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Tribune Libre en Mauritanie

La Mauritanie dans l’œil du cyclone ? Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix Chinguitt

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La Mauritanie dans l’œil du cyclone ? Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix ChinguittLe Calame - En fin stratège, Macarthur, disait : « Toutes les défaites se résument en deux mots : trop tard ». Le célèbre général américain voulait dire par là, qu’il faut toujours anticiper les événements sous peine de perdre la partie.

Au-delà du domaine militaire, cette affirmation s’applique, naturellement, à tous les domaines de l’activité humaine. Transposés à la Mauritanie, ces propos prennent encore plus de relief. Dans cette optique, les gouvernants mauritaniens – sous peine de perdre la partie – devront, sans tarder, sortir de la torpeur et de la léthargie dans lesquelles baigne le pays depuis plusieurs décennies déjà. Et ce dans l’indifférence quasi générale.

Pour se faire, ils devront fendre l’armure et prendre à bras le corps les problèmes gravissimes pendants qu’affronte, en sourdine, la nation avant qu’il ne soit, irrémédiablement, trop tard.

Pour l’analyste averti, de multiples dangers se profilent à l’horizon. Face à ces menaces, on a le sentiment, à tort ou à raison, qu’on continue à se complaire dans le confort du moment, sans se soucier, outre mesure, de ce qui pourra advenir demain. Pourtant, le tableau de bord est devant nous et les voyants ne sont pas loin de passer au rouge : Une sous-alimentation chronique qui tend vers le spectre de la famine, une flambée sans précédent des prix des denrées alimentaires de première nécessité, et un pouvoir d’achat de plus en plus faible, avec comme corollaire des conditions de vie très précaires. Sans parler d’énormes déficits structurels en matière, notamment, de santé et d’éducation.

En somme une vraie détresse sociale qui, de surcroît, va crescendo. Ajouter à cela un chômage endémique qui frappe en particulier la jeunesse. Une insécurité galopante, une immigration incontrôlée, une monnaie nationale qui se déprécie alors que nos fabuleuses ressources naturelles avérées ou potentielles : minières, pastorales, agricoles, halieutiques…auraient dû, en toute bonne logique, raffermir le cours de l’ouguiya. Autres handicaps : une administration largement corrompue, une classe politique timorée qui semble en hibernation, une économie exsangue, une sécurité alimentaire soumise aux aléas de la géopolitique, une dette extérieure abyssale, un dialogue national poussif….

Problèmes existentiels

En plus de tout cela, la Mauritanie fait face à des problèmes encore plus inquiétants, lesquels engagent son avenir et son devenir. Ces problèmes existentiels, inhérents à la sécurité nationale mettent, plus que jamais, en péril la pérennité de l’Etat et, au-delà, l’existence même du pays.

Il s’agit d’une superposition de problèmes, à terme, explosifs, qu’on feint, pour le moment, de ne pas considérer outre mesure :

* Problèmes intérieurs épineux, avec le feu qui couve sous la cendre ;

* Contexte géopolitique, particulièrement alarmant à toutes nos frontières ;

* Visées impérialistes, géoéconomiques et géostratégiques de certaines grandes puissances sur la Mauritanie. Une menace angoissante qui pointe, déjà, à l’horizon.

Autant de bombes à retardement qui obstruent, à terme, toute perspective d’avenir. Ces problèmes qu’on a jugés inopportun de développer ici devront, sans tarder, être recensés, examinés, décryptés, étudiés et analysés pour leur trouver les parades appropriées.

Ce travail sera d’autant plus facilité si on adopte la démarche adéquate : anticiper les événements en ayant recours à la prospective. Bannir l’approche tactique qui consiste à naviguer à vue pour surmonter, au jour le jour, les difficultés du moment. En revanche, adopter une vision d’ensemble avec une approche stratégique sur fond d’une adhésion de toutes les composantes de la communauté nationale. Une telle approche transcende, naturellement, les contingences politiques et les intérêts sectaires. Une fois de plus, c’est le recours à la prospective qui pourra servir de planche de salut.

Car dans tout processus de décision, le recours à la prospective est devenu incontournable. La prospective favorise la prise en compte de l’avenir dans les décisions du présent. Elle permet d’anticiper les événements et de se faire une idée précise de l’évolution probable d’une situation donnée. Ce faisant, on peut ainsi envisager, à l’avance, les parades appropriées pour faire face à cet événement. Ceci est d’autant plus important si l’enjeu est l’avenir ou le devenir d’un Etat.

L’heure est grave

Sans jouer au Cassandre, on peut dire que l’heure est grave. On entend déjà, le son encore lointain mais parfaitement audible des sirènes d’alarme qui se rapproche dangereusement. Pour la survie du pays, les Mauritaniens devront, une fois de plus, faire front commun face à toutes ces menaces.

Pour raffermir davantage l’approche proposée plus haut, on devra faire table rase de certains lieux communs, faits et comportements qui sont autant de sentiers battus et rebattus qui figent la réflexion et atrophient l’esprit. Lesquels sont, malheureusement, encore monnaie courante dans nombre de pays en développement :

* Se départir du ton cotonneux et convenu sur fond d’une complaisance coupable quand on aborde une question sensible. De même, l’attitude pleutre et intéressée quand on est sollicité pour un conseil sur un dossier stratégique.

* La cupidité et l’avidité matérielle ambiante ne doivent pas prendre le pas sur l’intérêt supérieur de l’Etat.

* Le pouvoir devra s’ouvrir davantage à la société civile et particulièrement aux intellectuels. Un vivier d’universitaires dont certains, de par leur formation académique pourront, chacun dans son domaine, explorer des pistes de réflexion à même de solutionner nombre de problèmes. Ne jamais perdre de vue un constat : Ce sont les idées qui gouvernent le monde.

* Se rendre à une évidence : la fonction ne confère pas nécessairement la connaissance des dossiers.

Pas de méprise : Au-delà du discours émollient des thuriféraires de tout poil, la Mauritanie est bel et bien dans l’œil du cyclone. Les facultés de discernement les plus élémentaires l’attestent. Le ciel s’assombrit et les signes avant-coureurs de ce phénomène angoissant sont là, à notre porte. Il appartient, désormais, aux Mauritaniens, à tous les niveaux, d’y faire face.

D’aucuns pourront trouver les développements qui précèdent un peu excessifs, voire alarmistes. On leur répondra avec l’historien Ernest Renan : « Dans les moments graves, seul le pessimisme est fécond ».

La création d’un parquet national financier : Une urgence nationale/Par Moussa Hormat-Allah

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La création d’un parquet national financier : Une urgence nationale/Par Moussa Hormat-AllahLe Calame - D’emblée, un triste constat : Il est une vérité bien établie en Mauritanie : Nombre de responsables publics –à tous les niveaux de l’Etat—, accèdent à des fonctions sans une fortune personnelle significative. Parfois même sans aucune fortune.

Pourtant, dès les premières années de leur entrée en fonction, ils deviennent, souvent, comme par enchantement, richissimes. La technique est simple : instauration d’un système de vases communicants entre leur patrimoine personnel et celui de l’Etat.

Ainsi, pendant que l’immense majorité du peuple croupit dans la misère et le dénuement, ils amassent des fortunes, de plus en plus colossales. Mieux ou pire encore, ils passent, généralement, aux yeux de leurs compatriotes comme des symboles de la réussite sociale. Car, dans l’entendement populaire, la notion de la sacralité du bien public n’est pas encore suffisamment ancrée dans les mentalités.

Les fléaux de la corruption et les détournements des deniers publics sont devenus, en Mauritanie, depuis très longues années déjà, une véritable industrie. Une industrie particulièrement lucrative.

Il s’agit d’un mal endémique qui ronge de l’intérieur les fondements même de l’Etat et de la société. Un mal qui obère tout effort de développement économique. Dans ce triste registre de la prévarication, les exceptions de probité et d’intégrité sont rarissimes.

Ailleurs, en Occident, par exemple, faire main basse sur un bien public est une ligne rouge à ne pas franchir sous peine d’aller directement en prison. Et ce quelle que soit la position sociale ou professionnelle du contrevenant.

Ce qui explique que dans ces pays ce type de prévarication est très rare : un ou deux cas, ici ou là, de temps à autre. En revanche, sous ces cieux, c’est, surtout, la fraude et l’évasion fiscales qui sont dans la ligne de mire de la justice.

Pour revenir à la Mauritanie et pour éviter que de tels prédateurs ne dilapident plus les deniers publics, de solides garde-fous devront être posés. Parmi les mesures à envisager, une me paraît d’un grand intérêt. Il s’agit de la création d’un parquet national financier (PNF). Le PNF aura une compétence nationale. Le champ de cette compétence recouvrira, notamment, deux types d’infractions :

Les atteintes à la probité : corruption, trafic d’influence, favoritisme, détournement de fonds publics, concussion…

Les atteintes aux finances publiques : fraudes et évasion fiscales aggravées, blanchiment, escroquerie à la TVA… La saisine du PNF sera ouverte, naturellement, au parquet général (procureur général) mais aussi à la presse, aux ONG et aux particuliers sur la base de faits probants.

Lorsqu’il est saisi de faits relevant de sa compétence, le PNF pourra étendre son enquête aux faits connexes en lien avec la même affaire.

A l’issue de l’enquête, le PNF pourra :

Classer la procédure ;

Ouvrir une information judiciaire ;

Procéder à une inculpation ou mise en examen pour utiliser une expression, désormais, consacrée par le droit français :

Déférer le ou les insculpés devant un juge d’instruction pour, éventuellement, comparaître devant un tribunal correctionnel.

Le PNF devra être composé de magistrats professionnels, avec une parfaite connaissance des arcanes du monde des affaires et de la finance.

Ils seront assistés par des experts économistes et financiers. Le PNF de par sa composition et sa technicité sera différent des services de d’Etat affectés, jusqu’ici, à la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics.

Il est de notoriété publique que l’Inspection générale de l’Etat et la police économique de la DGSN sont, avant tout, des instruments de règlement de comptes au service du pouvoir. Elles sont là pour faire peur. Elles n’ont ni le personnel, ni la compétence, ni la légitimité pour s’acquitter convenablement de la mission qu’on leur a, théoriquement, assignée.

Ces entités d’exception ont été, probablement, créées dans un but bien déterminé pour servir des intérêts personnels : neutraliser des adversaires politiques ou affaiblir économiquement des hommes d’affaires qui voudraient se soustraire de l’emprise du pouvoir. De telles entités sont, naturellement, indignes d’un Etat démocratique.

La création du PNF marquera, sans doute, d’une pierre blanche le quinquennat du président Ghazouani. Elle mettra aussi en exergue, la ferme volonté du nouveau pouvoir pour lutter contre la corruption et la dilapidation des biens publics. S’ouvrira alors une nouvelle ère de bonne gouvernance au grand bonheur d’un peuple meurtri par plusieurs décennies de privation et d’injustice.

Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix Chinguitt

 

Nouvelles d’ailleurs : Conseil d’une mauritanienne aux sénégalais

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Chers amis sénégalais, à ceux qui seraient tentés d'en appeler à l'armée pour renverser le gouvernement de Macky Sall, je ne peux que vous "offrir" le modèle des Nous Z'Autres de la Tribu Mauritanie histoire de voir ce que vous récolterez...
Bref...
Résumé pas exhaustif du tout du "Coup d'état militaire pour les nuls" :
- un jour un militaire prend le pouvoir pour "sauver" le pays de tout et surtout de tout et rien.
- Puis vient un second militaire qui renverse le premier militaire qui voulait "sauver" le pays et ce, pour aussi "sauver" le pays.
- Après quelques mois ou quelques années, un troisième militaire arrive tout feu tout flamme et renverse le second militaire qui avait renversé le premier militaire qui voulait "sauver" le pays. Pourquoi? Pour lui aussi "sauver" le pays...
- Un quatrième militaire débarque alors, lui aussi "sauveur de pays" : il renverse donc le troisième militaire "sauveteur en espaces sablonneux" qui avait renversé le second militaire "sauveur" qui lui-même avait renversé le premier militaire membre de la grande famille kaki des " Sauveteurs Nationaux de Secours en Dunes". Avec un peu de poigne et de chance, il peut arriver, ce 4ème, à tenir 21 ans.
- Puis, taratata, sonnez trompettes et tambours, arrive un cinquième uniforme qui, oh nouveauté miraculeuse, débarque le quatrième militaire au nom d'une "rectification".
- Entre -temps, la mode du kaki évoluant, l'uniforme est jeté à la poubelle et remplacé par un boubou de Général à la retraite. Nous voilà donc avec un civil militaire républicano-démocrate qui débarque quand même le Cinquième qui avait débarqué le quatrième qui lui-même avait débarqué le troisième qui lui aussi avait débarqué le second qui lui avait débarqué le civil, inscrivant ainsi dans les manuels d'Histoire le Communiqué Zéro, père de tous les communiqués martiaux et débarquant (vous suivez encore?)
- Parallèlement à ceci, toute une opposition civile s'agite, monte et descend l'ascenseur du "je m'approche" du pouvoir et passe tout son temps " civilisé" à demander un "dialogue inclusif" et à rêver d'Iznogood, celui qui voulait être Calife à la place du Calife.

Et, au bout du compte de tant de débarquements et de sauveurs kakis, comme au foot, c'est TOUJOURS un militaire ou ancien militaire qui sera élu (les voies et voix du Seigneur des urnes étant impénétrables, je ne m'aventurerai pas dans le décorticage sociopolitique de la chose votante, scusi...).
Cela s'appelle une République militaro-civilo-kaki-Un, Deux Marquez le pas!
Bon, je vous dis ça, je vous dis rien, hein?

Mariem Derwich

Mauritanie : le gouvernement de Ould Bilal fait face à une bombe sociale à retardement

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Mauritanie : le gouvernement de Ould Bilal fait face à une bombe sociale à retardementKassataya - L’espoir né de l’élection de Ould Ghazouani est en train de se transformer en désespoir pour les mauritaniens d’en bas avec quatre crises sociales importantes. La hausse des prix des denrées alimentaires et la pénurie des médicaments, la révolte des riverains de la décharge de Tivirit, la résistance des populations de la vallée contre l’expropriation de leurs terres et les revendications des orpailleurs de Chami.

Une bombe sociale à retardement à laquelle le gouvernement de Ould Bilal fait face depuis plusieurs mois. C’est la gouvernance sociale qui est pointée par les observateurs. Une constance de fuite en avant des pouvoirs publics pour résoudre les problèmes d’inflation ou de pénurie de médicaments de déchets et de mise en valeur des terres agricoles.

Incontestablement ce sont les manifestations sporadiques depuis plus d’une semaine à Faralla dans le département de Mbagne qui éclipsent l’actualité nationale s’inscrivant dans le cadre d’un vaste mouvement de résistance des populations de la vallée contre les expropriations de leurs terres de cultures.

Des protestations légitimes qui datent de 83 avec la loi de la réorganisation foncière et domaniale. A partir de 89 avec les déportations sous le régime de Ould Taya de milliers de propriétaires terriens ont perdu leurs biens.

A Faralla comme à Koylol Bilol et à Dar El Barka le mouvement de révolte ne faiblit pas. La réponse du gouvernement par des lacrymogènes est révélatrice d’un état répressif comme en témoigne la violence policière depuis plus d’un mois contre les habitants de la plus grande décharge à ciel ouvert du pays Tivirit non loin de la capitale mauritanienne.

Un mauvais héritage du régime de Ould Aziz loin de trouver une issue malgré la promesse ferme du gouvernement de Ould Bilal.

Les bonnes intentions ne suffisent pas à calmer la colère des riverains qui vivent depuis plus de 13 ans dans un environnement malsain occasionnant ainsi chaque année des cas de cancer et de graves maladies respiratoires surtout chez les enfants.

Une odeur nauséabonde de poubelle qui risque de se transformer en bombe si les pouvoirs publics continuent de gagner du temps. C’est le même principe pour ce gouvernement quand il s’agit de lutter contre la hausse des prix des denrées de première nécessité.

C’est un ras-le-bol quasi général des mauritaniens qui en ont assez de la flambée des prix alors que le gouvernement vient de prendre des mesures qui semblent n’avoir pas eu d’effet sur les commerçants toujours récalcitrants.

Et parallèlement à cette difficulté les citoyens font face à une pénurie de médicaments démentie par le gouvernement et exacerbée par la crise sanitaire provoquée par la pandémie covid-19.

Une double peine qui relance la gestion catastrophique des autorités de Nouakchott qui auront des difficultés à éteindre plusieurs feux en même temps dont dans une moindre mesure les revendications des orpailleurs de la ville nouvelle de Chami pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Ces crises sociales à répétition laissent planer un doute quant à la capacité du régime de Ould Ghazouani à mieux faire que son prédécesseur.

Cherif Kane

 

Autour d’un Thé : Toujours les mêmes

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Autour d’un Thé : Toujours les mêmesLe Calame - C’est jusqu’à quand que c’est descends toi ou monte toi ! Où es tu ? Je suis là ! C’est qui ton parent ou ton parrain ? J’ai dit que je me demande que c’est jusqu’à quand que ça va continuer comme ça ? Toi dénommé de la Somelec mais nommé à la zone franche.

Mine de rien. Va là-bas avec tes pertes et profits et toi viens là comme cela tout simplement. Sans que ni l’un sache pourquoi il est dégommé ni que l’autre pourquoi il est greffé. Presque les mêmes hommes et les mêmes femmes. Au point que parfois certains ou certaines reviennent deux à trois fois au même poste. Tout ça, ça donne le tournis.

Du temps de Maouiya, c’était le jeu de la cagnotte et des dés. C'est-à-dire comme le disait quelqu’un que pour être nommé, il fallait trois choses : Un, être du parti républicain, démocratique et social (PRDS). Deux, que ton nom soit dans la cagnotte.

Trois, être chanceux pour être bien tiré et sortir ainsi du lot pour tomber au hasard sur un poste ministériel qui peut ne rien à voir avec ta formation si jamais tu as été formé à quoi que ce soit. Ya rien qu’on n’a pas vu.

Un professeur d’Arabe, ministre des mines et des nouvelles technologies. Un agronome, ministre des affaires islamiques et de l’enseignement originel. Un ingénieur, ministre de la femme, de l’enfant et de la famille.

C’est ça que la cagnotte a emmené ! Et ainsi de suite. Puis après on reprend les mêmes et on recommence. Toi va là-bas, moi va ici, mon ami va là-bas, mon cousin va là-bas, le cousin de mon ami va là-bas, la copine de ma petite amie va ici et le cousin de mon ami va quelque part. L’essentiel est qu’il ait quelque chose. Je vous assure.

Ce n’est pas la peine de jurer pour vous que moi je connais des gens qui sont là depuis que je suis devenu ‘’ conscient’’, c'est-à-dire depuis maintenant plus de quarante ans. Il y en a même qui sont là depuis bien avant.

Des gens qui ont travaillé avec feu le premier président et qui sont là vivants et bien vivants et aux affaires avec le dernier président. Des gens qui travaillent avec leurs petits fils et parfois même en deviennent leurs subordonnés. Des poignées de gens qui sont toujours là à tourner avec tous les systèmes.

Des fossiles. Des inoxydables. Des ininflammables. Regardez autour de vous. Visitez toutes les institutions de la République. De la présidence à la prison des femmes de Nouakchott. Ayez la curiosité de savoir qui les préside ?

Quelques exemples : Assemblée Nationale, Conseil Constitutionnel, Prix Chinguetti, Conseil Economique, Social et environnemental, les partis politiques les plus en vue, tous les ministres, les quelques rares exceptions confirmant la règle, les directeurs généraux des plus importants établissements et sociétés, les coordinateurs des projets les plus juteux, les conseils des administrations, les chargés de mission et conseillers du président et de son premier ministre et bien des choses encore.

Ceux là et celles là ! Regardez-les ! Faites un petit jeu de curiosité pour savoir combien étaient là avec Maouiya avec feu Ely avec feu Sidi avec Aziz et avec Ghazouani. C’est quel pourcentage ? C’est quel scandale.

Oui, des scandales puisque parmi eux et elles il y en a qui ont même été indélicats (merci l’euphémisme). Il y en a qui ont payé des centaines et des dizaines de millions détournés des caisses publiques. Il y en a qui sont cités en bonne place dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire.

Cité et récité. C’est jusqu’à quand qu’on va continuer à faire comme ça ? Chez nous, même les fous sont les mêmes. Ils sont les mêmes depuis des décennies dans les mêmes carrefours. Au niveau des mêmes feux rouges. Chez nous, les fous, les mendiants et les hauts responsables ne changent pas. Ils usent, ils abusent mais ne cèdent jamais.

Moi applaudir. Moi danser. Moi changer de camp au gré des systèmes. Mais, moi, pas bouger. Maman pas bouger. Papa pas bouger. ‘’Celui qui part, part sur moi et celui qui arrive, arrive sur moi’’, c’est la devise des hommes….bleus ! Salut !

Sneiba El Kory



Profil de Cas : Le génocide d’Inal ? Une affaire nationale pas négro-mauritanienne

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Profil de Cas : Le génocide d’Inal ? Une affaire nationale pas négro-mauritanienneMohamed Chighali - « Inal », « veuves », « pendaisons ». Depuis 30 ans, ces mots résonnent au son de la fanfare des défilés militaires du 28 novembre, date de l’indépendance de notre pays. 30 ans que cela dure. 30 ans que le même scénario se répète.

Un défilé militaire ici, une marche pacifique là-bas, de lacrymogène sur des manifestants, des arrestations et rebelote l’année suivante. Les faits sont têtus comme disait l’autre.

Mais moi, j’ai comme l’impression que l’obstination des pouvoirs publics de « refuser » de prendre leur courage à deux mains pour mettre fin au « génocide moral » conséquence du génocide physique de 28 mauritaniens condamnés à la pendaison jusqu’à ce que mort s’en est suivie sans forme de procès dans la nuit du 27 au 28 novembre 1991, est encore plus têtue.

Depuis 1991, on s’achemine lentement vers la mise à feu -par retardement- d’un « conflit moral » qui n’oppose pas deux communautés mauritaniennes l’une contre l’autre, mais qui oppose les régimes qui se sont succédés à la conscience collective à cause d’une affaire de « crime d’état » inscrite avec un sang humain sur le rôle de l’audience d’un crime jusqu’ici impuni.

Cette année 2020, plus que les autres années, des voix de plus en plus fortes provenant de toutes les composantes ethniques de ce pays s’élèvent pour dénoncer le refus des pouvoirs publics de donner des réponses toutes simples à des questions qui se posent légitimement année après année depuis trente ans.

- Qui a commandité d’exécuter de manière extrajudiciaire, 28 mauritaniens qui apparemment ne sont reconnus coupables que d’avoir la peau noire ?

- Qui sont ceux qui ont exécuté cette sentence qui relève du crime abominable et raciste ? - Où sont ensevelis les corps ?

Et surtout - le pourquoi de ce pourquoi invraisemblable ?

Les auteurs de ces actes qui déchirent la cohésion nationale et envenimement l’atmosphère de l’unité doivent être traduits devant la justice, la vraie, pas celle du « crime organisé » commee celle de cet acte isolé commis dans le noir de la nuit glaciale de la localité d’Inal.

Combien sont-ils derrière ce crime contre la citoyenneté mauritanienne de soldats qui ont servis avec honneur et dévouement sous les couleurs d’un drapeau national sensé les protéger ? Vingt, trente ? Cent génocidaires ? Peu importe leur nombre.

Est-ce que la cohésion nationale de 4.000.000 de mauritaniens mérite d’être sacrifiée pour protéger une poignée de criminels qui n’ont aucun sens du devoir religieux, moral et national ?

En 1991, nous étions sous un régime sanguinaire. Des acteurs et des témoins d’un crime et d’un génocide inouïs perpétrés contre des citoyens à part entière de ce pays ont, par leur silence été complices du plus abjecte mal qu’un musulman peut faire à un autre musulman.

Tant que le problème de ce passif sanguinaire n’est pas réglé pour un devoir de mémoire, par la connaissance de la vérité ou par une réconciliation nationale consensuelle, nous continuerons de marcher « inconsciemment » sur un terrain miné.

Miné par des mauritaniens auteurs de génocide qui se baladent sans être inquiétés dans un pays assis sur une poudrière au fond d’un volcan qui risque de reprendre de l’activité à tout moment.

Et cela n’est de l’intérêt de personne. Ni de l’intérêt de ces véritables lâches qui sont à l’origine de ce mal qui a creusé un fossé dans l’unité nationale. Ni dans l’intérêt des régimes qui se succèdent et qui, comme des sentinelles se relaient par tour de garde en se passant des consignes qui donnent l’impression de « noter » de ne pas régler définitivement ce passif qui n’est pas négro-mauritanien mais mauritanien tout court après tout.

Pour sauver le pays rien ne doit être tabou ou considéré comme tel. L’intérêt du pays est suprême et prime sur la traduction d’une poignée de criminels devant une justice pour répondre de leurs actes.

Si nous continuons de jouer aux prolongations de cette affaire nous allons donner l’impression aux veuves et aux orphelins des victimes de cette barbarie qu’il y’a une Mauritanie à deux vitesses ou à deux couleurs ce qui n’est pas vrai.

Ce qui est vrai par contre, c’est que la Mauritanie « arc-en-ciel » souffre d’un déficit très prononcé d’une volonté politique de résoudre un problème pourtant à équation unique.

Mohamed Chighali

 

Mattel enregistre la plus grande vitesse 4G lors des tests clients (Communiqué de Presse)

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EN IMAGES. Mattel enregistre la plus grande vitesse 4G lors des tests clients (Communiqué de Presse)Mattel - Comme annoncé lors des festivités du 60ème anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie, Mattel a organisé aujourd’hui une cérémonie officielle des tests de la 4G en présence de plusieurs de ses clients et partenaires afin de partager avec eux ce moment exceptionnel dans l’histoire des télécommunications en Mauritanie.

Après une séance de présentation et d’explication des différentes étapes du projet 4G de Mattel, les invités ont pu tester par eux même, et en avant-première en Mauritanie, la technologie 4G et ont expérimenté la qualité supérieure de l’internet 4G de Mattel dont le débit a dépassé les 11 Mbs.

Toujours fidèle à sa réputation d’opérateur pionnier dans le secteur des télécommunications en Mauritanie, Mattel confirme aujourd’hui son rôle d’acteur majeur dans le secteur des TIC en Mauritanie et s’engage à poursuivre le déploiement des infrastructures 4G avec la qualité requise pour permettre un lancement commercial du service 4G dans les plus brefs délais.

Source : Mattel

Mattel célèbre l’indépendance en installant son premier réseau 4G

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A l’occasion du 60ème anniversaire de la fête de l’indépendance de la Mauritanie, Mattel présente ses meilleurs vœux au Président de la République, aux membres du gouvernement ainsi qu’à l’ensemble du peuple    mauritanien et annonce à cette occasion la mise en place avec succès du premier réseau expérimental 4G en Mauritanie qui sera inauguré officiellement dans les prochains jours.

 

 

 


 




Contribution: discutons, débattons sans tabou/ Par Samba Thiam

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Contribution: discutons, debattons sans tabou/ Par Samba ThiamSamba Thiam - La sortie récente de Ciré Kane sur la toile, objet de controverse, interpelle …Chacun de nous devra se prononcer sans démagogie aucune sur la question. Et, en bon démocrate, on se doit de poser, comme axiome, qu’il ne peut pas y avoir de question-taboue…

Certains hommes politiques -y compris des soldats reconvertis- excellent dans l’art de dévier les débats. Je crois, pour ma part, que le sens du posting de Mr Ciré Kane, sciemment déformé par quelques intervenants, n’était pas "d’appeler à la guerre" mais plutôt d’impulser une réflexion, susciter un débat autour de notre "Unité nationale", devenue problématique…

La position de Ciré, se résume, je crois, en ces termes : "l’unité n’est plus possible pour moult raisons(-discutables bien entendu-) ; A partir de ce constat établi, il propose, me semble-t-il, "que les gens se séparent dans l’entente mutuelle, en douceur, sans déchirure"; sans quoi, cette séparation ou partition risquerait de se produire dans la violence", dont il serait souhaitable de faire l’économie.

Toute autre lecture qui tend à en faire un appel à la guerre me semble simplement partisane, biaisée, voire démagogique ; tout comme la censure de Cridem par la HAPA qui monte au créneau, pour faire de si peu une montagne …

Certains ne cherchent rien de plus qu’à faire un mauvais procès à l’auteur, à le culpabiliser, par un terrorisme intellectuel qui ne dit pas son nom, visant à brider la réflexion, à empêcher de penser, de discuter des problèmes de fond. Discuter de tout, y compris de notre vivre-ensemble qui ne fonctionne pas, voilà le débat campé !

Discutons, débattons, puisque comme dit l’adage "un problème discuté est à moitié résolu".

Encore une fois il ne doit pas y avoir de question taboue ! Cela dit, je ne pense pas que l’Unité puisse être considérée comme une fin en soi absolue ; elle doit demeurer un objectif ultime vers lequel on doit tendre, autant que se faire se peut. "La vie à tout prix, comme l’Unité à tout prix, - source de tous les esclavages- ne peut pas être une option…au regard ce qu’en dit pertinemment Yehdih : "Si l’on ne peut vivre ensemble qu’au prix de l’oppression d’une composante, c’est une position pas raisonnable et qui, surtout, n’est pas tenable".

Or nous savons, en toute honnêteté que, jusqu’ici, l’Unité que nous vivons n’en est pas une, mais juste celle du cavalier et de sa monture. La vraie "unité suppose le respect de l’autre dans son identité et dans son altérité" ; et que "la volonté de vivre-ensemble doit avoir pour socle le respect concomitant de la diversité -ethnique et religieuse- condition de participation des nations", rappelle Souleymane B Diagne ; ce n’est pas le cas chez nous ! "90 % des richesses de la vallée du fleuve sont aux mains de familles maures", révèle Isselmou ould Abdel Kader, ancien gouverneur ; plus de 90 % de la population carcérale à Nouakchott est constituée de négro-africains et de Haratines, déclare Aminétou Mint El Moctar.

Moctar Ould Daddah confiait, en toute franchise, dans une interwiew (RFI) que "pour faire place aux hassanophones dans l’administration mauritanienne naissante, il fallait diminuer les gens du Sud"- ; Ça dit ce que ça dit, c’est-à-dire tout ! Souvenons-nous, par ailleurs, que Ould Taya avait fait assassiner des milliers de négro-africains et déporté des dizaines de milliers d’autres.

Dans "la vallée du fleuve"- ouvrage écrit par Bernard Grousse, Sidy M saleck et Ba Bocar Moussa -, ces auteurs rapportent le contenu d’un rapport confidentiel du ministre de l’intérieur Gabriel Cymper, ainsi libellé : "Les Halpulareen tentent de déstabiliser la Mauritanie en remettant en cause son arabité. La base sociale sur laquelle se développe ce particularisme, tributaire de l’hégémonisme sénégalais, c’est la composition ethnique du peuplement local actuel, majoritairement halpulareen. En modifiant radicalement la composition ethnique de ce peuplement, on prive ce particularisme de tout développement à moins terme".

C’est là une des faces cachées de l’agenda qui montre que l’imbrication des populations, posée naïvement par certains comme obstacle à la séparation, n’a pas été fortuite ou accidentelle. En couronnement de ce chapitre de discriminations flagrantes, ouvertement menées, loin d’être exhaustives, que dire de l’accaparement ou des tentatives répétées d’accaparement, de tous les jours, des terres de la vallée du fleuve ?

Après 60 ans d’oppression persistante, 60 ans "d’unité du cavalier et de sa monture", que fonde une volonté politique assumée et obstinée de faire de tous des arabes, dans le déni de nos langues et cultures, que faut-il penser ? La description de cette douloureuse situation ne mérite-elle pas qu’on s’interroge, légitimement, sur la viabilité de notre Unité ?

N’est-on pas en droit -pour les victimes-, de nous interroger et pour tous les autres, de chercher, par devoir, des solutions, d’explorer toutes les voies, toutes les options possibles ?

Yehdih -encore lui-, posait que "un pays est d’abord fondé sur une volonté des diverses parties de coexister, de vivre ensemble dans la paix. Sans ce choix et cette volonté c’est une partie perdue". Avons-nous consulté les composantes de notre peuple sur leur volonté de coexister ? pas à ma connaissance ! De surcroît, La Mauritanie a existé par la seule volonté du colon, ne perdons pas ça de vue …

Enfin , Julius Niereré, dans "pourquoi j’ai soutenu le Biaffra", posait que : "l’Unité ne peut se fonder que sur l’assentiment des peuples en cause. Les peuples doivent sentir que l’État, l’Union sont leurs et accepter que leur querelle se situe dans ce cadre là. A partir du moment où une fraction importante du peuple cesse de croire que l’Etat est le sien et constate que le gouvernement n’est plus à son service l’unité n’est plus viable".

Ce stade n’est -il pas atteint en ce moment, au vu du ressenti actuel des Négro-africains vis-à-vis de l’Etat central mauritanien ? Alors, de grâce ne faisons pas de procès, mal placé, à Mr Kane, en droit de s’interroger et de proposer ...Ce ne serait rien d’autre qu’une manière subtile de noyer le poisson, de dévier le débat... Osons, s’il vous plait, réfléchir et livrer, en toute objectivité et sans circonlocutions, le fruit intégral de notre réflexion ...

"Une vie qui ne s’examine pas ne mérite pas d’être vécue", disait l’autre. Discutons, débattons sans tabou …Débat et dialogue inter-communautaire…Mais surtout et avant tout, débat intra-communautaire arabo-berbère car il faut bien qu’on nous disent si oui ou non cette situation, sans issue, doit continuer ou prendre fin. Les Justes doivent monter au créneau et l’impulser…. à la manière de Yedaly.

Samba Thiam
Président des FPC.


ماتل تعزي في وفاة الرئيس الأسبق سيدي محمد ولد الشيخ عبد الله

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بسم الله الرحمن الرحيم

« يا أَيَّتُهَا النَّفْسُ الْمُطْمَئِنَّةُ ارْجِعِي إِلَى رَبِّكِ رَاضِيَةً مَّرْضِيَّةً فَادْخُلِي فِي عِبَادِي وَادْخُلِي جَنَّتِي »

صدق الله العظيم

رسالة تعزية

بقلوب مؤمنة بقضاء الله وقدره وببالغ الحزن والأسى، تلقينا نبأ وفاة المشمول برحمة الله الرئيس الأسبق للجمهورية الإسلامية الموريتانية السيد سيدي محمد ولد الشيخ عبد الله . وبهذه المناسبة الأليمة، يتقدم المدير العام لشركة ماتال السيد إلياس بن ساسي و كافة عمال الشركة بأصدق عبارات التعازي والمواساة القلبية لأسرة الفقيد و لكافة الشعب الموريتاني، راجين من العلي القدير أن يلهمهم الصبر والسلوان في هذا المصاب الجلل ويشمل الفقيد بالمغفرة والرضوان ويسكنه فسيح الجنان و إنا لله وإنا إليه راجعون

Message de condoléances

Nous avons appris avec grande tristesse la disparition de l’ex-président de la République Islamique de Mauritanie, le regretté Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi.

En cette douloureuse occasion, le Directeur Général de Mattel Monsieur Elyes Ben Sassi et l’ensemble de son personnel présentent leurs condoléances les plus sincères à la famille du défunt et au Peuple Mauritanien en priant Allah le tout puissant de lui accorder son infinie miséricorde et de l’accueillir en son Paradis éternel.

Inna lillahi we inna illeyhi Rajioune

Mattel lance, en exclusivité, la Recharge par Carte Bancaire

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Mattel lance, en exclusivité en Mauritanie,le service « Recharge par Carte Bancaire » en partenariat avec le Groupement Interbancaire de Monétique et des Transactions Electroniques, GIMTEL.

Les 2 entités ont signé, ce mardi 10 novembre 2020, une convention de partenariat qui vient couronner plusieurs mois de collaboration et de partage d’expérience ayant permis à ce mode de paiement de voir le jour pour la première fois en Mauritanie.

Le nouveau service de « Recharge par Carte Bancaire »permettra aux clients détenteurs de carte bancaires du réseau GIMTEL de recharger leur abonnement ou celui de leurs proches en quelques clics directement sur le site web de Mattel à tout moment, sans se déplacer et en toute sécurité.

De droite à gauche : Monsieur Elyes Ben Sassi, DG de Mattel et Monsieur AmarYacoub, DG de GIMTEL

Au cours de la cérémonie de signature, le Directeur Général de Mattel, M. Elyes BEN SASSI a déclaré« Le nouveau service de Recharge par Carte Bancaire entre dans le cadre de la stratégie de Mattel visant à améliorer l’expérience client grâce au Digitalet confirme notre engagement à tout mettre en œuvre pour le développement du digital en Mauritanie»

Pour sa part, le Directeur Général de GIMTEL,M.AmarYACOUB,s'est félicité de ce partenariat fructueux avec Mattel qui a permis de répondre aux exigences de l’état mauritanien en matière de digitalisation des transactions financières et de réduction de la circulation du cash.

Avec la « Recharge par Carte Bancaire » de Mattel, rechargez en toute sécurité quand vous voulez, où que vous soyez, en Mauritanie ou à l’étranger.

Pour plus d’informations sur le service de recharge par carte bancairerendez-vous sur le site www.mattel.mr ou contactez le centre d’appel de Mattel au 132.

La destruction massive de l’administration publique par le pouvoir ‎discrétionnaire de nomination aux emplois supérieurs. Par Pr ELY ‎Mustapha

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La destruction massive de l’administration publique par le pouvoir ‎discrétionnaire de nomination aux emplois supérieurs. Par Pr ELY ‎MustaphaPr ELY Mustapha - «Les critères de la compétence et de l’expérience, qui devaient primer dans les nominations dans les hautes fonctions, ont été occultés au profit du clientélisme, de l’appartenance politique et de la proximité avec le ministre», a martelé le président de la Commission des finances de la Chambre des conseillers, Rahal El Mekkaoui, devant le ministre de la Réforme de l’administration et de la fonction publique lors des questions orales à propos de l’examen du projet de loi organique relative aux nominations aux emplois supérieurs.

Il a mis en cause la façon par laquelle le gouvernement a appliqué ce texte qui a fragilisé l’administration.(L'Economiste -Maroc- Edition N°:5517 Le 16/05/2019)

Si le Maroc et d’autres pays ont pris les devants et ont modifié depuis des décennies, leurs lois relatives à la nomination aux emplois supérieurs pour juguler cette destruction massive de l’administration publique à travers les nominations discrétionnaires aux emplois supérieurs (directement par le chef de l’État ou par décret en conseil des ministres), la Mauritanie continue à payer un lourd tribut du fait de ces nominations.

En effet, en application de l’article 5 de la loi de 1993 (Loi 93-09 du 18 janvier 1993 portant statut général des fonctionnaires et agents contractuels de l’État), le Décret n°2016-061 du 07 Avril 2016 relatif aux emplois supérieurs de l’État "fixe la liste des emplois supérieurs laissés à la discrétion du Président de la République".

Et si dans la législation mauritanienne sur la fonction publique, il ya un décret néfaste c'est bien celui-là. C'est une véritable machine destructrice de toute possibilité pour l'administration publique de répondre à une bonne gouvernance et à une gestion saine lui permettant d'être au service du pays.

En effet, ce décret donne au pouvoir politique la possibilité de pourvoir les postes-clefs de l’administration publique en personnel à son propre service, malléable et corvéable à merci et qui ne répond ni aux critères de compétence, ni à ceux de l’expérience ou même de la qualification académique ou professionnelle.

Et ni le chef de l’État et ni le ministre qui propose ces nominations n’est passible d’une quelconque redevabilité. Ils n’ont à rendre compte à aucune commission ou juridiction à propos de ces nominations.

Ce pouvoir discrétionnaire du Président de la république porte, pour les nominations directement par décret sur :

- Ministres et assimilés ;

- Président de la Cour Suprême ;

- Président de la Cour des Comptes ;

- Président du Conseil Constitutionnel ;

- Président du Haut Conseil Islamique ;

- Inspecteur Général de l’État ;

- Président du Conseil Économique et Social ;

- Médiateur de la République ;

- Gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie ;

- Chargés de Mission et Conseillers à la Présidence de la République ;

- Chargés de Mission et Conseillers au Premier Ministère ;

- Chefs de mission diplomatiques et consulaires ;

- Président de la Haute Autorité de l’Audiovisuelle.

Et pour la nomination par décret pris en conseil des ministres sur:

- Secrétaires Généraux des Ministères ;

- Chargés de mission, conseillers techniques et inspecteurs généraux des ministères ;

- Présidents d’universités publiques ;

- Directeurs généraux et directeurs généraux adjoints d’administration centrale ;

- Inspecteur général d’État adjoint ;

- Directeurs et directeurs adjoints d’administration centrale ;

- Directeurs et directeurs adjoints de services ;

- Inspecteurs des ministères ;

- Walis et walis mouçaids ;

- Hakem et hakem mouçaid

- Chefs d’arrondissement et autres autorités de l’administration territoriale ;

- Directeurs et directeurs adjoints des EPA (s) ;

- Directeurs généraux et directeurs généraux adjoints des EPIC (s).

C’est autant dire que toute l’administration est soumise à la manipulation politique, la réduisant à un dépôt d’une masse de personnel qui ne répond qu’aux « critères » voulus par le politique.

Ce qui explique pourquoi l’administration publique mauritanienne est l’une des plus médiocres au monde et pourquoi il n’y règne qu’incompétence, corruption et gabegie.

En effet, tous les postes-clefs, qui doivent être le cœur battant, la centrale de gouvernance et de gestion, le management et la supervision, la conception et l’exécution, la projection, le suivi et l’évaluation de l’administration publique sont nommés par décret par un pouvoir discrétionnaire.

Et ce pouvoir discrétionnaire, use et abuse de ses prérogatives. Comme le montrent si bien les récentes nominations au Ministère des finances. Nominations de complaisance partisane, « d’encoquinage » politique, et de marchandage d’intérêts claniques et tribaux. Et il en est ainsi depuis des décennies au mépris du développement du pays, expliquant la pauvreté et la misère du fait de projets et d’investissements portés par une administration publique incompétente qui gère ses appuis politiques vers lesquels elle dérive les ressources publiques (en marchés publics plombés et en corruption généralisée par valets « nommés » interposés).

Le pouvoir nomme, mais il ne le fait pas dans l’intérêt du pays ou de la nation ; il le fait dans son propre intérêt de clan et de tribu. Il le fait dans l’intérêt de ses soutiens économiques et financiers et pas dans celui du pays. En somme le pouvoir discrétionnaire de nomination aux emplois supérieurs est un véritable outil de neutralisation de l’administration publique mauritanienne par sa mise au service d’intérêts égoïstes.

Ceci est d’autant plus grave que ce pouvoir « discrétionnaire », comme sa nature l’indique, exclut toute référence aux qualifications, diplômes ou expérience ou même un quelconque droit à l’emploi ou à la fonction. Il nomme c’est tout, pourvu que cela réponde à des enjeux politiques et à la gestion d’alliances de toute nature permettant le maintien du pouvoir en place.

Même le ministre qui propose, en conseil des ministres des nominations scandaleuses par décret, n’est ni responsable de son acte, n’est pas appelé à y répondre et ne serait même pas poursuivi pour avoir induit le chef de l’État en erreur. D’ailleurs ce dernier, n’y prêterait même pas attention, son pouvoir discrétionnaire le couvre en tout point.

Chaque ministre n’est en fait que la boite à résonance d’un système discrétionnaire de nomination par lequel il répercute la volonté de la nomenklatura politique en place pour la longévité au pouvoir.

En matière de nomination aux emplois supérieurs, le décret mauritanien susvisé ne se réfère à aucune grille professionnelle, à aucun référentiel de compétences et de métiers sur lesquels peuvent être alignées ces nominations. Tout est discrétionnaire.

Et même pour la nomination par décret en conseil des ministres, que l’on pourrait penser « réfléchie » puisqu’elle se fait en « conseil des ministres » justement, passe comme lettre à la poste puisque ledit décret stipule simplement, que « la nomination aux emplois supérieurs pris par décret en conseil des ministres est effectuée sur proposition des ministres gestionnaires ou utilisateurs pour les emplois relevant de leur autorité. (..)" Rien de plus.

Nous savons cependant, comme on l’a déjà montré dans un article précédent, intitulé « Sois ministre et tais-toi ! » (Http://www.cridem.org/C_Info.php?article=738937), que ces emplois nombreux et importants sont négociés et passent par le Premier ministre qui lui-même les présente au Président de la République, qui donne ses orientations, en fonction des enjeux tribaux, claniques, économiques et électoraux du moment.

Et c’est ainsi que l’égoïsme et l’irresponsabilité de nos gouvernants président à la nomination aux emplois stratégiques d’une administration publique qui se meurt et, à travers elle, tout le pays.

Quelles solutions apporter à cela ?

Face à cette grave situation, il faut des solutions radicales.

Ainsi, il faut absolument réviser la constitution mauritanienne et y introduire, à l’instar de la constitution marocaine, les principes auxquels doivent répondre les nominations aux emplois supérieurs dans l’administration publique et prévoir une loi organique les concrétisant dans les faits.

L’exemple marocain: les principes et critères de nomination aux fonctions supérieures sont imposés par une loi organique

L’article 92 de la constitution marocaine du 1er juillet 2011 dispose qu’une loi organique (prévue à l'article 49 Constitution) « peut compléter la liste des fonctions à pourvoir en Conseil de Gouvernement, et déterminer les principes et critères de nomination à ces fonctions, notamment ceux d'égalité des chances, de mérite, de compétence et de transparence. »

Cette loi organique adoptée, en 2012 (loi organique n° 02-12 promulguée par le dahir n° 1-12-20 du 27 chaabane 1433 (17 juillet ‎‎2012) relative à la nomination aux fonctions supérieures en application des dispositions des articles 49 et 92 de la Constitution), pose dans son article 4, les principes et les critères de nomination aux fonctions supérieures :

« En application des dispositions de l'article 92 de la Constitution, sont fixés comme suit les principes et critères de nomination aux fonctions supérieures prévues au paragraphe 2 de l'article premier ci-dessus :

I. - Principes de nomination :

* l'égalité des chances, le mérite, la transparence et l'égalité à l'égard de l'ensemble des candidates et candidats ;

* la non-discrimination, sous toutes ses formes, dans le choix des candidates et candidats aux fonctions supérieures, y compris en raison de l'appartenance politique ou syndicale, ou en raison de la langue, la religion, le sexe, le handicap ou pour tout autre motif incompatible avec les principes des droits de l'Homme et les dispositions de la Constitution ;

* la parité entre les hommes et les femmes, en tant que principe dont l'État œuvre à la réalisation conformément aux dispositions du 2ème alinéa de l'article 19 de la Constitution, sous réserve des principes et critères prévus par le présent article.

II. - Critères de nomination :

* jouir de ses droits civils et politiques ;

* disposer d'un haut niveau d'enseignement et de la qualification exigible ;

* être connu pour son intégrité et sa probité ;

* avoir une expérience professionnelle dans les administrations de l'État, dans les collectivités territoriales, dans les établissements ou entreprises publics ou dans le secteur privé, à l'intérieur ou à l'extérieur du pays. "

Des décrets d’application sont intervenus de façon explicite sur l’application de ces principes et critères au sein de l’administration publique :

- Le Décret n° 2.12.412 du 11 octobre 2012 pris pour l’application des articles 4 et 5 de la loi organique n° 02.12 concernant la procédure de nomination aux fonctions supérieures. Ces textes sont soumis l’accès aux emplois de : secrétaire général, de directeur central, d’inspecteur général, directeur de certains établissements publics, et autres emplois qui relèvent du domaine du Chef de gouvernement, à une procédure d’appel à candidature reposant sur: La Consécration des principes de mérite, d’égalité des chances et de transparence.

- Le Décret n°2.11.681 du 25 novembre 2011 fixant les modalités de nomination des chefs de division et chefs de services (2011)

Depuis fin 2011, l’accès aux emplois de chefs de division et chefs de services et de certains emplois similaires, est soumis à une procédure d’appel à candidature ouverte aux candidats remplissant certaines conditions d’ancienneté (compétence, formation et de mérite…) l’objectif visé a été d’attirer les compétences de haut niveau, aptes à améliorer et à augmenter le niveau manageriel des services publics et Garantir leur efficacité afin d’améliorer la qualité des prestations (Référence: Ministère de l'économie, des finances et de la Réforme administrative. Maroc. septembre 2020)

Ainsi la constitutionnalisation des principes et des critères de nomination aux emplois supérieurs est un véritable frein aux pratiques malsaines qui caractérisent les nominations aux emplois supérieurs en Mauritanie.

Il reste cependant que certains emplois supérieurs se situant à la jonction du système politique et de l’administration (les ministres notamment, avec leur dédoublement fonctionnel, autorité administrative et autorité politique) relèvent naturellement du pouvoir discrétionnaire de nomination du Président de la République (notamment en régime présidentiel ou présidentialiste).

Toutefois, il est absolument nécessaire, en Mauritanie que le reste des fonctions supérieures (notamment celles pourvues par décret en conseil des ministre) échappent à ce pouvoir discrétionnaire et répondent aux principes et critères de toute nomination en terme de compétence, d’expérience et de qualification.

De même que doit accompagner de telles nominations la possibilité de mise en jeu de la responsabilité des ministres pour les nominations qu’ils proposent et l’ouverture de possibilités de recours contre ces nominations devant une commission instituée à cet effet. Il y va non seulement de l’efficacité de l’administration publique mais de son existence même.

Pr ELY Mustapha

 

Objection, M. le Président ! par Nana Mint Cheikhna

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Objection, M. le Président ! par Nana Mint CheikhnaLe Calame - Visiblement pétri d'une tradition bien ancrée, le président de la République a, dès son élection, apposé une empreinte de grande aménité à son auguste magistère. Il a en effet reçu et écouté, l'un après l'autre les leaders de l'opposition jadis voués aux gémonies par son prédécesseur.

Puis ils sont invités et reçus avec les honneurs pour glorifier dans la ferveur Chinguetti l'une des plus prestigieuses et des plus emblématiques villes anciennes. Et, cerise sur le gâteau, ils sont conviés et reçus à Akjoujt avec les mêmes égards pour célébrer dans la communion la commémoration de notre liberté, notre éclosion commune au monde, l'indépendance du pays.

Outre une volonté de civiliser ce rapport, cette amabilité constitue la housse dont les Zewayas et de surcroit s'ils sont " Echyakhs" revêtent le piédestal sur lequel les hissent la naissance et le pouvoir spirituel que leur attribue une multitude d'adeptes et une aura qui s'étend bien au delà de ceux-ci.

Cependant cette attitude a été aussitôt interprétée par l'ensemble des observateurs comme un prélude louable et jugé incontournable par un grand pan de l'opinion, à la programmation d'une concertation, un dialogue entre le pouvoir et l'ensemble des protagonistes politiques et sociaux afin de venir à bout d'une crise - il faut appeler les choses par leur nom - une crise politique, sociale, économique qui mine tous les aspects de la vie de la nation.

Une unité nationale dangereusement disloquée, une éducation qui produit de plus en plus l'ignorance et dont les règles renforcent l'exclusion et la division, une gouvernance économique désastreuse qui a mis à genoux la presque totalité des entreprises nationales, une forme de redistribution injuste creusant dangereusement le fossé entre les classes et les composantes sociales, des opposants poursuivis, exilés pour des raisons tenant à la haine d'un homme qui a mis le pays en coupe réglée, une démocratie bancale foulant au pied les règles élémentaires indispensables à l'organisation d'élections transparentes et crédibles.

Cette situation, encore en l'état, comporte évidemment des risques pour un pays cerné par une insécurité chronique dont les germes de déstabilisation et de contagion sont indéniables et à la veille d'exploitation de gisements importants.

Un moment qui requiert plus que jamais la résolution de tous ces problèmes devenus chroniques et qui couvent le danger en dépit d'un calme superficiel.

Mais à la surprise générale, dans son interview accordée au journal le Monde, le Président a tenu des propos au sujet du dialogue qui sont tombés comme une réplique parallèle à l'orientation insinuée par les gestes d'ouverture ainsi entamée.

En effet en répondant par ces mots à une question relative au dialogue: "ce n'est pas opportun, on se parle, on se rencontre, ils peuvent faire des propositions. Nous ne sommes pas dans une situation qui nécessite une un dialogue inclusif." Et plus loin : " par la suite nous pourrons définir une autre forme d'ouverture. "

Ceci laisse entendre qu'il suffit de se parler, de se rencontrer et faire des suggestions unilatérales demeurées sans répondant, pour que les problèmes s'estompent à la faveur de quelques Salamalecs.

Comment peut-on imaginer que des partis politiques, des mouvements, des leaders qui ont enduré durant des décennies l'exclusion, l'exil, la prison pour avoir défendu l'idéal supérieur d'une Mauritanie démocratique, juste, unie et égalitaire pourraient se suffire d'inaugurer les chrysanthèmes avec le président de la Républiques.

Résoudre les problèmes du pays ne peut se faire par le replâtrage et quelques politiques sectorielles. Les questions sont plus profondes que cela.

Le dialogue est urgent et incontournable pour des solutions consensuelles et apaisées.

Monsieur le Président, vous avez mis une semence de qualité dans le sillon, elle ne doit pas produire l'ivraie ou des nielles de blé qui viendront pourrir une moisson que nous souhaitons heureuse pour la Mauritanie.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar Sneiba

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L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar SneibaLe Calame - Cent jours. C’est très peu pour la croissance d’un poulet, voire pour la rémission d’une maladie, même bénigne. Alors pourquoi -comment s’impatienter quand il s’agit de croissance et de pathologies de l’Etat ?

Pour certains, le tout –nouveau président ne fait qu’atermoyer, faisant languir une population éprise de changement ; d’un changement rapide, profond, aussi bien nécessaire que durable.

La méthode et la façon de communiquer de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, semble trancher avec celle des autres chefs d’Etat ; tous, sans exception, déroulent le one man show trivial : irruption en fracas, voire en éléphant dans un magasin de porcelaine, dans l’Espace politique ; discours tonitruants, promettant monts et merveilles dès potion minet ; exhumation des dossiers fumants et nauséabonds, aptes à l’empêtrer lui-même dans un brouillamini l’empêchant de se gratter le genou.

Poli à l’envi, patient à décourager plus d’un soufi, un silence olympien et une capacité d’écoute à toute épreuve, sont quasiment les réactions du Président à tout stimuli extérieur. C’est très bien, d’autant plus que ce n’est pas donné à tout le monde.

Mais ça peut troubler des populations habituées à des leaders par trop réactifs et à l’autorité cassante. Chacun a son style, De Gaulle disait : « Il y a deux façons de dire une chose ; la douce et la patibulaire, je préfère la dernière » Le Président El Ghazouani, quant à lui, opte résolument pour la douce.

Même si certains désapprouvent sa méthode, celle-là a déjà son effet positif : depuis son avènement, l’espace politique est plutôt calme et les revendications sociales et communautaires moins véhémentes.

Coquilles sporadiques

De l’argent, il semble en manquer pour dérouler son programme. Une expérience quasi-éternelle nous apprend que les Etats vivent d’argent, mais ne meurent jamais par la mouise. A titre d’exemple : au Congo, en 1972, un zaïre valait deux dollars ; en 1991, un dollars en valait 4 millions.

La monnaie puissante du Congo mua en monnaie de singe, réduisant à la déliquescence l’Economie du pays qualifié de « scandale géologique » D’après le RAMSES 2018 (Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les stratégies, émis par l’Institut Français des Relations internationales), la RDC affiche un taux de croissance du PIB de 6,92, en 2015 ; un taux d’inflation de 0, 96 ; et un taux de corruption de 21, tandis que la Mauritanie est à 0,58 de croissance de PIB (données 2015), avec un taux d’inflation de 3,77 et 27 de corruption.

Ce n’est pas là un hymne à la prévarication, mais c’est dire que les Etats ont plus besoin d’autres choses. Par exemple, les Ressources humaines : moteur et promoteur de l’Etat. Après le léopard de Kinshasa, les cadres formés dans de grandes écoles ont su faire renaitre le Zaïre et sa monnaie de leurs cendres.

Nommer n’importe qui n’importe où est le pire des actes de commandement et de management. Imaginons le capitaine confiant la chaudière à un matelot carent puisqu’il est parent, tandis que le navire dérive vers le récif a vitalement besoin d’un ingénieur capable ?

Avec le Président Mohamed Ould Cheikh, on note une amélioration en la matière : moins de jouvenceaux ou de jouvencelles néophytes à des postes stratégiques de la haute administration ; moins de vieillards analphabètes parvenus à la faveur des méandres de l’Histoire. Mais, force est de constater de petites coquilles sporadiques résiduelles. De nouveaux promus à de grands postes parlent un arabe et /ou un français approximatif.

Nous comptons sur l’homme du nouvel espoir pour séparer le bon grain de l’ivraie. Les écuries d’Augias nécessitent une très longue haleine.

Fidele à son caractère et à sa méthode, nous l’avons entendu dire : « je vais y aller à mon rythme » Peu importe le rythme, l’essentiel est de continuer à filer du bon coton.

Brahim Bakar Sneiba, écrivain-journaliste
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY Mustapha

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Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Lorsque John Maynard Keynes, débarqua en Mauritanie, la première impression qu’il eût et qu’il consigna dans ses mémoires, fut la richesse du pays en ressources naturelles...et la pauvreté des gens...en ressources élémentaires.

Ce fut pour lui un élément fondamental de réflexion et il passa de longs mois sous une khaima en méditation pour théoriser ce paradoxe. Il s’appliqua notamment à comprendre le rôle que les pouvoirs publics ont joué dans cette misère. Lui, fervent défenseur de l’interventionnisme économique de l’Etat, voici que cela contredisait sa philosophie de l’Etat bienfaiteur.

Je l’ai rencontré par hasard, enturbanné debout à la lisière d’une kebba en profonde méditation devant un groupe de groupe de jeunes gens désœuvrés à l’ombre d’une baraque branlante.

Question : Monsieur Keynes ? John Maynard Keynes je suppose ?

Keynes : Lui-même, Sir...

Q : Quel spectacle n’est-ce pas ?

Keynes : Oui, ça me rappelle les jeunes de Liverpool...

Q : Ce n’est pas le plein emploi ...

Keynes : tout-à-fait, nous ne sommes pas dans une situation de chômage incompressible, ou de faible durée. Tout le monde ici chôme. Curieux n’est-ce pas ?

Q: Et pourtant, monsieur Keynes l’Etat mauritanien est plus qu’interventionniste.... Cela aurait dû vous faire plaisir.

Keynes : C’est justement ce qui me fait réfléchir…je dois revoir mon multiplicateur !

Q : Vous pensez qu’il n’est pas applicable aux réalités économiques mauritaniennes ?

Keynes : Vous savez, depuis le temps que l’Etat investit et que la pauvreté est criante, cela mérite une révision de mon modèle.

Q : Qu’est-ce à dire ? Sommes-nous les laissés-pour compte « d'un cercle vertueux de la croissance économique » ?

Keynes : Je suis certain qu’il y a quelque chose de particulier à votre économie. Voyons voir. En principe l'activité économique repose sur le niveau de la demande effective anticipée par les agents économiques...

Q : La demande effective est faible et l’anticipation par les agents économiques de cette demande est quasi-nulle...Il faut donc relancer la demande ?

Keynes : Effectivement. Car en relançant la demande, les entreprises accroitront leur offre aussitôt absorbée par cette demande qui générera une distribution de revenus par la relance de l’emploi et donc un accroissement des investissements des entreprises et donc distribution de richesses. Formation brute capital fixe d’où croissance économique.

Q : Cela doit être en principe le processus de croissance attendu de toute économie. Mais alors qu’est-ce qui passe en Mauritanie ? Il y a des consommateurs, il y a une demande, il y a des entreprises et il y a l’Etat. Pourquoi cela ne marche pas ?

Keynes : Je crois que chez vous la demande est faible et l’offre l’est aussi.

Q : Et votre "multiplicateur" alors ?

Keynes : Effectivement, si la demande n’est pas forte l’état peut relancer l’économie à travers la dépense publique...

Q : depuis qu’il existe l’Etat mauritanien ne fait que dépenser...Est-ce à dire que les tenants de l’école classique qui jugent inefficaces les politiques de relance budgétaire ont quelque part raison ?

Keynes : Non ! Bien sûr que non ! Le problème est ailleurs. En fait lorsque j’ai préconisé l’interventionnisme public et le déficit budgétaire comme moyen de relancer l’économie, j’avais pensé ces solutions dans le contexte d’une économie occidentale où l’investissement public était repris dans le circuit économique et social de la Nation.

Q : C’est intéressant ça. Cela veut dire?

Keynes : Pour être simple, voilà comment fonctionne mon multiplicateur : lorsque l’Etat fait une relance budgétaire donc en investissant, les revenus vont augmenter donc la consommation va augmenter. Les entreprises, pour face à cette consommation, vont augmenter leur production d’un niveau équivalent à la part de revenu consacré à la consommation. D’où hausse de l’emploi et distribution de nouveaux revenus entrainant une nouvelle propension à consommer. D’un autre côté la part du revenu non consommé, à savoir l’épargne augmente dégageant ainsi d’importants capitaux permettant l’investissement. Après une certaine période, l’économie va s’autofinancer par l’épargne réalisée grâce à l’accroissement du revenu des agents économiques.

Q : Donc, si je comprends bien au bout d’un certain cycle (disons cinq ans, par exemple) la relance budgétaire devient neutre tout en ayant permis, sur la période, la croissance économique.

Keynes : Il faut préciser, et c’est important, que cela ne se réalise que dans une économie dynamique et qui a des caractéristiques qui me semblent absentes de votre économie.

Ainsi mon multiplicateur a été élaboré pour une économie qui avait ses propres moyens de production. Ces moyens de production étaient mis en œuvre par des capitaux nationaux et généraient une valeur ajoutée répartie sur cette économie. Valeur ajoutée dont bénéficiaient ses agents économiques en revenus supplémentaires répartis et en épargne. Ce n’est pas le cas en Mauritanie. Je crois qu’il y a un effet que j’appellerai de « déperdition » dans mon multiplicateur quand on l’applique à votre pays.

Q : C’est probablement notre politique monétaire qui ne s’articule pas efficacement avec notre politique budgétaire...

Keynes : Il est important, en effet, que la politique monétaire soit combinée avec la politique budgétaire de déficit des dépenses publiques....

Q : Quelle analyse en faites-vous ?

Keynes : Je crois que, pour la Mauritanie, tout tourne autour de la production nationale. Or celle-ci en termes de valeurs ajoutées est quasi-inexistante. Or toute détermination de l’accroissement de la masse monétaire passe nécessairement par une prise en compte de l’élasticité de cette production nationale. Ainsi par exemple toute volonté d’accroître le pouvoir d’achat est forcément limitée par la faiblesse de l’appareil de production national mauritanien. Ainsi Augmenter les salaires équivaudrait à accroître l’inflation, la résorption de monnaie par une offre marchande correspondante et donc par la consommation est théoriquement réduite. Aussi l’Etat se trouvera sous contrainte extérieure d’importation, d’endettement extérieur pour faire face à une demande à laquelle la production nationale ne peut faire face. Les conséquences en sont alors évidentes pour la politique monétaire qui se trouve biaisée et dénaturée par des facteurs exogènes (contraintes extérieures).

Q : Cela signifie donc que l’on ne pas peut parler de politique monétaire que si l’Etat développe une politique industrielle et commerciale....

Keynes : On ne peut relancer l’investissement si l’Etat achète tout de l’Etranger y compris ses machines…Or c’est par l’investissement, y compris par le déficit budgétaire, que l’on génère la croissance fondement du plein emploi et de l’accroissement des recettes publiques qui cycliquement rétabliront les équilibres budgétaires.

Q : Cela signifie-t-il qu’en Mauritanie nous ne sommes ni maître de notre politique budgétaire et encore moins de notre politique monétaire qui doit l’accompagner.

Keynes : Je crois que cela est principalement dû à la nature même de l’économie et des finances publiques de votre pays. L’absence d’un tissu industriel productif et la faiblesse du pouvoir d’achat font que le déficit budgétaire ne peut être un moyen de relance de l’économie.

Q : Cela est-il définitif ?

Keynes : Ce qui handicape à mon avis fondamentalement la croissance économique du pays et empêche les politiques de l’Etat (budgétaire et monétaire notamment) de jouer leur rôle, c’est que le budget est confisqué par les engagements financiers de l’Etat à long terme...

Q : Et à long terme on est tous morts !

Keynes : Non pas de précipitation. Ça je l’ai dit dans un autre contexte... Ce qu’il faut dire c’est que les pouvoirs publics mauritaniens ont adopté une stratégie de développement qui hypothèque durablement toute amélioration de la situation économique et sociale du pays. L’enlisement de l’Etat dans les projets de grande envergure financés à coup d’endettements internationaux hypothèque toute appréciation de l’efficacité des politiques budgétaires adoptées.

L’Etat Mauritanien n’est ni maître de la quasi-totalité de ses ressources (provenant de l’emprunt international) ni de ses investissements (monopolisés par des projets d’envergure). Cela se répercute nécessairement sur le développement social et économique du pays. Aucune orientation ferme vers une politique industrielle, permettant de doter le pays de ses outils de production, aucune stratégie d’infrastructure de base immédiate, permettant aux populations d’améliorer leur niveau de vie et leur environnement économique, ne sont réalisées en continu.

Si aujourd’hui, les populations mauritaniennes souffrent du manque de tout (de l’eau à l’électricité en passant par les produits alimentaires) et si le niveau de vie s’est considérablement dégradé suivi par la flambée des prix, le chômage et la crise des ménages, c’est que l’Etat Mauritanien investit ailleurs dans des projets dont la rentabilité ne se concevra que dans plusieurs années... Et d’ici-là...

Q : On est tous morts !

Keynes : Pas encore. Mais je crois que l’investissement dans les projets prioritaires à moyen et court terme auraient mieux aidé à aller vers le développement...Ainsi le grand projet "d’Aftout Essahli" apportera probablement de l’eau jusqu’à Nouakchott mais il n’améliorera nullement une situation industrielle et infrastructurelle qui se serait d’ici là fortement dégradée...

Q : Est-ce à dire que l’Etat aurait dû investir dans les ressources humaines (formation, éducation, savoir-faire ), dans l’amélioration du niveau de vie des populations (hôpitaux, infrastructures urbaines etc.), dans la création des institutions de développement (institut de recherche, laboratoires), dans la maîtrise des technologies, dans le développement d’un tissu industriel et commercial compétitif, et dans le renforcement et l’assainissement des systèmes financiers et bancaires, supports de l’économie, avant d’entamer de tels projets d’envergure qui monopolisent ses ressources et laissent les populations démunies et le pays sans ressources, ni infrastructures ?

Keynes : D’autant plus qu’il faut savoir que ces grands projets, jusqu’à leur réalisation, vont réduire à néant toute velléité de l’Etat d’adopter une politique budgétaire visant à relancer l’investissement et la croissance.

En effet (outre qu’il accapare ses ressources), le financement de ces projets provenant de l’emprunt étranger va servir à financer des compagnies étrangères maître d’œuvre des projets qui fourniront les biens (machines, outils, etc.) et les services (ingénieurs, techniciens etc.) et tout cela de l’étranger ! Cela signifie que l’Etat ne réalisera pas grâce à ces investissements sur ces grands projets, une distribution de revenus à l’échelle nationale (la main d’œuvre étant étrangère) , ni ne participera à financer une industrie nationale (qui fournirait les machines et les outils).

Donc pas d’accroissement de revenus pas de création de valeur ajoutée par les entreprises nationales (inexistantes). L’Economie de votre Etat ne bénéficiera donc pas de l’investissement réalisé par l’Etat. Or je l’ai dit une politique budgétaire ne se conçoit que par une capacité de maîtrise des flux financiers budgétaires et une politique monétaire appuyée sur une politique industrielle... Il ne sert à rien de relancer l’investissement si on acquiert ses machines à l’étranger et de surcroit si on les acquiert par un endettement qui ne serait pas contrebalancé par une politique de croissance permettant son remboursement.

Q : Vous me semblez très pessimiste, monsieur Keynes...

Keynes : Et vous, ne l’êtes-vous pas ?

Q : Je crois que je vais me tourner vers les monétaristes…ils sont moins keynésiens.

Keynes me regarda d’un œil réprobateur, remit son turban qui pendait à son cou prit un air de philosophe (qui siérait bien à Hayek) et dit : Keynésien ou pas, je crois que ce qui vous manque en Mauritanie, ce n’est pas la théorisation de ce qui arrive à votre économie, c’est l’intégrité des hommes qui la dirigent.

Q : L’intégrité ? M’écriais-je. Oui, je crois aussi. Mais n’aurions-nous dû pas commencer par-là, monsieur Keynes ?

Il eût un hochement de tête, et s’en alla. Et pendant que sa silhouette enturbannée disparaissait derrière les quelques baraques de cette banlieue nauséabonde, je me disais que si John Maynard Keynes avait posé pied ici c’est que nous en valions bien la peine. Allez savoir pour quoi.

Pr ELY Mustapha
Source :
Pr ELY Mustapha

 

 

 

[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômes

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[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômesAgoraVox - Ampleur des dégâts et sous-développement socio-économique et technoscientifique.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Discrétion oblige je m’en suis tenu à l’observation mais avant de quitter Nouakchott

L’ampleur de la falsification était telle qu’elle toute touche toute la sphère de l’université, de son administration interne, de l’administration de tutelle et même toute l’administration mauritanienne si l’on s’en tient uniquement au service public…l’enseignement privé, lui, n’était certainement pas épargné.

Ceci me fut encore confirmé lors d’un récent séjour à Nouakchott et visitant quelques administrations publiques de la place, je fus surpris par le nombre de personnes qui s’interpelaient par le terme “Docteur”. Dans un ministère j’en ai même compté une vingtaine par étage. Tous les directeurs, les chefs de services, et la plupart des cadres se donnaient du “Docteur”. Du “Docteur” en veux-tu ? En voilà.

J’aurai été ravi de cette situation si elle n’était pas quelque peu bizarre. Et ce n’est point un jugement de valeur puisque je connais le cursus universitaire de certaines des personnes rencontrées et qui ne pouvaient ni de près, ni de loin se prévaloir du titre de docteur. Et pourtant, elles s’en targuaient. Alors que se passe-t-il pour qu’un titre universitaire aussi prestigieux, chèrement acquis aux prix de l’intellect, et du sacrifice d’années entières d’une vie de recherche souvent difficiles, et durement passées, puisse aujourd’hui devenir un titre que chacun porte ?

Cette situation porte gravement atteinte au développement du pays (I) et se doit de trouver une solution à travers l’analyse de la situation, ses origines et de son ampleur (II) vu les préjudices causés aux véritables diplômes mauritaniens (accaparation des emplois par les faux diplômés, ternissement de l’image du véritable diplômé mauritanien) et au développement du pays (incompétence, culture de la médiocrité, atteinte au développement dans tous les secteurs).

I) Les faux doctorats et les conséquences sur le développement du pays

Les développements qui suivent peuvent être appliqués, quant aux conséquences, à tous les faux diplômes. Toutefois, la falsification du doctorat revêt une importance particulière du fait de la nature de ce diplôme (a) et des conséquences que ce diplôme peut avoir sur le développement du pays (b)

a) Le doctorat qu’est-ce que c’est ?

Le doctorat (du latin doctorem, de doctum et supin de de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Dans la plupart des pays, la préparation d'un doctorat dure en général trois ans (durée jugée normale en sciences formelles et naturelles) et peut se prolonger plus longtemps en sciences humaines et sociales (six ou sept ans en droit) (Wikipédia).

La durée du doctorat et son appellation dépendent des pays et des universités. Sur cette variété, nombre d’article résume la situation pour un certain nombre pays

Nous nous attacherons simplement à donner le schéma classique d’aboutissement au Doctorat. Schéma qui correspond à la plupart des cursus universitaires sérieux et reconnus. Ainsi distinguons trois types de diplômes qui portent cette appellation de “doctorat”, mais qui ne sont ni équivalent dans leur durée ni dans l’échelle des études universitaires. Le Doctorat de troisième cycle, le doctorat d’université et le doctorat d’Etat.

Le doctorat de troisième cycle, comme son nom l’indique sanctionne des études de troisième cycle. Il porte l’appellation Doctorat suivant les universités, certaines universités ne délivrent que des diplômes de troisième cycle équivalent appelés DEA (Diplômes d’Etudes approfondies), ou plus récemment Mastères de troisième cycle.

Ces derniers suivant les récentes réformes se subdivisent, grosso modo, en “Masters spécialisés (ou “professionnels”) et en Masters généraux (ou de “recherche”). Seuls ces derniers donnent la possibilité de s’inscrire en doctorat. Mais ni les premiers, ni les seconds ne confèrent, en tant que diplômes de troisième cycle, le titre de Docteur.

Le titre de docteur est attribué aux titulaires d’un Doctorat d’Etat, premiers doctorats reconnus par les universités, et les titulaires des doctorats d’université, crées ces dernières années.

Ainsi, sans entrer dans l’exhaustivité ,(systèmes classiques/récents LMD) et quelle que soit la pluralité des systèmes, le règle est claire : n’est docteur que celui qui est titulaire d’un doctorat d’Etat ou d’université ou d’un titre équivalent en nombre d’années de recherche, et cela après l’obtention d’un diplôme de troisième cycle quelle qu’en soit l’appellation (d’une durée de deux ans dont une année d’étude et une année de recherche) après une maitrise ou un licence de ( trois à quatre ans ). Le doctorat (notamment d’université lui-même variant dans sa durée entre 3 ans et 5 ans. Le doctorat d’Etat, pouvait aller jusqu’à 7 ans et l’on a pu constater qu’il pouvait même aller au-delà.

Pour résumer : Baccalauréat « Maitrise » 0 Diplôme de Troisième cycle » Doctorat.

Tout autre circuit pour l’obtention d’un Doctorat est incomplet et dans tous les cas douteux. Et cela quelle que soit l’université ou le pays qui le délivre.

Ceci ne concernant pas les Doctorats “Honoris Causa”, qui sont des doctorats d’honneurs délivrés par des universités à des personnalités pour leur action dans des domaines divers à l’échelle nationale ou internationale (politique, diplomatique, social etc.). Mais même là encore, ce diplôme n’honore pas forcément l’université qui la délivré ni celui qui le reçoit (certains dictateurs avaient reçu ce doctorat honoris Causa).

C’est autant dire donc que l’obtention d’un Doctorat est une affaire à prendre avec la plus haute importance et cela est d’autant plus impératif que les conséquences des faux diplômes sur le développement des pays sont extrêmement graves.

b) Les conséquences faux doctorats sur le développement en Mauritanie : la destruction du capital humain

Dans l’approche économique, les différentes théories (du capital humain, du filtre et du signal et du statut social, notamment) attribuent des fonctions extrêmement importantes aux diplômes dans le développement. Il ne fait pas de doute qu’ils sont l’indicateur premier des qualifications du capital humain dont dispose un pays.

On série les qualifications suivant le niveau du diplôme obtenu, l’expérience acquise venant renforcer ces qualifications. Les statistiques sur les diplômés permettent de donner une image non seulement du niveau d’éducation mais des capacités des ressources humaines dont dispose le pays. Le diplôme est aussi dans la théorie du filtre et du signal, un moyen de détecter ceux qui sont potentiellement capables de remplir les fonctions attendues. Ils signalent un niveau d’étude et permettent de prétendre passer par le “filtre” de sélection des recruteurs publics ou privés.

Ce qui est extrêmement important, pour l’emploi des compétences ; et des études récentes montrent que l’existence de ces filtres sont des déterminants de l’investissement de compagnies étrangères dans certains pays en développement.

Enfin, dans la troisième approche, le diplôme permettant à celui qui le détient un statut social spécifique, il lui offre un positionnement non seulement sur le marché du travail (théorie du capital humain, du filtre et du signal), mais aussi sur le plan social. Le niveau du diplôme déterminant sa prétention à de fonctions plus élevées, à une meilleure rémunération et à un niveau de vie plus élevé.

Le doctorat est par essence un diplôme délivré à une personne qui, à travers un cursus universitaire accompli a acquis après plusieurs années de recherche, un savoir et une certaine maitrise de son domaine de compétence.

Dans les universités de renom, seuls ceux qui ont obtenu de bonnes mentions à la fin des différents cycles par lesquels ils sont passés, sont autorisés à s’inscrire en Doctorat. C’est autant dire que le Doctorat est par essence sélectif et concerne des personnes qui ont une certaine latitude scientifique et veulent continuer dans ce sens pour le développement de la connaissance. C’est autant dire donc que celui qui obtient son doctorat a un précieux bagage scientifique et intellectuel qu’il est appelé à enrichir et à transmettre.

Le docteur c’est, donc celui qui a accumulé une importante somme de connaissances dans son domaine, qui a maitrisé les outils conceptuels, méthodologiques, pédagogiques et techniques lui permettant de faire de sa discipline un champ fructueux de recherche, de développement et de progrès. C’est autant dire que son apport pour le développement est important.

Le diplôme de docteur, permettant à son titulaire d’occuper des hautes fonctions du moins des fonctions clefs dans l’enseignement, la recherche, l’administration publique et privée (tous secteurs confondus), on comprend alors non seulement la déperdition que subit la nation entière en ne l’employant pas. Et l’on comprend par là même, la catastrophe que pourrait subir une nation en employant de faux docteurs.

Et il ne fait pas de doute que l’existence de ces faux docteurs va pénaliser les véritables titulaires des doctorats. D’abord en introduisant l’incompétence, l’ignorance et l’inefficacité dans les emplois qu’ils occupent indument, ils ternissent l’image de ce titre et de ses porteurs. D’autre part, cette incompétence va entrainer une chute certaine de la croissance dans tous les secteurs du développement où l’emploi des compétences est requis.

II- La situation en Mauritanie des faux docteurs : quelle ampleur, quelles solutions ?

Eut égard, à la situation qui prévaut actuellement, et qui est perceptible à tous les échelons de la vie économique, il convient de s’interroger sur ses causes (a), pour proposer quelques solutions (b)

a- Les causes de la floraison des docteurs en Mauritanie

Si l’on entend souvent parler de faux diplômes, on entend, par contre, peu parler des “faux-vrais” diplômes (ou de “vrais-faux” diplômes)

Il convient de les distinguer, bien qu’ils aient les mêmes objectifs (infiltrer l’ensemble de l’appareil politique, économique et social du pays par des individus sans foi ni loi) et ils ont tous les mêmes effets (profiter d’un droit indu, engendrer l’incompétence, la médiocrité et le sous–développement).

Les faux diplômes : Qu’est-ce qu’un faux diplôme ?

“Une façon simple de définir les faux diplômes serait de procéder par exclusion, en les définissant comme tous les prétendus diplômes ne satisfaisant pas aux conditions de définition des vrais diplômes. Malgré son caractère englobant, une telle définition ne permet pas d’approfondir l’analyse, d’où la nécessité de la dépasser.

Les faux diplômes peuvent être classés en deux grands types, à savoir, la contrefaçon pure et simple d’un vrai diplôme et la création ex nihilo d’un document écrit attestant un titre ou un grade, délivré par une institution souvent virtuelle et non habilitée à le faire.

Dans le premier cas, le faux diplôme en question porte des signes distinctifs cherchant à imiter le vrai diplôme, comme le nom ou le logo de l’institution dument habilitée à le délivrer. Une telle falsification est relativement similaire, au moins sur le plan analytique, aux faux billets ou aux fausses pièces d’identité.

Dans le deuxième cas, qui retiendra la majeure partie de notre attention, le faux diplôme est un document délivré (ou plutôt vendu) par une institution non reconnue, et ne répondant pas aux critères minimaux (personnel qualifié, cours, examens, etc.) permettant de délivrer le titre concerné. La notion de faux diplômes est étroitement liée à celles d’« usines à diplômes » (diploma mills), c’est-à-dire d’institutions non habilitées ou bénéficiant d’habilitations douteuses.

Ces habilitations douteuses peuvent correspondre à une large variété de stratégies, comme l’habilitation par des organismes eux-mêmes non habilités à le faire, des « usines à accréditation » (accreditation mills) ou le mensonge pur et simple en affichant une habilitation contrefaite d’un organisme réellement accrédité” 1

Sans préjuger des droits des véritables détenteurs de vrais diplômes de ces pays et qui exercent en Mauritanie, il reste que beaucoup de pays ont été la source de délivrance à grande échelle de faux diplômes de la licence au doctorat. De ce fait les pays arabes sont touchés de façon dramatique. Le Koweit, la Syrie, l’Arabie Saoudite, le Soudan, l’Irak, la Jordanie, l’Egypte, pour ne citer que ceux-là, ont une “élite” qui s’est illustrée par les faux diplômes. Comme en témoigne la revue de Presse suivante 2 :

· Journal koweïtien Al-Nahar

A publié un article le 7 Juillet 2008, de l'écrivaine, kafieh Ramadan dans lequel elle a révélé la propagation du phénomène au Koweït.

· Quotidien saoudien Al-Wasat

Publié un article le 14 Novembre 2010 de l'écrivain Mohammed Haidar intitulé "la farce des titulaires de doctorats".

· Journal Saoudien Okaz

A révélé dans un article daté du 17 avril 2010 l'arrestation d'u vendeur de contrefaçon de doctorats

· Le Forum indépendant - Jordanie

Ce journal a publié le texte suivant le 3 août 2008

"Des dizaines de médecins jordaniens qui ont acquis de la notoriété, ont acheté leurs doctorats d'un américain, pompier de son état et le vendeur de faux certificats. Cet américain travaillant avec sa femme dans le commerce des diplômes aux États-Unis.

· L'Echo de Syrie

Ce journal a publié le texte suivant le 14 Septembre 2009 : "Mise à pied d'agents de police à la suite de la découverte de leurs faux diplômes"

Sur le même site on peut lire le 20 août 2008 la fermeture de l'institution internationale "El Maamoun" qui vend des faux certificats à Alep et à Mezze à Damas.

· Site « Iris » de Jordanie

Article du 3 février 2009 Février : " 200 faux Ph.D. travaillant au sein du ministère de l'Éducation.

· Voix de l'Iraq

A publié le 27 Octobre 2010 : " de faux certificats et les diplômés sont au chômage".

· Le journal américain "Spokesman Review" d'Août 2008

A publié 180 noms de ressortissants du Golfe AYANT obtenu de faux certificats des Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, etc.

· Le journal, « la ville » saoudienne

A publié un article le 5 Septembre, Septembre 2010, que "50 fonctionnaires éducatifs et enseignants ainsi que les directeurs d'école ont reçu des diplômes de doctorat de manière informelle délivrés pas des universités ne reconnues.

· Site Web de la Province de « Tarif » Arabie saoudite

Publié le 19 août 2008 la liste des noms de centaines de personnes qui ont acheté leurs doctorats.

· Site Souria.Com

La chambre sociale de Syrie a écrit le 11 avril 2009 à l'adresse suivante : 3 faux doctorats de collaborateurs du ministre de l'Intérieur.

· Le Réseau des Nouvelles du Najaf

A publié un article le 5 Septembre 2009 sous la rubrique "La Commission d’intégrité poursuis cas de 905 faux diplômes détenus par des responsables irakiens."

· Le Réseau des Nouvelles d’Irak :

Publié le 26 avril 2008, une longue enquête menée contre des ambassadeurs portant faux diplômes et ayant des niveaux d’éducation très faibles..

Sur des sites du Soudanais : « De faux titres scientifiques et des faux diplômes pour des doyens d’université iraquiennes travaillant au Soudan.

· Forums des contributeurs au développement économique (Saoudien) spécialisé dans les actions et les titres saoudiens sur les marchés financiers.

A publié le 13 Août 2008 : « 68 Docteurs saoudiens ont acheté leur doctorat aux États-Unis au prix de 8000 $. »

· Qods Al-Arabi - Londres

A publié un rapport le 1er Septembre 2009 Rapport qui a révélé que 1088 propriétaires de faux diplômes occupent des hauts postes dans le gouvernement irakien. Et Selon des rapports irakiens on a découvert 3165 documents d’études falsifiés dans des domaines sensibles qui ont été achetés d’un certain nombre de pays européens.

· Echarq el awsat 16 Septembre 2010

Dans un style ironique Fandy Mamoun a écrit, « on appelle le chauffeur de taxi, docteur . De même pour l’employé public lorsqu’il apparaît à la télévision on l’appelle toujours « Docteur ». Et l’on ne sait pas si ce doctorat obtenu est un doctorat coutumier ou doctorat de convenances.

Dans un article récent sur le site irakien « Massress », intitulé : « Le phénomène de la contrefaçon des diplôme un aspect de la corruption », l’auteur , Mustapha Mohamed gharib, écrivait : « L’estimation de ces diplômes falsifiés en Irak est de 35 000 (universités iraniennes notamment, et des certificats contrefaits délivrés par les universités dans les États du Golfe, le Liban et le Maghreb arabe ) »3.

Aux Etats-unis beaucoup d’entreprises –dîtes “moulins à diplômes” - très lucratives se sont spécialisées dans le marché des diplômes. Et le site “spokesman review a publié, en 2008, suite aux enquêtes judiciaires, une partie “des noms de près de 10.000 personnes apparues dans une enquête fédérale d'un moulin à diplômes à Spokane-qui vendait des faux diplômes ainsi que la contrefaçon des études secondaires… .4”

D’autre part des milliers d’entreprises à travers le monde, vendent des diplômes. Tel ce site chinois qui convertit les diplômes en euros ou cette entreprise américaine qui délivre les diplômes par téléphone et retour de courrier.

Le vrai-faux diplôme :

Si les faux diplômes sont, en principe, faciles à découvrir notamment en écrivant à l’institution qui les a délivrés (quand il s’agit d’une université reconnue) ou en vérifiant l’existence, la réalité et la validité de l’institution auprès des autorités du pays (Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique ou de l’Education, par exemple), par contre le faux-vrai diplôme ne peut être prouvé que d’une seule façon : l’incompétence de celui qui le détient.

Un faux-vrai diplôme est celui qui est obtenu d’une véritable université accréditée et reconnue par les autorités du pays, mais ce n’est pas son titulaire qui a fait le travail pour l’obtenir.

Ainsi le mémoire de fin d’études ou la thèse qu’il a présentée ont été confectionnés par d’autres personnes, souvent un enseignant de ladite université et qui l’aide dans sa soutenance à travers des jurys de complaisance.

Le diplôme reçu est donc vrai mais la personne le reçoit indument. C’est un incompétent diplômé. Les détenteurs de “faux-vrais” diplômes participent souvent aux recrutements sur dossier et évitent les concours, et les entretiens de recrutement. Sinon ils tomberaient sous l’effet de la théorie du filtre et du signal (développée plus haut).

Mais qu’il soit détenteur d’un faux diplôme ou d’un vrai-faux diplôme, cet individu est assimilable à un délinquant. Dans le premier cas, il tombe sous le coup de la répression pénale sous le chef d’accusation de “faux et d’usage de faux”. Dans le second, il sera souvent mis sous la sellette dans le cadre de l’activité professionnelle dans laquelle il sera toujours un clandestin. Et dans tous les cas ces deux délinquants porteront atteinte gravement à la profession qu’ils rejoindront et au développement du pays tout entier.

b) Quelles solutions pour endiguer le fléau des faux diplômes

Les stratégies les plus utilisées ont été toutes guidées par la volonté des pouvoirs publics d’enrayer le phénomène. C’est ainsi que certains pays ont, à travers leurs institutions habilitées (Ministère de l’Education, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique), adopté des mesures administratives, judicaires et professionnelles à l’égard de porteurs de faux diplômes. Parmi ces pays on retrouve notamment l’Irak, le Togo, Madagascar etc.

Dans ce dernier pays un programme a été mis en place avec l’aide la Banque mondiale et de la coopération française pour faire face aux faux diplômes. D’intéressantes mesures ont été prises dans le cadre de ce programme.

Toutefois l’ampleur du phénomène a poussé à une réflexion qui est allé très loin jusqu’à concevoir une “dématérialisation du diplôme”, c’est-à-dire de supprimer le support papier et d’en faire un document numérisé auquel on adjoindrait alors toute une technologie de cryptage et de d’authentification électronique. D’autres pays ont envisagé des diplômes “biométriques” à l’image de la carte d’identité “infalsifiable”, c’est le cas des Comores.

Le secteur public des pays en développement souffre beaucoup de l’embauche des faux diplômés et cela n’est pas sans conséquences sur son rendement, mais fonctionnant sur des ressources publiques, produisant des biens non marchands et non soumis aux critères d’efficacité et d’efficience, il est le lieu privilégié des faux diplômés. Et pour trouver une solution, il faut passer nécessairement par la volonté des pouvoirs publics. Sans cette volonté, l’Etat tout entier continuera à souffrir de cette plaie.

Par contre le secteur privé et notamment les moyennes et les grandes entreprises ne peuvent souffrir une charge financière d’un personnel incompétent. Il en va de leur propre existence. C’est pourquoi, la chasse aux faux diplômes y trouve plus d’attention.

C’est ainsi que pour répondre à ce besoin, des sociétés se sont spécialisées dans la vérification des diplômes des prétendants aux emplois. Ce service est payant pour la société qui recrute mais cela lui fait souvent gagner beaucoup plus. Parmi ces entreprises on trouve “verifdiploma” qui offre aux entreprises la vérification des diplômes des candidats en quelques secondes sur son site.

En Mauritanie, la solution ne pouvant provenir que des pouvoirs publics, il est nécessaire cependant que la volonté y soit. Ainsi la création d’une commission nationale de vérification des diplômes serait une solution. Toutefois on sait pertinemment que c’est une solution qui ne manquera pas de rencontrer les difficultés suivantes :

- La crainte de l’ampleur que peut prendre la découverte du phénomène et le nombre de personnes impliquées à tous les échelons de la vie politique, économique et sociale de la nation

- la force d’inertie de l’administration publique elle-même qui ne fera pas avancer les investigations puisqu’elle est, elle-même, concernée par le phénomène des faux diplômés.

Aussi, à notre avis, seule une commission indépendante du système politico-administratif mauritanien et comprenant des membres neutres pourra accomplir cette mission. Mais quand des ministères qui auraient entrepris la vérification des diplômes des enseignants du supérieur optent pour « le classement sans suite du dossier », on comprend l’ampleur de la catastrophe :

« Le ministère de la fonction publique avait, pour sa part, entrepris auparavant, des démarches destinées à certifier l’authenticité de certains diplômes appartenant à des Professeurs du Supérieur.

Le département s’est enquis à ce propos auprès des universités qui ont délivré lesdits diplômes. Il s’est dégagé de cette vérification, que les diplômes dont certains sont détenus par des hauts fonctionnaires de l’Etat, ont été enregistrés par ces académies au nom de personnes appartenant à d’autres pays.

Vu le caractère sensible du sujet, le dossier a été classé sans suite. » (voir : http://www.cridem.org/C_Info.php?article=687211 )

Ne nous étonnons donc pas que nos édifices publics penchent, que nos aéroports coulent, que nos hôpitaux sont des mouroirs, que notre système éducatif forme à la médiocrité, que nos administrations sont incompétentes et que notre économie est exsangue…

Toute nation qui se veut solide et prospère, éduque ses enfants à la meilleure école.

En Mauritanie, on vend les écoles et on achète les diplômes…quel avenir ?

Pr ELY Mustapha

https://tn.linkedin.com/in/mustapha-ahmed-ely-63984630

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1.
Gilles Grolleau et Tarik Lakhal « Éléments d'analyse économique des faux diplômes », Revue internationale de droit économique 2/2007 (t. XXI, 2), p. 115-128. URL : www.cairn.info/revue-internationale-de-droit-economique-2007-2-page-115.htm. DOI : 10.3917/ride.212.0115 .

2.Ces références de Presse sont rapportées par M. Nahed Ismail dans son article publié sur le site « ettagyir » à l’adresse : http://www.al-tagheer.com/arts6353.html

3.http://www.masress.com/shbabmisr/7400

4.http://www.spokesmanreview.com/data/diploma-mill/by-orgs/

Source : AgoraVox

 

Evolution du droit des investissements en Mauritanie

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Evolution du droit des investissements en MauritanieFinancial Afrik - La Mauritanie a mis en place, le 07 février 2019, un Conseil Supérieur pour l’Amélioration du Climat des Affaires. Une étape supplémentaire dans les réformes engagées depuis quelques années pour accroitre l’attractivité économique du pays.

D’un point de vue institutionnel, cet organe vient s’ajouter, entre autres, à la Délégation Générale à la Promotion des Investissements, à la création de la Chambre Internationale de Médiation et d’Arbitrage de Mauritanie (CIMAM) ainsi qu’à la mise en place du Guichet unique. Les initiatives réformatrices du gouvernement mauritanien ont eu un impact positif sur le classement du pays dans le rapport Doing Business.

Dans le rapport 2018, le pays a fait un bond significatif passant de la 160ème à la 150ème place, soit un bond de 10 points. Cette progression s’est quelque peu tarie en 2019, le pays est classé 148ème sur 190 pays, soit une progression de seulement deux points. Plusieurs initiatives sont en cours en vue d’augmenter l’attractivité économique du pays.

Et pourtant, malgré la volonté réformatrice des autorités, et malgré son positionnement géographique stratégique et ses nombreuses richesses naturelles, la Mauritanie a encore du mal à séduire les investisseurs étrangers. Elle souffre encore d’un «lack of confidence» de la part des investisseurs. Le pays reste toujours devancé en termes d’investissements directs étrangers (IDE) par ses voisins que sont le Sénégal et le Maroc. Les différentes réformes initiées visent à inverser la tendance et à faire de la Mauritanie une terre d’investissements. Nous nous intéressons ici au cadre légal des investissements en Mauritanie et aux possibles pistes d’amélioration du climat des affaires.

Le cadre légal des investissements en Mauritanie

Plusieurs textes ont été adoptés pour définir le cadre légal des investissements en Mauritanie. Le texte de référence est sans conteste le code des investissements adopté par la loi n° 2012-52 du 31 juillet 2012 modifié en 2016. De manière non exhaustive, à ce texte s’ajoute une législation sectorielle concernant les mines et les hydrocarbures. Le code des mines a été adopté par la loi n°2008-11 du 27 avril 2008 et le code des hydrocarbures bruts est issu de la loi n°2010-33 du 10 juillet 2010. Le code de commerce résultant de la loi 2000-05 du 18 janvier 2005, modifié en 2015, régit quant à lui l’exercice de la profession de commerçant ainsi que les différentes structures sociétaires en Mauritanie. La présente synthèse se limitera aux dispositions contenues dans le code des investissements.

Champ d’application du code des investissements

L’adoption du code des investissements s’inscrit dans la stratégie de la Mauritanie d’encourager les investissements directs étrangers (IDE) ainsi que les investissements faits avec des capitaux mauritaniens. Le législateur précise d’ailleurs que les dispositions du code ne s’opposent pas à l’application d’avantages prévus dans le cadre de traités bilatéraux d’investissement (TBI) signés entre la République islamique de Mauritanie et l’Etat dont l’investisseur étranger est le ressortissant. Tout investisseur, dès lors qu’il est titulaire du certificat d’investissement, est éligible au bénéfice des dispositions du code. Le texte exclut de son champ d’application les secteurs tels que les mines et les hydrocarbures qui font l’objet d’une législation spéciale tel qu’il a été rappelé supra. Les principales dispositions du code peuvent être présentées ainsi qu’il suit :

Encouragement et protection de l’investissement privé

Trois objectifs sont assignés au code : faciliter la création d’entreprises, inciter les opérateurs à investir en Mauritanie et sécuriser leurs investissements. Le texte donne une définition de ce qui est considéré comme investissement étranger, investissement mauritanien ou encore investissement avec des capitaux mixtes. Le lieu de mobilisation des ressources constitue le critère déterminant, abstraction faite de la nationalité des apporteurs. Est par exemple considéré comme investissement étranger tout investissement fait avec des capitaux mobilisés à l’étranger.

Garantie contre l’expropriation ou la nationalisation

Quelle que soit la nature de l’investissement, nul ne doit craindre une éventuelle expropriation ou nationalisation de son investissement.

Liberté de transfert des capitaux

Il s’agit d’un critère important dans la décision pour un étranger d’investir dans un Etat. Les dispositions du code garantissent à l’investisseur étranger la liberté de transférer (sans délai et après paiement des droits et taxes) les revenus ou produits de toutes natures résultant de son exploitation, de toute cession d’éléments d’actifs ou de sa liquidation. Ce droit s’applique également aux parts de bénéfices, aux produits de la vente des droits d’associés, à la reprise d’apports en nature, au droit dans le partage du boni de liquidation.

Garantie de disponibilité de devises

Sous réserve du respect de la réglementation des changes en Mauritanie, il est garanti aux entreprises l’obtention de devises nécessaires à leur activités.

Stabilité des conditions juridiques

L’Etat mauritanien garantit aux investisseurs la stabilité des conditions juridiques, fiscales et douanières durant une période de vingt ans à partir de l’acquisition du certificat d’investissement.

Emploi de personnel étranger et garantie de transfert des rémunérations :

Tout investisseur peut employer du personnel expatrié à hauteur de 10% du personnel d’encadrement conformément à la législation du travail en Mauritanie. A ce personnel expatrié est offerte la possibilité de transférer tout ou partie de sa rémunération salariale, après paiement des droits et taxes, sous réserve du respect de la réglementation des changes en Mauritanie.

Egalité de traitement :

Les personnes physiques ou morales étrangères qui investissent en Mauritanie reçoivent les mêmes traitements que les mauritaniens sous réserve de réciprocité et des traités et accords auxquels est partie la Mauritanie.

Mise en place de régimes privilégiés :

Le code des investissements a mis en place des mesures incitatives notamment fiscales et douanières. Ces avantages sont applicables aux entreprises reconnues comme relevant des régimes privilégiés. Peuvent bénéficier de ces mesures incitatives, les entreprises éligibles « au régime des PME » ou installées dans les « zones économiques spéciales » et remplissant les conditions énumérées par le code. Peuvent également bénéficier de ces régimes privilégiés, les investissements dans le faits dans le cadre de conventions d’établissement dans le domaine de l’agriculture (à l’exception de l’acquisition de terrains), la transformation de produits provenant de l’élevage ou encore l’industrie à terre des produits de la pêche (à l’exception de la farine de poisson). Une réforme de certains aspects des mesures incitatives est à l’étude.

Le règlement des différends relatifs aux investissements :

Ce point est sans conteste un point crucial dans la crédibilité du pays à l’égard des investisseurs. Ceux-là craignent en effet que des litiges les opposant aux ressortissants de l’Etat hôte ou à l’Etat hôte ne tournent à leur désavantage et à une perte du capital investi. A cet égard, il faut rappeler que la Mauritanie a ratifié la convention pour la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères (Convention de New York de 1958). Elle est également membre du CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements). Le pays s’est également doté d’un code de l’arbitrage en 2000, code qui devrait faire l’objet de modifications à venir. Par ailleurs, le code des investissements dispose que tout litige entre un investisseur étranger et l’Etat mauritanien résultant de l’application ou de l’interprétation du code est réglé par voie de conciliation ou au choix des parties par l’arbitrage. L’arbitrage a également les faveurs de l’Etat mauritanien dans les codes sectoriels. Il est reconnu comme mécanisme de résolution des litiges entre l’Etat et les entreprises opérant dans le secteur des mines ou des hydrocarbures.

Malgré un cadre légal attrayant et la mise en place de nombreuses réformes institutionnelles, la Mauritanie a encore du mal à attirer les investisseurs. En excluant toute exhaustivité, plusieurs raisons peuvent être avancées.

Faible attractivité de la Mauritanie en matière d’investissements

Parmi les freins aux investissements directs étrangers en Mauritanie, plusieurs explications peuvent être avancées.

Le pays dispose de matières premières considérables et les perspectives d’exploitation prochaine du gaz découvert dans le champ marin « Grand Tortue-Ahmeyin » viennent confirmer cette tendance. Cependant, la Mauritanie souffre d’une faible diversification du secteur des investissements. Le pays reste concentré sur les mines et les hydrocarbures alors que de nombreux besoins restent à satisfaire notamment dans le domaine des infrastructures et des services. Il n’y a pas de développement sans infrastructures. L’état des routes augmentent les coûts de productivité pour les entreprises. Les politiques de partenariat public-privé (PPE), à condition d’être bien négociées, peuvent être une piste intéressante pour le développement des infrastructures.

La Tracasseries administratives et l’absence de sécurisation des investissements sont à inclure dans les freins.Malgré la mise en place du guichet unique et l’existence de textes incitatifs, les tracasseries administratives demeurent et doivent être prises en compte dans l’élaboration d’une politique d’investissement efficiente. Ces tracasseries ont souvent pour soubassement la corruption. En effet, la Mauritanie est encore perçue, à juste titre, comme un pays où la corruption est grandement présente et à cet égard ces tracasseries administratives sont souvent décrites par les investisseurs comme un moyen d’obtenir des contreparties à la facilitation des démarches alors même que les textes incitent à la fluidité et à la rapidité.

Le contexte socio-politique est également à prendre en considération.Les tensions au sahel continuent d’alimenter beaucoup de méfiance de la part des investisseurs et certains préfèrent rester prudents. A cette situation au Sahel, il faut rapprocher les tensions latentes liées la situation socio-politique interne du pays. Pour beaucoup d’investisseurs, l’image du pays, encore largement dominée par les questions liées à l’esclavage ou la difficile cohabitation intra-communautaire, donne à la Mauritanie bad press. A cet égard, la balance Risk/Profit tourne au désavantage du pays.

En définitive, si le pays arrive à cibler les domaines d’investissement prioritaires, à mettre l’accent sur les infrastructures, à promouvoir une véritable justice sociale en luttant contre les inégalités, à s’intéresser aux services et à mener une politique efficiente contre la corruption et pour la sécurisation des investissements, les différentes réformes engagées pourraient porter leurs fruits.

Par Fatimata Tagourla

Fatimata Tagourla est mauritanienne, Docteur en droit
Consultant Chargée d’enseignement à l’Université Paris Nanterre et à l’Ecole supérieure sur le commerce extérieur (ESCE) Paris.

Source : Financial Afrik

 

 

Hommage à Mohamed Abdallahi Ould Breihim

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Mohamed Abdallahi ould Breihim, celui qui était pour nous tous un père, est décédé ce dimanche 10 mars à Nouakchott, des suites d’une longue maladie.  Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, il  était  le policier, matricule 001,  le premier à s’engager donc dans ce corps.

Pour nous autres, il était le papa accueillant, l’éducateur hors pair, affectueux et sévère quand il le faut. Proche collaborateur de feu Mokhtar ould Daddah dont il était membre de la sécurité rapprochée, il l’accompagnait dans tous ses déplacements, était son ami et confident. Il ne l’a pas renié après son départ, malgré les promesses alléchantes de ses tombeurs, ce qui ne fut pas le cas de beaucoup d’autres.  Il ne tira aucun avantage matériel de sa longue proximité avec le Père de la Nation, poursuivant son travail de policier jusqu’à la retraite. Droit dans ses bottes, entier, franc, il affichait une sobriété qui sied à tout homme de son rang derrière laquelle se cachait un torrent de bonté. Sa maison où régnait une femme extraordinaire, feue Meylouda, assurait le gîte et le couvert à tous ceux  qui en avaient besoin.

Et Allah sait qu’ils étaient nombreux au moment où Nouakchott comptait très peu de maisons accueillantes ! C’était un plaisir immense de l’entendre raconter ses pérégrinations, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, avec feu Mokhtar qui était, pour lui et sans conteste, le symbole même de la droiture, de l’honnêteté et du désintéressement. Repose en paix, papa fidèle,  après une vie si pleine,  et généreuse, inna lillahi wa inna ileyhi raji’oune.

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nom

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Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nomNovembre historique. Le dimanche 18, l’équipe nationale de football se qualifie pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui aura lieu l’année prochaine au Cameroun.

En Mauritanie, dans les rues, les ménages, à l’étranger et sur les réseaux sociaux, la communion est euphorique. Mais la joie est par moments entachée d’expressions partisanes et peu amènes. Comme un écho au « malaise » que décriait Hanna Cheikh Malainine la veille à la 3e édition de WikiStage sous le thème de la diversité.

La jeune cadre bancaire, économiste, avait pour sujet : « Diversité et discrimination ». A chaque génération sa conscience.

Hanna Cheikh Malainine : Malaise je dis ton nom

Je m'appelle Hanna.

Je suis une jeune femme mauritanienne ambitieuse. Maman d'une adorable petite fille de 3 ans. Économiste de formation. Têtue. Parfois drôle et souvent maladroite.

Cette juxtaposition d'adjectifs me qualifie. Vous renseigne sur la personne que je suis. Cependant, aucun de ces qualificatifs pris séparément ne pourrait vous dresser un portrait exhaustif de ma personne. Je ne suis pas seulement femme. Ni uniquement économiste. Pas même seulement mère. Je suis la somme de toutes ces choses et toutes ces choses, c'est moi !

L'analogie vous paraîtra sans doute prétentieuse, mais je suis semblable à la Mauritanie. À ma Mauritanie ! Ma Mauritanie est multiple. Définie par sa pluralité. Bien plus qu'une simple juxtaposition, de toutes les parties qui la composent, elle est la somme heureuse d'une diversité assumée.

Le caractère hybride de notre pays pris entre une arabo-berberité revendiquée et une africanité assumée en fait un pays trait d'union. Le trait d'union, pour rappel, est ce Vecteur de rapprochement entre deux entités parallèles.

Nous sommes ainsi ce pays où se mêlent la fausse pudeur d'une melahfa et l'explosion des couleurs du bazin. Où les chants de griots s'entremêlent aux appels du muezzin. Où l'on sert un thiéboudiène au déjeuner et, bien que trop calorique, un couscous au dîner.

Nous sommes riches. Riches en poissons, en minerais. Paraît-il même que nous sommes riches en poètes. Mais nous sommes d'abord et surtout riches de nous-mêmes : 3,8 millions d'individus, 3,8 millions d'individualités. Différentes. Singulières. Et si semblables. Quand il s'agit de se prosterner, front à terre, nous le faisons tous dans la même direction.

Et s'il venait que notre intégrité territoriale soit bafouée, c'est d'une seule voix que nous dirions NON !

Nous sommes nés un 28 novembre, 1960, il y'a de cela une soixantaine d'années ! Nous sommes si jeunes. Souvent immatures. Des bêtises, ma Mauritanie en a faites et trop peu assumé. Ma Mauritanie doit se regarder dans la glace et embrasser sa réalité. Car notre Histoire n'a parfois pas été glorieuse. Nos écoles ont failli dans leur rôle de ciment social. Et nos politiques d'unité nationale désastreuses.

Résultat : Ma Mauritanie melting-pot ne serait que vœu pieux ! Ce mythe d'une fusion heureuse des populations ne résiste que peu à l'analyse de la distribution économique des richesses et politique du pouvoir. J'ai souvent mal à mon pays. Mal, quand en regardant le journal télévisé je me rends compte qu'il manque la mélanine aux postes de décision.

J'ai mal en visitant les écoles publiques qui ne sont malheureusement plus le terreau de la mixité sociale. J'ai mal lorsque le principe méritocratique est tordu au nom d'une pseudo-représentativité tribale. J'ai davantage mal lorsque l'Occident, manipulé par une main invisible mal intentionnée, ne voit en moi - Maure Blanche issue des beaux quartiers - qu'une misérable esclavagiste !

Ceci est mon cri. Il n'est pas seulement le cri d'une jeune fille, entre 17h et 19h, dans une salle du palais des congrès nouakchottois. Ce cri se veut l'écho des frustrations d'une génération. De celles et ceux qui, au-delà des principes familiaux, tribaux, régionaux et monochromatiques, souhaitent une Mauritanie d'opportunités. Une Mauritanie émergente.

Qui, au lieu de crispations identitaires vaines, s'arme de sa diversité pour une entrée confiante dans la marche du développement. Et le développement, parlons-en. Puisque celui-ci nécessite la croissance. La croissance nécessite l'énergie. Et l'énergie se puisera en chacun d'entre nous. La Mauritanie, simplement.

Mesdames, Messieurs, 1+1 n'ont jamais fait 2. Soyons unis et forts. Je vous remercie.

Source : Traversees-Mauritanides

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3)

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Gourmo Abdoul Lo :Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3) La Mauritanie s’est créée au sud. Littéralement. Saint-Louis était encore sa capitale administrative lors de son accession à l’ indépendance.

Au plan politique et diplomatique, comme au plan économique et social, la densité de nos rapports avec le Mali à l’est et le Sénégal au sud n’ a d’égale que la maigreur de ces mêmes rapports avec son flanc nord. En 1960-61, l’Algérie est dans sa grande guerre de libération nationale et, envers et contre tout, le Président Mokhtar Ould Daddah soutient la lutte du peuple algérien au risque de déplaire à la France du Général de Gaulle.

Le Maroc, auréolé du prestige du Roi progressiste Mohamed V, fait de la revendication d’annexion de la Mauritanie, une grande cause nationale que reprendra et amplifiera le redoutable Hassan II.

Politiquement fermé par ces circonstances, la géographie accentue notre isolement par rapport aux frères du Nord. Le grand Sahara isole le pays et même l’enclave par rapport à un monde arabe en pleine ébullition notamment sur la question de Palestine, et qui fondamentalement, donne acte à la revendication marocaine.

Seule la voix du Combattant Suprême fait dissidence. Une voix forte, certes, une voix qui porte, une voix qui fut salutaire pour notre peuple et dont devraient toujours se souvenir les générations qui succèderont aux générations dans ce pays. Il résulte de cette double occurrence contraignante, diplomatique et géophysique, que la Mauritanie, née au sud du pays, était ouest africain, dans sa réalité géopolitique.

Les conditions même de sa survie quotidienne dictaient les orientations internationales en ces temps là, en plus de la vision diplomatique étonnamment progressiste du Premier Président de la République.

Ami presque naturel de Senghor ( même s’il l’ agaçait un peu, me confia-t-il un jour, à Nice, avant la sortie de ses Mémoires), il se sentait autrement plus proche de Ahmed Sékou Touré, Modibo Keïta ou Gamal Abdel Nasser dont il admirait leur nationalisme intransigeant.

Cependant, très vite, Mokhtar Ould Daddah entendît sortir du huis-clos ouest africain auquel pouvaient le condamner, les circonstances précitées.

Il joua donc au Chef d’orchestre d’une diplomatie tous azimuts, fortement marquée par une sensibilité de "gauche" malgré ( ou à cause de) la forte influence économique et culturelle de la France.

Il énonça sa doctrine de la Mauritanie, "pont entre le Nord et le Sud du continent" et en obtînt des résultats auxquels nul autre Chef d’État ne parviendra ( hormis la parenthèse de son ancien jeune ministre, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallah).

Toute l’Afrique reconnaîtra très vite le leadership de la Mauritanie et même au-delà. L’Ouest par la France respecte ce pays sorti de nulle part et qui joue très tôt un rôle marquant dans un Tiers Monde en pleine offensive anti-impérialiste.

L’Est reconnaît le courage, voire le culot de ses engagements: Kim Il Sung le leader nord coréen, Chef d’ État ermite, fait une visite exceptionnelle à Nouakchott -encore dans les limbes.

Deng Xiao Ping, en pleine ascension politique peu avant la Révolution Culturelle est envoyé par Mao Tsè Toung en personne à Nouakchott pour plaider la cause de la Chine aux Nations Unies où le régime communiste tente de déloger celui de Taïpeh ( Taïwan). De telles prouesses qui portent notre diplomatie au firmament a une explication simple: la Mauritanie joue à plein régime sa partition de pays charnière, de pont, entre un monde arabe polarisé autour de la question palestinienne et une Afrique noire admirative de ce maure discret, efficace, qui réussit le tour de force de résister au Maroc, de soutenir l’Indépendance de l’Algérie, que le Général De Gaulle respecte malgré tout, sympathisant de Sékou Touré et ami, presque cousin à plaisanterie au futé Président Senghor.

Donc, jusqu’au début des années 70, la diplomatie mauritanienne est plutôt apaisante et équidistante, sur le front de la question nationale, au grand dam des nationalistes arabes radicaux de plus en plus mécontents de ce qu’ils pensent être des lenteurs dans les reformes d’arabisation tous azimuts qu’ils prônent, y compris sur le plan de l’environnement diplomatique du pays et dont ils savent l’enjeu qu’il représente dans la question de l’identité profonde de la Mauritanie.

Ces nationalistes arabes radicaux montent au créneau et passent à l’offensive à partir de 1966 et prônent ouvertement la rupture avec ce qu’ils disent être les tergiversations et l’esprit de compromis voire de capitulation du régime de Mokhtar Ould Daddah face aux "exigences nationales", c’est à dire leur propre projet de Grand chauvinisme parallèle au nationalisme arabe, soft, rampant d’un pouvoir qui se tourne de plus en plus au Nord et de moins en moins au Sud.

D’un État «ni maure ni noir, ni Nord ni sud mais mauritanien» que portait la vision identitaire officielle, le pays va basculer au début des années 70, à l’ère de la "repersonnalisation de l’homme mauritanien" vers une autre conception des rapports de l’État avec les communautés qui composent le pays, et pour lequel un nouveau venu sur la scène politique, le MND ( Mouvement National Démocratique) trouvera le qualificatif qui sied: chauvine.

( à suive)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)

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Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)Le consensus obtenu au sein de la toute nouvelle classe politique au moment de l’accession à l’indépendance, par le Président Mokhtar Ould Daddah, pour construire un État dans un contexte où tout s’y opposait, était fragile, mouvant.

L’une de ces difficultés d’ordre interne, tient à la qualité même des bâtisseurs de ce consensus, issus pour la plupart d’entre eux, des groupes dominants des communautés dont ils sont issus et qu’ils prétendent représenter dans les jeux politiques complexes qui se nouent et se dénouent au gré des rapports de force changeants entre eux.

Chacun voulant marquer son territoire pour mieux assurer la préservation de ses intérêts spécifiques dans le cadre d’un État en gestation, dominé par une puissance étrangère et revendiqué par un État voisin, le front culturel sera au cœur de la bataille puisque à travers lui se jouait dés le départ, la question de l’identité nationale.

Au fur et à mesure que se consolide le socle de cet État nouveau, le consensus autour de l’ équilibre antérieur incarné par l’usage du français d’abord, puis de l’ arabe et du français comme langues de travail, c’ est à dire comme langues de contrôle de l’ État et de ses démembrements, se fissure peu à peu.

Le Président Mokhtar Ould Daddah, savait manier mieux que personne l’ art de l’ équilibre instable en raison sûrement de sa connaissance des « réalités profondes du pays » et par tempérament.

Mais il avait de l’ État, la conception que nombre de ses pairs, sur le reste du continent, avaient hérité de l’ ancienne puissance coloniale: un État ( surpuissant), un Parti ( Unique), une Nation ( une et indivisible) une Culture ( dominante), une Langue ( unique, officielle).

Les toutes premières mesures de concrétisation de cette vision seront prises en matière scolaire, dans un premier temps pour assurer , l’intégration réelle de l’ arabe dans le système scolaire et administratif, jusqu’ alors sous hégémonie presque sans partage de la langue française, jusqu’ à la première moitié des années 60.

D’abord prises pour corriger les distorsions linguistiques , ces mesures vont vite apparaître pour les cadres négro-africains, comme l’ expression pure et simple d’une inversion de vapeur en faveur de la fraction arabe de l’élite du pays, jusqu’alors sur la défensive il est vrai.

Les » événements de 1966″ sont l’expression de la première grande crise de confiance entre les groupes sociaux dominants du pays, à travers leurs élites respectives.

Les troubles occasionnés par les décisions du régime débouchent sur la naissance et la structuration doctrinale des nationalismes identitaires endogènes de type particulariste, plongeant leurs racines plus ou moins profondément dans des courants d’obédience plus large ( panarabisme, panafricanisme).

Il faut constater que les rédacteurs de la « lettre des 19 » insistent surtout sur les injustices que provoquent ces mesures non seulement pour les élèves mais aussi sur l’avenir des cadres négro africains, et sur ce qui leur semblait lié à une volonté de domination ethnique, sans pour autant mettre en avant quelque revendication que ce soit s’agissant de leurs langues et cultures propres ( Pular, Olof, Soninkè).

Sur le plan politique, ils s’exposaient à être traités de Senghoristes, plus attachés à la défense d’une langue étrangère (le français) que d’une langue nationale (l’arabe).

L’option du Président Mokhtar Ould Daddah est claire désormais: il faut « repersonnaliser l’homme mauritanien » et cette repersonnalisation passe par une arabisation- substitution à l’emprise jusqu’alors hégémonique du français sur fond d’ignorance par les protagonistes, de l’existence des autres langues nationales et des droits de leurs locuteurs.

La querelle, devenue bataille des langues, s’installe donc, entre l’arabe et le français. Le champ de confrontation est le milieu scolaire mais cet affrontement prend appui sur une option géopolitique du régime en place, en cette fin des années 60, et sur le surgissement d’une nouvelle réalité politique qui va profondément modifier la perspective dans laquelle se posait au pays, cette question nationale.

L’option géopolitique est celle de la réorientation des rapports internationaux de la Mauritanie et ses conséquences internes dans la configuration du régime.

La nouvelle réalité est la naissance d’un nouveau courant politique qui, en à peine 5 ans, modifiera profondément la donne politico-idéologique du pays: le MND.

( à suivre).

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)