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La Mauritanie dans l’œil du cyclone ? Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix Chinguitt

La Mauritanie dans l’œil du cyclone ? Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix ChinguittLe Calame - En fin stratège, Macarthur, disait : « Toutes les défaites se résument en deux mots : trop tard ». Le célèbre général américain voulait dire par là, qu’il faut toujours anticiper les événements sous peine de perdre la partie.

Au-delà du domaine militaire, cette affirmation s’applique, naturellement, à tous les domaines de l’activité humaine. Transposés à la Mauritanie, ces propos prennent encore plus de relief. Dans cette optique, les gouvernants mauritaniens – sous peine de perdre la partie – devront, sans tarder, sortir de la torpeur et de la léthargie dans lesquelles baigne le pays depuis plusieurs décennies déjà. Et ce dans l’indifférence quasi générale.

Pour se faire, ils devront fendre l’armure et prendre à bras le corps les problèmes gravissimes pendants qu’affronte, en sourdine, la nation avant qu’il ne soit, irrémédiablement, trop tard.

Pour l’analyste averti, de multiples dangers se profilent à l’horizon. Face à ces menaces, on a le sentiment, à tort ou à raison, qu’on continue à se complaire dans le confort du moment, sans se soucier, outre mesure, de ce qui pourra advenir demain. Pourtant, le tableau de bord est devant nous et les voyants ne sont pas loin de passer au rouge : Une sous-alimentation chronique qui tend vers le spectre de la famine, une flambée sans précédent des prix des denrées alimentaires de première nécessité, et un pouvoir d’achat de plus en plus faible, avec comme corollaire des conditions de vie très précaires. Sans parler d’énormes déficits structurels en matière, notamment, de santé et d’éducation.

En somme une vraie détresse sociale qui, de surcroît, va crescendo. Ajouter à cela un chômage endémique qui frappe en particulier la jeunesse. Une insécurité galopante, une immigration incontrôlée, une monnaie nationale qui se déprécie alors que nos fabuleuses ressources naturelles avérées ou potentielles : minières, pastorales, agricoles, halieutiques…auraient dû, en toute bonne logique, raffermir le cours de l’ouguiya. Autres handicaps : une administration largement corrompue, une classe politique timorée qui semble en hibernation, une économie exsangue, une sécurité alimentaire soumise aux aléas de la géopolitique, une dette extérieure abyssale, un dialogue national poussif….

Problèmes existentiels

En plus de tout cela, la Mauritanie fait face à des problèmes encore plus inquiétants, lesquels engagent son avenir et son devenir. Ces problèmes existentiels, inhérents à la sécurité nationale mettent, plus que jamais, en péril la pérennité de l’Etat et, au-delà, l’existence même du pays.

Il s’agit d’une superposition de problèmes, à terme, explosifs, qu’on feint, pour le moment, de ne pas considérer outre mesure :

* Problèmes intérieurs épineux, avec le feu qui couve sous la cendre ;

* Contexte géopolitique, particulièrement alarmant à toutes nos frontières ;

* Visées impérialistes, géoéconomiques et géostratégiques de certaines grandes puissances sur la Mauritanie. Une menace angoissante qui pointe, déjà, à l’horizon.

Autant de bombes à retardement qui obstruent, à terme, toute perspective d’avenir. Ces problèmes qu’on a jugés inopportun de développer ici devront, sans tarder, être recensés, examinés, décryptés, étudiés et analysés pour leur trouver les parades appropriées.

Ce travail sera d’autant plus facilité si on adopte la démarche adéquate : anticiper les événements en ayant recours à la prospective. Bannir l’approche tactique qui consiste à naviguer à vue pour surmonter, au jour le jour, les difficultés du moment. En revanche, adopter une vision d’ensemble avec une approche stratégique sur fond d’une adhésion de toutes les composantes de la communauté nationale. Une telle approche transcende, naturellement, les contingences politiques et les intérêts sectaires. Une fois de plus, c’est le recours à la prospective qui pourra servir de planche de salut.

Car dans tout processus de décision, le recours à la prospective est devenu incontournable. La prospective favorise la prise en compte de l’avenir dans les décisions du présent. Elle permet d’anticiper les événements et de se faire une idée précise de l’évolution probable d’une situation donnée. Ce faisant, on peut ainsi envisager, à l’avance, les parades appropriées pour faire face à cet événement. Ceci est d’autant plus important si l’enjeu est l’avenir ou le devenir d’un Etat.

L’heure est grave

Sans jouer au Cassandre, on peut dire que l’heure est grave. On entend déjà, le son encore lointain mais parfaitement audible des sirènes d’alarme qui se rapproche dangereusement. Pour la survie du pays, les Mauritaniens devront, une fois de plus, faire front commun face à toutes ces menaces.

Pour raffermir davantage l’approche proposée plus haut, on devra faire table rase de certains lieux communs, faits et comportements qui sont autant de sentiers battus et rebattus qui figent la réflexion et atrophient l’esprit. Lesquels sont, malheureusement, encore monnaie courante dans nombre de pays en développement :

* Se départir du ton cotonneux et convenu sur fond d’une complaisance coupable quand on aborde une question sensible. De même, l’attitude pleutre et intéressée quand on est sollicité pour un conseil sur un dossier stratégique.

* La cupidité et l’avidité matérielle ambiante ne doivent pas prendre le pas sur l’intérêt supérieur de l’Etat.

* Le pouvoir devra s’ouvrir davantage à la société civile et particulièrement aux intellectuels. Un vivier d’universitaires dont certains, de par leur formation académique pourront, chacun dans son domaine, explorer des pistes de réflexion à même de solutionner nombre de problèmes. Ne jamais perdre de vue un constat : Ce sont les idées qui gouvernent le monde.

* Se rendre à une évidence : la fonction ne confère pas nécessairement la connaissance des dossiers.

Pas de méprise : Au-delà du discours émollient des thuriféraires de tout poil, la Mauritanie est bel et bien dans l’œil du cyclone. Les facultés de discernement les plus élémentaires l’attestent. Le ciel s’assombrit et les signes avant-coureurs de ce phénomène angoissant sont là, à notre porte. Il appartient, désormais, aux Mauritaniens, à tous les niveaux, d’y faire face.

D’aucuns pourront trouver les développements qui précèdent un peu excessifs, voire alarmistes. On leur répondra avec l’historien Ernest Renan : « Dans les moments graves, seul le pessimisme est fécond ».

Avatars de l’extrémisme religieux en Mauritanie : de la dissimulation à la diplomatie de la duplicité

Avatars de l’extrémisme religieux en Mauritanie : de la dissimulation à la diplomatie de la duplicitéLe Calame - Le 25 avril 2021, à 22h, la police de Nouadhibou (capitale économique) procédait à l’arrestation de jeunes activistes de gauche, au motif d’avoir animé une émission de débat virtuel, grâce à la plateforme Facebook, sous le titre « Elmetrouch », littéralement, « l’intrusif ».

Le programme visait à préserver, l’individu, des empiètements de la société, sur la sphère de l’intimité; les organisateurs voulaient provoquer la controverse, démontrer l’importance de la vie privée et dénoncer, en priorité, le contrôle de la sexualité des jeunes et l’ingérence dans les choix de vie d’adultes consentants.

Les détenus se retrouvèrent au Commissariat de police, curieusement dénommé Redouane (le satisfecit pieux).

I. Faits

Le forum, lancé au début du jeûne rituel, suscitera l’indignation acerbe parmi les sympathisants du parti islamiste Tawassoul et de la part de son ex-président, Mohamed Jemil Ould Mansour, surtout après le cinquième et le sixième épisode. Le leader féministe Aïchetou Mint Isselmou Mbareck y exprime son opinion, en substance : « quiconque peut jouir du sexe avant, après et dans le mariage ; le sujet ne concerne personne d’autre, c’est la liberté de chacun. La femme et l’homme sont égaux en droit et devoirs. Les gens selon qui toute femme est une nudité indécente ‘’ عورة” (Awara) sont eux, les borgnes »(1) ; A la seconde séquence en cause, Yehdhih Ould Mohamed, un membre fondateur du mouvement non-autorisé « Pour une Mauritanie Laïque » explique et argumente la séparation du religieux et du politique.

Le propos ayant fortement déplu aux milieux de la conservation, ces derniers organisèrent une vaste campagne de réseaux sociaux, pour susciter une réaction de la populace excitée, contre les promoteurs du programme, avant de les assigner, en justice. La plainte accuse, les participants à la discussion, de détruite les valeurs de la société islamique, d’où le devoir collectif de les faire juger en vertu de la chariaa, aux griefs de « non-reconnaissance des obligations religieuses », un crime selon l’article 306 nouveau du code pénal(2), d’inspiration jihadiste.

https://www.facebook.com/100065598150527/videos/116348243895114/

II. Implications

Durant la garde-à-vue, les jeunes devaient produire des aveux, en présence du procureur de la République, du directeur régional de la sûreté et d'un membre des services de sécurité et de renseignements : les questions tournaient autour du forum Elmetrouche, de ses initiateurs, des objectifs, des convictions et de la pratique cultuelle de chacun ; les interrogateurs trahissaient une fixation monomaniaque, sur les financements reçus ou escomptés, de l’extérieur.

Devant la fragilité des charges invoquées aux dépens des prévenus, une décision invisible ordonna leur libération, le 28/04/2021, à 1h du matin. Comme lors des incidents récents entre notables féodaux et paysans descendants d’esclaves, ils reçurent injonction de ne plus aborder le thème, de s’abstenir de voyager sans en informer la police et de ne plus commettre une parole ou acte susceptible d’être interprété comme « outrage public à la religion ». Le terme, vague et non défini par la loi et la jurisprudence, relève de l’idéologie de la contrainte, désormais en vigueur dans le pays. Le système y verse, à présent, la moindre velléité d’émancipation ou de critique sociale. Le chef d’inculpation reflètele réflexe d’autodéfense de la domination face aux demandes d’équité : encore une fois, depuis l’institution de l’esclavage sur le sol de la future Mauritanie, la religion sert de bouclier à l’injustice, s’éloignant, alors, de sa vocation, durant la geste prophétique.

III. Protagonistes

A. Les réalisateurs

1. Bilal Varajou Beikrou, né le 16/10/1989 à Elmina, marin et activiste de la société civile ; interpelé.

2. Mohamed Sid’Ahmed Mahmoud, né le 21/11/1989 à Nbeika, enseignant de philosophie et d’Arabe, activiste de la société civile ; interpelé.

3. Ahmed M’bareck Lethneine, né le 24/05/1991 en Libye. Ouvrier des mines et activiste de la société civile ; recherché.

4. Aïchetou Isselmou M’bareck, née le 25/05/1993 à Nouadhibou, secrétaire dans une école et activiste de la société civile ; interpelée.

B. Les invités

5. Aïchetou Isselmou M’Bareck, précitée

6. Mohamed Yehdhih Sidi Brahim Mohamed Mahmoud, né le 31/12/1985, enseignant de philosophie et d’éducation civique, activiste de « Pour une Mauritanie Laïque » ; interpelé.

7. Mourad Soueilim et d’autres membres, entendus et relâchés.

IV. Epilogue provisoire

A la fin de la détention, une entité proche de Tawassoul organise une manifestation de rue, sous le slogan «لا للإباحية»(3), à la sortie de la prière du vendredi, 30 avril 2021. Les marcheurs obtiennent l’agrément légal, en dépit des mots d’ordre de haine et d’appel au meurtre que ce genre de rassemblement charrie. De l’anathème aux menaces d’atteinte à l’intégrité physique, ils réclament une peine sévère, à l’endroit des jeunes, en vue de « sauvegarder les valeurs islamiques ». D’autres clubs d’obédience salafie, en particulier (4)شبيبة بناء الوط, ont promis de conduire davantage de protestations, la semaine suivante.

Aïchetou M’Bareck a été séquestrée par sa famille et licenciée de son travail. Les autres subissent, sans protection, la persécution de l’entourage et jusque dans la rue ; la plupart ont perdu leur gagne-pain. Aucun n’a pu récupérer son téléphone.

V. Leçons

Ainsi régresse la République islamique de Mauritanie, d’Etat naguère en chantier sur des assises de mérite et de compétence, vers un syncrétisme des modèles de gouvernance anti-démocratique de l’Orient, à équidistance du wahhabisme et de la talibanie pakistano-afghane.

A titre d’anecdote, révélatrice de la dérive en cours que nos alliés du Monde libre ne souhaitent regarder, le ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement, publiait, en catimini, le 12 avril, au travers de sa page Facebook, un communiqué où il réprouve les conclusions d’un séminaire, tenu l’avant-veille, à Nouakchott, la capitale. A l’occasion du Ramadan, une association des Emirats arabes unis (Eau) basée à Paris, tentait de promouvoir la paix et le dialogue, au nom de l’Islam(5).

Certains intervenants y appelaient à une révision des légendes, des attitudes sectaires et du recours à la terreur, comme outils de prosélytisme ; d’autres revisitaient les sources du droit musulman afin d’en extirper les mythes, la contrefaçon et les récits fabriqués. Aussitôt, les intérêts étrangers, en concurrence avec les Emirats, pourtant alliés et tuteurs du gouvernement de la Mauritanie, se sont empressés de dicter une réaction hostile, à une instance du même l’Etat.

Les acteurs locaux de la manœuvre semblent accorder une confiance excessive au succès de leur ruse : à quelques jours d’intervalle, l’autorité officielle entérinait l’évènement, y participait puis le dénonçait….

https://alakhbar.info/?q=node/32204

http://cfaes.org/?p=12839

(1)Ici, l’invitée se moque en recourant au jeu de mots « aoura » et le mot « a’awar », qui désigne la cécité d’un seul œil.

(2)Texte présenté par le gouvernement, adopté au Parlement, le 27 avril 2018 et promulgué depuis :

« Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d’une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 50.000 à 600.000 ouguiya ( soit 1428 euros). Chaque musulman, homme ou femme, qui se moque ou outrage Allah ou Son Messager (Mahomet) – Paix et Salut sur Lui – ses anges, ses livres ou l’un de ses Prophètes est passible de la peine de mort, sans être appelé à se repentir. Il encourt la peine capitale même en cas de repentir. Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. Toute personne coupable du crime d’apostasie (Zendagha) sera, à moins qu’elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l’obligation de la prière sera invité à s’en acquitter jusqu’à la limite du temps prescrit pour l’accomplissement de la prière obligatoire concernée. S’il persiste dans son refus jusqu’à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort. S’il ne reconnaît pas l’obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l’office consacré par le rite musulman

(3)« Non au laxisme envers les attitudes déviantes »

(4)« Jeunesse des bâtisseurs de la Nation »

(5)Sous l’égide du Centre France-Afrique d’études stratégiques (Cfaes), de plus en plus actif en Mauritanie : http://cfaes.org/?p=12839

 

Mattel lance son programme« Ramadan 2021 » pour les œuvres sociales

A l’occasion du mois béni du Ramadan, mois de solidarité, de partage et d’entre-aide, et fidèle à sa réputation d’entreprise citoyenne et responsable, Mattel a lancé son programme d’œuvres sociales et caritatives en partenariat avec plusieurs ONG locales.

Ainsi, en collaboration avec l’Association Neswiya, Mattel a procédé à la distribution de kits alimentaires au profit de plusieurs centaines de familles nécessiteuses afin de les aider à subvenir à leurs besoins durant ce mois béni du Ramadan.

Avec l’association Ghouloub Mouhsina, l’élan de soutient de Mattel a été orienté vers la distribution d’eau potable dans plusieurs dizaines de quartiers défavorisés de Nouakchott à travers la mise à disposition de 100 citernes pour les habitants de ces quartiers non desservis par l’eau courante.

Et puisque la jeunesse est au cœur de ses préoccupations, Mattel, en collaboration avec l’Association des Etudiants Tunisiens en Mauritanie, a pris en charge le repas de F’tour pour plusieurs étudiants tunisiens contraints de passer le Ramadan loin de leurs familles et ce, afin de les soutenir durant ce contexte difficile marqué par la pandémie du Corona Virus et créer de meilleurs conditions d’études et de réussite scolaire.

Mattel confirme, à travers ces actions, son engagement à jouer pleinement son rôle d’entreprise citoyenne via une démarche RSE qui se poursuit tout au long de l’année à travers plusieurs initiatives couvrant aussi bien les aspects sociaux que culturels et sportifs.

 

La création d’un parquet national financier : Une urgence nationale/Par Moussa Hormat-Allah

La création d’un parquet national financier : Une urgence nationale/Par Moussa Hormat-AllahLe Calame - D’emblée, un triste constat : Il est une vérité bien établie en Mauritanie : Nombre de responsables publics –à tous les niveaux de l’Etat—, accèdent à des fonctions sans une fortune personnelle significative. Parfois même sans aucune fortune.

Pourtant, dès les premières années de leur entrée en fonction, ils deviennent, souvent, comme par enchantement, richissimes. La technique est simple : instauration d’un système de vases communicants entre leur patrimoine personnel et celui de l’Etat.

Ainsi, pendant que l’immense majorité du peuple croupit dans la misère et le dénuement, ils amassent des fortunes, de plus en plus colossales. Mieux ou pire encore, ils passent, généralement, aux yeux de leurs compatriotes comme des symboles de la réussite sociale. Car, dans l’entendement populaire, la notion de la sacralité du bien public n’est pas encore suffisamment ancrée dans les mentalités.

Les fléaux de la corruption et les détournements des deniers publics sont devenus, en Mauritanie, depuis très longues années déjà, une véritable industrie. Une industrie particulièrement lucrative.

Il s’agit d’un mal endémique qui ronge de l’intérieur les fondements même de l’Etat et de la société. Un mal qui obère tout effort de développement économique. Dans ce triste registre de la prévarication, les exceptions de probité et d’intégrité sont rarissimes.

Ailleurs, en Occident, par exemple, faire main basse sur un bien public est une ligne rouge à ne pas franchir sous peine d’aller directement en prison. Et ce quelle que soit la position sociale ou professionnelle du contrevenant.

Ce qui explique que dans ces pays ce type de prévarication est très rare : un ou deux cas, ici ou là, de temps à autre. En revanche, sous ces cieux, c’est, surtout, la fraude et l’évasion fiscales qui sont dans la ligne de mire de la justice.

Pour revenir à la Mauritanie et pour éviter que de tels prédateurs ne dilapident plus les deniers publics, de solides garde-fous devront être posés. Parmi les mesures à envisager, une me paraît d’un grand intérêt. Il s’agit de la création d’un parquet national financier (PNF). Le PNF aura une compétence nationale. Le champ de cette compétence recouvrira, notamment, deux types d’infractions :

Les atteintes à la probité : corruption, trafic d’influence, favoritisme, détournement de fonds publics, concussion…

Les atteintes aux finances publiques : fraudes et évasion fiscales aggravées, blanchiment, escroquerie à la TVA… La saisine du PNF sera ouverte, naturellement, au parquet général (procureur général) mais aussi à la presse, aux ONG et aux particuliers sur la base de faits probants.

Lorsqu’il est saisi de faits relevant de sa compétence, le PNF pourra étendre son enquête aux faits connexes en lien avec la même affaire.

A l’issue de l’enquête, le PNF pourra :

Classer la procédure ;

Ouvrir une information judiciaire ;

Procéder à une inculpation ou mise en examen pour utiliser une expression, désormais, consacrée par le droit français :

Déférer le ou les insculpés devant un juge d’instruction pour, éventuellement, comparaître devant un tribunal correctionnel.

Le PNF devra être composé de magistrats professionnels, avec une parfaite connaissance des arcanes du monde des affaires et de la finance.

Ils seront assistés par des experts économistes et financiers. Le PNF de par sa composition et sa technicité sera différent des services de d’Etat affectés, jusqu’ici, à la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics.

Il est de notoriété publique que l’Inspection générale de l’Etat et la police économique de la DGSN sont, avant tout, des instruments de règlement de comptes au service du pouvoir. Elles sont là pour faire peur. Elles n’ont ni le personnel, ni la compétence, ni la légitimité pour s’acquitter convenablement de la mission qu’on leur a, théoriquement, assignée.

Ces entités d’exception ont été, probablement, créées dans un but bien déterminé pour servir des intérêts personnels : neutraliser des adversaires politiques ou affaiblir économiquement des hommes d’affaires qui voudraient se soustraire de l’emprise du pouvoir. De telles entités sont, naturellement, indignes d’un Etat démocratique.

La création du PNF marquera, sans doute, d’une pierre blanche le quinquennat du président Ghazouani. Elle mettra aussi en exergue, la ferme volonté du nouveau pouvoir pour lutter contre la corruption et la dilapidation des biens publics. S’ouvrira alors une nouvelle ère de bonne gouvernance au grand bonheur d’un peuple meurtri par plusieurs décennies de privation et d’injustice.

Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix Chinguitt

 

Nouvelles d’ailleurs : Conseil d’une mauritanienne aux sénégalais

Chers amis sénégalais, à ceux qui seraient tentés d'en appeler à l'armée pour renverser le gouvernement de Macky Sall, je ne peux que vous "offrir" le modèle des Nous Z'Autres de la Tribu Mauritanie histoire de voir ce que vous récolterez...
Bref...
Résumé pas exhaustif du tout du "Coup d'état militaire pour les nuls" :
- un jour un militaire prend le pouvoir pour "sauver" le pays de tout et surtout de tout et rien.
- Puis vient un second militaire qui renverse le premier militaire qui voulait "sauver" le pays et ce, pour aussi "sauver" le pays.
- Après quelques mois ou quelques années, un troisième militaire arrive tout feu tout flamme et renverse le second militaire qui avait renversé le premier militaire qui voulait "sauver" le pays. Pourquoi? Pour lui aussi "sauver" le pays...
- Un quatrième militaire débarque alors, lui aussi "sauveur de pays" : il renverse donc le troisième militaire "sauveteur en espaces sablonneux" qui avait renversé le second militaire "sauveur" qui lui-même avait renversé le premier militaire membre de la grande famille kaki des " Sauveteurs Nationaux de Secours en Dunes". Avec un peu de poigne et de chance, il peut arriver, ce 4ème, à tenir 21 ans.
- Puis, taratata, sonnez trompettes et tambours, arrive un cinquième uniforme qui, oh nouveauté miraculeuse, débarque le quatrième militaire au nom d'une "rectification".
- Entre -temps, la mode du kaki évoluant, l'uniforme est jeté à la poubelle et remplacé par un boubou de Général à la retraite. Nous voilà donc avec un civil militaire républicano-démocrate qui débarque quand même le Cinquième qui avait débarqué le quatrième qui lui-même avait débarqué le troisième qui lui aussi avait débarqué le second qui lui avait débarqué le civil, inscrivant ainsi dans les manuels d'Histoire le Communiqué Zéro, père de tous les communiqués martiaux et débarquant (vous suivez encore?)
- Parallèlement à ceci, toute une opposition civile s'agite, monte et descend l'ascenseur du "je m'approche" du pouvoir et passe tout son temps " civilisé" à demander un "dialogue inclusif" et à rêver d'Iznogood, celui qui voulait être Calife à la place du Calife.

Et, au bout du compte de tant de débarquements et de sauveurs kakis, comme au foot, c'est TOUJOURS un militaire ou ancien militaire qui sera élu (les voies et voix du Seigneur des urnes étant impénétrables, je ne m'aventurerai pas dans le décorticage sociopolitique de la chose votante, scusi...).
Cela s'appelle une République militaro-civilo-kaki-Un, Deux Marquez le pas!
Bon, je vous dis ça, je vous dis rien, hein?

Mariem Derwich

Mauritanie : le gouvernement de Ould Bilal fait face à une bombe sociale à retardement

Mauritanie : le gouvernement de Ould Bilal fait face à une bombe sociale à retardementKassataya - L’espoir né de l’élection de Ould Ghazouani est en train de se transformer en désespoir pour les mauritaniens d’en bas avec quatre crises sociales importantes. La hausse des prix des denrées alimentaires et la pénurie des médicaments, la révolte des riverains de la décharge de Tivirit, la résistance des populations de la vallée contre l’expropriation de leurs terres et les revendications des orpailleurs de Chami.

Une bombe sociale à retardement à laquelle le gouvernement de Ould Bilal fait face depuis plusieurs mois. C’est la gouvernance sociale qui est pointée par les observateurs. Une constance de fuite en avant des pouvoirs publics pour résoudre les problèmes d’inflation ou de pénurie de médicaments de déchets et de mise en valeur des terres agricoles.

Incontestablement ce sont les manifestations sporadiques depuis plus d’une semaine à Faralla dans le département de Mbagne qui éclipsent l’actualité nationale s’inscrivant dans le cadre d’un vaste mouvement de résistance des populations de la vallée contre les expropriations de leurs terres de cultures.

Des protestations légitimes qui datent de 83 avec la loi de la réorganisation foncière et domaniale. A partir de 89 avec les déportations sous le régime de Ould Taya de milliers de propriétaires terriens ont perdu leurs biens.

A Faralla comme à Koylol Bilol et à Dar El Barka le mouvement de révolte ne faiblit pas. La réponse du gouvernement par des lacrymogènes est révélatrice d’un état répressif comme en témoigne la violence policière depuis plus d’un mois contre les habitants de la plus grande décharge à ciel ouvert du pays Tivirit non loin de la capitale mauritanienne.

Un mauvais héritage du régime de Ould Aziz loin de trouver une issue malgré la promesse ferme du gouvernement de Ould Bilal.

Les bonnes intentions ne suffisent pas à calmer la colère des riverains qui vivent depuis plus de 13 ans dans un environnement malsain occasionnant ainsi chaque année des cas de cancer et de graves maladies respiratoires surtout chez les enfants.

Une odeur nauséabonde de poubelle qui risque de se transformer en bombe si les pouvoirs publics continuent de gagner du temps. C’est le même principe pour ce gouvernement quand il s’agit de lutter contre la hausse des prix des denrées de première nécessité.

C’est un ras-le-bol quasi général des mauritaniens qui en ont assez de la flambée des prix alors que le gouvernement vient de prendre des mesures qui semblent n’avoir pas eu d’effet sur les commerçants toujours récalcitrants.

Et parallèlement à cette difficulté les citoyens font face à une pénurie de médicaments démentie par le gouvernement et exacerbée par la crise sanitaire provoquée par la pandémie covid-19.

Une double peine qui relance la gestion catastrophique des autorités de Nouakchott qui auront des difficultés à éteindre plusieurs feux en même temps dont dans une moindre mesure les revendications des orpailleurs de la ville nouvelle de Chami pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Ces crises sociales à répétition laissent planer un doute quant à la capacité du régime de Ould Ghazouani à mieux faire que son prédécesseur.

Cherif Kane

 

Un pays musulman où l’on jette les bébés à la poubelle. Par Pr ELY Mustapha

Un pays musulman où l’on jette les bébés à la poubelle. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - En quarante ans, et suite aux violences successives, qu’elle a subi et subit encore, la société mauritanienne, a accusé des transformations qui ont corrompu son système de valeurs, ses croyances et jusque son devenir.

1. Ce qu’elle fut.

La société mauritanienne était bâtie sur une universalité de codes éthiques et de valeurs sociales qui lui donnaient sa dimension de respect et de tolérance.

Celle où l’on ne pouvait regarder dans les yeux les grandes personnes, celle où l’on devait courber la tête quand toute personne aux cheveux grisonnants nous adressait la parole, celle où l’on mettait le petit doigt sur le bord de l’assiette de repas commun pour ne pas importuner les invités.

Celle où l’on ne pouvait élever la voix en présence des parents et des grandes personnes, celle où l’on se devait d’être bon, sage et meilleur en tout.

Non pas seulement pour soi mais aussi pour sa famille et pour son pays. Il y avait dans cette société une fierté et une dignité qui prenaient leurs sources non pas dans l’appropriation matérielle, mais dans la possession de l’éducation et du savoir. Cadres et repères de l’homme en société.

Cette société dans laquelle l’on sacralisait la relation humaine où tous ceux qui tournaient autour de nous étaient notre famille, pourvu qu’ils aient foulé le sol de la maison familiale, prié avec les parents à la mosquée, partagé un bureau de travail ou habité le voisinage.

Cette société où la parole était d’or et où l’attachement se faisait plus à la personne elle-même, à son origine, à son savoir, à son éducation qu’à ses biens et ses atours.

Une société matériellement pauvre et spirituellement gigantesque. Cette société où l’ami de la famille était aussi la famille et chacun cherchait à voir dans l’autre ce qui le grandissait. Une société où les valeurs nous venaient de contes d’autrefois ou s’entremêlaient la foi, la dignité et le courage. Une société où le courage n’ignorait pas la tolérance et la dignité le pardon.

2. Ce qu’elle advint.

Aujourd’hui, la société mauritanienne, s’entre-déchire autour d’une personne, d’un bien, d’une autorité, d’un pouvoir. Elle a perdu la foi qui maintenait sa cohésion et la conviction en un devenir commun.

La société, à force de faire du pouvoir son centre d’intérêt et son ultime sujet, est devenue le reflet de ce pouvoir. Elle a confectionné ses attitudes, ses valeurs et son mode de vie à l’image de ce qui la préoccupe depuis des décennies : le pouvoir.

Ce n’est pas la société qui a imprimé ses valeurs au politique mais l’inverse. Entrainant ainsi une reproduction jusque dans la sphère sociale, des tensions qui l’animent et des tares qui le minent. Les dissensions, l’agressivité partisane, la corruption, le népotisme, l’inimitié, l’esprit revanchard et l’intolérance ont conquis une société entièrement assujettie au politique.

Les conséquences en sont une perte de repère pour toute une société et à travers elle sa jeunesse. Les batailles qui se livrent au sommet trouvent leur reproduction dans la violence sociale et la criminalité galopante. Le respect des anciens et des grandes personnes n’a plus de sens puisque ce sont ces personnes qui au pouvoir donnent le mauvais exemple et qui montrent les formes les plus évidentes de l’intolérance et de la cupidité.

Brassée durant des décennies par des régimes politiques entièrement extravertis ne se préoccupant que de conquérir, d’assujettir et de s’enrichir, au mépris du peuple et de sa culture, au mépris de son idéal et de ses valeurs, la société en est devenue le reflet.

Aussi tout ce que se passe actuellement au sommet de l’Etat et tout ce qui s’y est passé durant ces dernières années n’a pu trouver une réaction de rejet du profond de la société, car elle en est une fidèle reproduction. La société n’est plus le frein au rejet des valeurs, elle accompagne ce rejet, l’applaudit et l’admet.

Et tous ceux qui ont conquis le pouvoir par la force savent pertinemment qu’ils peuvent compter sur l’immobilisme de cette société qui » accusera le coup » et qu’ils sauront l’associer à leurs méfaits.

Une société conditionné, préparée à l’assujettissement et dont « l’élite » cupide et intéressée, véritable courroie néfaste de transmission entre la société et le pouvoir, la mettra dans l’escarcelle de ce dernier. Une élite participant à l’instrumentalisation politique d’une société sans repères et sans idéal.

Voilà pourquoi ceux qui usent de la violence pour conquérir le pouvoir, bafouer la société ; ses valeurs et son idéal le font parce qu’ils savent qu’ils trouveront toujours dans cette société ceux qui l’aideront à l’assujettir.

3. Ce qu’elle ne sera plus.

Cette société a-t-elle définitivement pris les traits de ceux qui la gouvernent par la violence, la cupidité et l’égoïsme depuis plus de quarante ans ?

Cette société est-elle, réactivement, morte pour tolérer toutes les violences qu’on lui fait depuis tant d’années à travers des putschs successifs hypothéquant sa volonté, son développement et son devenir ?

Cette société est–elle définitivement classable dans les rayons de l’ethnographie sous l’étiquette : « société détruite par absorption de son énergie vitale par un pouvoir parasite » ?

En somme, une société qui en est arrivé aujourd’hui à jeter les bébés à la poubelle, est-elle viable ?

Le rempart de la religion s’étant lui-même effrité, face à la violence que le corps social a subi, a fait que ce que toute société reprouve, se fait désormais dans la pénombre…

Si les bébés dans un pays musulman sont jetés à la poubelle, c’est parce que tout ce qui servait de socle solide et maintenant la société, ses croyances et ses valeurs, s’est effrité et il ne reste plus que le gémissement des êtres que l’on viole et l’étouffement des bébés au fond des poubelles… bébés de la misère, d’une société appauvrie, violentée jusque dans sa progéniture.

Alors, ce que cette société deviendra, nul ne le sait plus.

La compassion ne survit plus, là où l’on étouffe l’innocence.

Maudite gouvernance.

Pr ELY Mustapha