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Tribune Libre en Mauritanie

Objection, M. le Président ! par Nana Mint Cheikhna

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Objection, M. le Président ! par Nana Mint CheikhnaLe Calame - Visiblement pétri d'une tradition bien ancrée, le président de la République a, dès son élection, apposé une empreinte de grande aménité à son auguste magistère. Il a en effet reçu et écouté, l'un après l'autre les leaders de l'opposition jadis voués aux gémonies par son prédécesseur.

Puis ils sont invités et reçus avec les honneurs pour glorifier dans la ferveur Chinguetti l'une des plus prestigieuses et des plus emblématiques villes anciennes. Et, cerise sur le gâteau, ils sont conviés et reçus à Akjoujt avec les mêmes égards pour célébrer dans la communion la commémoration de notre liberté, notre éclosion commune au monde, l'indépendance du pays.

Outre une volonté de civiliser ce rapport, cette amabilité constitue la housse dont les Zewayas et de surcroit s'ils sont " Echyakhs" revêtent le piédestal sur lequel les hissent la naissance et le pouvoir spirituel que leur attribue une multitude d'adeptes et une aura qui s'étend bien au delà de ceux-ci.

Cependant cette attitude a été aussitôt interprétée par l'ensemble des observateurs comme un prélude louable et jugé incontournable par un grand pan de l'opinion, à la programmation d'une concertation, un dialogue entre le pouvoir et l'ensemble des protagonistes politiques et sociaux afin de venir à bout d'une crise - il faut appeler les choses par leur nom - une crise politique, sociale, économique qui mine tous les aspects de la vie de la nation.

Une unité nationale dangereusement disloquée, une éducation qui produit de plus en plus l'ignorance et dont les règles renforcent l'exclusion et la division, une gouvernance économique désastreuse qui a mis à genoux la presque totalité des entreprises nationales, une forme de redistribution injuste creusant dangereusement le fossé entre les classes et les composantes sociales, des opposants poursuivis, exilés pour des raisons tenant à la haine d'un homme qui a mis le pays en coupe réglée, une démocratie bancale foulant au pied les règles élémentaires indispensables à l'organisation d'élections transparentes et crédibles.

Cette situation, encore en l'état, comporte évidemment des risques pour un pays cerné par une insécurité chronique dont les germes de déstabilisation et de contagion sont indéniables et à la veille d'exploitation de gisements importants.

Un moment qui requiert plus que jamais la résolution de tous ces problèmes devenus chroniques et qui couvent le danger en dépit d'un calme superficiel.

Mais à la surprise générale, dans son interview accordée au journal le Monde, le Président a tenu des propos au sujet du dialogue qui sont tombés comme une réplique parallèle à l'orientation insinuée par les gestes d'ouverture ainsi entamée.

En effet en répondant par ces mots à une question relative au dialogue: "ce n'est pas opportun, on se parle, on se rencontre, ils peuvent faire des propositions. Nous ne sommes pas dans une situation qui nécessite une un dialogue inclusif." Et plus loin : " par la suite nous pourrons définir une autre forme d'ouverture. "

Ceci laisse entendre qu'il suffit de se parler, de se rencontrer et faire des suggestions unilatérales demeurées sans répondant, pour que les problèmes s'estompent à la faveur de quelques Salamalecs.

Comment peut-on imaginer que des partis politiques, des mouvements, des leaders qui ont enduré durant des décennies l'exclusion, l'exil, la prison pour avoir défendu l'idéal supérieur d'une Mauritanie démocratique, juste, unie et égalitaire pourraient se suffire d'inaugurer les chrysanthèmes avec le président de la Républiques.

Résoudre les problèmes du pays ne peut se faire par le replâtrage et quelques politiques sectorielles. Les questions sont plus profondes que cela.

Le dialogue est urgent et incontournable pour des solutions consensuelles et apaisées.

Monsieur le Président, vous avez mis une semence de qualité dans le sillon, elle ne doit pas produire l'ivraie ou des nielles de blé qui viendront pourrir une moisson que nous souhaitons heureuse pour la Mauritanie.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar Sneiba

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L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar SneibaLe Calame - Cent jours. C’est très peu pour la croissance d’un poulet, voire pour la rémission d’une maladie, même bénigne. Alors pourquoi -comment s’impatienter quand il s’agit de croissance et de pathologies de l’Etat ?

Pour certains, le tout –nouveau président ne fait qu’atermoyer, faisant languir une population éprise de changement ; d’un changement rapide, profond, aussi bien nécessaire que durable.

La méthode et la façon de communiquer de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, semble trancher avec celle des autres chefs d’Etat ; tous, sans exception, déroulent le one man show trivial : irruption en fracas, voire en éléphant dans un magasin de porcelaine, dans l’Espace politique ; discours tonitruants, promettant monts et merveilles dès potion minet ; exhumation des dossiers fumants et nauséabonds, aptes à l’empêtrer lui-même dans un brouillamini l’empêchant de se gratter le genou.

Poli à l’envi, patient à décourager plus d’un soufi, un silence olympien et une capacité d’écoute à toute épreuve, sont quasiment les réactions du Président à tout stimuli extérieur. C’est très bien, d’autant plus que ce n’est pas donné à tout le monde.

Mais ça peut troubler des populations habituées à des leaders par trop réactifs et à l’autorité cassante. Chacun a son style, De Gaulle disait : « Il y a deux façons de dire une chose ; la douce et la patibulaire, je préfère la dernière » Le Président El Ghazouani, quant à lui, opte résolument pour la douce.

Même si certains désapprouvent sa méthode, celle-là a déjà son effet positif : depuis son avènement, l’espace politique est plutôt calme et les revendications sociales et communautaires moins véhémentes.

Coquilles sporadiques

De l’argent, il semble en manquer pour dérouler son programme. Une expérience quasi-éternelle nous apprend que les Etats vivent d’argent, mais ne meurent jamais par la mouise. A titre d’exemple : au Congo, en 1972, un zaïre valait deux dollars ; en 1991, un dollars en valait 4 millions.

La monnaie puissante du Congo mua en monnaie de singe, réduisant à la déliquescence l’Economie du pays qualifié de « scandale géologique » D’après le RAMSES 2018 (Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les stratégies, émis par l’Institut Français des Relations internationales), la RDC affiche un taux de croissance du PIB de 6,92, en 2015 ; un taux d’inflation de 0, 96 ; et un taux de corruption de 21, tandis que la Mauritanie est à 0,58 de croissance de PIB (données 2015), avec un taux d’inflation de 3,77 et 27 de corruption.

Ce n’est pas là un hymne à la prévarication, mais c’est dire que les Etats ont plus besoin d’autres choses. Par exemple, les Ressources humaines : moteur et promoteur de l’Etat. Après le léopard de Kinshasa, les cadres formés dans de grandes écoles ont su faire renaitre le Zaïre et sa monnaie de leurs cendres.

Nommer n’importe qui n’importe où est le pire des actes de commandement et de management. Imaginons le capitaine confiant la chaudière à un matelot carent puisqu’il est parent, tandis que le navire dérive vers le récif a vitalement besoin d’un ingénieur capable ?

Avec le Président Mohamed Ould Cheikh, on note une amélioration en la matière : moins de jouvenceaux ou de jouvencelles néophytes à des postes stratégiques de la haute administration ; moins de vieillards analphabètes parvenus à la faveur des méandres de l’Histoire. Mais, force est de constater de petites coquilles sporadiques résiduelles. De nouveaux promus à de grands postes parlent un arabe et /ou un français approximatif.

Nous comptons sur l’homme du nouvel espoir pour séparer le bon grain de l’ivraie. Les écuries d’Augias nécessitent une très longue haleine.

Fidele à son caractère et à sa méthode, nous l’avons entendu dire : « je vais y aller à mon rythme » Peu importe le rythme, l’essentiel est de continuer à filer du bon coton.

Brahim Bakar Sneiba, écrivain-journaliste
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY Mustapha

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Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Lorsque John Maynard Keynes, débarqua en Mauritanie, la première impression qu’il eût et qu’il consigna dans ses mémoires, fut la richesse du pays en ressources naturelles...et la pauvreté des gens...en ressources élémentaires.

Ce fut pour lui un élément fondamental de réflexion et il passa de longs mois sous une khaima en méditation pour théoriser ce paradoxe. Il s’appliqua notamment à comprendre le rôle que les pouvoirs publics ont joué dans cette misère. Lui, fervent défenseur de l’interventionnisme économique de l’Etat, voici que cela contredisait sa philosophie de l’Etat bienfaiteur.

Je l’ai rencontré par hasard, enturbanné debout à la lisière d’une kebba en profonde méditation devant un groupe de groupe de jeunes gens désœuvrés à l’ombre d’une baraque branlante.

Question : Monsieur Keynes ? John Maynard Keynes je suppose ?

Keynes : Lui-même, Sir...

Q : Quel spectacle n’est-ce pas ?

Keynes : Oui, ça me rappelle les jeunes de Liverpool...

Q : Ce n’est pas le plein emploi ...

Keynes : tout-à-fait, nous ne sommes pas dans une situation de chômage incompressible, ou de faible durée. Tout le monde ici chôme. Curieux n’est-ce pas ?

Q: Et pourtant, monsieur Keynes l’Etat mauritanien est plus qu’interventionniste.... Cela aurait dû vous faire plaisir.

Keynes : C’est justement ce qui me fait réfléchir…je dois revoir mon multiplicateur !

Q : Vous pensez qu’il n’est pas applicable aux réalités économiques mauritaniennes ?

Keynes : Vous savez, depuis le temps que l’Etat investit et que la pauvreté est criante, cela mérite une révision de mon modèle.

Q : Qu’est-ce à dire ? Sommes-nous les laissés-pour compte « d'un cercle vertueux de la croissance économique » ?

Keynes : Je suis certain qu’il y a quelque chose de particulier à votre économie. Voyons voir. En principe l'activité économique repose sur le niveau de la demande effective anticipée par les agents économiques...

Q : La demande effective est faible et l’anticipation par les agents économiques de cette demande est quasi-nulle...Il faut donc relancer la demande ?

Keynes : Effectivement. Car en relançant la demande, les entreprises accroitront leur offre aussitôt absorbée par cette demande qui générera une distribution de revenus par la relance de l’emploi et donc un accroissement des investissements des entreprises et donc distribution de richesses. Formation brute capital fixe d’où croissance économique.

Q : Cela doit être en principe le processus de croissance attendu de toute économie. Mais alors qu’est-ce qui passe en Mauritanie ? Il y a des consommateurs, il y a une demande, il y a des entreprises et il y a l’Etat. Pourquoi cela ne marche pas ?

Keynes : Je crois que chez vous la demande est faible et l’offre l’est aussi.

Q : Et votre "multiplicateur" alors ?

Keynes : Effectivement, si la demande n’est pas forte l’état peut relancer l’économie à travers la dépense publique...

Q : depuis qu’il existe l’Etat mauritanien ne fait que dépenser...Est-ce à dire que les tenants de l’école classique qui jugent inefficaces les politiques de relance budgétaire ont quelque part raison ?

Keynes : Non ! Bien sûr que non ! Le problème est ailleurs. En fait lorsque j’ai préconisé l’interventionnisme public et le déficit budgétaire comme moyen de relancer l’économie, j’avais pensé ces solutions dans le contexte d’une économie occidentale où l’investissement public était repris dans le circuit économique et social de la Nation.

Q : C’est intéressant ça. Cela veut dire?

Keynes : Pour être simple, voilà comment fonctionne mon multiplicateur : lorsque l’Etat fait une relance budgétaire donc en investissant, les revenus vont augmenter donc la consommation va augmenter. Les entreprises, pour face à cette consommation, vont augmenter leur production d’un niveau équivalent à la part de revenu consacré à la consommation. D’où hausse de l’emploi et distribution de nouveaux revenus entrainant une nouvelle propension à consommer. D’un autre côté la part du revenu non consommé, à savoir l’épargne augmente dégageant ainsi d’importants capitaux permettant l’investissement. Après une certaine période, l’économie va s’autofinancer par l’épargne réalisée grâce à l’accroissement du revenu des agents économiques.

Q : Donc, si je comprends bien au bout d’un certain cycle (disons cinq ans, par exemple) la relance budgétaire devient neutre tout en ayant permis, sur la période, la croissance économique.

Keynes : Il faut préciser, et c’est important, que cela ne se réalise que dans une économie dynamique et qui a des caractéristiques qui me semblent absentes de votre économie.

Ainsi mon multiplicateur a été élaboré pour une économie qui avait ses propres moyens de production. Ces moyens de production étaient mis en œuvre par des capitaux nationaux et généraient une valeur ajoutée répartie sur cette économie. Valeur ajoutée dont bénéficiaient ses agents économiques en revenus supplémentaires répartis et en épargne. Ce n’est pas le cas en Mauritanie. Je crois qu’il y a un effet que j’appellerai de « déperdition » dans mon multiplicateur quand on l’applique à votre pays.

Q : C’est probablement notre politique monétaire qui ne s’articule pas efficacement avec notre politique budgétaire...

Keynes : Il est important, en effet, que la politique monétaire soit combinée avec la politique budgétaire de déficit des dépenses publiques....

Q : Quelle analyse en faites-vous ?

Keynes : Je crois que, pour la Mauritanie, tout tourne autour de la production nationale. Or celle-ci en termes de valeurs ajoutées est quasi-inexistante. Or toute détermination de l’accroissement de la masse monétaire passe nécessairement par une prise en compte de l’élasticité de cette production nationale. Ainsi par exemple toute volonté d’accroître le pouvoir d’achat est forcément limitée par la faiblesse de l’appareil de production national mauritanien. Ainsi Augmenter les salaires équivaudrait à accroître l’inflation, la résorption de monnaie par une offre marchande correspondante et donc par la consommation est théoriquement réduite. Aussi l’Etat se trouvera sous contrainte extérieure d’importation, d’endettement extérieur pour faire face à une demande à laquelle la production nationale ne peut faire face. Les conséquences en sont alors évidentes pour la politique monétaire qui se trouve biaisée et dénaturée par des facteurs exogènes (contraintes extérieures).

Q : Cela signifie donc que l’on ne pas peut parler de politique monétaire que si l’Etat développe une politique industrielle et commerciale....

Keynes : On ne peut relancer l’investissement si l’Etat achète tout de l’Etranger y compris ses machines…Or c’est par l’investissement, y compris par le déficit budgétaire, que l’on génère la croissance fondement du plein emploi et de l’accroissement des recettes publiques qui cycliquement rétabliront les équilibres budgétaires.

Q : Cela signifie-t-il qu’en Mauritanie nous ne sommes ni maître de notre politique budgétaire et encore moins de notre politique monétaire qui doit l’accompagner.

Keynes : Je crois que cela est principalement dû à la nature même de l’économie et des finances publiques de votre pays. L’absence d’un tissu industriel productif et la faiblesse du pouvoir d’achat font que le déficit budgétaire ne peut être un moyen de relance de l’économie.

Q : Cela est-il définitif ?

Keynes : Ce qui handicape à mon avis fondamentalement la croissance économique du pays et empêche les politiques de l’Etat (budgétaire et monétaire notamment) de jouer leur rôle, c’est que le budget est confisqué par les engagements financiers de l’Etat à long terme...

Q : Et à long terme on est tous morts !

Keynes : Non pas de précipitation. Ça je l’ai dit dans un autre contexte... Ce qu’il faut dire c’est que les pouvoirs publics mauritaniens ont adopté une stratégie de développement qui hypothèque durablement toute amélioration de la situation économique et sociale du pays. L’enlisement de l’Etat dans les projets de grande envergure financés à coup d’endettements internationaux hypothèque toute appréciation de l’efficacité des politiques budgétaires adoptées.

L’Etat Mauritanien n’est ni maître de la quasi-totalité de ses ressources (provenant de l’emprunt international) ni de ses investissements (monopolisés par des projets d’envergure). Cela se répercute nécessairement sur le développement social et économique du pays. Aucune orientation ferme vers une politique industrielle, permettant de doter le pays de ses outils de production, aucune stratégie d’infrastructure de base immédiate, permettant aux populations d’améliorer leur niveau de vie et leur environnement économique, ne sont réalisées en continu.

Si aujourd’hui, les populations mauritaniennes souffrent du manque de tout (de l’eau à l’électricité en passant par les produits alimentaires) et si le niveau de vie s’est considérablement dégradé suivi par la flambée des prix, le chômage et la crise des ménages, c’est que l’Etat Mauritanien investit ailleurs dans des projets dont la rentabilité ne se concevra que dans plusieurs années... Et d’ici-là...

Q : On est tous morts !

Keynes : Pas encore. Mais je crois que l’investissement dans les projets prioritaires à moyen et court terme auraient mieux aidé à aller vers le développement...Ainsi le grand projet "d’Aftout Essahli" apportera probablement de l’eau jusqu’à Nouakchott mais il n’améliorera nullement une situation industrielle et infrastructurelle qui se serait d’ici là fortement dégradée...

Q : Est-ce à dire que l’Etat aurait dû investir dans les ressources humaines (formation, éducation, savoir-faire ), dans l’amélioration du niveau de vie des populations (hôpitaux, infrastructures urbaines etc.), dans la création des institutions de développement (institut de recherche, laboratoires), dans la maîtrise des technologies, dans le développement d’un tissu industriel et commercial compétitif, et dans le renforcement et l’assainissement des systèmes financiers et bancaires, supports de l’économie, avant d’entamer de tels projets d’envergure qui monopolisent ses ressources et laissent les populations démunies et le pays sans ressources, ni infrastructures ?

Keynes : D’autant plus qu’il faut savoir que ces grands projets, jusqu’à leur réalisation, vont réduire à néant toute velléité de l’Etat d’adopter une politique budgétaire visant à relancer l’investissement et la croissance.

En effet (outre qu’il accapare ses ressources), le financement de ces projets provenant de l’emprunt étranger va servir à financer des compagnies étrangères maître d’œuvre des projets qui fourniront les biens (machines, outils, etc.) et les services (ingénieurs, techniciens etc.) et tout cela de l’étranger ! Cela signifie que l’Etat ne réalisera pas grâce à ces investissements sur ces grands projets, une distribution de revenus à l’échelle nationale (la main d’œuvre étant étrangère) , ni ne participera à financer une industrie nationale (qui fournirait les machines et les outils).

Donc pas d’accroissement de revenus pas de création de valeur ajoutée par les entreprises nationales (inexistantes). L’Economie de votre Etat ne bénéficiera donc pas de l’investissement réalisé par l’Etat. Or je l’ai dit une politique budgétaire ne se conçoit que par une capacité de maîtrise des flux financiers budgétaires et une politique monétaire appuyée sur une politique industrielle... Il ne sert à rien de relancer l’investissement si on acquiert ses machines à l’étranger et de surcroit si on les acquiert par un endettement qui ne serait pas contrebalancé par une politique de croissance permettant son remboursement.

Q : Vous me semblez très pessimiste, monsieur Keynes...

Keynes : Et vous, ne l’êtes-vous pas ?

Q : Je crois que je vais me tourner vers les monétaristes…ils sont moins keynésiens.

Keynes me regarda d’un œil réprobateur, remit son turban qui pendait à son cou prit un air de philosophe (qui siérait bien à Hayek) et dit : Keynésien ou pas, je crois que ce qui vous manque en Mauritanie, ce n’est pas la théorisation de ce qui arrive à votre économie, c’est l’intégrité des hommes qui la dirigent.

Q : L’intégrité ? M’écriais-je. Oui, je crois aussi. Mais n’aurions-nous dû pas commencer par-là, monsieur Keynes ?

Il eût un hochement de tête, et s’en alla. Et pendant que sa silhouette enturbannée disparaissait derrière les quelques baraques de cette banlieue nauséabonde, je me disais que si John Maynard Keynes avait posé pied ici c’est que nous en valions bien la peine. Allez savoir pour quoi.

Pr ELY Mustapha
Source :
Pr ELY Mustapha

 

 

 

[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômes

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[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômesAgoraVox - Ampleur des dégâts et sous-développement socio-économique et technoscientifique.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Discrétion oblige je m’en suis tenu à l’observation mais avant de quitter Nouakchott

L’ampleur de la falsification était telle qu’elle toute touche toute la sphère de l’université, de son administration interne, de l’administration de tutelle et même toute l’administration mauritanienne si l’on s’en tient uniquement au service public…l’enseignement privé, lui, n’était certainement pas épargné.

Ceci me fut encore confirmé lors d’un récent séjour à Nouakchott et visitant quelques administrations publiques de la place, je fus surpris par le nombre de personnes qui s’interpelaient par le terme “Docteur”. Dans un ministère j’en ai même compté une vingtaine par étage. Tous les directeurs, les chefs de services, et la plupart des cadres se donnaient du “Docteur”. Du “Docteur” en veux-tu ? En voilà.

J’aurai été ravi de cette situation si elle n’était pas quelque peu bizarre. Et ce n’est point un jugement de valeur puisque je connais le cursus universitaire de certaines des personnes rencontrées et qui ne pouvaient ni de près, ni de loin se prévaloir du titre de docteur. Et pourtant, elles s’en targuaient. Alors que se passe-t-il pour qu’un titre universitaire aussi prestigieux, chèrement acquis aux prix de l’intellect, et du sacrifice d’années entières d’une vie de recherche souvent difficiles, et durement passées, puisse aujourd’hui devenir un titre que chacun porte ?

Cette situation porte gravement atteinte au développement du pays (I) et se doit de trouver une solution à travers l’analyse de la situation, ses origines et de son ampleur (II) vu les préjudices causés aux véritables diplômes mauritaniens (accaparation des emplois par les faux diplômés, ternissement de l’image du véritable diplômé mauritanien) et au développement du pays (incompétence, culture de la médiocrité, atteinte au développement dans tous les secteurs).

I) Les faux doctorats et les conséquences sur le développement du pays

Les développements qui suivent peuvent être appliqués, quant aux conséquences, à tous les faux diplômes. Toutefois, la falsification du doctorat revêt une importance particulière du fait de la nature de ce diplôme (a) et des conséquences que ce diplôme peut avoir sur le développement du pays (b)

a) Le doctorat qu’est-ce que c’est ?

Le doctorat (du latin doctorem, de doctum et supin de de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Dans la plupart des pays, la préparation d'un doctorat dure en général trois ans (durée jugée normale en sciences formelles et naturelles) et peut se prolonger plus longtemps en sciences humaines et sociales (six ou sept ans en droit) (Wikipédia).

La durée du doctorat et son appellation dépendent des pays et des universités. Sur cette variété, nombre d’article résume la situation pour un certain nombre pays

Nous nous attacherons simplement à donner le schéma classique d’aboutissement au Doctorat. Schéma qui correspond à la plupart des cursus universitaires sérieux et reconnus. Ainsi distinguons trois types de diplômes qui portent cette appellation de “doctorat”, mais qui ne sont ni équivalent dans leur durée ni dans l’échelle des études universitaires. Le Doctorat de troisième cycle, le doctorat d’université et le doctorat d’Etat.

Le doctorat de troisième cycle, comme son nom l’indique sanctionne des études de troisième cycle. Il porte l’appellation Doctorat suivant les universités, certaines universités ne délivrent que des diplômes de troisième cycle équivalent appelés DEA (Diplômes d’Etudes approfondies), ou plus récemment Mastères de troisième cycle.

Ces derniers suivant les récentes réformes se subdivisent, grosso modo, en “Masters spécialisés (ou “professionnels”) et en Masters généraux (ou de “recherche”). Seuls ces derniers donnent la possibilité de s’inscrire en doctorat. Mais ni les premiers, ni les seconds ne confèrent, en tant que diplômes de troisième cycle, le titre de Docteur.

Le titre de docteur est attribué aux titulaires d’un Doctorat d’Etat, premiers doctorats reconnus par les universités, et les titulaires des doctorats d’université, crées ces dernières années.

Ainsi, sans entrer dans l’exhaustivité ,(systèmes classiques/récents LMD) et quelle que soit la pluralité des systèmes, le règle est claire : n’est docteur que celui qui est titulaire d’un doctorat d’Etat ou d’université ou d’un titre équivalent en nombre d’années de recherche, et cela après l’obtention d’un diplôme de troisième cycle quelle qu’en soit l’appellation (d’une durée de deux ans dont une année d’étude et une année de recherche) après une maitrise ou un licence de ( trois à quatre ans ). Le doctorat (notamment d’université lui-même variant dans sa durée entre 3 ans et 5 ans. Le doctorat d’Etat, pouvait aller jusqu’à 7 ans et l’on a pu constater qu’il pouvait même aller au-delà.

Pour résumer : Baccalauréat « Maitrise » 0 Diplôme de Troisième cycle » Doctorat.

Tout autre circuit pour l’obtention d’un Doctorat est incomplet et dans tous les cas douteux. Et cela quelle que soit l’université ou le pays qui le délivre.

Ceci ne concernant pas les Doctorats “Honoris Causa”, qui sont des doctorats d’honneurs délivrés par des universités à des personnalités pour leur action dans des domaines divers à l’échelle nationale ou internationale (politique, diplomatique, social etc.). Mais même là encore, ce diplôme n’honore pas forcément l’université qui la délivré ni celui qui le reçoit (certains dictateurs avaient reçu ce doctorat honoris Causa).

C’est autant dire donc que l’obtention d’un Doctorat est une affaire à prendre avec la plus haute importance et cela est d’autant plus impératif que les conséquences des faux diplômes sur le développement des pays sont extrêmement graves.

b) Les conséquences faux doctorats sur le développement en Mauritanie : la destruction du capital humain

Dans l’approche économique, les différentes théories (du capital humain, du filtre et du signal et du statut social, notamment) attribuent des fonctions extrêmement importantes aux diplômes dans le développement. Il ne fait pas de doute qu’ils sont l’indicateur premier des qualifications du capital humain dont dispose un pays.

On série les qualifications suivant le niveau du diplôme obtenu, l’expérience acquise venant renforcer ces qualifications. Les statistiques sur les diplômés permettent de donner une image non seulement du niveau d’éducation mais des capacités des ressources humaines dont dispose le pays. Le diplôme est aussi dans la théorie du filtre et du signal, un moyen de détecter ceux qui sont potentiellement capables de remplir les fonctions attendues. Ils signalent un niveau d’étude et permettent de prétendre passer par le “filtre” de sélection des recruteurs publics ou privés.

Ce qui est extrêmement important, pour l’emploi des compétences ; et des études récentes montrent que l’existence de ces filtres sont des déterminants de l’investissement de compagnies étrangères dans certains pays en développement.

Enfin, dans la troisième approche, le diplôme permettant à celui qui le détient un statut social spécifique, il lui offre un positionnement non seulement sur le marché du travail (théorie du capital humain, du filtre et du signal), mais aussi sur le plan social. Le niveau du diplôme déterminant sa prétention à de fonctions plus élevées, à une meilleure rémunération et à un niveau de vie plus élevé.

Le doctorat est par essence un diplôme délivré à une personne qui, à travers un cursus universitaire accompli a acquis après plusieurs années de recherche, un savoir et une certaine maitrise de son domaine de compétence.

Dans les universités de renom, seuls ceux qui ont obtenu de bonnes mentions à la fin des différents cycles par lesquels ils sont passés, sont autorisés à s’inscrire en Doctorat. C’est autant dire que le Doctorat est par essence sélectif et concerne des personnes qui ont une certaine latitude scientifique et veulent continuer dans ce sens pour le développement de la connaissance. C’est autant dire donc que celui qui obtient son doctorat a un précieux bagage scientifique et intellectuel qu’il est appelé à enrichir et à transmettre.

Le docteur c’est, donc celui qui a accumulé une importante somme de connaissances dans son domaine, qui a maitrisé les outils conceptuels, méthodologiques, pédagogiques et techniques lui permettant de faire de sa discipline un champ fructueux de recherche, de développement et de progrès. C’est autant dire que son apport pour le développement est important.

Le diplôme de docteur, permettant à son titulaire d’occuper des hautes fonctions du moins des fonctions clefs dans l’enseignement, la recherche, l’administration publique et privée (tous secteurs confondus), on comprend alors non seulement la déperdition que subit la nation entière en ne l’employant pas. Et l’on comprend par là même, la catastrophe que pourrait subir une nation en employant de faux docteurs.

Et il ne fait pas de doute que l’existence de ces faux docteurs va pénaliser les véritables titulaires des doctorats. D’abord en introduisant l’incompétence, l’ignorance et l’inefficacité dans les emplois qu’ils occupent indument, ils ternissent l’image de ce titre et de ses porteurs. D’autre part, cette incompétence va entrainer une chute certaine de la croissance dans tous les secteurs du développement où l’emploi des compétences est requis.

II- La situation en Mauritanie des faux docteurs : quelle ampleur, quelles solutions ?

Eut égard, à la situation qui prévaut actuellement, et qui est perceptible à tous les échelons de la vie économique, il convient de s’interroger sur ses causes (a), pour proposer quelques solutions (b)

a- Les causes de la floraison des docteurs en Mauritanie

Si l’on entend souvent parler de faux diplômes, on entend, par contre, peu parler des “faux-vrais” diplômes (ou de “vrais-faux” diplômes)

Il convient de les distinguer, bien qu’ils aient les mêmes objectifs (infiltrer l’ensemble de l’appareil politique, économique et social du pays par des individus sans foi ni loi) et ils ont tous les mêmes effets (profiter d’un droit indu, engendrer l’incompétence, la médiocrité et le sous–développement).

Les faux diplômes : Qu’est-ce qu’un faux diplôme ?

“Une façon simple de définir les faux diplômes serait de procéder par exclusion, en les définissant comme tous les prétendus diplômes ne satisfaisant pas aux conditions de définition des vrais diplômes. Malgré son caractère englobant, une telle définition ne permet pas d’approfondir l’analyse, d’où la nécessité de la dépasser.

Les faux diplômes peuvent être classés en deux grands types, à savoir, la contrefaçon pure et simple d’un vrai diplôme et la création ex nihilo d’un document écrit attestant un titre ou un grade, délivré par une institution souvent virtuelle et non habilitée à le faire.

Dans le premier cas, le faux diplôme en question porte des signes distinctifs cherchant à imiter le vrai diplôme, comme le nom ou le logo de l’institution dument habilitée à le délivrer. Une telle falsification est relativement similaire, au moins sur le plan analytique, aux faux billets ou aux fausses pièces d’identité.

Dans le deuxième cas, qui retiendra la majeure partie de notre attention, le faux diplôme est un document délivré (ou plutôt vendu) par une institution non reconnue, et ne répondant pas aux critères minimaux (personnel qualifié, cours, examens, etc.) permettant de délivrer le titre concerné. La notion de faux diplômes est étroitement liée à celles d’« usines à diplômes » (diploma mills), c’est-à-dire d’institutions non habilitées ou bénéficiant d’habilitations douteuses.

Ces habilitations douteuses peuvent correspondre à une large variété de stratégies, comme l’habilitation par des organismes eux-mêmes non habilités à le faire, des « usines à accréditation » (accreditation mills) ou le mensonge pur et simple en affichant une habilitation contrefaite d’un organisme réellement accrédité” 1

Sans préjuger des droits des véritables détenteurs de vrais diplômes de ces pays et qui exercent en Mauritanie, il reste que beaucoup de pays ont été la source de délivrance à grande échelle de faux diplômes de la licence au doctorat. De ce fait les pays arabes sont touchés de façon dramatique. Le Koweit, la Syrie, l’Arabie Saoudite, le Soudan, l’Irak, la Jordanie, l’Egypte, pour ne citer que ceux-là, ont une “élite” qui s’est illustrée par les faux diplômes. Comme en témoigne la revue de Presse suivante 2 :

· Journal koweïtien Al-Nahar

A publié un article le 7 Juillet 2008, de l'écrivaine, kafieh Ramadan dans lequel elle a révélé la propagation du phénomène au Koweït.

· Quotidien saoudien Al-Wasat

Publié un article le 14 Novembre 2010 de l'écrivain Mohammed Haidar intitulé "la farce des titulaires de doctorats".

· Journal Saoudien Okaz

A révélé dans un article daté du 17 avril 2010 l'arrestation d'u vendeur de contrefaçon de doctorats

· Le Forum indépendant - Jordanie

Ce journal a publié le texte suivant le 3 août 2008

"Des dizaines de médecins jordaniens qui ont acquis de la notoriété, ont acheté leurs doctorats d'un américain, pompier de son état et le vendeur de faux certificats. Cet américain travaillant avec sa femme dans le commerce des diplômes aux États-Unis.

· L'Echo de Syrie

Ce journal a publié le texte suivant le 14 Septembre 2009 : "Mise à pied d'agents de police à la suite de la découverte de leurs faux diplômes"

Sur le même site on peut lire le 20 août 2008 la fermeture de l'institution internationale "El Maamoun" qui vend des faux certificats à Alep et à Mezze à Damas.

· Site « Iris » de Jordanie

Article du 3 février 2009 Février : " 200 faux Ph.D. travaillant au sein du ministère de l'Éducation.

· Voix de l'Iraq

A publié le 27 Octobre 2010 : " de faux certificats et les diplômés sont au chômage".

· Le journal américain "Spokesman Review" d'Août 2008

A publié 180 noms de ressortissants du Golfe AYANT obtenu de faux certificats des Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, etc.

· Le journal, « la ville » saoudienne

A publié un article le 5 Septembre, Septembre 2010, que "50 fonctionnaires éducatifs et enseignants ainsi que les directeurs d'école ont reçu des diplômes de doctorat de manière informelle délivrés pas des universités ne reconnues.

· Site Web de la Province de « Tarif » Arabie saoudite

Publié le 19 août 2008 la liste des noms de centaines de personnes qui ont acheté leurs doctorats.

· Site Souria.Com

La chambre sociale de Syrie a écrit le 11 avril 2009 à l'adresse suivante : 3 faux doctorats de collaborateurs du ministre de l'Intérieur.

· Le Réseau des Nouvelles du Najaf

A publié un article le 5 Septembre 2009 sous la rubrique "La Commission d’intégrité poursuis cas de 905 faux diplômes détenus par des responsables irakiens."

· Le Réseau des Nouvelles d’Irak :

Publié le 26 avril 2008, une longue enquête menée contre des ambassadeurs portant faux diplômes et ayant des niveaux d’éducation très faibles..

Sur des sites du Soudanais : « De faux titres scientifiques et des faux diplômes pour des doyens d’université iraquiennes travaillant au Soudan.

· Forums des contributeurs au développement économique (Saoudien) spécialisé dans les actions et les titres saoudiens sur les marchés financiers.

A publié le 13 Août 2008 : « 68 Docteurs saoudiens ont acheté leur doctorat aux États-Unis au prix de 8000 $. »

· Qods Al-Arabi - Londres

A publié un rapport le 1er Septembre 2009 Rapport qui a révélé que 1088 propriétaires de faux diplômes occupent des hauts postes dans le gouvernement irakien. Et Selon des rapports irakiens on a découvert 3165 documents d’études falsifiés dans des domaines sensibles qui ont été achetés d’un certain nombre de pays européens.

· Echarq el awsat 16 Septembre 2010

Dans un style ironique Fandy Mamoun a écrit, « on appelle le chauffeur de taxi, docteur . De même pour l’employé public lorsqu’il apparaît à la télévision on l’appelle toujours « Docteur ». Et l’on ne sait pas si ce doctorat obtenu est un doctorat coutumier ou doctorat de convenances.

Dans un article récent sur le site irakien « Massress », intitulé : « Le phénomène de la contrefaçon des diplôme un aspect de la corruption », l’auteur , Mustapha Mohamed gharib, écrivait : « L’estimation de ces diplômes falsifiés en Irak est de 35 000 (universités iraniennes notamment, et des certificats contrefaits délivrés par les universités dans les États du Golfe, le Liban et le Maghreb arabe ) »3.

Aux Etats-unis beaucoup d’entreprises –dîtes “moulins à diplômes” - très lucratives se sont spécialisées dans le marché des diplômes. Et le site “spokesman review a publié, en 2008, suite aux enquêtes judiciaires, une partie “des noms de près de 10.000 personnes apparues dans une enquête fédérale d'un moulin à diplômes à Spokane-qui vendait des faux diplômes ainsi que la contrefaçon des études secondaires… .4”

D’autre part des milliers d’entreprises à travers le monde, vendent des diplômes. Tel ce site chinois qui convertit les diplômes en euros ou cette entreprise américaine qui délivre les diplômes par téléphone et retour de courrier.

Le vrai-faux diplôme :

Si les faux diplômes sont, en principe, faciles à découvrir notamment en écrivant à l’institution qui les a délivrés (quand il s’agit d’une université reconnue) ou en vérifiant l’existence, la réalité et la validité de l’institution auprès des autorités du pays (Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique ou de l’Education, par exemple), par contre le faux-vrai diplôme ne peut être prouvé que d’une seule façon : l’incompétence de celui qui le détient.

Un faux-vrai diplôme est celui qui est obtenu d’une véritable université accréditée et reconnue par les autorités du pays, mais ce n’est pas son titulaire qui a fait le travail pour l’obtenir.

Ainsi le mémoire de fin d’études ou la thèse qu’il a présentée ont été confectionnés par d’autres personnes, souvent un enseignant de ladite université et qui l’aide dans sa soutenance à travers des jurys de complaisance.

Le diplôme reçu est donc vrai mais la personne le reçoit indument. C’est un incompétent diplômé. Les détenteurs de “faux-vrais” diplômes participent souvent aux recrutements sur dossier et évitent les concours, et les entretiens de recrutement. Sinon ils tomberaient sous l’effet de la théorie du filtre et du signal (développée plus haut).

Mais qu’il soit détenteur d’un faux diplôme ou d’un vrai-faux diplôme, cet individu est assimilable à un délinquant. Dans le premier cas, il tombe sous le coup de la répression pénale sous le chef d’accusation de “faux et d’usage de faux”. Dans le second, il sera souvent mis sous la sellette dans le cadre de l’activité professionnelle dans laquelle il sera toujours un clandestin. Et dans tous les cas ces deux délinquants porteront atteinte gravement à la profession qu’ils rejoindront et au développement du pays tout entier.

b) Quelles solutions pour endiguer le fléau des faux diplômes

Les stratégies les plus utilisées ont été toutes guidées par la volonté des pouvoirs publics d’enrayer le phénomène. C’est ainsi que certains pays ont, à travers leurs institutions habilitées (Ministère de l’Education, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique), adopté des mesures administratives, judicaires et professionnelles à l’égard de porteurs de faux diplômes. Parmi ces pays on retrouve notamment l’Irak, le Togo, Madagascar etc.

Dans ce dernier pays un programme a été mis en place avec l’aide la Banque mondiale et de la coopération française pour faire face aux faux diplômes. D’intéressantes mesures ont été prises dans le cadre de ce programme.

Toutefois l’ampleur du phénomène a poussé à une réflexion qui est allé très loin jusqu’à concevoir une “dématérialisation du diplôme”, c’est-à-dire de supprimer le support papier et d’en faire un document numérisé auquel on adjoindrait alors toute une technologie de cryptage et de d’authentification électronique. D’autres pays ont envisagé des diplômes “biométriques” à l’image de la carte d’identité “infalsifiable”, c’est le cas des Comores.

Le secteur public des pays en développement souffre beaucoup de l’embauche des faux diplômés et cela n’est pas sans conséquences sur son rendement, mais fonctionnant sur des ressources publiques, produisant des biens non marchands et non soumis aux critères d’efficacité et d’efficience, il est le lieu privilégié des faux diplômés. Et pour trouver une solution, il faut passer nécessairement par la volonté des pouvoirs publics. Sans cette volonté, l’Etat tout entier continuera à souffrir de cette plaie.

Par contre le secteur privé et notamment les moyennes et les grandes entreprises ne peuvent souffrir une charge financière d’un personnel incompétent. Il en va de leur propre existence. C’est pourquoi, la chasse aux faux diplômes y trouve plus d’attention.

C’est ainsi que pour répondre à ce besoin, des sociétés se sont spécialisées dans la vérification des diplômes des prétendants aux emplois. Ce service est payant pour la société qui recrute mais cela lui fait souvent gagner beaucoup plus. Parmi ces entreprises on trouve “verifdiploma” qui offre aux entreprises la vérification des diplômes des candidats en quelques secondes sur son site.

En Mauritanie, la solution ne pouvant provenir que des pouvoirs publics, il est nécessaire cependant que la volonté y soit. Ainsi la création d’une commission nationale de vérification des diplômes serait une solution. Toutefois on sait pertinemment que c’est une solution qui ne manquera pas de rencontrer les difficultés suivantes :

- La crainte de l’ampleur que peut prendre la découverte du phénomène et le nombre de personnes impliquées à tous les échelons de la vie politique, économique et sociale de la nation

- la force d’inertie de l’administration publique elle-même qui ne fera pas avancer les investigations puisqu’elle est, elle-même, concernée par le phénomène des faux diplômés.

Aussi, à notre avis, seule une commission indépendante du système politico-administratif mauritanien et comprenant des membres neutres pourra accomplir cette mission. Mais quand des ministères qui auraient entrepris la vérification des diplômes des enseignants du supérieur optent pour « le classement sans suite du dossier », on comprend l’ampleur de la catastrophe :

« Le ministère de la fonction publique avait, pour sa part, entrepris auparavant, des démarches destinées à certifier l’authenticité de certains diplômes appartenant à des Professeurs du Supérieur.

Le département s’est enquis à ce propos auprès des universités qui ont délivré lesdits diplômes. Il s’est dégagé de cette vérification, que les diplômes dont certains sont détenus par des hauts fonctionnaires de l’Etat, ont été enregistrés par ces académies au nom de personnes appartenant à d’autres pays.

Vu le caractère sensible du sujet, le dossier a été classé sans suite. » (voir : http://www.cridem.org/C_Info.php?article=687211 )

Ne nous étonnons donc pas que nos édifices publics penchent, que nos aéroports coulent, que nos hôpitaux sont des mouroirs, que notre système éducatif forme à la médiocrité, que nos administrations sont incompétentes et que notre économie est exsangue…

Toute nation qui se veut solide et prospère, éduque ses enfants à la meilleure école.

En Mauritanie, on vend les écoles et on achète les diplômes…quel avenir ?

Pr ELY Mustapha

https://tn.linkedin.com/in/mustapha-ahmed-ely-63984630

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1.
Gilles Grolleau et Tarik Lakhal « Éléments d'analyse économique des faux diplômes », Revue internationale de droit économique 2/2007 (t. XXI, 2), p. 115-128. URL : www.cairn.info/revue-internationale-de-droit-economique-2007-2-page-115.htm. DOI : 10.3917/ride.212.0115 .

2.Ces références de Presse sont rapportées par M. Nahed Ismail dans son article publié sur le site « ettagyir » à l’adresse : http://www.al-tagheer.com/arts6353.html

3.http://www.masress.com/shbabmisr/7400

4.http://www.spokesmanreview.com/data/diploma-mill/by-orgs/

Source : AgoraVox

 

Evolution du droit des investissements en Mauritanie

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Evolution du droit des investissements en MauritanieFinancial Afrik - La Mauritanie a mis en place, le 07 février 2019, un Conseil Supérieur pour l’Amélioration du Climat des Affaires. Une étape supplémentaire dans les réformes engagées depuis quelques années pour accroitre l’attractivité économique du pays.

D’un point de vue institutionnel, cet organe vient s’ajouter, entre autres, à la Délégation Générale à la Promotion des Investissements, à la création de la Chambre Internationale de Médiation et d’Arbitrage de Mauritanie (CIMAM) ainsi qu’à la mise en place du Guichet unique. Les initiatives réformatrices du gouvernement mauritanien ont eu un impact positif sur le classement du pays dans le rapport Doing Business.

Dans le rapport 2018, le pays a fait un bond significatif passant de la 160ème à la 150ème place, soit un bond de 10 points. Cette progression s’est quelque peu tarie en 2019, le pays est classé 148ème sur 190 pays, soit une progression de seulement deux points. Plusieurs initiatives sont en cours en vue d’augmenter l’attractivité économique du pays.

Et pourtant, malgré la volonté réformatrice des autorités, et malgré son positionnement géographique stratégique et ses nombreuses richesses naturelles, la Mauritanie a encore du mal à séduire les investisseurs étrangers. Elle souffre encore d’un «lack of confidence» de la part des investisseurs. Le pays reste toujours devancé en termes d’investissements directs étrangers (IDE) par ses voisins que sont le Sénégal et le Maroc. Les différentes réformes initiées visent à inverser la tendance et à faire de la Mauritanie une terre d’investissements. Nous nous intéressons ici au cadre légal des investissements en Mauritanie et aux possibles pistes d’amélioration du climat des affaires.

Le cadre légal des investissements en Mauritanie

Plusieurs textes ont été adoptés pour définir le cadre légal des investissements en Mauritanie. Le texte de référence est sans conteste le code des investissements adopté par la loi n° 2012-52 du 31 juillet 2012 modifié en 2016. De manière non exhaustive, à ce texte s’ajoute une législation sectorielle concernant les mines et les hydrocarbures. Le code des mines a été adopté par la loi n°2008-11 du 27 avril 2008 et le code des hydrocarbures bruts est issu de la loi n°2010-33 du 10 juillet 2010. Le code de commerce résultant de la loi 2000-05 du 18 janvier 2005, modifié en 2015, régit quant à lui l’exercice de la profession de commerçant ainsi que les différentes structures sociétaires en Mauritanie. La présente synthèse se limitera aux dispositions contenues dans le code des investissements.

Champ d’application du code des investissements

L’adoption du code des investissements s’inscrit dans la stratégie de la Mauritanie d’encourager les investissements directs étrangers (IDE) ainsi que les investissements faits avec des capitaux mauritaniens. Le législateur précise d’ailleurs que les dispositions du code ne s’opposent pas à l’application d’avantages prévus dans le cadre de traités bilatéraux d’investissement (TBI) signés entre la République islamique de Mauritanie et l’Etat dont l’investisseur étranger est le ressortissant. Tout investisseur, dès lors qu’il est titulaire du certificat d’investissement, est éligible au bénéfice des dispositions du code. Le texte exclut de son champ d’application les secteurs tels que les mines et les hydrocarbures qui font l’objet d’une législation spéciale tel qu’il a été rappelé supra. Les principales dispositions du code peuvent être présentées ainsi qu’il suit :

Encouragement et protection de l’investissement privé

Trois objectifs sont assignés au code : faciliter la création d’entreprises, inciter les opérateurs à investir en Mauritanie et sécuriser leurs investissements. Le texte donne une définition de ce qui est considéré comme investissement étranger, investissement mauritanien ou encore investissement avec des capitaux mixtes. Le lieu de mobilisation des ressources constitue le critère déterminant, abstraction faite de la nationalité des apporteurs. Est par exemple considéré comme investissement étranger tout investissement fait avec des capitaux mobilisés à l’étranger.

Garantie contre l’expropriation ou la nationalisation

Quelle que soit la nature de l’investissement, nul ne doit craindre une éventuelle expropriation ou nationalisation de son investissement.

Liberté de transfert des capitaux

Il s’agit d’un critère important dans la décision pour un étranger d’investir dans un Etat. Les dispositions du code garantissent à l’investisseur étranger la liberté de transférer (sans délai et après paiement des droits et taxes) les revenus ou produits de toutes natures résultant de son exploitation, de toute cession d’éléments d’actifs ou de sa liquidation. Ce droit s’applique également aux parts de bénéfices, aux produits de la vente des droits d’associés, à la reprise d’apports en nature, au droit dans le partage du boni de liquidation.

Garantie de disponibilité de devises

Sous réserve du respect de la réglementation des changes en Mauritanie, il est garanti aux entreprises l’obtention de devises nécessaires à leur activités.

Stabilité des conditions juridiques

L’Etat mauritanien garantit aux investisseurs la stabilité des conditions juridiques, fiscales et douanières durant une période de vingt ans à partir de l’acquisition du certificat d’investissement.

Emploi de personnel étranger et garantie de transfert des rémunérations :

Tout investisseur peut employer du personnel expatrié à hauteur de 10% du personnel d’encadrement conformément à la législation du travail en Mauritanie. A ce personnel expatrié est offerte la possibilité de transférer tout ou partie de sa rémunération salariale, après paiement des droits et taxes, sous réserve du respect de la réglementation des changes en Mauritanie.

Egalité de traitement :

Les personnes physiques ou morales étrangères qui investissent en Mauritanie reçoivent les mêmes traitements que les mauritaniens sous réserve de réciprocité et des traités et accords auxquels est partie la Mauritanie.

Mise en place de régimes privilégiés :

Le code des investissements a mis en place des mesures incitatives notamment fiscales et douanières. Ces avantages sont applicables aux entreprises reconnues comme relevant des régimes privilégiés. Peuvent bénéficier de ces mesures incitatives, les entreprises éligibles « au régime des PME » ou installées dans les « zones économiques spéciales » et remplissant les conditions énumérées par le code. Peuvent également bénéficier de ces régimes privilégiés, les investissements dans le faits dans le cadre de conventions d’établissement dans le domaine de l’agriculture (à l’exception de l’acquisition de terrains), la transformation de produits provenant de l’élevage ou encore l’industrie à terre des produits de la pêche (à l’exception de la farine de poisson). Une réforme de certains aspects des mesures incitatives est à l’étude.

Le règlement des différends relatifs aux investissements :

Ce point est sans conteste un point crucial dans la crédibilité du pays à l’égard des investisseurs. Ceux-là craignent en effet que des litiges les opposant aux ressortissants de l’Etat hôte ou à l’Etat hôte ne tournent à leur désavantage et à une perte du capital investi. A cet égard, il faut rappeler que la Mauritanie a ratifié la convention pour la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères (Convention de New York de 1958). Elle est également membre du CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements). Le pays s’est également doté d’un code de l’arbitrage en 2000, code qui devrait faire l’objet de modifications à venir. Par ailleurs, le code des investissements dispose que tout litige entre un investisseur étranger et l’Etat mauritanien résultant de l’application ou de l’interprétation du code est réglé par voie de conciliation ou au choix des parties par l’arbitrage. L’arbitrage a également les faveurs de l’Etat mauritanien dans les codes sectoriels. Il est reconnu comme mécanisme de résolution des litiges entre l’Etat et les entreprises opérant dans le secteur des mines ou des hydrocarbures.

Malgré un cadre légal attrayant et la mise en place de nombreuses réformes institutionnelles, la Mauritanie a encore du mal à attirer les investisseurs. En excluant toute exhaustivité, plusieurs raisons peuvent être avancées.

Faible attractivité de la Mauritanie en matière d’investissements

Parmi les freins aux investissements directs étrangers en Mauritanie, plusieurs explications peuvent être avancées.

Le pays dispose de matières premières considérables et les perspectives d’exploitation prochaine du gaz découvert dans le champ marin « Grand Tortue-Ahmeyin » viennent confirmer cette tendance. Cependant, la Mauritanie souffre d’une faible diversification du secteur des investissements. Le pays reste concentré sur les mines et les hydrocarbures alors que de nombreux besoins restent à satisfaire notamment dans le domaine des infrastructures et des services. Il n’y a pas de développement sans infrastructures. L’état des routes augmentent les coûts de productivité pour les entreprises. Les politiques de partenariat public-privé (PPE), à condition d’être bien négociées, peuvent être une piste intéressante pour le développement des infrastructures.

La Tracasseries administratives et l’absence de sécurisation des investissements sont à inclure dans les freins.Malgré la mise en place du guichet unique et l’existence de textes incitatifs, les tracasseries administratives demeurent et doivent être prises en compte dans l’élaboration d’une politique d’investissement efficiente. Ces tracasseries ont souvent pour soubassement la corruption. En effet, la Mauritanie est encore perçue, à juste titre, comme un pays où la corruption est grandement présente et à cet égard ces tracasseries administratives sont souvent décrites par les investisseurs comme un moyen d’obtenir des contreparties à la facilitation des démarches alors même que les textes incitent à la fluidité et à la rapidité.

Le contexte socio-politique est également à prendre en considération.Les tensions au sahel continuent d’alimenter beaucoup de méfiance de la part des investisseurs et certains préfèrent rester prudents. A cette situation au Sahel, il faut rapprocher les tensions latentes liées la situation socio-politique interne du pays. Pour beaucoup d’investisseurs, l’image du pays, encore largement dominée par les questions liées à l’esclavage ou la difficile cohabitation intra-communautaire, donne à la Mauritanie bad press. A cet égard, la balance Risk/Profit tourne au désavantage du pays.

En définitive, si le pays arrive à cibler les domaines d’investissement prioritaires, à mettre l’accent sur les infrastructures, à promouvoir une véritable justice sociale en luttant contre les inégalités, à s’intéresser aux services et à mener une politique efficiente contre la corruption et pour la sécurisation des investissements, les différentes réformes engagées pourraient porter leurs fruits.

Par Fatimata Tagourla

Fatimata Tagourla est mauritanienne, Docteur en droit
Consultant Chargée d’enseignement à l’Université Paris Nanterre et à l’Ecole supérieure sur le commerce extérieur (ESCE) Paris.

Source : Financial Afrik

 

 

Hommage à Mohamed Abdallahi Ould Breihim

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Mohamed Abdallahi ould Breihim, celui qui était pour nous tous un père, est décédé ce dimanche 10 mars à Nouakchott, des suites d’une longue maladie.  Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, il  était  le policier, matricule 001,  le premier à s’engager donc dans ce corps.

Pour nous autres, il était le papa accueillant, l’éducateur hors pair, affectueux et sévère quand il le faut. Proche collaborateur de feu Mokhtar ould Daddah dont il était membre de la sécurité rapprochée, il l’accompagnait dans tous ses déplacements, était son ami et confident. Il ne l’a pas renié après son départ, malgré les promesses alléchantes de ses tombeurs, ce qui ne fut pas le cas de beaucoup d’autres.  Il ne tira aucun avantage matériel de sa longue proximité avec le Père de la Nation, poursuivant son travail de policier jusqu’à la retraite. Droit dans ses bottes, entier, franc, il affichait une sobriété qui sied à tout homme de son rang derrière laquelle se cachait un torrent de bonté. Sa maison où régnait une femme extraordinaire, feue Meylouda, assurait le gîte et le couvert à tous ceux  qui en avaient besoin.

Et Allah sait qu’ils étaient nombreux au moment où Nouakchott comptait très peu de maisons accueillantes ! C’était un plaisir immense de l’entendre raconter ses pérégrinations, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, avec feu Mokhtar qui était, pour lui et sans conteste, le symbole même de la droiture, de l’honnêteté et du désintéressement. Repose en paix, papa fidèle,  après une vie si pleine,  et généreuse, inna lillahi wa inna ileyhi raji’oune.

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nom

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Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nomNovembre historique. Le dimanche 18, l’équipe nationale de football se qualifie pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui aura lieu l’année prochaine au Cameroun.

En Mauritanie, dans les rues, les ménages, à l’étranger et sur les réseaux sociaux, la communion est euphorique. Mais la joie est par moments entachée d’expressions partisanes et peu amènes. Comme un écho au « malaise » que décriait Hanna Cheikh Malainine la veille à la 3e édition de WikiStage sous le thème de la diversité.

La jeune cadre bancaire, économiste, avait pour sujet : « Diversité et discrimination ». A chaque génération sa conscience.

Hanna Cheikh Malainine : Malaise je dis ton nom

Je m'appelle Hanna.

Je suis une jeune femme mauritanienne ambitieuse. Maman d'une adorable petite fille de 3 ans. Économiste de formation. Têtue. Parfois drôle et souvent maladroite.

Cette juxtaposition d'adjectifs me qualifie. Vous renseigne sur la personne que je suis. Cependant, aucun de ces qualificatifs pris séparément ne pourrait vous dresser un portrait exhaustif de ma personne. Je ne suis pas seulement femme. Ni uniquement économiste. Pas même seulement mère. Je suis la somme de toutes ces choses et toutes ces choses, c'est moi !

L'analogie vous paraîtra sans doute prétentieuse, mais je suis semblable à la Mauritanie. À ma Mauritanie ! Ma Mauritanie est multiple. Définie par sa pluralité. Bien plus qu'une simple juxtaposition, de toutes les parties qui la composent, elle est la somme heureuse d'une diversité assumée.

Le caractère hybride de notre pays pris entre une arabo-berberité revendiquée et une africanité assumée en fait un pays trait d'union. Le trait d'union, pour rappel, est ce Vecteur de rapprochement entre deux entités parallèles.

Nous sommes ainsi ce pays où se mêlent la fausse pudeur d'une melahfa et l'explosion des couleurs du bazin. Où les chants de griots s'entremêlent aux appels du muezzin. Où l'on sert un thiéboudiène au déjeuner et, bien que trop calorique, un couscous au dîner.

Nous sommes riches. Riches en poissons, en minerais. Paraît-il même que nous sommes riches en poètes. Mais nous sommes d'abord et surtout riches de nous-mêmes : 3,8 millions d'individus, 3,8 millions d'individualités. Différentes. Singulières. Et si semblables. Quand il s'agit de se prosterner, front à terre, nous le faisons tous dans la même direction.

Et s'il venait que notre intégrité territoriale soit bafouée, c'est d'une seule voix que nous dirions NON !

Nous sommes nés un 28 novembre, 1960, il y'a de cela une soixantaine d'années ! Nous sommes si jeunes. Souvent immatures. Des bêtises, ma Mauritanie en a faites et trop peu assumé. Ma Mauritanie doit se regarder dans la glace et embrasser sa réalité. Car notre Histoire n'a parfois pas été glorieuse. Nos écoles ont failli dans leur rôle de ciment social. Et nos politiques d'unité nationale désastreuses.

Résultat : Ma Mauritanie melting-pot ne serait que vœu pieux ! Ce mythe d'une fusion heureuse des populations ne résiste que peu à l'analyse de la distribution économique des richesses et politique du pouvoir. J'ai souvent mal à mon pays. Mal, quand en regardant le journal télévisé je me rends compte qu'il manque la mélanine aux postes de décision.

J'ai mal en visitant les écoles publiques qui ne sont malheureusement plus le terreau de la mixité sociale. J'ai mal lorsque le principe méritocratique est tordu au nom d'une pseudo-représentativité tribale. J'ai davantage mal lorsque l'Occident, manipulé par une main invisible mal intentionnée, ne voit en moi - Maure Blanche issue des beaux quartiers - qu'une misérable esclavagiste !

Ceci est mon cri. Il n'est pas seulement le cri d'une jeune fille, entre 17h et 19h, dans une salle du palais des congrès nouakchottois. Ce cri se veut l'écho des frustrations d'une génération. De celles et ceux qui, au-delà des principes familiaux, tribaux, régionaux et monochromatiques, souhaitent une Mauritanie d'opportunités. Une Mauritanie émergente.

Qui, au lieu de crispations identitaires vaines, s'arme de sa diversité pour une entrée confiante dans la marche du développement. Et le développement, parlons-en. Puisque celui-ci nécessite la croissance. La croissance nécessite l'énergie. Et l'énergie se puisera en chacun d'entre nous. La Mauritanie, simplement.

Mesdames, Messieurs, 1+1 n'ont jamais fait 2. Soyons unis et forts. Je vous remercie.

Source : Traversees-Mauritanides

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3)

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Gourmo Abdoul Lo :Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3) La Mauritanie s’est créée au sud. Littéralement. Saint-Louis était encore sa capitale administrative lors de son accession à l’ indépendance.

Au plan politique et diplomatique, comme au plan économique et social, la densité de nos rapports avec le Mali à l’est et le Sénégal au sud n’ a d’égale que la maigreur de ces mêmes rapports avec son flanc nord. En 1960-61, l’Algérie est dans sa grande guerre de libération nationale et, envers et contre tout, le Président Mokhtar Ould Daddah soutient la lutte du peuple algérien au risque de déplaire à la France du Général de Gaulle.

Le Maroc, auréolé du prestige du Roi progressiste Mohamed V, fait de la revendication d’annexion de la Mauritanie, une grande cause nationale que reprendra et amplifiera le redoutable Hassan II.

Politiquement fermé par ces circonstances, la géographie accentue notre isolement par rapport aux frères du Nord. Le grand Sahara isole le pays et même l’enclave par rapport à un monde arabe en pleine ébullition notamment sur la question de Palestine, et qui fondamentalement, donne acte à la revendication marocaine.

Seule la voix du Combattant Suprême fait dissidence. Une voix forte, certes, une voix qui porte, une voix qui fut salutaire pour notre peuple et dont devraient toujours se souvenir les générations qui succèderont aux générations dans ce pays. Il résulte de cette double occurrence contraignante, diplomatique et géophysique, que la Mauritanie, née au sud du pays, était ouest africain, dans sa réalité géopolitique.

Les conditions même de sa survie quotidienne dictaient les orientations internationales en ces temps là, en plus de la vision diplomatique étonnamment progressiste du Premier Président de la République.

Ami presque naturel de Senghor ( même s’il l’ agaçait un peu, me confia-t-il un jour, à Nice, avant la sortie de ses Mémoires), il se sentait autrement plus proche de Ahmed Sékou Touré, Modibo Keïta ou Gamal Abdel Nasser dont il admirait leur nationalisme intransigeant.

Cependant, très vite, Mokhtar Ould Daddah entendît sortir du huis-clos ouest africain auquel pouvaient le condamner, les circonstances précitées.

Il joua donc au Chef d’orchestre d’une diplomatie tous azimuts, fortement marquée par une sensibilité de "gauche" malgré ( ou à cause de) la forte influence économique et culturelle de la France.

Il énonça sa doctrine de la Mauritanie, "pont entre le Nord et le Sud du continent" et en obtînt des résultats auxquels nul autre Chef d’État ne parviendra ( hormis la parenthèse de son ancien jeune ministre, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallah).

Toute l’Afrique reconnaîtra très vite le leadership de la Mauritanie et même au-delà. L’Ouest par la France respecte ce pays sorti de nulle part et qui joue très tôt un rôle marquant dans un Tiers Monde en pleine offensive anti-impérialiste.

L’Est reconnaît le courage, voire le culot de ses engagements: Kim Il Sung le leader nord coréen, Chef d’ État ermite, fait une visite exceptionnelle à Nouakchott -encore dans les limbes.

Deng Xiao Ping, en pleine ascension politique peu avant la Révolution Culturelle est envoyé par Mao Tsè Toung en personne à Nouakchott pour plaider la cause de la Chine aux Nations Unies où le régime communiste tente de déloger celui de Taïpeh ( Taïwan). De telles prouesses qui portent notre diplomatie au firmament a une explication simple: la Mauritanie joue à plein régime sa partition de pays charnière, de pont, entre un monde arabe polarisé autour de la question palestinienne et une Afrique noire admirative de ce maure discret, efficace, qui réussit le tour de force de résister au Maroc, de soutenir l’Indépendance de l’Algérie, que le Général De Gaulle respecte malgré tout, sympathisant de Sékou Touré et ami, presque cousin à plaisanterie au futé Président Senghor.

Donc, jusqu’au début des années 70, la diplomatie mauritanienne est plutôt apaisante et équidistante, sur le front de la question nationale, au grand dam des nationalistes arabes radicaux de plus en plus mécontents de ce qu’ils pensent être des lenteurs dans les reformes d’arabisation tous azimuts qu’ils prônent, y compris sur le plan de l’environnement diplomatique du pays et dont ils savent l’enjeu qu’il représente dans la question de l’identité profonde de la Mauritanie.

Ces nationalistes arabes radicaux montent au créneau et passent à l’offensive à partir de 1966 et prônent ouvertement la rupture avec ce qu’ils disent être les tergiversations et l’esprit de compromis voire de capitulation du régime de Mokhtar Ould Daddah face aux "exigences nationales", c’est à dire leur propre projet de Grand chauvinisme parallèle au nationalisme arabe, soft, rampant d’un pouvoir qui se tourne de plus en plus au Nord et de moins en moins au Sud.

D’un État «ni maure ni noir, ni Nord ni sud mais mauritanien» que portait la vision identitaire officielle, le pays va basculer au début des années 70, à l’ère de la "repersonnalisation de l’homme mauritanien" vers une autre conception des rapports de l’État avec les communautés qui composent le pays, et pour lequel un nouveau venu sur la scène politique, le MND ( Mouvement National Démocratique) trouvera le qualificatif qui sied: chauvine.

( à suive)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)

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Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)Le consensus obtenu au sein de la toute nouvelle classe politique au moment de l’accession à l’indépendance, par le Président Mokhtar Ould Daddah, pour construire un État dans un contexte où tout s’y opposait, était fragile, mouvant.

L’une de ces difficultés d’ordre interne, tient à la qualité même des bâtisseurs de ce consensus, issus pour la plupart d’entre eux, des groupes dominants des communautés dont ils sont issus et qu’ils prétendent représenter dans les jeux politiques complexes qui se nouent et se dénouent au gré des rapports de force changeants entre eux.

Chacun voulant marquer son territoire pour mieux assurer la préservation de ses intérêts spécifiques dans le cadre d’un État en gestation, dominé par une puissance étrangère et revendiqué par un État voisin, le front culturel sera au cœur de la bataille puisque à travers lui se jouait dés le départ, la question de l’identité nationale.

Au fur et à mesure que se consolide le socle de cet État nouveau, le consensus autour de l’ équilibre antérieur incarné par l’usage du français d’abord, puis de l’ arabe et du français comme langues de travail, c’ est à dire comme langues de contrôle de l’ État et de ses démembrements, se fissure peu à peu.

Le Président Mokhtar Ould Daddah, savait manier mieux que personne l’ art de l’ équilibre instable en raison sûrement de sa connaissance des « réalités profondes du pays » et par tempérament.

Mais il avait de l’ État, la conception que nombre de ses pairs, sur le reste du continent, avaient hérité de l’ ancienne puissance coloniale: un État ( surpuissant), un Parti ( Unique), une Nation ( une et indivisible) une Culture ( dominante), une Langue ( unique, officielle).

Les toutes premières mesures de concrétisation de cette vision seront prises en matière scolaire, dans un premier temps pour assurer , l’intégration réelle de l’ arabe dans le système scolaire et administratif, jusqu’ alors sous hégémonie presque sans partage de la langue française, jusqu’ à la première moitié des années 60.

D’abord prises pour corriger les distorsions linguistiques , ces mesures vont vite apparaître pour les cadres négro-africains, comme l’ expression pure et simple d’une inversion de vapeur en faveur de la fraction arabe de l’élite du pays, jusqu’alors sur la défensive il est vrai.

Les » événements de 1966″ sont l’expression de la première grande crise de confiance entre les groupes sociaux dominants du pays, à travers leurs élites respectives.

Les troubles occasionnés par les décisions du régime débouchent sur la naissance et la structuration doctrinale des nationalismes identitaires endogènes de type particulariste, plongeant leurs racines plus ou moins profondément dans des courants d’obédience plus large ( panarabisme, panafricanisme).

Il faut constater que les rédacteurs de la « lettre des 19 » insistent surtout sur les injustices que provoquent ces mesures non seulement pour les élèves mais aussi sur l’avenir des cadres négro africains, et sur ce qui leur semblait lié à une volonté de domination ethnique, sans pour autant mettre en avant quelque revendication que ce soit s’agissant de leurs langues et cultures propres ( Pular, Olof, Soninkè).

Sur le plan politique, ils s’exposaient à être traités de Senghoristes, plus attachés à la défense d’une langue étrangère (le français) que d’une langue nationale (l’arabe).

L’option du Président Mokhtar Ould Daddah est claire désormais: il faut « repersonnaliser l’homme mauritanien » et cette repersonnalisation passe par une arabisation- substitution à l’emprise jusqu’alors hégémonique du français sur fond d’ignorance par les protagonistes, de l’existence des autres langues nationales et des droits de leurs locuteurs.

La querelle, devenue bataille des langues, s’installe donc, entre l’arabe et le français. Le champ de confrontation est le milieu scolaire mais cet affrontement prend appui sur une option géopolitique du régime en place, en cette fin des années 60, et sur le surgissement d’une nouvelle réalité politique qui va profondément modifier la perspective dans laquelle se posait au pays, cette question nationale.

L’option géopolitique est celle de la réorientation des rapports internationaux de la Mauritanie et ses conséquences internes dans la configuration du régime.

La nouvelle réalité est la naissance d’un nouveau courant politique qui, en à peine 5 ans, modifiera profondément la donne politico-idéologique du pays: le MND.

( à suivre).

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie…

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Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie… La dénonciation du chauvinisme, désormais organiquement associé au racisme du régime, par les forces démocratiques et patriotiques, a suivi la courbe d’intensité des politiques identitaires suivies depuis l’accession de notre pays à l’indépendance formelle en 1960.

Le régime de Mokhtar Ould Daddah, héritier certes toujours récalcitrant du colonialisme, a mis en œuvre la vision française dominante en matière d’identité de l’Etat : uniformité, unicité, assimilation.

C’est la même idéologie française qui va s’implanter partout, dans la quasi-totalité des États anciennement sous domination française: refus systématique de reconnaissance du multiculturalisme, rejet parfois brutal de la diversité, déni éhonté des réalités communautaires ethnolinguistiques.

Dans nombre de ces pays, pour ne pas dire, partout, cette approche assimilationniste ira jusqu’ à la négation pure et simple des langues africaines qualifiées dans le meilleur des cas, de « langues vernaculaires » (c’est- à dire folkloriques) au profit du français, langue de l’élite en grande partie néo-colonisée, au service d’États structurellement soumis et dédiés à une emprise étrangère multiforme.

Le régime de Mokhtar Ould Daddah, pour sa part, dés avant même l’indépendance, sera soumis à une logique spécifique, imposée par l’exigence de « partage du gâteau » entre les membres d’une élite multiculturelle, aspirant chacun, au nom de » sa » communauté, à accéder à la rente étatique que consistent les hauts postes de l’administration publique.

C’est le début de la course à l’échalote, où les candidats à ces postes juteux (prestige, biens matériels) se bousculent pour » représenter » leurs communautés, leurs tribus et/ ou castes sans être mandatés par aucune de ces communautés, étant donné que le système politique nouveau n’était pas démocratique mais au contraire de type autoritaire classique.

Pour s’en sortir et éviter les problèmes sans fin de » cohabitation » au sein du groupe dominant multi- ethnique, les hommes politiques de l’époque vont finir par instaurer une règle non écrite de » partage » du pouvoir, suivant des quotas, entre les arabes ( à l’exclusion des hrattines socialement rejetés par tous) et les négro- africains (3/4 pour les uns et 1/4 pour les autres) avec bien sûr une fluctuence plus ou moins grande suivant les circonstances.

Mais cette politique de partage du pouvoir de l’élite sera constamment sous surveillance des uns et des autres puisqu’il s’agit d’une alliance globalement instable, dominée par une sourde rivalité de type hégémonique.

Alliance et rivalité: telle sont les deux formes essentielles des rapports entre les membres des communautés ethniques auto- cooptés et auto-proclamés représentants de ces communautés.

La fameuse » Question Nationale » fut donc à l’origine (Congrès d’Aleg, etc ) une question posée par les rapports de partage de pouvoir au sein de l’élite dominante du pays.

Voilà la raison pour laquelle elle va d’abord revêtir une forme bureaucratique (quels postes et à qui) et culturelle (en quelle langue l’État devrait- elle s’exprimer?). On comprend, dans ces conditions, quel enjeu central va représenter le problème de la langue officielle et de son usage dans la vie publique.

Dans les autres pays voisins, le français. En Mauritanie, la question sera au cœur de la problématique de la coexistence nationale et alimentera peu à peu, la dynamique de crise de l’unité nationale du pays qui ira en s’amplifiant, du milieu des années 60 à nos jours.

( à suivre)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

 

Pourquoi pas les islamo-démocrates ? / Par Isselmou ould Abdel Kader

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Nous n’avons malheureusement ni la compétence scientifique ni le temps d’engager une polémique sur l’existence d’un État normatif selon l’islam. Qu’il nous soit au moins permis de penser comme Ali Abelderrazigh dont l’essai sur la nature de l'autorité politique dans le monde islamique suscite, depuis1925, un débat houleux sur la question. Cet éminent jurisconsulte et théologien estime envisageable la séparation du spirituel et du temporel, en s’appuyant sur l’argument péremptoire selon lequel, selon lui, le Prophète Mohamed (PSL) fut un guide spirituel et moral et non un roi de ce monde. Le débat au sein de la nébuleuse sunnite entre les tenants de cette conception et les courants salafistes ou wahhabites qui empoisonnent actuellement le monde a abouti à la formation de deux grandes mouvances politiques opposées, en l’occurrence celle des Frères musulmans et celle de l’Etat Islamique (DAECH).

Forcé de schématiser, mais sans vouloir dénoncer certains pays musulmans connus, pour avoir la même source d’inspiration que cette dernière mouvance extrémiste, on peut souligner que la première se reconnaît à travers le modèle étatique de la Turquie actuelle, la conduite du parti de la Nahda tunisienne et la gestion du présent gouvernement du Maroc.

Dans ces trois pays, le Mouvement des Frères musulmans tutoie de très près le modèle de démocratie classique en tirant le plus possible sur le fil trop élastique –quand on veut- de la chariaa islamique. L’habileté et l’intelligence de ce mouvement ne sont pas tant d’avoir accepté le jeu démocratique et le mode d‘accès au pouvoir par des urnes exprimant parfois la volonté de personnes n’ayant pas nécessairement la capacité juridique entière au regard de l’islam, mais d’avoir entériné le principe de la séparation des pouvoirs. Or, accepter ce principe qui est le fondement essentiel de la démocratie, c’est frapper à la porte de la laïcité en courant le risque d’être pointé du doigt par une grande majorité d’exégètes de la chariaa. Ne peut-on pas en conclure que le mouvement des Frères musulmans est, jusqu’ici, l’unique obédience islamique à offrir à l’Umma la possibilité d’accéder à la modernité et à participer à l’harmonie universelle sans se renier ni rompre avec ses racines spirituelles et culturelles ?

Montée inexorable

Retenons-nous cependant de parier sur le caractère inexorablede la montée de ce mouvement, même s’il donne l’impression d’être voué à régenter la plus grande partie du monde musulman, en particulier l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, en dépit de la force montante de l’obédience chiite qui semble avoir de beaux jours devant elle.

En Mauritanie, de nombreuses voies ont exprimé leur inquiétude face à la remontée spectaculaire du mouvement islamiste se regroupant principalement au sein d’une formation politique et noyautant par d’insoupçonnables ramifications de nombreux autres partis. L’on est obligé, en observant cette ascension, de se demander s’il était possible de l’endiguer et quel sacrifice il faudrait consentir pour y arriver. La réponse à ces deux questions interactives nécessite de formuler quelques observations d’ordre logique. Il convient de souligner d’abord que l’éradication d’un mouvement islamique qui accepte les règles du jeu démocratique ne saurait se concevoir autrement que par la voie des urnes, car l’utilisation de la force n’est ni acceptable ni opérante. Si c’était le cas, les partis nazis et fascistes n’auraient pas plongé le monde dans l’horreur pendant plusieurs années et leurs vestiges n’auraient pas perturbé actuellement le sommeil des leaders des démocraties occidentales. On aurait même éliminé les démocrates chrétiens et autres courants cherchant une légitimité dans l’attachement aux valeurs de la chrétienté. L’on ne peut donc arrêter l’ascension des démocrates islamistes que par des arguments et lorsqu’ils auront prouvé leur incapacité à accompagner l’évolution de la société ou réussi à convaincre de leur efficacité. Dans le premier cas, ils seront mis définitivement hors jeu à cause du caractère anachronique de leur référentiel méthodologique par rapport aux aspirations d’une société qui souffre principalement de l’obscurantisme. Dans le second, comme ce qui semble jusqu’ici le cas au Maroc, leur réussite sera dans l’intérêt de tout le pays. Quels seront alors les opportunités dont ils bénéficieront et les obstacles auxquels ils pourront se heurter ?

Le mouvement islamiste évolue grâce à l’attachement à l’islam, les Mauritaniens qui perçoivent cette religion comme un toit commun pouvant résister aux menaces pesant sur leur unité et leur diversité culturelle. S’ajoute à cet attachement le goût de la revanche sur le déclin précipité du mouvement des Almoravides et, probablement, de l’échec du mouvement réformiste de l’Imam Nacer Eddine au milieu du 16e siècle dans la principale région du pays. Ce sont là, certes, de simples réminiscences qui ont, cependant, dans la mémoire des hommes du désert une trace indélébile.

La crise morale qui secoue la société mauritanienne depuis le début du cycle de la sécheresse et l’avènement du régime militaire, ont engendré une criminalité revêtant un caractère inédit et multiforme qui restitue à l’islam son rôle historique de refuge pour les victimes de l‘oppression, de l’exclusion et de l’épouvante, comme au début de la Rissala. C’est, à peu de chose près, comme maintenant où les Mauritaniens tiennent à survivre au règne de l’immoralité, à la misère et aux dangers économiques et culturels d’une modernité envahissante.

Les islamistes peuvent exploiter ce contexte dont ils ont une bonne connaissance en tant que produit tellurique du tissu social et culturel du pays. Ils peuvent obtenir facilement, et ils en ont le droit, des soutiens multiformes grâce à une solidarité agissante entre nébuleuses idéologiques et religieuses.

Contrairement aux autres mouvements qui demeurent emprisonnés sous les décombres des idéologies classiques et se limitent à un discours scolastique, les démocrates islamistes (ou Frères musulmans) compensent la vétusté apparente de leur référentiel par un élan d’enthousiasme exceptionnel et une imagination  fertile en matière d’expression et de réponse, quand c’est possible, aux besoins de populations nécessiteuses.

Cordes sensibles

En évoquant ces opportunités, on touche des cordes sensibles qui risquent à tort ou à raison de susciter davantage de crainte de voir s’accélérer la montée du mouvement islamiste, particulièrement en Mauritanie où pourrait se manifester, dans le subconscient collectif, le souvenir du clivage entre la hiérarchie du Livre et celle  de l’Étrier. Aussi, pourrait-on soupçonner ce mouvement d’avoir une faible marge d’évolution entre les besoins de rénovation sociale et la limite de tolérance que permet son interprétation des enseignements islamiques. L’on sait que tôt ou tard, cette marge aura besoin d’être élargie pour tenir compte de toute l’aspiration à la liberté. Or, il a été constaté que les questions relatives à l’émancipation des groupes sociaux vulnérables et à l’équité de genre ne sont pas encore bien traitées là où les islamistes assurent la gestion des affaires d’État.

Est-il vrai enfin qu’il existe un lien entre l’islamisme modéré et les groupes terroristes comme certains analystes le pensent ? D’aucuns affirment, en effet, que la galaxie islamiste est un labyrinthe à trois compartiments, à savoir le mouvement des Frères musulmans qui occupe la scène politique et accepte les règles du jeu démocratique, le mouvement salafiste fondé sur la vision wahhabite qui rejette la démocratie et donne raison à la seule voie des armes et enfin le mouvement des « Douatt » ou la djamaa-tabligh, une association pour la Prédication, fondée dans les années 1920 en Inde par Muhammad Ilyas Al-Kandhlawi. Selon des spécialistes, ce groupe aurait pour tâche de pourvoir les deux autres en militants selon les capacités de ceux qu’ils forment.

Force est de reconnaître, toutefois que, contrairement à une telle analyse, le mouvement islamiste mauritanien a prouvé sa capacité de rassembler autour de l’aversion pour la violence et de la pertinence de sa stratégie. Il a un capital humain auquel on peut faire confiance et capable de savoir que l’histoire ne doit être utilisée que pour en cautériser adroitement les plaies, que la modernité a des vertus et que l’État mauritanien a besoin d’une force politique disposée à en revisiter les fondements avec une grande dextérité et d’en rénover la charpente.

Quoi qu’il en soit, aucune mouvance politique autre que les islamistes ne semble, dans le contexte actuel, pouvoir rassembler les Mauritaniens autour d’un projet de société largement partagé en rassurant les autres formations politiques qu’elles ne seront pas laissées sur le trottoir comme dans d’autres pays.

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Elections du 1er septembre : Achat des consciences et bourrage des urnes/Par Moussa Ould Ebnou

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Elections du 1er septembre : Achat des consciences et bourrage des urnes/Par Moussa Ould EbnouLe Calame - La Mauritanie a pu relever un grand défi en organisant les élections législatives, régionales et municipales du 1er septembre 2018. Ce scrutin a mis en concurrence un nombre record de participants : 502 listes aux couleurs de 98 partis politiques représentant la majorité et opposition.

Malheureusement, ces élections ont été entachées de graves irrégularités, notamment l’utilisation abusive des moyens de l’État par le Président de la république -devenu directeur de campagne de l’un des partis rivaux - l’utilisation d’argent sale dans tout le pays pour acheter les consciences des électeurs, le bourrage des urnes et l’annonce de résultats inattendus pour certains candidats...

Le scrutin a été caractérisé par le manque de transparence et les nombreuses violations graves ont mis en cause la crédibilité des résultats, ce qui peut entraîner la réticence des citoyens à participer à la vie politique et nuire à leur confiance dans la politique et les institutions élues.

Le déroulement de ces élections a constitué un revers majeur dans le processus démocratique, qui a choqué l'opinion publique, amenant les Mauritaniens à douter de l’indépendance de la Commission électorale et à s’interroger sur sa capacité à organiser les échéances électorales à venir.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Mariem Mint Derwich : Nous avons fait de l’amoral et du mensonge une vertu…

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Je crois profondément aux valeurs que sont le partage, l’égalité, la justice sociale, élevée que je fus dans cette gauche que le politiquement correct appelle aujourd’hui « extrême gauche»…
Je crois profondément en la redistribution des richesses, en la mixité sociale, en la vertu et la morale en politique. Je crois profondément que la politique est le lieu de la mise à disposition au profit du bien de tous et non pas d’une élite.

Je crois profondément en l’école comme creuset citoyen, en construction d’une pensée commune, en outil de libération… Nous avions l’occasion, petit pays né de nulle part, de construire un modèle social qui profite à tous.

Nous ne sommes pas nombreux, nous sommes forces vives, nous sommes hommes. Nous pouvions décider d’être. Mais nous avons choisi de ne pas nous penser, de ne pas nous construire. Nous avons choisi la déconstruction d’un idéal…

Nous avons favorisé les élites, le mensonge, la corruption, le détournement, l’exclusion communautaire, les politiques de « saupoudrage », l’arrogance en lieu de l’action, le maintien dans un imaginaire fantasmé…

Nous avons découpé notre sous sol, bradé nos richesses, fait de notre seule entreprise, la SNIM, un outil à alimenter les campagnes électorales, atomisé le monde rural traditionnel, dépossédant les paysans au profit de commerçants..

Nous avons fait de l’amoral et du mensonge une vertu…

Nous avons menti à nos enfants, nous continuons à leur mentir et à les effacer de la carte du monde par une Education dite Nationale catastrophique et génératrice d’inculture…

Nous avons bradé nos valeurs islamiques, notre tolérance, notre savoir, notre intelligence au profit d’une » nouvelle » religion, le wahhabisme.

Nous avons fait de l’armée un outil d’asservissement de l’Etat.

Nous avons fait du mépris de l’humain une vertu cardinale…

Nous avons fait de la jalousie, de la méchanceté, une manière de vivre…

Nous nous sommes oubliés en chemin…

Nous sommes fantômes dans la survie….

Nos politiques ne nous méritent pas, nous peuple de Mauritanie…

Mariem Mint Derwich
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

Sahel : Le règne d'un hitlérisme

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Sahel : Le règne d'un hitlérismeIl y a un vent mauvais, très mauvais qui souffle en ce moment dans tout le Sahel : celui de la haine interethnique.
En arrière fond : la "lutte contre l'insécurité et le terrorisme" et l’électoralisme carnassier. Le centre de gravité de ce chaos est clairement le Mali où s'applique la théorie du "nid de frelons". Tous les extrémismes s'y sont donnés rendez vous. Et toutes les erreurs d'analyse des stratèges de l'anti-terrorisme s'y épanouissent.

Les contre-mesures et les frappes aveugles contre des groupes "djihadistes" vite identifiés à l'appartenance ethnolinguiste de leurs chefs ou de leurs combattants, fait basculer la région dans la spirale de la guerre de tous contre tous, des petites gens contre d'autres petites gens, alimentée par des opérations spéciales de mains invisibles mais identifiables.

La haine contre les peuls ou les arabes ou les touarègues déchaine celle contre les dogons ou les bambaras...et, encore une fois, les réseaux sociaux ont la part belle, pour exciter les passions aveugles par la brutalité insoutenable des images et l'impunité scandaleuse des commentaires haineux qui les accompagnent. Il n'y a plus aucun frein, aucune limite, verbale ou symbolique, juridique ou morale. Tout se dit et s'expose.

C'est le règne d'un hitlérisme diffus qui s'empare rapidement des esprits et rend obsolètes toute logique et tout bon sens. Le sahel bascule dans la violence et ses dirigeants aiment se la raconter pour plaire à d'autres, tandis que meurt l'esprit de nos peuples sous la violence de la bêtise.

Par Gourmo Abdoul Lô
Source : Alakhbar (Mauritanie)

 

 

Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (5)/Par Ahmedou Ould Moustapha

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Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (5)/Par Ahmedou Ould MoustaphaUn système à levier redoutable

On est là au milieu de la quatrième période. C’est un moment décisif, certes contemporain mais non moins historique dans les relations de l’Occident avec l’Orient et même avec la planète entière.

Car, cette fois-ci, Il s’organise au fur et à mesure, sous la conduite des Etats Unis, pour exercer une autre forme de domination, plus insidieuse, plus efficace et moins coûteuse. Cette ultime contre-offensive va reposer sur un système monétaire international à levier redoutable, auquel il sera impossible de s’échapper.

Il s’agit de ce système par lequel l’Occident contrôle exclusivement toute la circulation monétaire du monde à travers son réseau bancaire qui régit tous les mécanismes du marché mondial des échanges commerciaux à partir de ses grands centres de concentration ou courroies de transfert que sont New York, Londres, Zurich, Frankfort et Paris, qui s’étendent à l’aide de leurs filiales et correspondants sur toute la planète.

La maîtrise exclusive des rouages de toutes les opérations commerciales par lesquelles l’Occident contrôle le flux financier international et donc l’économie mondiale, loin de s’affaiblir, va s’accentuer de jour en jour et ira jusqu’à susciter, dans les pays du tiers monde, un paradoxe douloureux : voilà des pays producteurs très riches en matières premières, objets de fortes demandes, et qui peuvent se retrouver soudainement en manque de liquidité (…).

C’est un système d’autant plus redoutable que ce ne sont autres que ces mêmes banques américaines et européennes, pourtant toutes privées, qui se chargeront d’appliquer rigoureusement les sanctions occidentales contre n’importe quel concurrent ou adversaire non-occidental, telles que la Chine et la Russie, sans parler de l’Iran et autres.

Et il suffit que les Etats Unis décident de sanctionner un pays pour qu’il devienne vite la cible commune de toute cette structure financière internationale.

Donc une quatrième période largement marquée par ce système qui fut le principal levier que l’Occident avait activé de manière à la fois invisible et durable pour mettre à genoux l’ex URSS et les pays que l’on nommait alors ses satellites. Il demeure encore une arme redoutable entre les mains des Etats Unis qui, seuls, désignent les adversaires et décident quand faut-il les sanctionner.

C’est en cela qu’elle constitue une période plus que décisive, pour ce qu’elle représente dans le tournant des événements qui ont bouleversé beaucoup de certitudes et changé la face du monde.

Qui eût cru en effet que la puissante armée de l’Union Soviétique pouvait subir une si grave défaite en Afghanistan, telle qu’elle entrainât : l’éclatement de l’URSS en différents pays (…), la chute du Mur de Berlin suivie de l’unification des deux Allemagnes et une belle occasion pour l’OTAN de provoquer une guerre civile en Yougoslavie afin d’y intervenir militairement et de le diviser en cinq petits Etats (Serbie, Croatie, Monténégro, Macédoine et Bosnie), bref la disparition du communisme ?

Qui pouvait encore imaginer que l’Irak allait reculer d’un siècle parce que le président Saddam Hussein – dont le pays fut victime d’un raid aérien d’Israël visant à détruire un projet de centrale nucléaire civile – avait verbalement menacé Israël, lors d’un Sommet arabe à Amman, en brandissant une petite fiole, comme pour sous entendre que la bombe nucléaire irakienne était en cours de fabrication ?

Etait-il prévisible, à ce moment-là, que les Etats Unis allaient saisir ce prétexte, en se préparant longuement et avec beaucoup de détermination, pour envahir ce pays en l’absence de tout mandat du Conseil de Sécurité de l’ONU, tuant près d’un million d’irakiens, civils et militaires, avant de disloquer l’armée et de dissoudre toutes les autres structures étatiques du pays, le laissant ainsi en champ de ruine ?

Le reste de l’histoire appartient à l’actualité

C’est dans ce contexte que surgira Vladimir Poutine, gardant en lui une profonde blessure provenant de l’humiliation faite à la Russie pendant qu’elle sortait difficilement de sa convalescence, suite à l’implosion qui emporta l’ex URRS, humiliation particulièrement douloureuse lorsque la Russie ne pouvait qu’assister impuissante face aux événements, à conséquence géopolitique majeure, qui se déroulaient en Irak, en Serbie et en Lybie où elle fut considérée comme moins que rien par l’Occident(1).

C’est aussi dans ce contexte-là que la Chine connaîtra, presque discrètement, durant plus de deux décennies, une croissance économique prodigieuse, avec un taux à deux chiffres, faisant aujourd’hui de la Chine la première puissance économique mondiale, selon de récentes études d’institutions américaines prestigieuses. (Nous y reviendrons)

Le but de cette petite rétrospective était de présenter brièvement l’évolution historique des relations entre l’Occident et l’Orient. Le reste de l’histoire appartient à l’actualité que nous pouvons aborder à présent pour orienter notre perception de la dimension économique et la portée géopolitique qui en découlent :

Tout le monde sait que la géopolitique est d’abord une question économique, car le pouvoir politique et militaire repose sur le pouvoir économique. Or la posture économique des Etats Unis est de plus en plus insoutenable à court terme, elle se caractérise par un triple déséquilibre : le tarissement de l’épargne et l’endettement des ménages, le déficit budgétaire résultant du refus idéologique de toute hausse d’impôts significative, enfin le déficit abyssal de la balance des comptes publics – autrement dit la dette nationale qui s’élève à plus de 20 000 Milliards de dollars à la fin de l’année écoulée.

C’est donc un déséquilibre global qui n’est pas très loin de provoquer l’effondrement de l’économie américaine. La baisse continuelle de la valeur du dollar viendra renforcer cette tendance qui ne manquera pas d’entraîner un relèvement brutal des taux bancaires, ralentissant ainsi l’économie intérieure pour au moins plusieurs années…

Cette chute du dollar se traduit déjà par la dévalorisation des titres du trésor américain que détiennent pour la plupart, sous forme de réserves, les pays du Moyen Orient et asiatiques, la Chine en premier lieu en ce qu’elle possède à elle seule plus de 25% de ces titres, ce qui va tout simplement ruiner ses finances si cela continuait au moment où, poussée par des forces populistes, l’Administration de Donald Trump décide de réinstaurer le protectionnisme en augmentant les taxes sur quelques produits importés de Chine.

Précisons que parmi les raisons de cette mesure, il y a le déficit annuel de la balance commerciale, entre les deux pays, qui s’élève, en 2017, à plus de 370 milliards de dollars en faveur de la Chine ; encore que ce n’est pas nouveau que les Etats Unis piétinent les accords commerciaux ou autres chaque fois que ces derniers n’assurent plus leur hégémonie, même si, dans cette occurrence, la Chine avait aussitôt répliqué en ciblant 128 produits américains qui feront l’objet de taxes supplémentaires à l’importation.

(1)Voir mes articles publiés au Calame, en 2016, sous le titre : La crise Syrienne et la résurrection de la Russie

Par Ahmedou Ould Moustapha

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (4)/Par Ahmedou Ould Moustapha

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Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (4)/Par Ahmedou Ould MoustaphaL’Eurasie, prochain centre attractif du monde.

Les prémices de ces incertitudes sont maintenant très visibles : par ses envolées martiales contre la Russie ainsi que les menaces de protections économiques qu’il brandit devant la Chine, contrairement aux accords commerciaux qu’il a lui-même initiés et signés, l’Occident montre bien qu’il déborde de son lit.

A trop vouloir endiguer le cours de l’histoire, par des sanctions inefficaces et d’abord préjudiciables à ses propres économies, ainsi que des manœuvres d’intimidation qui ressemblent décidément à un trait de caractère, il ne fait que précipiter l’éruption des grandes forces de l’axe eurasiatique longtemps contenues et déjà en marche pour devenir le prochain centre attractif du monde :

en ce moment même, et ce n’est pas nouveau, beaucoup d’entreprises occidentales se délocalisent vers cet axe, attirées par sa vigueur économique, contrairement et au détriment du bloc occidental, elles se comptent en centaines par jour.

Mais l’Occident est comme animé par une forte volonté d’établir des règles fondées sur des principes et valeurs qu’il a lui-même définis et qui doivent absolument s’imposer à tout le monde, sauf à lui lorsqu’il n’y trouve plus son hégémonie. Toutefois, il ne faut pas croire que cette méprise ou ce comportement anachronique se rapporte uniquement aux oppositions commerciales ou politiques du moment. Que non, il vient de très loin !

Et pour bien le comprendre, il faut d’abord préciser une chose : nombreux sont ceux qui pensent en effet que l’Eurasie désigne seulement ou principalement la Russie et la Chine, parce qu’ils l’imaginent en termes d’alliance politique ou stratégique, bien que le culte païen de Mithra, d’origine indo-persan, alors massivement adopté par les romains, fasse référence à une entité plus large, comprenant l’Asie mineure, donc une grande partie de la Russie, ainsi que les autres grands ensembles, le tout étant désigné séparément par le Proche, le Moyen et l’Extrême Orient.

Les relations de cette Eurasie avec l’Occident existaient déjà depuis très longtemps et furent toujours caractérisées par cette nature tumultueuse.

C’est là un point de l’histoire que je ne puis m’empêcher d’aborder à grand trait, parce qu’il traduit les véritables pulsions de l’Occident dans ses rapports, dès le début, à l’Orient.

Il faut donc faire appel à quelques événements historiques en essayant – autant que faire se peut – de regrouper, succinctement, les quatre périodes majeures qui ont marqué ces relations, cela pourrait aider à voir plus claire dans le jeu des nations ou la géopolitique des temps qui courent :

La première période est très ancienne. Son objet était le commerce de la soie, de la Chine à l’Occident, vers le 2ème siècle avant notre ère ; un commerce qui se faisait depuis le nord-est de la Chine, par l’intermédiaire du peuple des Parthes (aujourd’hui iraniens) alors voisin de l’Empire romain qui, lui, avait ouvert les routes jusqu’à la méditerranée, permettant ainsi à ce commerce de se développer par voies maritimes.

Plus tard, au 7ème siècle de notre ère, en envahissant le royaume des Parthes, la Perse intégra ainsi un territoire stratégique qui va lui permettre d’obtenir un statut très important dans le concert des empires et surtout d’acquérir le secret de la production de la soie.

Et une fois tombée à son tour aux mains de la dynastie musulmane des abbassides, ce commerce n’en continua pas moins. Mais suite à la christianisation accélérée de l’Empire romain, l’Occident ouvrira, de la Byzance, un nouvel itinéraire qui passera par le Caucase et la mer Caspienne ; d’où les premières relations commerciales avec cette région. Et quand les routes terrestres se verront coupées au 9ème siècle, les musulmans du Caucase assureront cette voie maritime…

La deuxième période est essentiellement marquée par les croisades déjà évoquées précédemment. Celles-ci étaient prétendument guidées par la volonté de l’Eglise de s’affirmer vigoureusement devant l’Islam en qui elle voyait une forte menace.

Pour ce faire, il lui fallait centraliser son autorité et l’exercer en tant que pouvoir politique sous l’égide du Pape Nicolas 1er. Elle se lança alors à la conquête de Jérusalem pour s’ancrer dans ses lieux d’origine et se déployer au plus près dans son offensive contre l’Islam.

C’est le début de la première croisade dont l’objectif déclaré était de porter secours aux chrétiens d’Orient ‘’menacés par les musulmans’’, la septième et dernière croisade aura lieu en 1248, toujours pour le même prétendu motif.

Mais – faut-il le rappeler ? – ce sont les chrétiens d’Orient qui en seront les premières victimes, et les croisades ne prirent fin qu’en 1291 avec l’expulsion des derniers francs de toute la région qui redeviendra ainsi ce qu’elle fut : une région où vivaient en bon voisinage les musulmans, les juifs et les chrétiens.

Il demeure cependant que, bien avant cette expulsion, les succès alors remportés par les croisés avaient développé en Occident un esprit de conquête qui occulta complètement les terribles atrocités commises par ces derniers.

Peut-être que l’urgence de la lutte contre les musulmans justifiait-elle toutes ces atrocités ? Ou bien la querelle des investitures papales durant cette longue période constituait-elle un enjeu aussi important qu’elle masquât toutes ces horreurs qui ont fait fi au cœur humain et aux paroles d’amour du Christ ?

Quoi qu’il en soit, parallèlement à tout cela, des activités missionnaires furent entreprises en Russie et en direction de la Chine où régnaient encore les Mongols ; mais ces missionnaires n’ont pu enregistrer les mêmes succès que remportèrent les croisés.

Car, sur ce plan, la Russie sera plutôt gagnée par ce que l’Occident catholique appelait alors la secte des orthodoxes de la Byzance et la Chine tombera largement sous l’influence du Bouddhisme…

La troisième période se déroula au 15ème siècle. En 1453 Constantinople (Istanbul) tomba entre les mains des musulmans ; c’est l’époque où l’Espagne se prépara pour reconquérir l’Andalousie.

En 1492 la reprise de Grenade marqua la fin des principautés musulmanes d’Espagne, le catholicisme affirma son identité exclusive sur tout le pays avec l’expulsion des musulmans et des juifs.

A nouveau l’Occident catholique rejette et tente d’effacer violement toute identité qui ne se reconnaît pas en lui, comme il l’a fait avec la civilisation romaine ainsi que l’église orthodoxe en Byzance et, plus tard, avec l’église protestante, ces deux dernières ont, de surcroit, beaucoup souffert de l’intolérance de l’église catholique.

Commence alors l’époque des grandes découvertes se traduisant par l’expansion espagnole dans le nouveau monde et l’occasion d’implanter de nouvelles églises catholiques dans d’autres continents

C’est aussi l’époque où Christophe Colomb découvrît l’Amérique (1492) et où Vasco de Gama échoua sur les côtes des Indes pour s’emparer de Goa en 1510…

Cent ans pus tard, un Collège fut créé à Rome pour former des missionnaires et la propagation de la foi chrétienne. Les premiers missionnaires de ce collège seront envoyés en Chine pour rivaliser avec le Bouddhisme largement majoritaire et aussi avec l’Islam qui commençait à s’y implanter petit à petit, notamment dans la partie nord-ouest où vit aujourd’hui encore une importante communauté musulmane nommée les Ouighours ; mais la parole de ces missionnaires sera vite jugée menaçante, car trop liée au pouvoir politique en Occident

Toujours est-il que ce vaste mouvement de conquête spirituelle de l’Orient sera très affaibli par l’implosion interne de l’Eglise : Luther (16ème siècle) est excommunié par l’église catholique, suite à quoi naquit la chapelle protestante dont il est le père et qui fera l’objet de l’Edit de Nantes conduisant à une répression meurtrière sous forme d’une guerre de religion contre les protestants qui se voyaient ainsi obligés de prendre massivement les chemins de l’exil. Une curieuse question financière était à l’origine de ce conflit :

Au départ, il s’agissait de reconstruire le dôme de l’église St Pierre, ce qui nécessitait la mobilisation de fonds importants, l’entourage du Pape Léon X inventa donc les indulgences qui se traduisirent par des documents signés par le Pape et vendus aux fidèles qui croyaient s’absoudre ainsi de leurs péchés en achetant ces indulgences.

Seulement, après les travaux de réhabilitation du dôme, ce commerce continua de plus belle, massivement, cette fois-ci non plus pour de bonnes œuvres liées au culte mais pour financer les banquets fastueux du Pape ainsi que d’autres cérémonies mondaines très coûteuses et qui n’avaient rien à voir avec le culte.

C’est de là que le moine allemand, Martin Luther, éleva fortement la voix pour condamner ce commerce qu’il qualifiait de trafic honteux ; et comme son discours était convaincant, ses adeptes devenaient de plus en plus nombreux. Sa protestation prenait alors la forme d’un mouvement qui grandissait vite, d’où son nom de protestantisme et ce violent schisme entre les deux communautés, catholique et protestante, ainsi que les revendications périodiques de quelques autres groupes catholiques réformistes.

Mais les chefs catholiques qui tenaient le pouvoir à Rome finiront par imposer leurs structures et leur vision de la Chrétienneté, en se projetant vers d’autres continents comme indiqué ci-avant.

Soulignons toutefois qu’une une telle expansion territoriale et une telle victoire idéologique sur la dissidence interne n’étaient possibles que sous un fort centralisme politique.

Il se trouve que ces deux succès seront davantage consolidés, plus tard, sous le règne de Louis XIV ou le « roi soleil » qui se fera reconnaître roi de droit divin et dont le pouvoir était marqué par sa puissance et son caractère absolu.

Et parce que son pouvoir était fort, il promulgua un décret de révocation de l’Edit de Nantes, comme quoi le protestantisme était désormais toléré, même si la majorité catholique de l’époque restait toujours opposée à ce mouvement réformiste eu égard au nombre d’années (90, presque un siècle) qu’aura duré une campagne féroce et hostile à son encontre…

C’était au 17ème siècle, où s’ouvrirent des écoles de langues étrangères destinées à former des interprètes. On y étudia les langues orientales dont l’arabe, le chinois et autres.

L’apprentissage de ces langues pouvait donner à penser qu’il s’agissait de se les approprier pour s’ouvrir à d’autres cultures et acquérir une vertu de tolérance et d’égalité humaine supérieure à ce sentiment d’indifférence ou plutôt de suffisance, pour ne pas dire de mépris, duquel l’Occident n’arrive pas encore à se départir et à quoi est toujours réduite sa relation aux autres.

C’est une question de culture : la civilisation occidentale, de par sa nature consumériste et son historicité, a introduit dans la conscience de ses peuples une hiérarchie de valeurs culturelles qui réduit les nations non occidentales au dernier échelon, en sorte que le regard du plus ordinaire des citoyens européens traduit une supposée de supériorité qui signifie que le non occidental est culturellement inférieur…

Même le siècle des lumières (18ème) qui s’en suivit n’y changera rien. Il déclenchera par contre un long processus marqué par plusieurs soubresauts, avant d’aboutir à l’époque napoléonienne qui s’élargira jusqu’au cœur même de la Russie et de marquer l’histoire de manière décisive par la naissance de la révolution industrielle au 19ème siècle…

Là s’achève le projet initial de l’Occident chrétien, né à la fin de l’Empire romain. Car en voulant intégrer le grand Orient, il a méjugé de sa capacité et épuisé son projet d’expansion spirituelle.

Un autre état d’esprit apparaît. Il ne s’agit plus d’imposer une pensée spirituelle, ni d’engager des guerres au nom de la solidarité chrétienne, mais bien au nom des matières premières, c’est-à-dire de l’économie et du capitalisme.

C’est en effet au cours du 19ème et tout au début du 20ème siècle que l’Occident entreprit une autre forme de conquête, politique celle-là, à savoir la colonisation de territoires devenus un champ de batailles entre les différentes nations européennes.

Mais la deuxième guerre mondiale, qui en constitue l’une des conséquences, viendra perturber ce projet et accoucher d’une autre révolution qui va accélérer l’histoire à un rythme mécanique, de l’Afrique à l’Asie : les peuples soumis ou colonisés, dans un brusque élan de libération, se mettent simultanément et farouchement debout pour arracher leurs indépendances.

A partir de là, vint une courte période dite néocoloniale qui faisait beaucoup de mal mais n’avait aucun avenir, puisqu’une nouvelle ère allait se dessiner avec la révolution nassérienne, la glorieuse lutte du peuple algérien, les différents mouvements de libération africains et surtout la défaite cinglante des Etats Unis au Vietnam.

Dès lors, s’opposer aux souverainetés nationales des pays, ou s’immiscer ouvertement dans leurs affaires intérieures, devenait quelque chose d’anachronique. Mais ce n’est pas pour autant que l’Occident allait prendre un peu de distance ou manquer de ressource !

Il offrira alors à ces peuples nouvellement libres la possibilité d’orienter leur destin vers le meilleur ou le pire, tout en laissant place à l’expression de la pensée critique, c’est-à-dire différente et libre. Il jouissait bien de cette culture démocratique incomparable qui l’a conduit à une qualité de vie supérieure, et tous les peuples des autres zones de cette terre la lui enviaient, bien qu’on se disputât, ici ou là, sur l’adaptation ou la forme qu’il convenait de lui donner.

(A suivre)
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

Crise pastorale explosive en Mauritanie : Note d'alerte

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Crise pastorale explosive en Mauritanie : Note d'alerteLa densité et la qualité des pâturages sont intimement liées à la bonne pluviométrie et à sa bonne répartition spatiotemporelle.

Or, l’hivernage 2017/2018 fut caractérisé en Mauritanie par une mauvaise répartition spatio-temporelle des pluies sur l’ensemble du pays et un déficit enregistré au niveau de la plupart des stations suivies par rapport à l’année dernière et à la normale. En effet, 52% des stations suivies par les services techniques compétents ont été déficitaires cet hivernage par rapport à l’année dernière et 39% par rapport à la normale (1981-2010).

Cette situation a engendré comme conséquence, un déficit fourrager au niveau des principales zones d’élevage du pays. A cela s’ajoute les difficultés d’abreuvement dues à la rareté des eaux de surface et le tarissement rapide des puits.

De ce constat inquiétant, on notait déjà en fin septembre, une forte pression dans les rares zones bien fournies en pâturages avec des conséquences sur la durée d’exploitation de ces zones mais également sur l’écosystème (dégradation causée par le surpeuplement). Par endroits, les pasteurs avaient même des difficultés d’abreuvement du cheptel à cause du tarissement rapide des marres. Une transhumance précoce avait débuté dès Octobre selon les zones.

La situation à la troisième décade de Septembre 2017 comparée avec celle Septembre 2016 montrait clairement un déficit réel reflété par l’imagerie satellitaire NDVI des deux indices de végétation aux deux périodes. La situation pastorale ainsi exposée par cette imagerie satellitaire affichait un espace fourrager nettement en deçà de celle de l’année dernière.

Cette évaluation de la situation pastorale fut renforcée par le Rapport d’Action Contre la Faim (ACF) relatif à la situation de la biomasse à travers l’analyse de la production de celle-ci effectuée en octobre 2017 mettant en exergue une production décroissante du nord vers le sud. Cependant et contrairement à la normale, plusieurs zones de faibles productions (moins de 500 Kg/Ha) étaient observées même dans les zones bordant le fleuve Sénégal jadis mieux fournies. Selon cette évaluation avisée d’ACF, la production de la biomasse de chaque Wilaya restait en dessous de sa production moyenne historique pour la plupart, et parfois leur production est comparable ou pire que celle de 2011.

Ces appréciations objectives de la situation et le flair des éleveurs avaient conduit à une transhumance très précoce du cheptel avec des mouvements importants relevés dès le mois d’octobre à l’intérieur du pays, du nord vers les zones de refuge du Sud et à l’extérieur vers les pays limitrophes.

Par ailleurs, la situation globale du pastoralisme au Sahel qualifiée de «crise pastorale explosive» fut l’objet d’une réunion de trois jours des membres du Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA), au siège de l’OCDE à Paris.

Cette encontre qui regroupaient 150 responsables ouest-africains, dont plusieurs ministres de l’Agriculture ou de l’Elevage, des institutions régionales africaines et des organisations internationales (Onu, UE, Banque Mondiale, agences de développement, ONG…), n’a pas manqué de mettre en lumière la gravité de la situation pastorale dans la sous région au moment où: «la sécheresse chasse les troupeaux et leurs bergers vers des contrées plus accueillantes, déclenchant une « crise pastorale» qui risque d’aggraver l’insécurité alimentaire dans une région déjà fragilisée par la présence de groupes jihadistes». Selon ces Experts réunis à Paris, la production de fourrages a globalement baissé dans la région mais avec des disparités car en Mauritanie elle est de 95% par rapport à la moyenne des cinq dernières années faisant de cette année en cours l’une des pires années pastorales pour les éleveurs nationaux.

Devant une telle situation, les autorités nationales avaient anticipé avec la mise en place du Programme d’Assistance au Cheptel (PAC) suivant l’arrêté Arrêté N° 0825 du 28 Septembre 2017/PM/DGLTEJO. Cependant force est de constater le retard dans la mise en œuvre du Plan de Réponse et l’insuffisance des produits selon les éleveurs les contraignant à une ruée vers la Wilaya du Guidimaka où l’on assiste à une très forte concentration d’animaux avec ses effets négatifs sur l’écosystème. La rareté de l’aliment de bétail dans les magasins du CSA et des Boutiques EMEL couplée avec le renchérissement du produit, les éleveurs de la Wilaya rapportent que : «Le sac qui coûtait 300 N-UM (3.000 ancienne ouguiya) en temps normal, est remonté à la mi-mars à 650 N-UM puis à 850 N-UM ces derniers temps».

Avec cette rareté du couvert végétal, des aliments de bétail et la cherté du produits, les éleveurs se sont adonnés à l’exploitation des pâturages aériens abattant ainsi abusivement les arbres de «Techtaya» pour nourrir leur cheptel. Cette coupe abusive n’est pas sans risques pouvant contribuer à la déforestation de cette Wilaya qui reste la principale zone d’accueil du cheptel national aujourd’hui en détresse.

Compte tenu de l’importance de l’élevage et de sa contribution au PIB, et face à cette situation préoccupante, le Réseau des ONGs sur la Sécurité Alimentaire (ROSA) attire l’attention des autorités nationales sur les conséquences prévisibles de cette réalité pastorale et les exhorte à:

Accélérer et concrétiser la mise en œuvre rapide du plan national de réponse: i) pour assister les populations en crise et d’urgence alimentaire et nutritionnelle dans le pays avec une attention particulière pour les couches les plus vulnérables notamment les enfants en bas âge et les femmes enceintes et allaitantes ; ii) pour protéger les moyens d’existence des populations pastorales et agro-pastorales sous pression en mettant l’accent sur l’approvisionnement en aliments pour bétail et les autres instruments de gestion de la vulnérabilité pastorale;

combler le déficit de pâturages en disponibilisant l’aliment de bétail et en densifiant les points de vente;

Réapprovisionner les magasins du CSA et les Boutiques EMEL en aliment de bétail;

multiplier les points d’eau pastorale dans les zones non encore pourvues pour: (i) diminuer la pression des animaux sur des écosystèmes déjà fragiles et éviter ce recours à la coupe abusive des «Techtaya» pour nourrir le bétail; (ii) parer aux éventuels conflits que pourrait engendrer une telle concentration d’animaux dans une Wilaya agricole.

renforcer la surveillance épidémiologique dans les zones de concentration afin de prévenir d’éventuelles maladies animales;

Nouakchott, le 2 mai 2018

Réseau des ONGs sur la Sécurité Alimentaire (ROSA)

Appui au Développement Intégré des Communautés Rurales (ADICOR)

Association pour le Développement Intégré du Guidimagha (ADIG)

Association des Producteurs de Lait et Viande (APLV)

Association Mauritanienne d’Auto- Développement (AMAD)

Association Nutrition et Développement (ANED)

Association pour la Recherche et le Développement en Mauritanie (ARDM)

Banlieues du Monde Mauritanie (BLM)

Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits de l’Homme (CSVVDH)

Forum des Organisations Nationales des Droits Humains (FONADH)

M2000

ONG ACTIONS

ONG Au Secours

Réseau des Femmes de la Pêche

Source : ROSA

 

Aidez-moi à comprendre (Libre Expression) par Adama Ngaide

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Aidez-moi à comprendre (Libre Expression) par Adama NgaideAdama Ngaide - Avons-nous besoin de dire que nous aimons notre pays. C’est justement tout le soubassement de notre combat contre le système en place. Nous aimons la Mauritanie pour son écosystème fascinant, ses composantes ethniques dont les richesses incommensurables sont certaines.

Notre musique, notre art, nos habitudes culinaires sont autant de choses dont on peut nous vanter. Notre sol et notre sous-sol sur lequel nous n’avons aucune souveraineté est abondamment riche. On a du fer, du pétrole, du gaz, des terres arables et des forêts.

Notre mer, notre Fleuve, nos phosphates, notre désert, cette vallée sont des richesses énormes. Nos langues ! l’arabe, le pulaar, le soninko, le Wolof ; Le Bambara et le berbère (Juste que là non reconnus) font partie de notre patrimoine linguiste. La nature nous a donc bien servie ! Qu’avons-nous fait de toutes ces richesses depuis notre accession à la souveraineté internationale ? Nada….

En effet, je constate médusé, renversé que notre élite, le mauritanien de l’intérieur et de la diaspora veulent trop se sauver la face et se détourner de la réalité quotidienne, qui est la nôtre, réalité qui renseigne éloquemment sur les démons qui nous habitent.

Je suis de ceux qui pensent que la misère que nous vivons (particulièrement la politique), n’est point en incohérence avec nos comportements. Au contraire ! Il y’a une parfaite communion entre les déboires de l’élite et les déboires du citoyen Lamda.

Nos comportements puants sont, grandeur nature, en cohérence avec la façon dont nous sommes gouvernés. Regardons intelligemment et honnêtement comment sont gérées nos associations sociales, culturelles, villageoises, politiques, de droits de l’Homme et même nos associations religieuses ?

La gestion de ces associations rappelle à bien des égards celle de l’état que nous combattons. Cet état géré par les dictateurs successifs est là devant nous avec sa cohorte d’incohérences : culte porté sur la personne, mis en scène et défilé des courtisans, on régente les personnes ; On asservi les personnes au lieu de les servir, la désinformation, la réduction des personnes à des gobeurs d’idées farfelues, tricheries, absence de bilans, fuite en avant, bref toutes choses qui caractérisent l’état dictatorial de Nouakchott.

En Mauritanie, l’élite gouvernante a changé la constitution pour conforter le chef suprême soit confortable dans son fauteuil. Tenez-vous bien, nous avons vu et avons assisté aux même scenarii dans des associations apolitiques où des changements de statuts et de règlements ont été opérés pour régler des comptes ! Et ironie du sort : Ce sont des « opposants » au régime de Nouakchott qui en sont les initiateurs.

Or, quand un chef d’état le fait, c’est INANCEPTABLE et des larmes de crocodiles sont versées. Mais quand un opposant en est l’auteur, et de surcroit dans une association apolitique, l’acte tombe dans l’ordre du normal. Aider moi à comprendre.

Ces bassesses et ces duplicités, pour ne pas dire hypocrisie, sont bien mauritaniennes et se rencontrent dans toutes nos associations dites de la société civile (Un fourre-tout) qui ressemble à un refuge a cartouchards ou à démissionnaires politiques et/ou à tricheurs.

Chers concitoyens, il est incohérent pour des gens qui combattent le désordre d’être eux-mêmes des adeptes du désordre et de l’incohérence. Il y’a des fondamentaux que nous devons embrasser, promouvoir, expérimenter a tous les niveaux pour enfin les mériter.

Comment un opposant peut-il promouvoir le culte de la personne et combattre la dictature ? Comment un opposant peut-il être réfractaire a la culture du bilan et prétendre se battre pour l’avènement de la démocratie et la transparence ? Aider à comprendre !

C’est dans notre pays où, la culture de la transhumance politique est devenue un sport auquel s’adonnent des milliers de mauritaniens. La bassesse, dans notre pays est aussi cette incapacité affectant les intellectuels incapables de se détacher de la masse pour assister un pays, une population laissée à elle-même.

Aider moi à comprendre comment une personne peut-elle se positionner en politique sur la base de la famille, de son appartenance territoriale, tribale, raciale ? Aider moi à comprendre pourquoi nos sommités religieuses et coutumières se détachent du livre pour servir le temporel dans ses injustices contre les pauvres ?

Aider moi a comprendre pourquoi un policier, un douanier, un gendarme devrait accepter des billets de 1000UM pour laisser filer une voiture non assurée ? Aider moi à comprendre pourquoi un charretier, gourdin à la main, arrive assener un coup mortel a un chauffeur et rester impuni ?

Aider moi a comprendre comment un instituteur ou un professeur arrivent à se détourner de l’école publique pour laquelle il a été formé et payé pour s’investir 98% de son temps dans des écoles privées et/ou au volants de sa voiture transformée en taxi urbain ou interurbain ? Quid de cet administrateur formé pour servir les citoyens qui se reconverti en un courtier toujours au bout du fil pour régler ses affaires personnelles ?

Quid de ces ministres, ambassadeurs, généraux, gouverneurs, préfets et chefs coutumiers devenus, tutti quanti, des Hommes d’affaires ? Aider moi à comprendre pourquoi le ministère de l’éducation nationale est devenu une boutique où on achète les diplômes de BAC.

Quid de ce citoyen d’une « bonne famille » déclaré admis dans une école militaire, ou à l’ENA grâce à un coup de fil ? Aider moi à comprendre pourquoi, un « médecin », cigarette a la main, déambulerait pendant qu’un malade gisait dans son lit d’urgence.

Chers concitoyens et concitoyennes, la Mauritanie se trouve dans une impasse. La liste de nos bassesses est longue et ce sont de telles bassesses qui ont conduit des pays à des crises irréparables et notre pays est aujourd’hui bien exposé. Et il n’est point besoin d’être un illuminé pour comprendre les dangers qui guettent ce pays tellement les bassesses sont nombreuses et graves.

Mais nous ne saurons jamais apporter le changement pendant que nous nous amusions à nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas ou ce que nous n’essayons même pas d’être......!!!!!!

Adama Ngaide/USA
Source : Adama Ngaide

 

Nouvelles d’ailleurs : Chauvinisme

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Nouvelles d’ailleurs : ChauvinismeMauvais temps pour la langue française. Un temps de chien. C’est le truc à la mode dans les milieux « patriotico-nationalistes-chauvins ». Entre l’écriture toute personnelle de notre roman national, la chasse au squelette d’anciens résistants, l’apologie de la langue arabe, la politique, les sous de la politique, les sous des amis de la politique locale, une langue se meurt.


Attaquée de toutes parts, laminée, moquée, insultée. Ignorée. On lui fait porter tout le poids de nos péchés, de nos incompétences depuis des décennies, de nos manquements, de nos ignorances.

Coupable facile, pour un pays qui s’est construit en faisant l’économie d’une vraie réflexion sur le « Qui sommes-nous? Comment un ensemble épars se construit-il Nation ? » Pour élever un sentiment nationaliste, quoi de mieux qu’un coupable idéal ?

En oubliant les conséquences désastreuses d’une ancienne poussée d’urticaire nationaliste, lors de la 1èreguerre du Golfe : mise au ban des nations, isolement, fragilité étatique… Sans oublier l’autre poussée ultra-chauvine, celle qui a mené aux abominations des années de sang.

D’oubli en oubli, voilà qu’il est bon ton, aujourd’hui, d’être chauvin. Et d’être, même, chauvin inventif… J’ai lu, ici et là, des pamphlets déclarant que nous sommes, rien que ça, la « dernière nation arabe », « l’Oumma », « les derniers arabes »…
Rien que ça. Je comprends que cela puisse galvaniser le pauvre type au ventre creux, paumé, quelque part, entre deux élections et deux distributions de « dons à vote ».

Je comprends aussi que ces envolées lyriques fassent frissonner certains poètes profitant de l’occasion pour pondre de la Qasida figée, bien rimée, bien dégoulinante de louanges au Prince. Je comprends aussi qu’il faut un discours martial, à la hauteur des mannes financières venues de lointains pays arabes.

J’ai cru, à un moment, que la rhétorique toute guerrière qui sous-tend tous ces beaux discours allait faire, de nous, les gardiens du Paradis. Nos chauvins n’ont pas osé. Pas encore. Même s’ils ont relié notre arabité, notre langue arabe, au fait religieux, puisque c’est la langue du Coran.

Le raccourci fut facile, l’arabe est, donc, la langue du Paradis. Pour le moment, personne n’a nommé quelle langue parle-t-on en enfer. Ce serait osé et gonflé… même pour de vertueux xénophobes. Mais rien ne m’étonne, chez nous. Rien. Surtout pas mon manque d’étonnement.

Bref, la mode est d’insulter la France et les Français. Sus à Coppolani ! Sus aux Nazaras ! Haro sur le coq gaulois ! Nous voilà devenus Nation de résistance – la propagande officielle parle bien de résistance « nationale » – Nation pavée de cimetières et d’os de martyrs, Nation levée, en masse, contre l’envahisseur français.

Pendant des siècles, chaque tribu se glorifiait d’être descendante de notre Prophète béni (SAWS). C’était le minimum syndical, si elle voulait : et être noble, et posséder des esclaves, et lever le menton plus haut que celui de la tribu voisine. Cette proximité avec une généalogie glorieuse et sacrée consacrait l’endogamie, l’orgueil et les castes.

Maintenant c’est la course à la datte : tribu descendant de notre Prophète (SAWS) ET résistante ET arabe. Pas Africaine, Arabe. De l’Arabie. Ligne directe entre la péninsule arabique, nos patelins et nos dunes. Du coup, à imaginer une ligne directe entre la terre et le Ciel, pour remercier de tant de pureté… le raccourci est facile.

Mais retournons à nos langues. Bêtise sans fond qu’opposer une langue à une autre. Le multilinguisme est une chance, pas un fardeau. La langue arabe est une langue magnifique, complexe, riche de siècles et de siècles d’histoire et de rencontres avec d’autres langues.

Elle n’est pas restée figée, momifiée par des « puristes ». Elle s’est grandie au contact des autres langues. Elle en a fait du chemin, cette belle langue, depuis sa naissance nabatéenne (houla ! J’ai dit un gros mot, là : nabatéenne). Langue sémite devenue langue internationale.

Langue qui fut de culture, de progrès, de philosophie, d’inventions, de poésie. Langue qui rayonna. Langue en laquelle fut révélé le Coran. Langue psalmodiée, aujourd’hui, dans le monde entier, par tous les musulmans, même les non-arabophones, lors des prières.

Oui, elle en a fait du chemin, cette langue née quelque part vers la Palestine… Elle fait partie de notre mémoire et de notre Histoire. Elle est en nous.

Mais dire cela ne signifie pas xénophobie envers une autre ou d’autres langues. Le français n’appartient plus à la France depuis longtemps.

Depuis que cette dernière, au 19èmesiècle, s’est lancée dans le plus grand mouvement expansionniste de toute l’Histoire, la colonisation. Ce français, cette langue, appartient désormais au monde. Elle est riche aussi d’une diversité aux autres.

La langue n’a que faire de la politique. Elle vit. Elle permet. Elle dessine le monde. Elle prend le sens qu’on veut bien lui donner. Elle est adaptable à l’infini de nos richesses. En parlant une autre langue, en plus de la sienne, on adapte la pensée. Et nous nous ouvrons au questionnement. N’est-ce pas, cher et regretté Habib Ould Mahfoud ?

Que serons-nous si nous ne balbutions qu’une langue figée, dépositaires autoproclamés d’une pseudo-pureté ? Juste des poupées sans culture, sans ambition ? Des gardiens de musée ? Notre pays est riche de diverses langues. Le français en est une historique. Qu’on le veuille ou non. Qu’on crie au loup ou non.

Les Algériens ne disent-ils pas, fièrement eux : « Le français est notre butin de guerre » ? S’inventer un passé, écrire une histoire falsifiée, insulter les francisants n’ont jamais établi une Nation, tout au plus un mouvement d’extrême-droite réducteur.

Un mouvement. Pas une pensée. Or une Nation mérite une pensée, une intelligence, une culture plurielle. Elle exige plus que des rodomontades guerrières à vertus linguistiques et xénophobes.

Nous sommes tellement complexés, vis à vis de notre Histoire, que nous ne sommes capables que de poser deux bandes rouges sur un drapeau, composer un hymne en arabe littéraire et refuser de considérer le hassaniya, par exemple, en langue nationale… ce qu’il est, au demeurant.

Les puristes, les chauvins me diront que le hassaniya, c’est l’arabe. Je conseille, à nos zélotes purs et sans taches, d’aller faire un tour dans les adwabas, par exemple, et de revenir me dire si les gens, devant notre pauvre TVM uni-couleur, quasi unilingue, comprennent un traître mot des débats entre « gens biens », en arabe littéraire.

Non, ils comprennent le hassaniya. Et je ne parle pas de nos concitoyens non-beydhanes… Eux se tournent, du coup, vers des télés de pays voisins. Pathétique, n’est-ce pas ?

Ah oui, j’oubliais : dans la guerre menée au français, les noirs de ce pays (quand je dis noirs, je ne parle pas des haratines) sont assimilés à la collaboration et accusés de ne soutenir que le français. Xénophobes, dites-vous ? Oui.

Et plein de fantasmes mensongers. Mais, ça, nous y sommes habitués… Notre pays ne se construit que sur un racisme diffus et tout un chacun devient le raciste de l’autre. Voilà comment, de crispations en crispations, nous détricotons notre avenir.

Notre chance, pourtant, c’est l’acceptation de nos identités plurielles, façonnées depuis des siècles, faites de métissages, de partages. C’est l’acceptation de nous, sans complexes envers l’ancienne puissance coloniale.

C’est, aussi, revivifier la langue arabe, la rendre, à nouveau, langue de savoirs. C’est traduire. C’est inventer. C’est oser. Imaginez un peu la force que nous serions, si nous parlions, en plus de nos langues maternelles, l’arabe, le français et l’anglais ?

Le monde nous appartiendrait. Mais nous ne voulons pas que le monde nous soit ouvert. Nous, nous nous contentons d’agitations stériles, de débats dépassés et archaïques, de discours chauvins. Nous nous tournons autour du nombril. Nous sommes ignorants des autres et cela nous convient… Malheureusement.

Alors, moi, je dis merci aux langues que je connais. Elles m’ont permis le monde et l’autre, l’autre dans toute sa complexité, sa diversité, son humanité. Et je parle ma langue maternelle, en plus d’autres langues, notamment le français.

Et j’en suis fière. Cette langue et la femme merveilleuse qui me l’a transmise m’ont construite aussi, m’ont offert le monde et tous les concepts. Ha ! Comme je suis fière de l’arabe quand je prie ! Comme je suis fière du halpulaar, du soninké, du wolof, du bambara…

Comme je suis fière du bantou, du lingala et du haoussa, etc. Fière de toutes ces langues qui font le Monde. Comme je suis fière d’être de ce pays, Mauritanie, nom offert, par Coppolani, à ces étendues.

Je n’ai pas une langue ennemie. Le respect de l’autre passe, d’abord, par le respect de soi-même. Et aujourd’hui, chez nous, nous ne respectons même pas la mémoire ni ce que nous sommes. Nous ne sommes que complexés.

Nos « élites » insultent la langue française et la France mais courent se faire soigner dans l’Hexagone, à la moindre angine, mettent leurs enfants au Lycée Français… Hé oui, le chauvinisme a des limites : celles de l’hypocrisie. C’est nous, ça : devenus fades, si fades, si momifiés…Quand l’inculture et l’ignorance tiennent lieu de pensée…Salut.

Mariem Mint Derwich

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

L’Afrique de l’Ouest malade de ses frontières : le bon exemple ne pourrait-il pas venir de la Mauritanie et du Sénégal : deux pays voisins ?

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L’Afrique de l’Ouest malade de ses frontières : le bon exemple ne pourrait-il pas venir de la Mauritanie et du Sénégal : deux pays voisins ?DIA El Hadj Abderrahmane - La Mauritanie et le Sénégal c'est d'abord et avant tout cette histoire et ce passé communs largement partagés que chantent nos griots, détenteurs de la mémoire commune et veillant jalousement sur les fibres sensibles qui sommeillent en nous.

C'est ainsi qu'ils nous empêchent de nous faire distraire par les aléas du moment qui pourraient nous embarquer dans ces vaisseaux dont les destinations ne seraient pas toujours les mieux indiquées. Des destinations qui pourraient avoir comme premiers risques de nuire à ce qui doit, de toute évidence, nous unir.

Le Sénégal et la Mauritanie des pays frères

La Mauritanie et le Sénégal c'est ce lien ombilical de 700 km que constitue le fleuve Sénégal et où de part et d’autre vivent des populations identiques, partageant en majorité le même héritage culturel et, en bien des cas, les mêmes biens, si on se réfère aux terres arables situées de part et d’autre du fleuve, mais également aux liens de sang des familles qui les exploitent.

C’est aussi ce volume des échanges informels de tous ordres, de part et d’autre ; le bétail et les richesses halieutiques y jouant la part belle. Aussi, vu les rapports sur le plan religieux, nous pouvons nous enorgueillir d’avoir des oulémas, très sollicités, qui veillent sur cette quiétude, indispensable au bon développement des relations entre les Etats, mais surtout au bien-être des populations...

Le fleuve, une « frontière dynamique »

Parlant des échanges officiels par voie terrestre, la ville de Rosso constitue le nœud central, avec ses bacs, sollicités à longueur du jour, mais également de tout temps, en cas de besoins.

En outre, avec les prévisions du futur pont, dont les études et les financements sont déjà bouclés, nous pouvons déjà nous réjouir de découvrir dans un futur immédiat les villes de Rosso, de part et d'autre du fleuve, avec un visage tout à fait nouveau. Cette œuvre, une fois réalisée, constituera un bien commun, à la Mauritanie et au Sénégal, en même temps qu’elle créera, à coût sûr, des activités de tous ordres au profit des populations locales et même au-delà. Cette réalisation, par sa symbolique et son utilité, signe d’une coopération bien réussie, fera la fierté des deux nations.

Au-delà des intérêts des deux pays, ce pont constituera une passerelle, longtemps souhaitée, non seulement entre deux parties du continent, mais également entre l’Europe et l'Afrique.

En outre, il y a lieu de garder à l’esprit que ce fleuve n’est pas seulement une zone de vie et un lieu d’échanges intenses entre deux Etats que tout incite à développer des rapports fraternels, mais il est également une frontière entre deux pays frères que l’histoire et la géographie condamnent à entretenir des relations et des rapports apaisés.

Cependant, cette frontière demeure malgré tout une zone de trafics de tous ordres, quand bien même les autorités de ces Etats investissent des moyens fort importants pour sécuriser la zone et lutter efficacement contre ces fléaux de notre siècle…

Trafics et immigrations : maux de nos frontières et de notre temps

Les candidats à l’immigration clandestine, venus de nulle part, et même des pays d’Asie, continuent de jouer au chat et à la souris avec les Forces de Sécurité, chargées d’en assurer la surveillance. Les Postes de contrôle et des passages obligés installés le long du fleuve, même s’ils réduisent grandement ces pénétrations intempestives, n’en assurent pas pour autant un maillage complet, tellement ces tentations vers le Grand Nord est grande dans l’esprit de ces candidats, qui perdent par là tout esprit logique. Les morts dans le désert et les corps ramassés le long des Côtes de l’Atlantique et de la Méditerranée n’ont pas encore eu l’air d’émousser la détermination de ces « fous » des déserts et des mers pour qui les Etats Africains et Européens ne trouvent toujours pas de solutions.

Le Sénégal et la Mauritanie étant une des fenêtres de cette Europe, le défi n’en demeure qu’actuel. Il y a lieu cependant de préciser que sur ce point précis, les mauritaniens, d’une façon générale, et toutes Communautés confondues, ne sont pas candidats à cette prise de risques et de cette forme d’immigration, qui n’est pas dans leur culture.

Ce n’est pas pour autant que le pays est épargné par ces aventuriers, venus de nulle part, de plus en plus nombreux et de plus en plus audacieux. Et parlant de cette ruée de ces masses vers le sud méditerranéen, et sachant que bien des familles de ces pays incitent elles-mêmes leurs enfants à tenter l’AVENTURE, on est tenté de se poser la question de savoir quel DIABLE s’est emparé de l’esprit de tous.

De surcroît, le plus curieux de tout ça est que chaque membre de la famille donne sa PARTICIPATION, pour « financer » ce voyage du fils vers l’inconnu. Et même par endroits ce sont les voisins du quartier, qui participent financièrement aux frais du voyage. Tout cela, pour montrer par là la folie générale qui prend possession de tous les esprits.

Aussi c’est à juste titre qu’on est amené à se demander si l’Afrique ne serait pas devenue subitement si « mauvaise », ou alors quel mal habiterait les africains au point de conduire à cette fuite généralisée ! Sinon que cacherait cette Europe que les esprits saints ignorent et qui amène ces bandes et ces masses humaines, devenues désormais incontrôlables, à braver ces mers et ces déserts, au prix de la perte de leur vie ? Des questions à tous les niveaux, mais toujours pas de réponses…

Une croissance économique commune, des projets communs

Avec les récentes découvertes de pétrole et de gaz aux larges de la mer, à la frontière sud de la Mauritanie avec le Sénégal, les relations entre les deux pays vont obligatoirement connaitre une autre dimension : d’où le lieu de privilégier les intérêts économiques, à toute autre considération politique, qui pourrait conduire au contre-courant de la marche de l’histoire.

Aussi est-on en droit de dire que les relations entre les deux pays ont été gratifiées d’une grande bénédiction que nous accueillons certes avec beaucoup de bonheur, mais aussi d’humilité, car un don de Dieu, qui nous est tombé entre les bras au moment où nous nous y attendions le moins !

Mauritaniens et Sénégalais, tous unis, doivent retrousser les manches pour soutenir et accompagner cette nouvelle dynamique qui aura pour ambition de hisser la Mauritanie et le Sénégal aux rangs des pays qui n'hésitent pas à briser les obstacles qui auront tendance à freiner ou gêner leur développement.

Il n’est donc pas étonnant de voir émerger ce port, aux larges de Ndiago, qui sera le prolongement de ces exploitations en mer pour en constituer le complément indispensable.

Encore des challenges… mais challenges à la portée des Etats

Avec toutes ces potentialités de développement économique que nos pays ont en commun, nous devons éviter de tomber sous les charmes des flûtes de ces sirènes, souvent mal inspirées, car généralement soumises aux influences des intérêts particuliers.

Si nous manquions de réussir cette transition, nos forces vives continueraient à braver ces dangers et à se bousculer vers cette fuite vers ce Nord pour lequel ils sont très peu préparés.

Aussi, au vu de nos richesses et de nos matières premières, ne serait-il pas plus judicieux que nos partenaires au développement privilégient des chaines de transformations et de production sur place ! Ce qui aurait comme premier avantage de fixer cette jeunesse dans son environnement propre tout en lui procurant qualification et emploi. Cette forme d’intervention serait alors une coopération d'un genre nouveau à laquelle on pourrait appliquer la formule « gagnant/gagnant »! Etant entendu que la sécurité de l'Afrique c'est aussi la sécurité de l'Europe

Voilà donc autant de faits et d’atouts que le Sénégal et la Mauritanie doivent intégrer dans leurs réflexions de tous les jours en favorisant des relations de bons voisinages apaisés.

Par ailleurs, et pour tout dire, être convaincu que cette frontière de 700km est le lieu où se joue le destin de deux pays, deux peuples que l’histoire surveille, pour les maintenir tout le temps éveillés, car responsables du devenir de ces populations qui ont toujours aspiré à la paix.

Le Colonel (R) DIA El Hadj Abderrahmane
Ancien Secrétaire Général du Ministère de la Défense Nationale

La guerre contre la langue française

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La guerre contre la langue françaiseLes arabophones exagèrent, ils outrepassent toutes les limites.
Leur combat contre la langue française, et partant contre les francophones, qui, à leurs yeux, est une lutte contre les colonisateurs, prend les proportions d'une guerre ouverte et officielle contre leurs frères francophones. Il faut dire qu'en instituant l'arabe comme "SEULE" langue officielle du pays (j'insiste sur ce qualificatif de seule), le législateur mauritanien, renvoie le français des tribunes officielles, pour le confiner au statut de langue "morganatique", de la plèbe des "franchouillards", rabaissés au niveau de citoyens "indignes".

Auparavant, le français était d'usage, tout comme l'arabe. Par exemple, quand un intervenant parle arabe, la réponse lui est faite en cette langue par le conférencier.

S'il le fait en français, la réponse lui est faite en cette langue. Cet usage a disparu, depuis qu'un ministre francophone, en l’occurrence, Kane Ousmane, invité de l’émission "Le gouvernement sur la balance" (al houkouma vi el mizane), Mohamed Taghiyoullah El Ed-hem n'a pas laissé le ministre de l'économie et des finances s'exprimer en français, lui qui est francophone et ne parle pas arabe.

Depuis lors, TOUT se fait en arabe et les francophones sont relégués au second plan. Avec cette affiche, il ne manque plus qu'à les bannir. Le comble, c'est que l'Islam est invoqué pour légitimer et justifier cette infamie.

Med Yahya Abdel Wedoud
Source : Med Yahya Abdel Wedoud