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Mauritanie : le gouvernement de Ould Bilal fait face à une bombe sociale à retardement

Mauritanie : le gouvernement de Ould Bilal fait face à une bombe sociale à retardementKassataya - L’espoir né de l’élection de Ould Ghazouani est en train de se transformer en désespoir pour les mauritaniens d’en bas avec quatre crises sociales importantes. La hausse des prix des denrées alimentaires et la pénurie des médicaments, la révolte des riverains de la décharge de Tivirit, la résistance des populations de la vallée contre l’expropriation de leurs terres et les revendications des orpailleurs de Chami.

Une bombe sociale à retardement à laquelle le gouvernement de Ould Bilal fait face depuis plusieurs mois. C’est la gouvernance sociale qui est pointée par les observateurs. Une constance de fuite en avant des pouvoirs publics pour résoudre les problèmes d’inflation ou de pénurie de médicaments de déchets et de mise en valeur des terres agricoles.

Incontestablement ce sont les manifestations sporadiques depuis plus d’une semaine à Faralla dans le département de Mbagne qui éclipsent l’actualité nationale s’inscrivant dans le cadre d’un vaste mouvement de résistance des populations de la vallée contre les expropriations de leurs terres de cultures.

Des protestations légitimes qui datent de 83 avec la loi de la réorganisation foncière et domaniale. A partir de 89 avec les déportations sous le régime de Ould Taya de milliers de propriétaires terriens ont perdu leurs biens.

A Faralla comme à Koylol Bilol et à Dar El Barka le mouvement de révolte ne faiblit pas. La réponse du gouvernement par des lacrymogènes est révélatrice d’un état répressif comme en témoigne la violence policière depuis plus d’un mois contre les habitants de la plus grande décharge à ciel ouvert du pays Tivirit non loin de la capitale mauritanienne.

Un mauvais héritage du régime de Ould Aziz loin de trouver une issue malgré la promesse ferme du gouvernement de Ould Bilal.

Les bonnes intentions ne suffisent pas à calmer la colère des riverains qui vivent depuis plus de 13 ans dans un environnement malsain occasionnant ainsi chaque année des cas de cancer et de graves maladies respiratoires surtout chez les enfants.

Une odeur nauséabonde de poubelle qui risque de se transformer en bombe si les pouvoirs publics continuent de gagner du temps. C’est le même principe pour ce gouvernement quand il s’agit de lutter contre la hausse des prix des denrées de première nécessité.

C’est un ras-le-bol quasi général des mauritaniens qui en ont assez de la flambée des prix alors que le gouvernement vient de prendre des mesures qui semblent n’avoir pas eu d’effet sur les commerçants toujours récalcitrants.

Et parallèlement à cette difficulté les citoyens font face à une pénurie de médicaments démentie par le gouvernement et exacerbée par la crise sanitaire provoquée par la pandémie covid-19.

Une double peine qui relance la gestion catastrophique des autorités de Nouakchott qui auront des difficultés à éteindre plusieurs feux en même temps dont dans une moindre mesure les revendications des orpailleurs de la ville nouvelle de Chami pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Ces crises sociales à répétition laissent planer un doute quant à la capacité du régime de Ould Ghazouani à mieux faire que son prédécesseur.

Cherif Kane

 

Un pays musulman où l’on jette les bébés à la poubelle. Par Pr ELY Mustapha

Un pays musulman où l’on jette les bébés à la poubelle. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - En quarante ans, et suite aux violences successives, qu’elle a subi et subit encore, la société mauritanienne, a accusé des transformations qui ont corrompu son système de valeurs, ses croyances et jusque son devenir.

1. Ce qu’elle fut.

La société mauritanienne était bâtie sur une universalité de codes éthiques et de valeurs sociales qui lui donnaient sa dimension de respect et de tolérance.

Celle où l’on ne pouvait regarder dans les yeux les grandes personnes, celle où l’on devait courber la tête quand toute personne aux cheveux grisonnants nous adressait la parole, celle où l’on mettait le petit doigt sur le bord de l’assiette de repas commun pour ne pas importuner les invités.

Celle où l’on ne pouvait élever la voix en présence des parents et des grandes personnes, celle où l’on se devait d’être bon, sage et meilleur en tout.

Non pas seulement pour soi mais aussi pour sa famille et pour son pays. Il y avait dans cette société une fierté et une dignité qui prenaient leurs sources non pas dans l’appropriation matérielle, mais dans la possession de l’éducation et du savoir. Cadres et repères de l’homme en société.

Cette société dans laquelle l’on sacralisait la relation humaine où tous ceux qui tournaient autour de nous étaient notre famille, pourvu qu’ils aient foulé le sol de la maison familiale, prié avec les parents à la mosquée, partagé un bureau de travail ou habité le voisinage.

Cette société où la parole était d’or et où l’attachement se faisait plus à la personne elle-même, à son origine, à son savoir, à son éducation qu’à ses biens et ses atours.

Une société matériellement pauvre et spirituellement gigantesque. Cette société où l’ami de la famille était aussi la famille et chacun cherchait à voir dans l’autre ce qui le grandissait. Une société où les valeurs nous venaient de contes d’autrefois ou s’entremêlaient la foi, la dignité et le courage. Une société où le courage n’ignorait pas la tolérance et la dignité le pardon.

2. Ce qu’elle advint.

Aujourd’hui, la société mauritanienne, s’entre-déchire autour d’une personne, d’un bien, d’une autorité, d’un pouvoir. Elle a perdu la foi qui maintenait sa cohésion et la conviction en un devenir commun.

La société, à force de faire du pouvoir son centre d’intérêt et son ultime sujet, est devenue le reflet de ce pouvoir. Elle a confectionné ses attitudes, ses valeurs et son mode de vie à l’image de ce qui la préoccupe depuis des décennies : le pouvoir.

Ce n’est pas la société qui a imprimé ses valeurs au politique mais l’inverse. Entrainant ainsi une reproduction jusque dans la sphère sociale, des tensions qui l’animent et des tares qui le minent. Les dissensions, l’agressivité partisane, la corruption, le népotisme, l’inimitié, l’esprit revanchard et l’intolérance ont conquis une société entièrement assujettie au politique.

Les conséquences en sont une perte de repère pour toute une société et à travers elle sa jeunesse. Les batailles qui se livrent au sommet trouvent leur reproduction dans la violence sociale et la criminalité galopante. Le respect des anciens et des grandes personnes n’a plus de sens puisque ce sont ces personnes qui au pouvoir donnent le mauvais exemple et qui montrent les formes les plus évidentes de l’intolérance et de la cupidité.

Brassée durant des décennies par des régimes politiques entièrement extravertis ne se préoccupant que de conquérir, d’assujettir et de s’enrichir, au mépris du peuple et de sa culture, au mépris de son idéal et de ses valeurs, la société en est devenue le reflet.

Aussi tout ce que se passe actuellement au sommet de l’Etat et tout ce qui s’y est passé durant ces dernières années n’a pu trouver une réaction de rejet du profond de la société, car elle en est une fidèle reproduction. La société n’est plus le frein au rejet des valeurs, elle accompagne ce rejet, l’applaudit et l’admet.

Et tous ceux qui ont conquis le pouvoir par la force savent pertinemment qu’ils peuvent compter sur l’immobilisme de cette société qui » accusera le coup » et qu’ils sauront l’associer à leurs méfaits.

Une société conditionné, préparée à l’assujettissement et dont « l’élite » cupide et intéressée, véritable courroie néfaste de transmission entre la société et le pouvoir, la mettra dans l’escarcelle de ce dernier. Une élite participant à l’instrumentalisation politique d’une société sans repères et sans idéal.

Voilà pourquoi ceux qui usent de la violence pour conquérir le pouvoir, bafouer la société ; ses valeurs et son idéal le font parce qu’ils savent qu’ils trouveront toujours dans cette société ceux qui l’aideront à l’assujettir.

3. Ce qu’elle ne sera plus.

Cette société a-t-elle définitivement pris les traits de ceux qui la gouvernent par la violence, la cupidité et l’égoïsme depuis plus de quarante ans ?

Cette société est-elle, réactivement, morte pour tolérer toutes les violences qu’on lui fait depuis tant d’années à travers des putschs successifs hypothéquant sa volonté, son développement et son devenir ?

Cette société est–elle définitivement classable dans les rayons de l’ethnographie sous l’étiquette : « société détruite par absorption de son énergie vitale par un pouvoir parasite » ?

En somme, une société qui en est arrivé aujourd’hui à jeter les bébés à la poubelle, est-elle viable ?

Le rempart de la religion s’étant lui-même effrité, face à la violence que le corps social a subi, a fait que ce que toute société reprouve, se fait désormais dans la pénombre…

Si les bébés dans un pays musulman sont jetés à la poubelle, c’est parce que tout ce qui servait de socle solide et maintenant la société, ses croyances et ses valeurs, s’est effrité et il ne reste plus que le gémissement des êtres que l’on viole et l’étouffement des bébés au fond des poubelles… bébés de la misère, d’une société appauvrie, violentée jusque dans sa progéniture.

Alors, ce que cette société deviendra, nul ne le sait plus.

La compassion ne survit plus, là où l’on étouffe l’innocence.

Maudite gouvernance.

Pr ELY Mustapha

 

De l’obéissance au gouvernant : Quels oulémas pour quelle république? Par Pr ELY Mustapha

De l’obéissance au gouvernant : Quels oulémas pour quelle république? Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Selon Abou Sa’id El Khodry, le Prophète a dit : « Dieu n’a suscité aucun Prophète ni institué aucun calife sans leur adjoindre deux catégories de confidents. Les uns qui l’exhortent à faire le bien et le poussent à le faire, les autres qui l’exhortent à faire le mal et le poussent à le faire. N’est protégé que celui que Dieu protège. »

Et il ne fait pas de doute que la religion musulmane est aujourd’hui malmenée par ceux-là même qui sont sensés la servir au mieux des intérêts des croyants.

Mais est-ce là un phénomène nouveau? Certes non. Je me rappelle, dans ma tendre jeunesse, de ces féticheurs qui, psalmodiant mille et un versets, se présentaient pour vendre leurs talismans et qui refusaient d’en recevoir, en contrepartie, un prix modique; mais voulaient se faire payer au prix fort en invoquant le verset:

اشْتَرَوْا بِآيَاتِ اللَّهِ ثَمَنًا قَلِيلًا فَصَدُّوا عَنْ سَبِيلِهِ ۚ إِنَّهُمْ سَاءَ مَا كَانُوا يَعْمَلُون


“Ils troquent à vil prix les versets d'Allah (le Coran) et obstruent Son chemin. Ce qu'ils font est très mauvais!”

Alors que ce verset, dans toutes les interprétations depuis El Tabari à El Jellaleyn, en passant par El Kortobi et Ibn Koutheir qui, tout en le plaçant dans le contexte historique, met en garde les croyants contre l’abandon de la parole de Dieu pour suivre leurs désirs et leur convoitises.

On retrouve, aussi cette référence divine de la parole de Dieu au “vil prix” dans les sourates “El baghara”, “Alli Omrane”", “El ma’idah”. Ces versets ne s’adressaient donc nullement ni au troc des talismans ni à leur valeur financière.

Mais si ces versets détournés de leur sens réel couvraient une simple escroquerie vidant les poches de quelques incrédules, il reste que lorsqu’un tel comportement est porté à l’échelle de l’Etat il devient un crime; surtout quand il vise à soumettre tout un peuple au dictat d’une personne en utilisant la religion et ses saintes prescriptions. Parmi ces attitudes dangereuses, l’invocation de l’obéissance au détenteur du pouvoir.

يا أيها الذين آمنوا أطيعوا الله وأطيعوا الرسول وأولي الأمر منكم فإن تنازعتم في شيء فردوه إلى الله والرسول إن كنتم تؤمنون بالله واليوم الآخر ذلك خير وأحسن


“ Ô croyants ! Obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d'entre vous qui détiennent le pouvoir . En cas de litige entre vous, référez-vous-en à Dieu et au Prophète, si votre croyance en Dieu et au Jugement dernier est sincère. C'est là la démarche la plus sage et la meilleure voie à choisir.” (Sourate Ennisaa verset 4.59)

Tout en regroupant, pour plus de clarté , sous ce terme de “jurisconsultes”, les autorités religieuses ayant une influence ou un lien direct avec la communauté musulmane (Oulémas, imams, juristes etc), nous remarquons que l’utilisation d’un tel verset avait, dans les temps immémoriaux, permis aux jurisconsultes musulmans d’assujettir la volonté des musulmans au pouvoir du plus fort.

L’attitude des jurisconsultes s’expliquait aussi par le fait qu’à la fin de l’âge d’or des califes rachidines, compagnons du prophètes, le califat arrivait toujours par voie de conquête, de soumission et de coercition s’imposant et se perpétuant par voie héréditaire et dictatoriale et parfois sanguinaire.

Aussi la soumission au plus fort dans les périodes de conquêtes et de razzias s’expliquait bien par le recours aux armes pour soumettre les peuples.

C’est toujours sur cette lancée que des jurisconsultes musulmans d’aujourd’hui continuent à perpétuer un telle tradition et l’appuient sur le verset précédent mais aussi sur les préceptes malékites de l’obéissance au gouvernant tel que cela ressort des prescriptions de l’imam Malek ibn Enes: " Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. "

La crainte de la zizanie et de l’insécurité qui pouvaient résulter d’une période sans gouvernant a donc toujours expliqué la justification de la soumission bon gré mal gré au gouvernant, fut-il injuste.

Si cependant on peut comprendre l’intérêt historique d’une telle attitude des jurisconsultes musulmans dans un monde de guerres de conquête et de convoitises du pouvoir entre califes, factions et étendards divers, il est difficile aujourd’hui de comprendre la dimension de la difficulté lorsqu’il s’agit de concilier les préceptes malékites de gouvernance dans un pays musulman malékite mais gouverné par un Etat régi par une constitution moderne se proclamant régime démocratique ( la démocratie étant “le gouvernement du peuple par lui-même”), il y a alors une contradiction qui jette à terre toute volonté d’évolution des institutions républicaines en Mauritanie.

Si l’appel religieux à l’obligation d’obéissance au gouvernant fait l’objet d’un tel assentiment c’est qu’il est véhiculé par ceux qui sont en charge de dire “la religion”, les oulémas. Aussi des questions essentielles se posent:

Quelle place occupent les oulémas dans la société musulmane pour entrainer un tel assujettissement? (I)

Cette place est-elle réellement due par les oulémas d’aujourd’hui et n’ y a t-il pas une nécessité de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et “Alem”(savant)tels qu’ils devraient y ressortir de la sainte écriture? (II)

L’obligation d’obéissance au gouvernant, prescrite par la religion et véhiculée par ces oulémas, est présentée comme un dogme, mais n’est-elle pas soumise à des conditions préalables qui dictent son application? (III)

Dans un régime mauritanien constitutionnel, soumis au droit positif, la mise en œuvre d’une telle obligation religieuse n’est-elle pas contradictoire avec le caractère non théocratique et démocratique de l’Etat? (IV)

Enfin, une génération d’oulémas s’est mise, aujourd’hui, à interférer avec les régimes politiques en place (“oulémas du pouvoir”). Qu’est-ce qui les détermine? Restent-ils vraiment dans les limites que doit dicter leur statut religieux dans la société et dans l’Etat? ( V )

Autant de questions auxquelles nous consacrerons les développements qui suivent.

I- Le statut des oulémas dans la religion musulmane et dans la société mauritanienne La tradition est claire à ce niveau, les oulémas se répartissent en fonction de leur discipline. Globalement on distingue les érudits dans la science coranique et de la Sunna (Hadiths) et les érudits de la doctrine et de la jurisprudence. Comme le mentionne les jurisconsultes:

والعلم علمان : علم التوحيد والصفات وعلم الفقه والشرائع .

فالأصل في علم التوحيد التمسك بالكتاب والسنة ومجانبة الهوى والبدعة كما كان عليه الصحابة والتابعون والسلف الصالحون - رضوان الله عليهم أجمعين - الذين أخفاهم التراب


. Il ne fait pas de doute que la place que confère l’Islam aux oulémas dans l’orientation et l’assujettissement du musulman à leurs avis et directives est extrêmement importante. Les jurisconsultes bénéficient d’un statut à part dans l’Islam , il sont assimilés dans la conscience populaire à ceux “qui autorisent et qui interdisent” (أهل الحلِّ و الربط) et Dieu leur a réservé une place particulière dans la direction, le conseil et le règlement des différends dans la communauté musulmane.

Mais l’examen du Saint Coran montre que non seulement ils ont cette mission temporelle et terrestre de servir la communauté musulmane, mais ils revêtent aussi auprès de Dieu une importance toute particulière.

قال الله - عز وجل - : ( ومن يؤت الحكمة فقد أوتي خيرا كثيرا ) ، قال ابن عباس رضي الله تعالى عنه الحكمة معرفة الأحكام من الحلال والحرام وقد ندب الله - تعالى - إلى ذلك بقوله - تعالى - : ( فلولا نفر من كل فرقة منهم طائفة ليتفقهوا في الدين ولينذروا قومهم إذا رجعوا إليهم لعلهم يحذرون ) فقد جعل ولاية الإنذار والدعوة للفقهاء ، وهذه درجة الأنبياء ، تركوها ميراثا للعلماء ، كما قال عليه الصلاة والسلام : « العلماء ورثة الأنبياء » ، وبعد انقطاع النبوة هذه الدرجة أعلى النهاية في القوة ، وهو معنى قول النبي عليه الصلاة والسلام : « من يرد الله به خيرا يفقهه » وقال عليه الصلاة والسلام : « خياركم في الجاهلية خياركم في الإسلام إذا فقهوا » ولهذا اشتغل به أعلام الصحابة

وَمِنَ النَّاسِ وَالدَّوَابِّ وَالْأَنْعَامِ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ كَذَلِكَ إِنَّمَا يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبَادِهِ الْعُلَمَاءُ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ غَفُورٌ


“Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.” Et cette crainte que les savants ont de Dieu, les a placés au dessus des autres croyants.

Et cette situation s’explique par la connaissance que ces savants ont acquise des saintes écritures, de leur appréhension de la toute puissance de Dieu et de leur capacité à comprendre les paroles de Dieu, de les transmettre et de les appliquer au commun des mortels. En autorisant ce qui Dieu autorise et en interdisant ce qu’il interdit.

C’est ce que Ibn Koutheir à l’occasion de son interprétation de ce passage confirme et illustre par l’affirmation de jurisconsultes.

قَالَ عَلِيّ بْن أَبِي طَلْحَة عَنْ اِبْن عَبَّاس فِي قَوْله تَعَالَى : " إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء " قَالَ الَّذِينَ يَعْلَمُونَ أَنَّ اللَّه عَلَى كُلّ شَيْء قَدِير " . وَقَالَ اِبْن لَهِيعَة عَنْ اِبْن أَبِي عَمْرَة عَنْ عِكْرِمَة عَنْ اِبْن عَبَّاس قَالَ : الْعَالِم بِالرَّحْمَنِ مِنْ عِبَاده مَنْ لَمْ يُشْرِك شَيْئًا وَأَحَلَّ حَلَاله وَحَرَّمَ حَرَامه وَحَفِظَ وَصِيَّته وَأَيْقَنَ أَنَّهُ مُلَاقِيه ووَمُحَاسَب بِعَمَلِهِ وَقَالَ سَعِيد بْن جُبَيْر الْخَشْيَة هِيَ الَّتِي تَحُول بَيْنك وَبَيْن مَعْصِيَة اللَّه عَزَّ وَجَلَّ وَقَالَ الْحَسَن الْبَصْرِيّ الْعَالِم مَنْ خَشِيَ الرَّحْمَن بِالْغَيْبِ وَرَغِبَ فِيمَا رَغَّبَ اللَّه فِيههِ وَزَهِدَ فِيمَا سَخَّطَ اللَّه فِيهِ ثُمَّ تَلَا الْحَسَن "


Et au dessus de tout, Allah n’a-t-il pas dit:

{ Dis : «Sont-ils égaux ceux qui savent et les ignorants ? les hommes doués d'intelligence sont les seuls qui réfléchissent. } [ Sourate 39 - Les groupes - Az-Zumar - Verset 9 ]

La place et la reconnaissance faites aux oulémas dans l’Islam est telle que Abou Houreira rapporte que l'Envoyé d'Allah a dit : « Les savants sont les héritiers des Prophètes.» (mentionné par Mouslim) et il a même donné une appréciation imagée de ce qui sépare le savant de l’ignorant. En effet , Abou Houreira - - rapporte du Messager d'Allah ces propos : « Cent degrés séparent la position du savant de celle du dévot. Entre chaque degré, il y a la distance que couvre un cheval au galop au cours de soixante-dix années. » (mentionné par Tirmidhi et Abou Daoud.)

Le Messager d'Allah, Mohammed dit: «Les Anges étendent leurs ailes sur celui qui recherche le savoir et sont satisfaits de son oeuvre ». (Rapporté par An-Nessa'i et Tirmidhi )

Et selon Abou Darda' : j'ai entendu le Messager d'Allah dire : «Les Savants sont les héritiers des Prophètes. Les Prophètes ne lèguent aucun dinar ni dirhem, par contre, ils lèguent la science. Celui qui s'emparera d'elle (la science), se pourvoira d'un privilège grandissant. » (Rapporté par Abou Daoud, Tirmidhi, Ibn Madja et AI-Béihaqi )

Abou Houreira dit, j'ai entendu le Messager d'Allah : « Dans le cas où quelqu'un vienne à vous, dans le but d'étudier, traitez-le avec déférence et estime, car c'est mon convive.» (Rapporté par Mouslim et AI-Boukhari)

Dans le testament de Loqman - que la paix soit sur lui -, il dit à son fils «Fils, fréquente les savants et rivalise avec eux de toute ton énergie. Allah vivifie les coeurs avec la lumière de la sagesse comme il vivifie la terre avec la pluie qui tombe du ciel »

Ali Ben Abi Talib dit un jour à Koumil : "Koumil, le savoir est de loin préférable à l'argent. Car, le savoir veille sur toi, mais par contre, tu veilles sur l'argent. Le savoir est un maître. L'argent est condamné, puisqu'il diminue à la dépense et le savoir augmente lorsqu'il est partagé." Il dit également : "L'orphelin n'est pas celui qui a perdu ses parents. Non L'authentique orphelin est celui qui ne possède ni savoir, ni éthique."

Abdallah ibn Abbas rapporte ces propos "On a donné à choisir à Salomon d'entre le savoir, l'argent ou la royauté. Il choisit le savoir. Et l'argent et la royauté lui furent donnés avec le savoir"

Zoubir ben Abi Bakr raconte : "Lors de mon séjour en Irak, j'ai reçu une lettre de mon père me disant : «O mon fils ! Acquiers le savoir Si tu t'appauvris, il sera pour toi un trésor et si tu t'enrichis, il te sera une beauté. »"

II - De la nécessité de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et de “Alem” (savant).

Si l’on examine la sourate dans laquelle le verset “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء a été tiré, on remarque qu’avant de faire cette assertion, Dieu a commencé par citer les miracles de la nature qu’il a faite ( l’eau nourricière venue du ciel, les fruits multicolores qui en naissent.

Les montagnes, leurs sillons blancs et rouges, de couleurs différentes et des roches à la noirceur excessive; les hommes, les animaux, les bestiaux aux couleurs différentes…). Puis Dieu cite alors les savants qui sont ces serviteurs qui sont les seuls à le craindre.

أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ أَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجْنَا بِهِ ثَمَرَاتٍ مُخْتَلِفًفًا أَلْوَانُهَا وَمِنَ الْجِبَالِ جُدَدٌ بِيضٌ وَحُمْرٌ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهَا وَغَرَابِيبُ سُودٌ


N'as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l'eau? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires.

وَمِنَ النَّاسِ وَالدَّوَابِّ وَالْأَنْعَامِ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ كَذَلِكَ إِنَّمَا يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبَادِهِ الْعُلَمَاءُ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ غَفُورٌ


Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.” La question que chaque être rationnel devrait se poser est alors: Pourquoi Dieu fait-il cette assertion sur les savants en parlant auparavant, et juste avant, des sciences humaines et de la nature ?

En effet, si l’on examine avec attention ce passage, l’on retrouve dans ce verset la référence aux sciences suivantes: météorologie, hydrologie, géologie, botanique, agronomie, minéralogie, anthropologie, ethnologie, sociologie, botanique, zoologie …

Cela, à notre avis, ne peut signifier qu’une chose: les savants dont parle Dieu, ne sont pas les doctes de la religion mais bien les “scientifiques” au sens que nous leur connaissons aujourd'hui. A savoir les personnes qui se consacrent à l’étude d’une science, ou des sciences avec la rigueur et les méthodes scientifiques (Wikipédia)

Les “oulémas” seraient donc “les hommes de science”, ceux qui détiendraient un savoir scientifique (une science) leur permettant de scruter les miracles de Dieu sur terre (donc activité temporelle et non spirituelle) et qui sont capables d’en approcher la complexité, l’ingéniosité et l’incommensurabilité ce qui les renforce dans la conviction de l’existence de l’éternel et de sa puissance, ce qui justement les renforce dans sa crainte et sa soumission à lui.

Ce sont ces savants-là dont Dieu parle. Ceux qui, par le savoir et l’intelligence humaine, découvrent les miracles et s’agenouillent devant la puissance de Dieu.

Les doctes religieux invoquent les miracles de Dieu comme des faits avérés et immuables, les savants (scientifiques) les expérimentent et appréhendent chaque jour leur infinité, leur complexité et leur vérité.

Une telle connaissance dont ils saisissent les limites les met en perpétuelle situation de crainte et de révérence à Dieu. Dieu les ayant avertis de l’infime connaissance qu’il leur a permis de posséder!

وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الرُّوحِ قُلِ الرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّي وَمَا أُوتِيتُمْ مِنَ الْعِلْمِ إِلَّا قَلِيلًا


“Et ils t'interrogent au sujet de l'âme, - Dis: "L'âme relève de l'Ordre de mon Seigneur". Et on ne vous a donné que peu de connaissance. “ Sourate El israa.” n.15)

قُلْ لَا يَعْلَمُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ (سورة النمل الاية رقم 65


Dis: "Nul de ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ne connait l'Inconnaissable, à part Allah". Et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités! “

Ainsi les véritables contemplateurs des miracles de Dieu sont les scientifiques. De l’infiniment petit (atome) à l’infiniment grand (galaxies), les scientifiques sont en connexion avec les merveilles divines. Ils découvrent chaque jour la fatuité de l’humain et le l’insignifiance de ses jours. La foi du savant (scientifique) est alors infinie et c’est en cela que Dieu a bien dit que “Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah”. Et pour cause.

C’est de cet homme de science là, dont le prophète Mohamed a parlé . En effet, en exhortant le musulman à aller “chercher la science même en chine” ("اطلبوا العلم ولو بالصين، فإن طلب العلم فريضة على كل مسلم) !

Et ce n’est certainement pas en Chine qu’il fallait à l’époque rechercher les préceptes islamiques, mais bien le savoir scientifique et la découverte du savoir du monde. Il est donc éminemment important de revoir cette conception du “savant” telle qu’elle a été ramenée aux doctes religieux (oulémas, jurisconsultes) pour lui faire prendre sa véritable dimension: l’homme de science.

Cette conception nous semble la plus plausible. Les savants ne peuvent être que les scientifiques ceux dont la définition a été donnée plus haut.

Mais Dieu en parlant de savant selon notre conception, a-t-il exclu les “oulémas” (doctes religieux) de ce champ?

Oui et non.

Oui, s’il s’agit des oulémas qui depuis la fermeture des portes de l’ijtihad se sont réduits en glossateurs et post-glossateurs de ceux qui les ont précédés en réduisant la “Bidaa” (innovation), au sens de Malek ibn Enes, à une proportion si infime qu’elle en est devenue une hérésie.

Ces oulémas là, peu ouverts sur les réalités de ce monde, réduisent leur savoir à l’exégèse du livre saint et à la répétition des précédents (au sens doctrinal et jurisprudentiel du terme).

Non, cependant Dieu n’a pas exclu les oulémas; en tout cas pas ceux qui ont été les références dans le monde islamique d’antan et dont peu d’oulémas d’aujourd’hui peuvent leur être assimilés. Ce sont les oulémas islamiques des premiers temps. Ces oulémas étaient non seulement des docteurs de la religion mais ils étaient des scientifiques (médecins, mathématiciens, botanistes, logicien, pharmaciens, philosophes, anthropologues etc.).

Il suffit de dresser la liste des savants musulmans pour constater que les érudits étaient versés dans plusieurs disciplines scientifiques et ne s’enfermaient pas dans l’étude des textes religieux. L’ouléma d’aujourd’hui est un pur produit des mahadras et autres écoles religieuses qui ne lui donnent d’horizon que les programmes liés à sa discipline. Aucune place n’est laissée aux sciences humaines et encore moins aux sciences exactes.

Il est enfermé dans la connaissance des sources principales de la religion, le Coran et la Sunna, les méthodes d’interprétation et de divulgation ainsi que la doctrine et la jurisprudence qui lui sont attachées. Ni la philosophie, mère des sciences, dans toute sa dimension universelle (sans exclusion de courants de pensées), ni l’histoire de la pensée, des idées , des faits politiques, sociaux économiques ne sont intégrées dans les cursus des institutions de formation religieuse.

Or la conviction religieuse et la solide détention d’un savoir, passent par la connaissance de l’homme et de son œuvre sur terre, car c’est à travers l’homme, représentant de Dieu sur terre, que l’on connait Dieu.

On n’enseigne ni la Bible, ni la Torah, qui pourtant font font partie des religions de Ehl el kitab, sur lesquels Dieu et son prophète Mohamed , se sont prononcés.

Comment connaitre sa religion si on ne connait pas celle des autres ou tout au moins en savoir l’essentiel ? L’affirmation de sa propre religion, et la conviction qu’on a en elle, est d’autant plus fort que l’on n’ignore pas celle des autres. Et d’ailleurs dans le prêche face aux publics incrédules, la valeur scientifique de la rhétorique comparative de sa religion par rapport à celle des autres est payante pour l’adhésion des esprits.

L’ouléma d’aujourd’hui contrairement aux oulémas d’autrefois, n’intègre pas la science à son savoir, il se suffit du dogme religieux et n’élargit pas ses horizons par l’intégration de la connaissance universelle telle qu’elle fut recommandée par les précurseurs de la pensée islamique et ses fondateurs.

Ainsi le premier magistrat de l’Islam et le commandeur des croyants, le Calife Omar Ibn El khattab, recommandait d’apprendre la généalogie, la poésie, l’astronomie et la science des étoiles vantant le mérite de ces savoirs dans la connaissance de soi, de son éducation, de son orientation sur terre et sur les mers.

Ali Ben Abi Talib a dit: « Si vous interrogez le Coran, il ne vous répondra pas. Mais, je vais vous renseigner sur lui : il contient la science de l'avenir et les chroniques du passé. Il est la thérapeutique de vos maux et l'institution qui vous unit.» Il disait également : « Le savant est mieux que le jeuneur, que l'homme qui prie et que le combattant dans la voie d'Allah. Lorsqu'un savant vient à mourir, une brèche se crée en Islam que ne peut colmater qu'un autre savant qui lui succèdera.»

Il faudrait cependant que les savants (“ouléma”), ne se réduisent plus dans leur définition et dans leur conception aux promotions des cursus arides d’institutions religieuses, coupées de la science et du savoir et déversés dans les rangs d’une société mauritanienne malléable et dans les rouages d’un Etat qui cherche ses marques et sur lequel l’influence de la pensée fermée est pire que les tsunamis.

III- le contenu et le contexte d’un tel verset: l’obéissance au gouvernant n’est pas une obéissance aveugle

Il n’ y a pas plus dangereux pour la pensée et la compréhension d’une idée que celle qui est sortie de son contexte. En matière religieuse, on peut faire dire à un verset ce qu’il n’aurait pas dit s’il sort de son contexte.

C’est justement dans cette situation que la référence religieuse à “l’obéissance au gouvernant” a été utilisée pour accommoder mille et une intentions , dont celle très politique (et peu louable) de maintenir l’humain dans sa condition et le citoyen dans son immobilisme, mais aussi dans une intention très louable (mais qui n’a plus qu’une valeur historique) d’empêcher la zizanie et les troubles dans des sociétés musulmanes anciennes guerrières et soumises à des seigneurs de la guerres(du temps des Califes et des crises fratricides).

Si cette seconde utilisation de l’obligation d’obéissance (“obéir coute-que-coute" au gouvernant) se retrouve de façon non équivoque chez l’Imam Malek ibn Enes (pour des raisons de stabilité et de paix sociale historiques), elle ne se justifie plus dans le contexte de l’Etat moderne, constitutionnel, dont les dirigeants sont élus démocratiquement et qui assure par des moyens modernes sa propre sécurité démocratique tout en obéissant au droit national et international et sous le contrôle de citoyens libres et égaux en droit.

C’est pourquoi, il n’est pas faux de dire que dans la religion musulmane et particulièrement dans le courant malékite, l’obéissance au gouvernant est fortement prescrite (1) toutefois cette obéissance reste soumise à des conditions certaines pour être acceptée (2). Ce qui réduit son champ coercitif de la liberté des gens et d’affirmation de l’omnipotence des gouvernants; et n’en fait plus un dogme, comme certains zélateurs voudraient qu’il soit.

1. l’islam impose la soumission au gouvernant: l’ordre contre la zizanie

Nous avions cité plus haut le verset: “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء “ et la place dans laquelle Dieu met les savants. Cependant cette place que les savants ont auprès de Dieu , ils ne peuvent pas seulement la devoir au seul fait de leur érudition dans la matière religieuse (Coran et Sunna) mais comme l’explique Ibn Messaoud : “La science , ce n’est pas beaucoup parler de science mais davantage craindre Dieu”.

la science dira Ibn Wahb,rapporté par Ahmed Ben Salah el Masri: “La science , ce n’est pas la prolifération dans la connaissance approfondie des faits et évènements (religieux), mais la science est une lumière que Dieu met dans le cœur”.

إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء إِنَّ اللَّه عَزِيز غَفُور " وَعَنْ اِبْن مَسْعُود رَضِيَ اللَّه عَنْهُ أَنَّهُ قَالَ : لَيْسَ الْعِلْم عَنْ كَثْرَة الْحَدِيث وَلَكِنَّ الْعِلْم عَنْ كَثْرَة الْخَشْيَة . وَقَالَ أَحْمَد بْن صَالِح الْمِصْرِيّ عَنْ اِبْن وَهْب عَنْ مَالِك قَالَ : إِنَّ الْعِلْم لَيْسَ بِكَثْرَةِ الرِّوَايَة وَإِنَّمَا الْعِلْم نُور يَجْعَلهُ اللَّه فِي الْقَلْب .


Ces érudits à travers les interprétations d’ Ibn Kuthair ramènent ce verset à sa juste dimension humaine. On ne devient donc pas savant, ouléma et jurisconsulte par la somme de connaissance accumulée mais par la lumière que Dieu a placée dans le cœur de celui qui est sensé la détenir.

En somme, le savant est non seulement respectable par ce qu’il détient comme savoir mais aussi et surtout par la façon dont il utilise ce savoir (dans le sens du bien de la communauté) et par son comportement personne (image qu’il renvoie au commun des mortels).

le Prophète – Paix et Salut pour lui – a dit :

« Celui qui est commandé par un gouvernant, puis le voit commettre un quelconque péché, qu’il désapprouve ce péché sans qu’il ne retire sa main de son obéissance. »[1] « Celui qui cesse d’obéir au gouvernant, se met à l’écart de la communauté, puis meurt, mourra comme dans l’époque pré-islamique ‘‘Jahiliya’’. »[2]

« Toute personne doit écouter et obéir dans les choses qu’elle aime et celles qu’elle déteste, sauf s’il lui est ordonné le péché, dans ce cas pas d’écoute, ni d’obéissance. »[3] Lorsque le Prophète – Paix et Salut pour lui – annonça qu’il y aurait des gouvernants qui feront de bonnes choses mais aussi d’autres réprouvables, un compagnon questionna : Que nous ordonnes-tu ? Le Prophète – Paix et Salut pour lui – répondit : « Acquittez–vous de votre devoir et demandez vos droits à Allah. »[4]

°Ubâdat ibn El Sâmit a dit : « Le Prophète nous a fait prêter serment d’écouter et d’obéir dans ce que nous aimons et détestons, ce qui nous est facile et difficile, et de ne pas contester le pouvoir à ceux qui le détiennent. » Puis il dit : « Sauf si vous voyez un acte d’incroyance clair et évident dans lequel vous avez une preuve de la part d’Allah. »[5]

2. L’obéissance au gouvernant est soumise à condition: “l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.” La portée du verset prônant l’obligation d’obéissance est, elle-même, liée à d’autres versets qui la fondent et l’explicitent et ne peuvent justifier l’invocation dogmatique qui en est faite.

L’approche la plus simple du musulman, que nous sommes, c’est de croire en notre capacité et en notre force de réfléchir sur les problèmes qui nous concernent. Les oulémas ne sont pas des êtres infaillibles, seuls les prophètes le sont. Les oulémas ne sont pas des intercesseurs des hommes devant Dieu.

Ce sont des dépositaires d’un savoir acquis qu’ils ont pour mission d’enrichir et de divulguer aux fins de la bonne parole et de la paix des âmes et des cœurs des croyants. Les oulémas peuvent se tromper et parfois lourdement comme le commun des mortels et c’est en cela qu’il peuvent devenir extrêmement dangereux du fait que leur statut religieux et la place qu’ils occupent auprès des croyants et notamment ceux qui sont leurs disciples.

Dans la société mauritanienne, croyante par excellence, ceci est d’autant plus grave que El alem (singulier de Ouléma) occupe une place telle que le Mauritanien croyant lui fait souvent, parfois par intérêt parfois par piété, une confiance quasi-aveugle.

C’est notamment ce que traduit l’adage fort bien utilisé dans la société mauritanienne: Laisse à El almen la responsabilité de ce qu’il dit et ne t’oppose pas (“Houtha alla eddhar allem wa mougrha salem”). Une forme de fuite en avant qui explique cette facilité de se soumettre au premier venu.

قال البخاري: حدثنا عمر بن حفص بن غياث، حدثنا أبي، حدثنا الأعمش، حدثنا سعد بن عبيدة، عن أبي عبد الرحمن، عن علي - رضي الله عنه - قال: بعث النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - سرية وأمّر عليهم رجلاً من الأنصار، وأمرهم أن يطيعوه، فغضب وقال: أليس قد أمر النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أن تطيعوني؟ قالوا: بلى، قال: قد عزمت عليكم لما جمعتم حطبا وأوقدتم نارا ثم دخلتم فيها. فجمعوا حطبا فأوقدوا نارا، فلما همّوا بالدخول فقاموا ينظر بعضهم إلى بعض فقال بعضهم: إنما تبعنا النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فراراً من النار أفندخلها؟ فبينما هم كذلك إذ خمدت النار وسكن غضبه، فذكر للنبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فقال: "لو دخلوها ما خرجو منها أبداً، إنما الطاعة في المعروف".


El boukhari rapporte que le Prophète Mohamed , avait nommé à la tête d’un groupe de combattants, un homme parmi ceux qui l’avaient supporté, ses partisans (El Ansar). Ce dernier leur dit: “Notre prophète Mohamed ne vous-à-t-il pas ordonné de m’obeir”, ils répondèrent : “oui”, alors il leur ordonna de rapporter une quantité de bois et d’allumer un brasier.

Quand cela fut fait, il leur ordonna de se jeter dans le brasier. Les combattants allaient s’exécuter mais se regardèrent les uns et les autres et dirent: “Nous avons suivi le prophete pour échapper au feu (enfer) et tu veux nous y faire entrer?”.

Après que le brasier se fut éteint et que la colère de leur commandant s’en soit allée, le prophète Mohamed l’apprit et dit: “ S’ils étaient entrés dans ce feu (l’enfer), ils n’en sortiront plus jamais car l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.”

وفي الحديث الصحيح المتفق على صحته عن أبي هريرة عن رسول الله صلى الله عليه وسلم أنه قال " من أطاعني فقد أطاع الله ومن عصاني فقد عصا الله ومن أطاع أميري فقد أطاعني ومن عصا أميري فقد عصاني " فهذه أوامر بطاعة العلماء والأمراء ولهذا قال تعالى " أطيعوا الله " أي اتبعوا كتابه وأطيعوا الرسول أي خذوا بسنته وأولي الأمر منكم أي فيما أمروكم به من طاعة الله لا في معصية الله فإنه لا طاعة لمخلوق في معصية الله كما تقدم في الحديث الصحيح " إنما الطاعة في المعروف "


On comprend donc, comme l’a dit notre prophète Mohamed dans cette admirable parabole universelle: "l’obéissance n’est obéissance qu’au juste”

C’est la condition fondamentale de tout devoir d’obéissance. Il serait donc erroné et aller dans une mauvaise interprétation que de vouloir, au nom du précepte religieux de gouvernance, soumettre le musulman au gouvernant qui ne respecte pas l’homme dans sa vie, dans sa dignité, dans son honneur et dans les droits inaliénables qui sont attachés à sa vie et à sa condition humaine.

IV- L’Etat mauritanien n’est pas un Etat théocratique.

La difficulté souvent exploitée par ceux qui se déclarent des oulémas, c’est la complexité de la matière dans laquelle ils opèrent mais aussi son caractère sacré. Chacun y va de son interprétation et chacun y met une dose de sa personne à telle enseigne d’ailleurs, qu’une tradition fort malencontreuse s’est installée dans notre pays où il y a une confusion réelle entre la personne des oulèmas et ce qu’ils disent.

Il suffit que tel ait dit ceci pour que cela coule de source. Or il est impératif de le dire, l’Etat mauritanien n’est pas une congrégation d’oulémas et sa constitution ne lui a pas conféré un régime théocratique.

Le malékisme, dans la soumission sine qua non qu’il impose au gouvernants, serait-il contradictoire avec la démocratie? Qu’en est-il aujourd’hui du rôle que doivent jouer les imams, oulémas et hommes de Dieu dans un Etat mauritanien, non théocratique, soumis à une constitution libérale et des institutions démocratiques ?

Est-il aujourd’hui possible de soutenir l’assertion de l’imam Malek ibn Enes: " Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. "?

Tout en sachant que nos présidents ne s’absentent pas seulement pour une heure, mais qu’ils sont toujours absents au propre et au figuré, allons-nous souffrir qu’un président ( a fortiori même juste) règne pendant soixante dix ans alors que son mandat ne vaut que pour cinq ans? Certes, non.

L’imam Malek ibn Enes fils de son temps et de ses luttes fratricides au sommet du Califat était bien en droit de le dire. Lui-même en avait subit physiquement les conséquences. Malek ibn Enes “était partisan de Ali ben Abi Talib -, d'où son opinion politique Alide.

Lorsque Mohammed ibn Abd Allah surnommé "l'âme pure" se révolta à Médine en 145 contre le Calife Al Mansour, ses partisans allèrent trouver Malek et lui demandèrent ce que valait le serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Al-Mansour. Il répondit, qu'il était nul, comme ayant été arraché par la force. Ils le prièrent de prêter serment lui-même au prétendant, il s'y refusa.

Mes'oudi raconte quand la révolte fut matée, il fut mis à la torture et sévèrement flagellé, on lui a même brisé les deux bras. Lorsqu'en 145, Mohammed s'empara de Médine par un coup de main, Malek déclara dans une fetwa que le serment prêté à AI Mansour ne pouvait obliger en conscience parce qu'il avait été extorqué par la force. A la suite de quoi un grand nombre d'habitants qui seraient demeurés sur la réserve se déclarèrent pour Mohammed.

Malek ne prit pas de parti active au soulèvement. Malgré cela en 147, après l'échec du mouvement, il fut emprisonné et puni de fustigation par Dja'far ibn Souleïman, gouverneur de Médine. Il lui en resta une dévitatino de l'épaule et une fracture des deux bras. Les mauvais traitements en prison dont parle Abou Hanifa sont calqués sur cet épisode de la vie de Malek “ 1

C’est autant dire que Malek ibn Enes avait forgé les préceptes de son temps en les appuyant sur les prescriptions religieuses. Et ont le sait, sociologiquement les prescriptions religieuses ne sont que des sources d’obligations qui s’imposent avec plus ou moins de rigueur en fonction du temps, de l’époque et des conditions politiques, économique et sociales d’une société donnée à un moment donné de son histoire.

L’exemple du premier des magistrats Omar ibn El khatab (duquel le prophète Mohamed disait: “Dans ma communauté, il y a des gens inspirés. Par Dieu, 'Omar est l'un d'entre eux !”), est élogieux à cet égard.

Omar ibn El khatab qui durant les temps de disette et de famine renonçait à appliquer pour les voleurs la peine dans toute sa rigueur. Il savait que le droit, dût-il être d’inspiration religieuse, devait épouser les exigences du temps.

Le commandeur des croyants , Omar ibn El Khatab, n’imposait jamais au musulman ce qu'il ne pouvait pas supporter. Et Malek ibn Enes en témoigne d’ailleurs lui-même: Malek ibn Enes a dit : « Alors que nous étions chez ‘Omar (Ibn El Khattab) , celui-ci dit : On nous a défendu de prescrire une chose au-dessus de nos moyens.».

C’est autant dire que l’on est loin de l’approche rigide que certains oulémas ont des préceptes religieux éludant par là même les principes de base de l’édiction de tout précepte à caractère obligatoire à savoir que la religion doit éviter la compléxité (الدين يسرٌ و ليس عسرٌ) et la coercition (لا إكراه في الدين).

En Mauritanie, l’amalgame se doit de ne pas être fait. Le Président de la république n’est pas un calife, il n’a aucune ascendance spirituelle sur le peuple; il ne tire sa légitimité d’aucune source religieuse. Son rôle, est de veiller “au respect de la constitution et des lois, à l’intérêt du peuple mauritanien, de sauvegarder son indépendance, la souveraineté du pays, l’unité de la patrie et l’intégrité du territoire national”.

Ces obligations, il les proclame par serment, non pas devant une assemblée “Choura” ou d’Oulémas mais devant le Conseil Constitutionnel, en présence des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat et des présidents de la Cour suprême et du Haut conseil Islamique.

Si la source déclarée du droit mauritanien est l’islam, il n’en demeure pas moins que l’on ne retrouve nulle part dans la Constitution la mention des oulémas ou même du livre saint. Tous les principes des droits et obligations rapportés par la Constitution sont repris des constitutions modernes et à certains égards la Constitution mauritanienne est la sœur jumelle de la constitution de la Vème république française.

Il est certain donc que le document suprême régissant les pouvoirs de l’Etat ne fait nullement de ce dernier un Etat théocratique. Au contraire la Constitution du 20 juillet 1991, telle que modifiée en 2006 (Article 2) déclare que: “ Le peuple est la source de tout pouvoir.

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants élus et par la voie de référendum.” Une souveraineté populaire, du peuple qui est la source du pouvoir, n’est-elle pas antinomique avec le précepte dogmatique de l’obéissance sine qua non au gouvernant ?

Peut-on cependant au nom d’un tel argumentaire rejeter une prescription religieuse qui fait l’unanimité chez les oulémas quant à son intégrité textuelle et à son obligation à l’égard du musulman?

Certes non. Mais ce précepte se doit d’obéir à des règles quant à son édiction.

En effet, s’il n’est pas adéquatement exposé , dans son contexte socio-historique, dans les conditions qui doivent accompagner cette obéissance (tel que nous l’avions fait plus haut) , ce précepte d’obéissance est une négation pure et simple de la Constitution mauritanienne. C’est la raison pour laquelle son invocation dans le cadre de l’Etat mauritanien par les oulémas vis-à-vis des croyants ne peut se faire que si les conditions suivantes sont remplies:

- Que le gouvernant soit juste

- Que le gouvernant soit légalement élu

- Que le gouvernant bénéficie d’une légitimité populaire certaine,

- Que le gouvernant ne soit pas un despote

- que le gouvernant agisse dans l’intérêt du peuple et de la nation.

Dans le cas contraire toute soumission et obéissance entérinent l’une des situations suivantes: La colonisation , la dictature, l’autoritarisme, le despotisme, l’autocratie, la tyrannie, l’absolutisme….

Et nulle part dans l’Islam un précepte n’impose au musulman de vivre dans la tyrannie. Au contraire, l’Islam invite à réagir face à l’injustice et la tyrannie.

le Prophète Mohamed a dit : « Celui d’entre vous qui voit une chose répréhensible, qu’il la redresse de sa main ; s’il en est incapable, qu’il le fasse par le langage ; s’il est incapable, qu’il la réprouve dans son for intérieur et c’est là le stade le plus faible de la foi. » (Muslim (1/69), hadith n°49.)

‘Omar Ben ‘Abdelaziz avait lui-même posé les conditions de celui qui doit rendre justice: « Le Cadi (Juge) doit avoir cinq qualités : Si une de ces qualités lui manque, il n’est pas digne d’exercer ses fonctions.

Il doit être intelligent, posé, chaste, autoritaire, cultivé et assoiffé de science.” Dans l’Etat moderne, le premier garant de la Justice est le Premier magistrat de la république, à savoir le chef de l’Etat. Autant dire que si l’une des qualités lui manque” il n’est pas digne d’exercer ses fonctions et donc a fortiori lui obéir.

Sans pousser le raisonnement plus loin, on comprend aisément que nous avions peu de chef d’Etats dignes de nous gouverner, a fortiori de leur obéir. Et paradoxalement, les conditions posées par le Calife Omar prônent la désobéissance au gouvernant. A beaucoup de nos gouvernants.

V – Des oulémas et de leur infaillibilité: oulémas du pouvoir et oulémas de la dignité

On comprend donc que le précepte religieux d’obéissance au gouvernant en place que certains oulémas ont posé comme condition sine qua non pour le musulman, n’est pas absolu. Tout comme n’est pas absolu le raisonnement des oulémas. L’infaillibilité, comme on le sait, est l’apanage exclusif des prophètes. Or les oulémas, d’aujourd’hui, agissent comme tels.

Ceci nous pousse alors à nous poser la question sur le précepte de gouvernance: Pourquoi certains oulémas s’évertuent à interférer avec les régimes politiques en place, en servant les préceptes religieux de gouvernance au gré des circonstances et des détenteurs du pouvoir en place? L’amalgame, encore une fois, ne doit pas être fait entre le précepte religieux de gouvernance et le comportement des oulémas.

Si le précepte est obligatoire, le comportement des oulémas n’est pas infaillible. Si le précepte est immuable, l’intégrité des oulémas ne l’est pas forcément. C’est au musulman d’obéir au précepte religieux, mais en vérifiant qui l’édicte, quels ont ses déterminants, ses motivations et l’environnement socio-politique dans lequel il proclame ce précepte.

Notons bien ici que nous ne traitons ici que du précepte de gouvernance ( “obéir au premier commandeur d’entre-vous”) et non des préceptes religieux qui dictent les rapports entre le croyant et son Dieu (prière, jeûne, pèlerinage, zakat, aumône etc.) dans lesquels les oulémas sont les docteurs de la foi.

Pourquoi le musulman doit prêter attention au précepte religieux de gouvernance?

Parce contrairement aux autres préceptes de la foi, ce principe à haute charge politique peut être utilisé pour assujettir le musulman (comme du temps des califes), pour maintenir l’arbitraire des gouvernants et servir les intérêts d’une classe d’Oulémas dont les rapports d’intérêt avec le pouvoir sont étroits.

Ces oulémas que certains ont appelé à juste titre “oulémas du pouvoir” existent et prennent en charge la perpétuation d’un régime d’un ordre en se servant de la religion au détriment du citoyen.

“Oulémas du pouvoir” que l’on oppose aux “oulémas de la dignité”. Oulémas qui sont qualifiés ainsi suivant leur attitude à l’égard du pouvoir et leur compromission avec les gouvernants. Il en est ainsi notamment de celui qui a émis une fatwa légitimant la barrière entre l’Egypte et la bande de Gaza.

“La controverse, écrit Ennasri Nabil, qui secoue actuellement le monde arabe au sujet de la fatwa scélérate émise par le Cheikh d’Al Azhar légitimant, d’un point de vue islamique, la construction de la barrière métallique anti-tunnels entre l’Egypte et la bande de Gaza, révèle au grand jour le visage douteux de ces Oulémas du pouvoir qui, par leur compromission, jettent un trouble sur la catégorie des savants de la législation islamique (‘Oulémas As Shar’).

L’assujettissement de l’institution Al Azhar au Raïs égyptien et à sa politique machiavélique d’étranglement du peuple de Gaza pose en effet la question des relations, en islam, entre le détenteur de l’autorité politique et la catégorie des savants religieux, plus connus sous le vocable de ‘Oulémas. Pour saisir l’enjeu crucial qui tourne autour de cette relation, rappelons les faits.

Il y a quelques semaines, la presse israélienne révélait que les autorités égyptiennes s’apprêtaient à construire un mur d’acier souterrain s’enfonçant jusqu’à 30 mètres de profondeur, l’objectif avoué étant de contrer la “contrebande“ due à la présence de centaines de tunnels entre le territoire palestinien et son voisin égyptien.

Très vite, l’annonce de ce nouveau “Mur de la Honte“ allait déclencher une vive polémique et de nombreuses voix se sont élevées dans le monde arabe pour dénoncer cette ultime provocation émanant du gouvernement de Hosni Moubarak. Parmi celles-ci, on trouve le Cheikh Al Qardawi qui représente à l’heure actuelle l’Ouléma le plus connu et certainement le plus influent du monde musulman.

Ce dernier s’est fermement prononcé contre l’édification de cette barrière qui finira par étouffer complètement la bande de Gaza. Qualifiant ce projet de “crime“, celui qui est également le Président de l’Union Mondiale des Oulémas a dans le même temps considéré le mur égyptien comme étant “illégal au regard de la Loi islamique“.

Rejoint par de très nombreuses personnalités religieuses du monde musulman cette fatwa a provoqué l’ire des responsables égyptiens qui ont immédiatement répondu en passant commande auprès de leurs fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses d’une contre-fatwa légitimant l’opération égyptienne…” 7

C’est, donc, autant dire que tant que les oulémas du pouvoir existent, les fatwas du ventre continueront à induire le peuple en erreur.

En conclusion,

Il ne fait pas de doute que la république a besoin de ses oulémas, mais non pas pour interférer avec le politique mais s’occuper d’une spiritualité nationale affirmée jusque dans la Constitution mauritanienne.

L’indépendance des oulémas par rapport au pouvoir doit d’être affirmée et qu’ils soient protégés des incursions et influence des autorités politiques. Ces autorités qui n’hésitent pas à des fins de maintien au sommet de l’Etat à fonctionnaliser la religion et à fonctionnariser les docteurs de la foi.

Nous avons aussi besoin d’Oulémas imbus de leur temps et vivant les réalités de ce monde pour leur permettre de comprendre le sens de leur mission spirituelle. Il n’est pas de mission spirituelle qui se concevrait sans les impératifs de la situation temporelle de ceux qu’elle vise: les musulmans. Et les musulmans ont besoin aujourd’hui, et plus que jamais dans ce monde trouble de violence et d’intolérance, d’oulémas qui interagissent avec leur réalités.

Ces oulémas pourraient-ils y arriver s’ils restent dans une sphère religio-religieuse (tant dans leur formation que dans leur attitude) n’intégrant ni les savoirs nouveaux ni l’évolution des sciences humaines, sociales ou exactes?

Certes que non. Les oulémas d’autrefois, chercheurs, penseurs, intégrant la pensée scientifique à leur quête spirituelle étaient de vrais oulémas. Car par la science, et par ce que le savant découvre de merveilles qu’il est plus proche de Dieu. N’est-ce pas le sens et l’essence du verset coranique cité plus haut: “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء “ Quant au précepte religieux de gouvernance, il est partie intégrante de la foi.

Faut-il cependant qu’il réponde aux conditions requises (voir plus haut), que celui qui l’édicte (Alem) ne fasse pas de doute sur ses intentions et que celui qui s’y soumet (le musulman) le fasse en connaissance de cause (à savoir que le gouvernant auquel il se soumet n’enfreint pas le interdictions de sa fonction).

Autrement, il n y a ni obligation, ni obéissance.

Car si les oulémas peuvent nous guider dans la spiritualité, ils ne sont en aucun (et ne peuvent être) des intercesseurs pour nous devant Dieu pour nos actes d’ici-bas. Faisons que parmi ces actes dont on devra rendre compte devant l’éternel, il n’ y ait jamais l’un des plus odieux d’entre-eux: une soumission volontaire à l’arbitraire et à l’injustice des gouvernants.

Et quelle que soit la congrégation des oulémas et leur voie religieuse, leur œuvre se doit toujours être imbue de la compassion envers le genre humain. C’est cette compassion qui aujourd’hui se perd dans l’attitude officielle et le raisonnement partisan de certains de nos oulémas. .

Quel que soit le “Alem”, son savoir n’atteindra jamais, face à Dieu, la mesure d’un atome et ne vaudra parmi les hommes que si son cœur est imbu de compassion comme l’a enseigné notre prophète Mohamed qui dans la Crise et de la Douleur qui le frappait, jusque dans sa sainte personne, recommandait la compassion.

L’épisode suivant fort douloureux et si tragique à faire exploser tout musulman en larmes et le jeter à terre de piété, ne saurait nous échapper. Non seulement, il interpelle ceux qui croient détenir “la science infuse” sur les réalités de la religion musulmane qui est une religion de compassion comme le fut son prophète , le dernier des prophètes et le premier d’entre-eux.

Ossama Ben Zeïd a dit : « Nous nous trouvions chez le Prophète quand un messager envoyé par une de ses filles vint le prier de se rendre au chevet de son fils qui était mourant. Le Prophète s’adressa a l’émissaire et lui dit : - Repars auprès de ma fille et informe-la, qu’à Dieu appartient ce qu’Il donne et ce qu’Il reprend, qu’Il a fixé un terme déterminé pour toute chose et invite-la à se soumettre et à espérer en Dieu.

Le messager repartit puis revint une nouvelle fois annoncer que la fille du Prophète suppliait son père de la rejoindre. Le Prophète se leva alors et partit chez sa fille en compagnie de Sa’d Ben ‘Obada et de Mo’ad Ben Djabal.

Une fois sur place, on lui tendit l’enfant qui exhalait un souffle ressemblant au bruit d’une vieille outre. Alors les yeux du Prophète se répandirent en larmes. Comme Sa’d lui disait : - Ô Envoyé de Dieu, qu’est-ce ceci ?

– C’est, répondit le Prophète, la marque de la compassion que Dieu a mis dans le cœur de l’homme et Dieu n’est Miséricordieux qu’envers ses adorateurs compatissants. » Une religion de la compassion ne peut avoir que des oulémas dont la vertu première est la compassion.

Compassion pour ceux que Dieu a recommandé au musulman de protéger et de respecter (le pauvre, le diminué, l’handicapé, le meurtri, le violé, la veuve, l’orphelin, l’exploité, l’apatride, l’opprimé) et nul Alem ne pourra au nom d’un précepte de gouvernance sacrifier cette compassion, aux intérêts d’un gouvernant.

Selon Djarir Ben ‘Abdallah, l’Envoyé de Dieu, Mohamed a dit : « Dieu n’aura pas de compassion vis-à-vis de ceux qui ne l’auront pas pour leurs semblables. »

Et l’homme, à travers Adam, est le représentant de Dieu sur terre :

" (وإذ قال ربك للملائكة إني جاعل في الأرض خليفة‏(‏ البقرة‏:30)‏).

Les oulémas se doivent alors de mettre l’homme en général et l’homme musulman, en particulier, au centre de leurs préoccupations. C’est la voie vers Dieu. Elle est plus salutaire, ici-bas et dans l’au-delà, que la voie des palais où la compassion ne s’inscrit pas à l’ordre du jour. Pr ELY Mustapha

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[1] Ahmed (6/24,28), Muslim (1855) et d’autres, d’après un hadith de °Awf ibn Mâlik El Achja°î – qu’Allah l’agrée.

[2] Ahmed (2/296) et Muslim (1848), d’après un hadith d’Abû Hureyra – qu’Allah l’agrée. [3] Muslim (1839) et El Nassâï (7/160), d’après un hadith de °Abd Allah ibn °Umar – qu'Allah les agrée tous deux.

[4] Bukhârî (7052) et Muslim (1843), d’après un hadith d’Ibn Mas°ûd – qu'Allah l'agrée. [5] Bukhârî (7056) et Muslim (1709).

[6] HTTP://WWW.SAJIDINE.COM/

[7 ] Chronique parue sur le site http://www.saphirnews.com/, le jeudi 21 janvier 2010.

 

[Tribune] Maroc, Sahara, Israël : l’opportunité d’une nouvelle donne régionale

Par  Tarik Oumazzane, Professeur d'histoire et de relations internationales à l'Université de Nottingham, Royaume-Uni, spécialiste dans les études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord

La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara pourrait, à terme, avoir des bénéfices durables pour la paix en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Dans quelle mesure la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara peut-elle atténuer les tensions en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ? Le conflit du Sahara entre le Maroc et le Polisario, soutenu par l’Algérie, dure depuis 45 ans. Il est ainsi l’un des conflits les plus anciens du monde, perpétuant une situation qui mine le développement économique régional et la coopération politique entre les pays du Maghreb.

Lors des discussions autour d’un référendum sur le statut du territoire, le Maroc et le Polisario n’ont pu s’entendre sur la question des votants, rendant la tenue du vote quasiment impossible à mettre en œuvre. Plus récemment, le blocus de Guerguerate par le Polisario, le seul passage frontalier entre le Maroc et la Mauritanie, a provoqué une intervention militaire marocaine afin de maintenir la sécurité des échanges et des personnes. En réponse, le Polisario a déclaré la fin des 29 ans de cessez-le-feu supervisé par l’ONU et a repris sa lutte armée. Ces développements posent des menaces de sécurité majeures à la fois pour l’Afrique du Nord et le Sahel, dans une région déjà impactée par l’instabilité de la Libye et l’activité des groupes extrémistes localisés dans le nord du Mali.

« Game-changer »

Déjà en 2018, la diplomatie américaine estimait que le plan d’autonomie marocain était « sérieux, crédible et réaliste ». Aujourd’hui, elle la juge ouvertement comme la seule proposition sur la table des négociations, ce qui devrait inciter l’Algérie et le Polisario à la reconsidérer.

D’autant plus que cette décision s’inscrit dans une dynamique à l’œuvre depuis plusieurs années. Plusieurs pays d’Afrique, du Moyen-Orient et des Caraïbes ont ainsi déjà ouvert des consulats au Sahara pour montrer leur soutien politique au Maroc sur cette question.

Mais la reconnaissance par Washington constitue, davantage encore, ce que les Américains appellent un « game-changer » [un événement qui change la donne], du fait de son statut dans le monde. Membre du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), les États-Unis peuvent ainsi jouer un rôle important dans le règlement du conflit du Sahara.

Nouvelle impulsion économique

L’ouverture d’un consulat américain à Dakhla attirera les investissements directs étrangers (IDE), ouvrant ainsi la porte à une nouvelle impulsion pour le développement économique régional, lequel pourrait pousser des éléments du Polisario à abandonner la lutte armée pour participer à ce nouvel élan.

Le conflit entrave la croissance économique de la région depuis près d’un demi-siècle et un accord de paix pourrait offrir au Polisario une opportunité de participer à la gouvernance locale. Au lieu d’une course à l’armement entre le Maroc et l’Algérie, la santé, l’éducation et l’emploi devraient être en tête des priorités des deux États. Si l’investissement est encouragé, le Sahara pourrait devenir un pôle économique régional et continental.

Le Maroc et l’Algérie peuvent aussi envisager d’ouvrir leurs frontières (fermées depuis 1994) et relancer l’Union du Maghreb avec une intégration potentielle à d’autres organisations régionales africaines, comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

En ce qui concerne le Moyen-Orient, la décision du Maroc de reprendre ses relations avec Israël n’est en rien inédite. L’Égypte en a été le précurseur lorsque Sadate a obtenu un accord de paix qui faisait partie des accords de Camp David en 1978. La Jordanie et Israël ont signé un traité de paix en 1994. Cinq ans plus tard, la Mauritanie et Israël ont établi des relations diplomatiques pleines et entières, bien que celles-ci soient gelées depuis 2009. Plus récemment, Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan ont signé les accords d’Abraham. Désormais, le Maroc jouit donc d’une position unique pour jouer un rôle central dans le processus de paix au Moyen-Orient.

Intermédiaire de la paix au Moyen-Orient

Le Maroc possède une connexion juive ancienne et profonde. Les origines de la communauté juive marocaine remontent à plus de 2 500 ans. À l’époque médiévale, à la suite de l’Inquisition espagnole et du décret de l’Alhambra de 1492, les Juifs ont en effet été contraints de fuir vers le Maroc, où ils ont été accueillis par la société marocaine. Dans les années 1940, entre 250 000 et 350 000 juifs vivaient au Maroc, au sein de la plus importante communauté juive du monde musulman.

Au plus fort du régime nazi en Europe et en Afrique du Nord, le sultan Mohammed V du Maroc a résisté à la pression nazie pour la déportation des juifs, en les considérant comme des citoyens marocains. Le royaume est ainsi devenu un refuge et une destination de transit pour les juifs européens fuyant le régime nazi en Europe. Même après leur départ vers l’État d’Israël, créé en 1948, un grand nombre de juifs marocains ont conservé leurs traditions et leur lien avec le Maroc. Aujourd’hui, environ un million d’Israéliens sont d’origine marocaine, et beaucoup d’entre eux sont devenus des personnalités politiques d’importance.

C’est cette connexion juive profonde que le Maroc peut aujourd’hui mettre sur la table. Le Maroc peut se connecter avec les Juifs marocains en Israël pour combler le fossé entre Palestiniens et Israéliens. Plus encore, le statut du roi du Maroc [en tant que descendant du prophète Mohammed, son titre d’Amir al-Mu’minin – commandeur des croyants], sa position de chef du Comité d’Al-Qods (Jérusalem) et ses bonnes relations avec l’Autorité palestinienne renforcent sa légitimité en tant qu’intermédiaire de la paix au Moyen-Orient.

Les opportunités de développement économique, de coopération politique et de promotion de la paix au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont rares. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara et le redémarrage des relations entre le Maroc et Israël pourraient favoriser un type de paix qui irait au-delà de l’absence de guerre et créer ainsi les conditions d’une coopération politique et économique entre plusieurs acteurs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Source : Jeune Afrique


Mauritanie : petits pas en avant vers l’opposition et grand pas en arrière pour le dialogue de Ould Ghazouani

Mauritanie : petits pas en avant vers l’opposition et grand pas en arrière pour le dialogue de Ould GhazouaniKassataya - Après avoir reçu le président du front populaire et le président du RFD et d’anciennes figures de l’UPR, le président mauritanien s’est entretenu cette fin de semaine avec l’ancien numéro un du premier parti de l’opposition démocratique TAWASSOUL. Une concertation de Ould Ghazouani au palais qui augure un dialogue politique avec l’opposition.

C’est la deuxième fois que le président mauritanien se lance pour des consultations avec l’opposition démocratique au palais de Nouakchott.

Le même défilé des chefs de partis ( UFP RFD Front populaire TAWASSOUL pour l’instant et des personnalités de l’UPR surtout des anciennes figures qui laissent croire que Ould Ghazouani se prépare à un changement de gouvernement pour la nouvelle année. Les observateurs excluent un gouvernement d’union nationale sans dialogue politique.

La valse des opposants et caciques de la majorité est plutôt considérée par les observateurs comme une volonté politique de préparer ce rendez-vous politique. Le contexte de la crise sanitaire avec les ses implications socio-économiques s’y prêtent mais à quel prix ?

Les éditorialistes pointent de petits pas en avant pour des concertations avec la classe politique mais un grand pas en arrière pour un véritable dialogue avec l’opposition dont le dossier brûlant du passif humanitaire est hors de question pour Ould Ghazouani qui a tourné le dos à la réconciliation nationale.

L’autre point chaud du dialogue est la révision du système électoral avec une nouvelle CENI et un nouveau conseil constitutionnel, les deux mamelles pour le maintien du pouvoir militaire.

La probabilité d’une émergence d’une opposition dialoguiste à l’image des dialogues politiques précédents est plus attendue qu’une confrontation avec l’opposition. Le rapport de force est pour l’instant en faveur du chef de l’Etat mauritanien.

Cherif Kane

 

 

La démographie au Sahel, porteuse de conflits

La démographie au Sahel, porteuse de conflits Le Temps - Si rien n’est fait, la situation empirera sur le plan social et sécuritaire au Sahel. Dans cette région aride qui s’étend de la Mauritanie au Cameroun, les conflits sont devenus ces dix dernières années parmi les plus meurtriers de la planète.

Malgré les 17 stratégies de développement mises en œuvre par des organisations régionales, des agences bilatérales et multilatérales, il faut avoir l’humilité de reconnaître que nous ne sommes pas au bout du tunnel.

Mali, Niger, Burkina Faso… L’insécurité s’est propagée, contraignant les Etats de la région à consacrer de plus en plus de moyens à la défense, au détriment de l’éducation et de la santé.

Au Mali par exemple, la part des dépenses de santé publique dans le budget de l’Etat a été maintenue en moyenne à moins de 5% entre 2010 et 2018, tandis que celle des dépenses militaires a doublé, passant de 7 à 14%. Le terrorisme et l’extrémisme violent, qui a souvent entraîné la formation de milices d’autodéfense communautaires, ont créé des «friches» sécuritaires qui s’étendent, avec des conséquences dramatiques sur l’activité économique. La pauvreté, qui frappe entre 40 et 50% de la population, a repris en 2020 une courbe ascendante.

Le tout, dans un contexte de croissance démographique soutenue d’environ 3% par an. D’où une véritable quadrature du cercle: le manque d’accès à l’emploi, à l’éducation et la santé, dans des pays où les trois quarts de la population ont moins de 25 ans, ne fait qu’aggraver les conflits. Du fait de sa vulnérabilité économique, la jeunesse représente une proie facile pour les groupes armés en quête de recrues, ou encore les trafiquants d’êtres humains opérant dans les filières de la migration clandestine.

Démographie et sécurité

Il ne s’agit pas d’agiter un quelconque épouvantail, ou d’imputer à la seule fécondité des femmes sahéliennes tous les maux de la région. La démographie compte, mais elle invite surtout à s’interroger sérieusement sur l’avenir. C’est pourquoi l’UNFPA a exploré la relation précise entre démographie, paix et sécurité, dans un ouvrage publié le 2 décembre. Menés avec le Peace Research Institute of Oslo (PRIO) et l’Ecole nationale de la statistique et de l’analyse économique (Ensae) de Dakar, ces Regards croisés pour un Sahel central résilient (L’Harmattan Sénégal) démontrent un fort lien entre la structure de la population et le risque de conflits violents à travers le monde.

Ce sont en effet les pays où les moins de 30 ans représentent plus de 60% de la population qui risquent le plus de crises sécuritaires. Bien d’autres facteurs entrent en ligne de compte, tels que le chômage des jeunes, les inégalités, la mauvaise gouvernance et la dépendance démographique (nombre de personnes à charge pour une personne en âge de travailler). En Afrique de l’Ouest, dont certains pays sont confrontés à des problèmes sécuritaires, le niveau de dépendance démographique se situe à 75% contre 47% pour la moyenne internationale, et le chômage des jeunes atteint 28%, 10 points de plus que la moyenne mondiale. Inversement, de forts taux de scolarisation au secondaire, l’urbanisation et la bonne performance agricole représentent des facteurs de sécurité majeurs, de même que des dépenses de santé substantielles et le respect des règles du jeu démocratique.

Trois scénarios possibles

Selon l’analyse prospective originale menée par l’Institut des futurs africains dans cette étude, trois possibilités se dégagent: un scénario où l’Etat n’arrive pas à répondre aux besoins des populations défavorisées; un autre où prévaut l’adaptation, l’Etat et la population prenant conscience de la situation de crise et réinventant un contrat social; un scénario d’aggravation dans lequel l’Etat reste inactif, laissant la place à de nouveaux acteurs non étatiques.

Au Niger, au Mali et au Burkina Faso, les projections démographiques s’avèrent inquiétantes. La population va doubler d’ici à 2040 au Mali et au Niger, passant respectivement de 21,5 à 40 millions d’habitants, et de 23 à 55 millions. La jeunesse représentera les trois quarts de la population, et fera pression sur une demande sociale exponentielle. Si les tendances actuelles se poursuivent, la violence risque fort de perdurer dans le jeu politique, social et économique. Il est possible d’inverser ces tendances, par le biais des politiques publiques. Au Sahel, qui fut longtemps paisible, il n’existe pas plus qu’ailleurs de fatalité historique. L’horizon 2030, qui est celui des Objectifs de développement durable (ODD), dépendra en grande partie des décisions prises aujourd’hui – ou pas. Face à l’enjeu que représente la croissance de la population, important pour l’Afrique et le monde, les solutions ne peuvent se limiter à des réponses militaires. Elles doivent être structurelles, avec des interventions pensées sur le long terme et de profondes réformes.

Les tendances lourdes

Un nouveau type de narratif s’avère à notre sens nécessaire: un discours dépassionné, guidé par les données et les faits, et surtout par une stratégie endogène que les populations du Sahel et leurs principaux partenaires puissent s’approprier.

Avec ses partenaires, l’UNFPA cherche à travailler sur le noyau des problèmes, et non leur écorce. Afin de décrypter les tendances lourdes qui pèseront sur l’avenir, des institutions indépendantes ont collaboré à notre étude, et des consultations nationales ont été menées autour d’études empiriques par pays, pour permettre à tous les acteurs d’œuvrer ensemble au bien commun. La conversation entamée le 2 décembre lors d’un symposium sur la démographie, la paix et la sécurité dans le Sahel va continuer en février avec une table ronde ministérielle, afin de passer à l’action. Une révolution des mentalités doit s’opérer sur la meilleure façon d’investir dans le capital humain, avec une meilleure maîtrise de la dynamique démographique. Il en va, ni plus ni moins, de la capture du dividende démographique, gage de paix et de sécurité au Sahel.

Par Mabingué Ngom,
directeur régional du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Afrique de l'Ouest et du centre

 

Autour d’un Thé : Toujours les mêmes

Autour d’un Thé : Toujours les mêmesLe Calame - C’est jusqu’à quand que c’est descends toi ou monte toi ! Où es tu ? Je suis là ! C’est qui ton parent ou ton parrain ? J’ai dit que je me demande que c’est jusqu’à quand que ça va continuer comme ça ? Toi dénommé de la Somelec mais nommé à la zone franche.

Mine de rien. Va là-bas avec tes pertes et profits et toi viens là comme cela tout simplement. Sans que ni l’un sache pourquoi il est dégommé ni que l’autre pourquoi il est greffé. Presque les mêmes hommes et les mêmes femmes. Au point que parfois certains ou certaines reviennent deux à trois fois au même poste. Tout ça, ça donne le tournis.

Du temps de Maouiya, c’était le jeu de la cagnotte et des dés. C'est-à-dire comme le disait quelqu’un que pour être nommé, il fallait trois choses : Un, être du parti républicain, démocratique et social (PRDS). Deux, que ton nom soit dans la cagnotte.

Trois, être chanceux pour être bien tiré et sortir ainsi du lot pour tomber au hasard sur un poste ministériel qui peut ne rien à voir avec ta formation si jamais tu as été formé à quoi que ce soit. Ya rien qu’on n’a pas vu.

Un professeur d’Arabe, ministre des mines et des nouvelles technologies. Un agronome, ministre des affaires islamiques et de l’enseignement originel. Un ingénieur, ministre de la femme, de l’enfant et de la famille.

C’est ça que la cagnotte a emmené ! Et ainsi de suite. Puis après on reprend les mêmes et on recommence. Toi va là-bas, moi va ici, mon ami va là-bas, mon cousin va là-bas, le cousin de mon ami va là-bas, la copine de ma petite amie va ici et le cousin de mon ami va quelque part. L’essentiel est qu’il ait quelque chose. Je vous assure.

Ce n’est pas la peine de jurer pour vous que moi je connais des gens qui sont là depuis que je suis devenu ‘’ conscient’’, c'est-à-dire depuis maintenant plus de quarante ans. Il y en a même qui sont là depuis bien avant.

Des gens qui ont travaillé avec feu le premier président et qui sont là vivants et bien vivants et aux affaires avec le dernier président. Des gens qui travaillent avec leurs petits fils et parfois même en deviennent leurs subordonnés. Des poignées de gens qui sont toujours là à tourner avec tous les systèmes.

Des fossiles. Des inoxydables. Des ininflammables. Regardez autour de vous. Visitez toutes les institutions de la République. De la présidence à la prison des femmes de Nouakchott. Ayez la curiosité de savoir qui les préside ?

Quelques exemples : Assemblée Nationale, Conseil Constitutionnel, Prix Chinguetti, Conseil Economique, Social et environnemental, les partis politiques les plus en vue, tous les ministres, les quelques rares exceptions confirmant la règle, les directeurs généraux des plus importants établissements et sociétés, les coordinateurs des projets les plus juteux, les conseils des administrations, les chargés de mission et conseillers du président et de son premier ministre et bien des choses encore.

Ceux là et celles là ! Regardez-les ! Faites un petit jeu de curiosité pour savoir combien étaient là avec Maouiya avec feu Ely avec feu Sidi avec Aziz et avec Ghazouani. C’est quel pourcentage ? C’est quel scandale.

Oui, des scandales puisque parmi eux et elles il y en a qui ont même été indélicats (merci l’euphémisme). Il y en a qui ont payé des centaines et des dizaines de millions détournés des caisses publiques. Il y en a qui sont cités en bonne place dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire.

Cité et récité. C’est jusqu’à quand qu’on va continuer à faire comme ça ? Chez nous, même les fous sont les mêmes. Ils sont les mêmes depuis des décennies dans les mêmes carrefours. Au niveau des mêmes feux rouges. Chez nous, les fous, les mendiants et les hauts responsables ne changent pas. Ils usent, ils abusent mais ne cèdent jamais.

Moi applaudir. Moi danser. Moi changer de camp au gré des systèmes. Mais, moi, pas bouger. Maman pas bouger. Papa pas bouger. ‘’Celui qui part, part sur moi et celui qui arrive, arrive sur moi’’, c’est la devise des hommes….bleus ! Salut !

Sneiba El Kory