coordinateurs des projets les plus juteux, les conseils des administrations, les chargés de mission et conseillers du président et de son premier ministre et bien des choses encore.

Ceux là et celles là ! Regardez-les ! Faites un petit jeu de curiosité pour savoir combien étaient là avec Maouiya avec feu Ely avec feu Sidi avec Aziz et avec Ghazouani. C’est quel pourcentage ? C’est quel scandale.

Oui, des scandales puisque parmi eux et elles il y en a qui ont même été indélicats (merci l’euphémisme). Il y en a qui ont payé des centaines et des dizaines de millions détournés des caisses publiques. Il y en a qui sont cités en bonne place dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire.

Cité et récité. C’est jusqu’à quand qu’on va continuer à faire comme ça ? Chez nous, même les fous sont les mêmes. Ils sont les mêmes depuis des décennies dans les mêmes carrefours. Au niveau des mêmes feux rouges. Chez nous, les fous, les mendiants et les hauts responsables ne changent pas. Ils usent, ils abusent mais ne cèdent jamais.

Moi applaudir. Moi danser. Moi changer de camp au gré des systèmes. Mais, moi, pas bouger. Maman pas bouger. Papa pas bouger. ‘’Celui qui part, part sur moi et celui qui arrive, arrive sur moi’’, c’est la devise des hommes….bleus ! Salut !

Sneiba El Kory



Profil de Cas : Le génocide d’Inal ? Une affaire nationale pas négro-mauritanienne

Profil de Cas : Le génocide d’Inal ? Une affaire nationale pas négro-mauritanienneMohamed Chighali - « Inal », « veuves », « pendaisons ». Depuis 30 ans, ces mots résonnent au son de la fanfare des défilés militaires du 28 novembre, date de l’indépendance de notre pays. 30 ans que cela dure. 30 ans que le même scénario se répète.

Un défilé militaire ici, une marche pacifique là-bas, de lacrymogène sur des manifestants, des arrestations et rebelote l’année suivante. Les faits sont têtus comme disait l’autre.

Mais moi, j’ai comme l’impression que l’obstination des pouvoirs publics de « refuser » de prendre leur courage à deux mains pour mettre fin au « génocide moral » conséquence du génocide physique de 28 mauritaniens condamnés à la pendaison jusqu’à ce que mort s’en est suivie sans forme de procès dans la nuit du 27 au 28 novembre 1991, est encore plus têtue.

Depuis 1991, on s’achemine lentement vers la mise à feu -par retardement- d’un « conflit moral » qui n’oppose pas deux communautés mauritaniennes l’une contre l’autre, mais qui oppose les régimes qui se sont succédés à la conscience collective à cause d’une affaire de « crime d’état » inscrite avec un sang humain sur le rôle de l’audience d’un crime jusqu’ici impuni.

Cette année 2020, plus que les autres années, des voix de plus en plus fortes provenant de toutes les composantes ethniques de ce pays s’élèvent pour dénoncer le refus des pouvoirs publics de donner des réponses toutes simples à des questions qui se posent légitimement année après année depuis trente ans.

- Qui a commandité d’exécuter de manière extrajudiciaire, 28 mauritaniens qui apparemment ne sont reconnus coupables que d’avoir la peau noire ?

- Qui sont ceux qui ont exécuté cette sentence qui relève du crime abominable et raciste ? - Où sont ensevelis les corps ?

Et surtout - le pourquoi de ce pourquoi invraisemblable ?

Les auteurs de ces actes qui déchirent la cohésion nationale et envenimement l’atmosphère de l’unité doivent être traduits devant la justice, la vraie, pas celle du « crime organisé » commee celle de cet acte isolé commis dans le noir de la nuit glaciale de la localité d’Inal.

Combien sont-ils derrière ce crime contre la citoyenneté mauritanienne de soldats qui ont servis avec honneur et dévouement sous les couleurs d’un drapeau national sensé les protéger ? Vingt, trente ? Cent génocidaires ? Peu importe leur nombre.

Est-ce que la cohésion nationale de 4.000.000 de mauritaniens mérite d’être sacrifiée pour protéger une poignée de criminels qui n’ont aucun sens du devoir religieux, moral et national ?

En 1991, nous étions sous un régime sanguinaire. Des acteurs et des témoins d’un crime et d’un génocide inouïs perpétrés contre des citoyens à part entière de ce pays ont, par leur silence été complices du plus abjecte mal qu’un musulman peut faire à un autre musulman.

Tant que le problème de ce passif sanguinaire n’est pas réglé pour un devoir de mémoire, par la connaissance de la vérité ou par une réconciliation nationale consensuelle, nous continuerons de marcher « inconsciemment » sur un terrain miné.

Miné par des mauritaniens auteurs de génocide qui se baladent sans être inquiétés dans un pays assis sur une poudrière au fond d’un volcan qui risque de reprendre de l’activité à tout moment.

Et cela n’est de l’intérêt de personne. Ni de l’intérêt de ces véritables lâches qui sont à l’origine de ce mal qui a creusé un fossé dans l’unité nationale. Ni dans l’intérêt des régimes qui se succèdent et qui, comme des sentinelles se relaient par tour de garde en se passant des consignes qui donnent l’impression de « noter » de ne pas régler définitivement ce passif qui n’est pas négro-mauritanien mais mauritanien tout court après tout.

Pour sauver le pays rien ne doit être tabou ou considéré comme tel. L’intérêt du pays est suprême et prime sur la traduction d’une poignée de criminels devant une justice pour répondre de leurs actes.

Si nous continuons de jouer aux prolongations de cette affaire nous allons donner l’impression aux veuves et aux orphelins des victimes de cette barbarie qu’il y’a une Mauritanie à deux vitesses ou à deux couleurs ce qui n’est pas vrai.

Ce qui est vrai par contre, c’est que la Mauritanie « arc-en-ciel » souffre d’un déficit très prononcé d’une volonté politique de résoudre un problème pourtant à équation unique.

Mohamed Chighali

 

Mattel enregistre la plus grande vitesse 4G lors des tests clients (Communiqué de Presse)

EN IMAGES. Mattel enregistre la plus grande vitesse 4G lors des tests clients (Communiqué de Presse)Mattel - Comme annoncé lors des festivités du 60ème anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie, Mattel a organisé aujourd’hui une cérémonie officielle des tests de la 4G en présence de plusieurs de ses clients et partenaires afin de partager avec eux ce moment exceptionnel dans l’histoire des télécommunications en Mauritanie.

Après une séance de présentation et d’explication des différentes étapes du projet 4G de Mattel, les invités ont pu tester par eux même, et en avant-première en Mauritanie, la technologie 4G et ont expérimenté la qualité supérieure de l’internet 4G de Mattel dont le débit a dépassé les 11 Mbs.

Toujours fidèle à sa réputation d’opérateur pionnier dans le secteur des télécommunications en Mauritanie, Mattel confirme aujourd’hui son rôle d’acteur majeur dans le secteur des TIC en Mauritanie et s’engage à poursuivre le déploiement des infrastructures 4G avec la qualité requise pour permettre un lancement commercial du service 4G dans les plus brefs délais.

Source : Mattel

Mattel célèbre l’indépendance en installant son premier réseau 4G

A l’occasion du 60ème anniversaire de la fête de l’indépendance de la Mauritanie, Mattel présente ses meilleurs vœux au Président de la République, aux membres du gouvernement ainsi qu’à l’ensemble du peuple    mauritanien et annonce à cette occasion la mise en place avec succès du premier réseau expérimental 4G en Mauritanie qui sera inauguré officiellement dans les prochains jours.

 

 

 


 




Contribution: discutons, débattons sans tabou/ Par Samba Thiam

Contribution: discutons, debattons sans tabou/ Par Samba ThiamSamba Thiam - La sortie récente de Ciré Kane sur la toile, objet de controverse, interpelle …Chacun de nous devra se prononcer sans démagogie aucune sur la question. Et, en bon démocrate, on se doit de poser, comme axiome, qu’il ne peut pas y avoir de question-taboue…

Certains hommes politiques -y compris des soldats reconvertis- excellent dans l’art de dévier les débats. Je crois, pour ma part, que le sens du posting de Mr Ciré Kane, sciemment déformé par quelques intervenants, n’était pas "d’appeler à la guerre" mais plutôt d’impulser une réflexion, susciter un débat autour de notre "Unité nationale", devenue problématique…

La position de Ciré, se résume, je crois, en ces termes : "l’unité n’est plus possible pour moult raisons(-discutables bien entendu-) ; A partir de ce constat établi, il propose, me semble-t-il, "que les gens se séparent dans l’entente mutuelle, en douceur, sans déchirure"; sans quoi, cette séparation ou partition risquerait de se produire dans la violence", dont il serait souhaitable de faire l’économie.

Toute autre lecture qui tend à en faire un appel à la guerre me semble simplement partisane, biaisée, voire démagogique ; tout comme la censure de Cridem par la HAPA qui monte au créneau, pour faire de si peu une montagne …

Certains ne cherchent rien de plus qu’à faire un mauvais procès à l’auteur, à le culpabiliser, par un terrorisme intellectuel qui ne dit pas son nom, visant à brider la réflexion, à empêcher de penser, de discuter des problèmes de fond. Discuter de tout, y compris de notre vivre-ensemble qui ne fonctionne pas, voilà le débat campé !

Discutons, débattons, puisque comme dit l’adage "un problème discuté est à moitié résolu".

Encore une fois il ne doit pas y avoir de question taboue ! Cela dit, je ne pense pas que l’Unité puisse être considérée comme une fin en soi absolue ; elle doit demeurer un objectif ultime vers lequel on doit tendre, autant que se faire se peut. "La vie à tout prix, comme l’Unité à tout prix, - source de tous les esclavages- ne peut pas être une option…au regard ce qu’en dit pertinemment Yehdih : "Si l’on ne peut vivre ensemble qu’au prix de l’oppression d’une composante, c’est une position pas raisonnable et qui, surtout, n’est pas tenable".

Or nous savons, en toute honnêteté que, jusqu’ici, l’Unité que nous vivons n’en est pas une, mais juste celle du cavalier et de sa monture. La vraie "unité suppose le respect de l’autre dans son identité et dans son altérité" ; et que "la volonté de vivre-ensemble doit avoir pour socle le respect concomitant de la diversité -ethnique et religieuse- condition de participation des nations", rappelle Souleymane B Diagne ; ce n’est pas le cas chez nous ! "90 % des richesses de la vallée du fleuve sont aux mains de familles maures", révèle Isselmou ould Abdel Kader, ancien gouverneur ; plus de 90 % de la population carcérale à Nouakchott est constituée de négro-africains et de Haratines, déclare Aminétou Mint El Moctar.

Moctar Ould Daddah confiait, en toute franchise, dans une interwiew (RFI) que "pour faire place aux hassanophones dans l’administration mauritanienne naissante, il fallait diminuer les gens du Sud"- ; Ça dit ce que ça dit, c’est-à-dire tout ! Souvenons-nous, par ailleurs, que Ould Taya avait fait assassiner des milliers de négro-africains et déporté des dizaines de milliers d’autres.

Dans "la vallée du fleuve"- ouvrage écrit par Bernard Grousse, Sidy M saleck et Ba Bocar Moussa -, ces auteurs rapportent le contenu d’un rapport confidentiel du ministre de l’intérieur Gabriel Cymper, ainsi libellé : "Les Halpulareen tentent de déstabiliser la Mauritanie en remettant en cause son arabité. La base sociale sur laquelle se développe ce particularisme, tributaire de l’hégémonisme sénégalais, c’est la composition ethnique du peuplement local actuel, majoritairement halpulareen. En modifiant radicalement la composition ethnique de ce peuplement, on prive ce particularisme de tout développement à moins terme".

C’est là une des faces cachées de l’agenda qui montre que l’imbrication des populations, posée naïvement par certains comme obstacle à la séparation, n’a pas été fortuite ou accidentelle. En couronnement de ce chapitre de discriminations flagrantes, ouvertement menées, loin d’être exhaustives, que dire de l’accaparement ou des tentatives répétées d’accaparement, de tous les jours, des terres de la vallée du fleuve ?

Après 60 ans d’oppression persistante, 60 ans "d’unité du cavalier et de sa monture", que fonde une volonté politique assumée et obstinée de faire de tous des arabes, dans le déni de nos langues et cultures, que faut-il penser ? La description de cette douloureuse situation ne mérite-elle pas qu’on s’interroge, légitimement, sur la viabilité de notre Unité ?

N’est-on pas en droit -pour les victimes-, de nous interroger et pour tous les autres, de chercher, par devoir, des solutions, d’explorer toutes les voies, toutes les options possibles ?

Yehdih -encore lui-, posait que "un pays est d’abord fondé sur une volonté des diverses parties de coexister, de vivre ensemble dans la paix. Sans ce choix et cette volonté c’est une partie perdue". Avons-nous consulté les composantes de notre peuple sur leur volonté de coexister ? pas à ma connaissance ! De surcroît, La Mauritanie a existé par la seule volonté du colon, ne perdons pas ça de vue …

Enfin , Julius Niereré, dans "pourquoi j’ai soutenu le Biaffra", posait que : "l’Unité ne peut se fonder que sur l’assentiment des peuples en cause. Les peuples doivent sentir que l’État, l’Union sont leurs et accepter que leur querelle se situe dans ce cadre là. A partir du moment où une fraction importante du peuple cesse de croire que l’Etat est le sien et constate que le gouvernement n’est plus à son service l’unité n’est plus viable".

Ce stade n’est -il pas atteint en ce moment, au vu du ressenti actuel des Négro-africains vis-à-vis de l’Etat central mauritanien ? Alors, de grâce ne faisons pas de procès, mal placé, à Mr Kane, en droit de s’interroger et de proposer ...Ce ne serait rien d’autre qu’une manière subtile de noyer le poisson, de dévier le débat... Osons, s’il vous plait, réfléchir et livrer, en toute objectivité et sans circonlocutions, le fruit intégral de notre réflexion ...

"Une vie qui ne s’examine pas ne mérite pas d’être vécue", disait l’autre. Discutons, débattons sans tabou …Débat et dialogue inter-communautaire…Mais surtout et avant tout, débat intra-communautaire arabo-berbère car il faut bien qu’on nous disent si oui ou non cette situation, sans issue, doit continuer ou prendre fin. Les Justes doivent monter au créneau et l’impulser…. à la manière de Yedaly.

Samba Thiam
Président des FPC.