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Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel Kader

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel KaderInitiatives News - Les Mauritaniens, du moins ceux qui ont encore des yeux, savourent le plaisir d’observer la lueur d’un jour prometteur. Illusion ou vérité, cette lueur réconforte en attendant qu’elle s’avère légitime ou, qu’à Dieu ne plaise, s’éteigne dans l’amère réalité d’une fatale déception.

Dans le pays, les effets accumulés des erreurs du passé sont arrivés à un stade où la société, boiteuse au départ à cause de ses anachronismes, campe depuis quelques années aux abords de la dislocation.

Le fossé s’est notablement élargi entre le discours des acteurs politiques, y compris l’Etat et la réalité économique, culturelle et sociale, entre les riches et les pauvres, entre anciens maitres et anciens esclaves, entre le Nord et le Sud du pays, entre les hommes et les femmes, entre la génération du couscous et celle du hamburger.

Le sable mouvant menace à tout moment de dévoiler tant d’amertume et d’horreurs, de disparitions « arrangeantes » et mystérieuses, de privations et de pratiques indicibles que notre insouciance et notre naïve et pusillanime complaisance ont permis d’ensevelir.

40 ans de pillage…

Durant les quarante dernières années, les richesses du pays ont été pillées tantôt pour être rapatriées à l’extérieur par les gouvernants, les sociétés étrangères et leurs compradores, tantôt pour financer notre pseudo démocratie qui constitue désormais la source idéologique de la consécration de l’impunité et de l’usage du faux dans tous les domaines.

Les nouveaux gouvernants doivent avoir sous les yeux ce tableau sombre que personne ne doit, cependant, évoquer pour remuer le couteau dans la plaie. Ils se rendront ainsi à l’évidence que le pays est arrivé au seuil de l’intolérable et que le silence devant cet effroyable paysage n’est une bonne chose que lorsque derrière le rideau, une main sure se met à changer réellement l’essentiel.

Aussi, comprendront-ils que pour produire ce nécessaire changement, il est impérieux de créer les conditions d’une unanimité sans faille des Mauritaniens autour de principes cardinaux qui paraissent évidents et sans le respect desquels aucun obstacle ne sera surmonté sur le chemin du salut national.

Juste répartition des richesses, dissolution des écoles d’excellence…

Toute entreprise de refondation de l’Etat sur des bases pérennes doit commencer par une juste répartition des richesses nationales entre les citoyens et une mise en œuvre concertée de mécanismes concrets et efficaces garantissant, entre eux et sans aucune forme de discrimination, l’égalité absolue des chances.

C’est la condition la plus importante et, malheureusement, la plus difficile à réaliser, car elle suppose entre autres leviers, une politique d’aménagement du territoire pertinente, une maitrise de la politique de l’Emploi restaurant l’ancien service de placement, une suppression de l’enseignement privé fondamental et secondaire, une dissolution des écoles d’excellences qui sont devenues un instrument ségrégatif pour perpétuer la hiérarchie sociale et militaire et, enfin, une instauration d’un système assurant la gratuité de la santé pour tous.

Par le respect de ces options, on aura prévenu la plupart des conflits et comblé les schismes tant verticaux qu’horizontaux qui ont pour sources l’inégalité, la vénalité des charges publiques, la privatisation des services sociaux et le détournement de la rente du pouvoir à tous les niveaux.

« Une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale »

C’est, diront certains, un système socialiste que l’on nous propose ici et que Histoire aurait mis en cause. Mais qu’avons-nous d’autre à suggérer lorsque les privatisations au titre d’un ajustement structurel visant à instaurer un système soi-disant libéral aboutissent à enrichir ceux que la rente esclavagiste et féodale a déjà enrichis, lorsqu’au versant de ce système, une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale et lorsqu’il n’existe aucune cloison entre les entreprises privées et les institutions de gestion des ressources publiques ?

Restitution des biens pillés

La plus difficile des actions à entreprendre dans ce domaine sera l’indispensable restitution des biens pillés depuis l’indépendance par des personnes militaires et surtout civiles bien connues, dont il est facile d’établir la liste.

Pour assurer le succès de cette action plus que salutaire, il serait nécessaire de promulguer une loi qualifiant de crimes imprescriptibles les infractions de détournement des biens publics de toutes natures.

Il est également utile de créer une juridiction spéciale pour la restitution de ces biens suivant des instruments procéduraux et processuels s’appuyant sur une commission d’enquêté formée d’anciens commissaires de Police et officiers de Gendarmerie nationale.

Tous les anciens hauts responsables et leurs épouses, en l’occurrence les présidents, les premiers ministres, les ministres, les ambassadeurs, les gouverneurs de la Banque Centrale de Mauritanie et leurs adjoints, les Commissaires à la Sécurité Alimentaire, les Directeurs de cabinet du Président ou du Premier ministre, les Secrétaires généraux des ministères, les directeurs d’établissement publics, les chefs d’Etat major de l’Armée, de la Garde nationale, de la Gendarmerie nationale, les directeurs des Douanes, du Budget, du Trésor, les walis, ainsi que les principaux hommes d’affaires, devront envoyer la liste de leurs biens et se tenir prêts à les justifier devant la commission d’enquête.

C’est une tâche immense et d’autant plus difficile qu’elle pourrait inquiéter de nombreuses personnes craignant d’être l’objet de règlement de comptes ou ayant créé une base sociale grâce au vol des biens publics, alors qu’elles sont sans racine dans leur propre milieu.

Elle est également difficile parce qu’elle semble contraire au tempérament d’un Président détestant le sensationnel et pouvant se réfugier derrière le proverbe guerrier selon lequel « la dignité est un mauvais sort ».

Mais Monsieur le Président devra interroger les derniers arbis d’une époque révolue où la magnanimité avait un sens, pour s’assurer que ce proverbe ne signifie nullement que la dignité doive voler au secours de l’ignominie, du vol au grand jour et du viol manifeste des consciences. Elle signifie qu’on doit se résigner parfois à perdre la vie au lieu d’abandonner un ami sur le champ de bataille.

Or, dans notre cas, il ne s’agit pas d’un ami qu’on abandonnerait, mais d’un peuple tout entier qu’on laisserait gésir sur le champ du mépris et de la famine, après avoir été spolié au grand jour de toutes ses richesses.

Peur de la déception

Les Mauritaniens dont une grande majorité se voit dans le miroir du nouveau régime après avoir perdu l’espoir d’un retour aux sources de leur pays, ont peur d’être déçus et surtout d’être obligés d’imposer par la force, comme d’autres peuples l’ont fait ailleurs, la restitution de leurs richesses spoliées.

Il est certes désagréable et douloureux de s’affronter à un régime dirigé par des hommes dignes d’estime et de confiance, mais hélas, on ne peut que choisir la survie de tout un peuple plutôt que celle d’un régime lorsqu’il s’entête à couvrir de son propre manteau, la trace des voleurs de grands chemins.

Faut-il alors oublier que notre passé est bien devant nous et qu’il demeure aussi incontournable qu’impitoyable ? Doit-on laisser aux assauts de la colère le soin de défoncer notre porte au lieu de l’ouvrir, nous-mêmes, sagement en nous mettant à l’abri des éclats imprévisibles de l’anarchie ? Faut-il continuer à se fier au repos des écumes, comme l’ont fait, en leur temps, les dirigeants algériens, tunisiens, iraquiens et libanais en pariant sur l’hypothétique insensibilité sans limite de leur peuple ?

Nous n’avons pas besoin de réponse à ces questions en laissant le soin de le faire au tsunami universel qui secoue déjà l’Amérique Latine, l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.

Isselmou Ould Abdel Kader
Source : Initiatives News (Mauritanie)

 

Quelles perspectives pour la Force Conjointe des pays du G5 Sahel? Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb Jeddou

Quelle perspectives pour la Force Conjointe des pays du G5 Sahel? Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb JeddouAdrar Info - Ayant vu le jour au forceps en 2017, la FC-G5S qui avait suscité un enthousiasme débordant à ses débuts, semble être restée au stade de gestation.

En fait, dès sa conception, avec les divergences internes de ses membres, l’absence de concepts opérationnels, un financement qui tarde à venir et le refus de l’octroi d’un mandat international par la communauté internationale, la FC-G5S portait déjà en elle des insuffisances congénitales qui se révéleront fatales à son évolution, auxquelles vont venir s’ajouter d’autres facteurs exogènes qui risqueront d’accélérer sa descente aux enfers.

En effet, dès le début, les divergences internes des membres de la force étaient manifestes quand aux choix stratégiques à adopter pour faire face aux très mobiles groupes armés terroristes.

Le choix de la stratégie des fuseaux qui n’a pas fait l’unanimité des membres a eu pour conséquence les réticences à l’engagement de certains membres. En réalité, ce choix s’avérera catastrophique, d’abord parce que c’est précisément sur sa base que la communauté internationale va refuser à la force l’octroi du bénéfice de l’article VII de la Charte des Nations Unies, ensuite, une lutte efficiente contre le terrorisme au sahel nécessite la mise en œuvre de formations panachées agissant dans un cadre transnational ou du moins la planification d’opérations conjointes.

Par ailleurs, l’absence de concepts opérationnels a influencé négativement le déroulement des opérations menées par la FC-G5S. Cette absence de vision s’explique largement par le fait que dans sa conception initiale, les opérations de la force n’avaient pas un caractère offensif. Cette carence de vision a été aggravée par un bilan mitigé qui a fini par entacher la crédibilité de la force.

Un facteur important qui n’a pas manqué d’affecter la volonté des pays du G5 et qui a constitué un point de discorde avec les partenaires est le refus de l’octroi à la force FC-G5S du parapluie de l’article VII, ce qui n’a pas manqué de tempérer l’engouement des pays du G5 pour l’engagement de leurs forces.

A Bruxelles, le président mauritanien a été on ne peut plus explicite sur ce point: La viabilité de la FC-G5S est tributaire, avant tout, d’un mandat clair et précis en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, en complément des résolutions précédentes pour donner à l’action de la force conjointe toute la légitimité et la visibilité requises. Du côte des Nations c’est le niet catégorique à la requête, malgré le soutien de la France et du Secrétaire Général des Nations Unies en faveur des pays du G5.

Pendant que Les deux camps restent barricadés dans leurs positions respectives, la situation sécuritaire au sahel continue d’empirer jusqu’a devenir alarmante. Avec la moitié de la Boucle du Mouhoun et les deux tiers du Centre-Nord échappant a son contrôle, l’armée Burkinabé sous-équipée et démoralisée par les attaques quasi quotidiennes des groupes armés terroristes, est au bord de l’effondrement. Au Mali, l’armée ne tient que grâce au doping et à l’assistance de la Force Barkhane. Plus de quatre cents incidents violents depuis 2016, plus de 600 morts, la haine et la peur un peu partout font dire au Secrétaire Général de l’ONU sa terrible phrase: « Nous ne sommes pas en train de gagner la guerre au Sahel ».

Les terroristes galvanisés par le déferlement vers eux des groupes de jeunes, sont aux portes des pays de l’Afrique de l’Ouest, jusqu’ici épargnés (Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana). Dans cette confusion indescriptible, le CDS, réuni à Nouakchott, peine à rendre sa voix audible, et son président, le général Moise Minoungou ne cache plus son inquiétude quant à la situation sécuritaire au sahel et son scepticisme concernant la capacité de la FC-G5S à renverser la vapeur.

Il est maintenant plus qu’évident pour les parrains des pays du G5, que la FC-G5S, qui jusqu’a la n’a pu montrer sa capacité operationnelle, n’est plus à même de contenir la menace, si jamais elle l’a été un jour. D’ailleurs, le 24/8/2019, au sommet du G7, Biarritz lorsque Merkel note la détérioration progressive de la situation au Sahel et que Macron appelle à "changer de méthode et d’échelle" en «élargissant» la Force G5 à d’autres pays, le glas de la FC-G5S semble avoir sonné.

Profitant de cette situation délétère, les pays de l’UEMAO saisissent l’occasion pour se mettre en orbite. La voix en sourdine du Sénégal depuis "la quatrième édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique" pour être associé aux pays du G5, reçoit en écho celles des pays de l’ UEMAO, réunis à Ouagadougou avec le Tchad et la Mauritanie.

Avec leurs économies plus riches, les pays côtiers sont maintenant en mesure de mieux attirer les bailleurs internationaux » pour la sécurité comme pour le développement, déclare M. Savadogo, un expert de la sécurité au sahel. La réunion des chefs militaires des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), prévue en novembre, pour le déploiement dès la fin du mois de Novembre de bataillons au Mali, au Burkina faso et au Niger pour lutter contre les groupes jihadistes, signera vraisemblablement le certificat de décès de la FC-G5S ou au mieux la verra se faire phagociter par les forces de l’UEMOA.

Une décision accueillie favorablement par le Mali, le Burkina et le Niger qui permettra d’occuper l’espace, réduire l’espace des terroristes et faire souffler les armées des pays des fuseaux centres.

Avec une crédibilité fortement ébranlée et l’apparition de nouveaux protagonistes au Sahel, la FC-G5S ne semble plus avoir le vent en poupe. La lutte contre le terrorisme au sahel est une entreprise globale qui ne manquera pas d’engager tous les acteurs sous-réseaux et régionaux.

Compte tenu des impératifs du moment, et au risque de se voir marginalisée, il s’avère indispensable pour la FC-G5S de se focaliser sur l’opérationnalisation de ses forces dans un cadre transnational pour garder sa centralité dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, en optimisant la concentration de ses efforts en vue de réunir les conditions favorables à une reconnaissance internationale qui tarde à venir, sans laquelle la Force G5 ne peut ni faire légalement usage de la force, ni prétendre à un financement du département des Opérations du Maintien de la Paix, et ce faisant, éviter de devenir un pendant des forces de l’UEMOA.

Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb Jeddou
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

[Tribune] Présidentielle en Algérie : les derniers feux d’un système aux abois, par Adlene Mohammedi

Huit mois après les premières manifestations populaires, le pouvoir militaire algérien donne l’impression de tenir bon et entend imposer son élection présidentielle dans un contexte répressif.

Selon les mots de Lénine, une révolution triomphe quand « ceux d’en bas » ne veulent plus et « ceux d’en haut » ne peuvent plus. Cela décrit assez bien la situation actuelle : les Algériens ne veulent plus d’un régime corrompu qui les a méthodiquement méprisés et humiliés, et ce régime ne peut plus s’imposer à eux, comme il l’a fait depuis ses débuts.

Le bras de fer entre les manifestants – qui marchent avec la même vigueur et la même détermination qu’au début de la lutte en février – et l’état-major concerne désormais la tenue de la présidentielle prévue le 12 décembre. Un scrutin perçu par les dirigeants comme le moyen de tourner la page du soulèvement populaire et de sauver le régime.

Nous savions que le régime était cryptocratique et que le vernis civil des années Bouteflika masquait mal une réalité essentiellement militaire. Nous découvrons désormais un pouvoir militaire décomplexé qui, après avoir sacrifié quelques symboles – des oligarques, des politiciens et des proches de l’ancien président – , mène directement son dernier combat contre la volonté populaire.

Le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, semble bien être l’ultime gardien de ce pouvoir. Après avoir consciencieusement soutenu le « clan » Bouteflika et s’être accommodé d’un chef de l’État fantôme, il s’est donné pour mission de sauver le système et incidemment quelques intérêts privés qui lui sont arrimés. Cette tâche est sans doute trop ardue pour un homme qui a cruellement manqué de clairvoyance jusqu’ici.

Désordre moral dans les discours et les actes

En attendant sa fin inévitable, ce pouvoir moribond déploie sa capacité de nuisance sans tenir le moindre compte de ses propres règles. Il n’incarne pas l’ordre – face au désordre supposé des foules qui lui tiennent tête – mais l’arbitraire et la chienlit. Ce ne sont pas les militaires qui se cachent derrière les civils pour sauver les apparences, mais le gouvernement « chargé d’expédier les affaires courantes » qui se cache derrière les généraux pour hypothéquer clandestinement l’avenir du pays.

Dans cette bataille finale, le pouvoir compte bien exacerber le désordre moral qu’il a longtemps instillé. Par les discours et par les actes. Les discours sont ceux d’un chef de l’armée qui « désalgérianise » celles et ceux qui luttent légitimement pour l’éviction de ceux qui les ont trahis en prétendant gouverner en leur nom. Et voilà l’accusation de trahison par magie inversée !

Les généraux peuvent compter sur un climat international favorable, qui applaudit leur élection comme on applaudissait la prolongation du mandat de Bouteflika

Les actes sont ceux d’une police qui réprime les opposants. Et d’une justice aux ordres qui condamne à la fois ceux qui ont été sacrifiés par leurs anciens complices et ceux qui ont le malheur d’exprimer une idée dissonante ou de brandir un drapeau. L’oligarque véreux est ainsi confondu avec le militant téméraire.

En apparence, les généraux, qui font la pluie et le beau temps, sont en position de force. D’ailleurs, peut-être pensent-ils avoir le peuple à l’usure et pouvoir lui imposer le statu quo – et donc s’assurer l’impunité. Ils peuvent compter sur un climat international favorable, qui applaudit leur élection comme on applaudissait la prolongation aberrante du mandat de Bouteflika, et sur une élite autoproclamée – au mieux pusillanime, au pire corrompue – sensible au clairon de l’état-major, à savoir une cohorte d’affidés issus du régime, érigés en médiateurs ou en candidats, et de télégraphistes déguisés en journalistes.

Suicide du pouvoir

Cela ne suffira pas. Le suicide du pouvoir est peut-être bruyant, violent, long, lent… Cela reste un suicide. Le processus a commencé il y a longtemps, quand des décideurs ont jugé opportun de faire élire une photo, un cadre, s’autonomisant du peuple jusqu’à l’absurde. Ce processus risque fort de s’achever quand le scrutin de décembre sera annulé. Que pourront-ils bien inventer après trois élections présidentielles avortées la même année ?

Tandis que les membres du gouvernement, les « médiateurs » et les faux candidats rasent les murs, les manifestants répètent tous les mardis et tous les vendredis que cette élection n’aura pas lieu. Ils ont innové, le 13 octobre, en s’emparant massivement des rues pour contester la nouvelle loi sur les hydrocarbures, adoptée en Conseil des ministres. Les Algériens n’ont donc pas besoin d’un isoloir fourni par leurs bourreaux pour s’exprimer. « En haut », on pense pouvoir organiser une énième élection sans eux. « En bas », on veut un futur sans malfrats à la tête de l’État.

Source : jeuneafrique.com

 

Le duumvirat et la dyade

Le duumvirat et la dyadeLe Calame - L'autre jour, nous nous amusions des cousins et moi, Mrabih, Cheikh Elwely et Bomba Ould Cheine, au sujet de la nomination de l'un d'entre nous comme président du groupe. Et comme on n’arrivait pas à se départager, je leur ai proposé le duumvirat qui veut dire un pouvoir avec deux chefs.

Quelques temps plus tard, je reçus et comme par hasard la photo de Ould Ghazwani avec celle d’Aziz qui sortait carrément de son front. Et qui n'était en réalité que son cerveau autrement dit sa faculté pensante.

Ceci me rappela la dyade qui veut dire, selon le Larousse, un couple de deux idées ou de deux principes complémentaires. Cela explique parfaitement ladite situation. Résumons-nous, Ghazwani et Aziz ne font qu'un et ce pour plusieurs raisons

1-Chacun d'eux le dit et le revendique haut et fort et ce depuis plus de dix ans.

2- Que les uns et les autres disent le contraire, ou plutôt rêvent, ou prétendent le contraire, rien n'altère ni ne dément ce qu’ils affirment eux-mêmes, que nous nous vivons quotidiennement et que confirment leurs attitudes et leurs agissements.

Deux anecdotes illustrent mon argumentation: Aziz, grièvement blessé et gisant sur son lit de mort, Ghazwani lui est resté fidèle jusqu'au bout.

La seconde, c'est celle du jour de la passation du pouvoir, pour qui sait lire les traits du visage, les expressions et la gestuelle, l'homme Ghazwani était si ému, sa gorge si serrée, qu’il évita de justesse les larmes en évoquant son ami et leur parcours ensemble.

Soyons lucides et conséquents ne serait-ce qu'avec nous-mêmes. Ils sont simplement deux frères siamois avec deux corps et une seule tête. Le reste n'est qu'illusion, rêve et fantasmagorie.

Sid'Ahmed Ould Eleya El Ammoni
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Langue officielle: pourquoi l'arabe? Pr ELY Mustapha

Langue officielle: pourquoi l'arabe? Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n’y a pas de Nation.

La Constitution française ne reconnait aucune autre langue officielle que le français, et elle fait depuis 2008, une simple référence aux langues régionales par l’insertion d’un nouvel article 75-1 mentionnant que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». La France a signé mais non ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires de 1992.

Le Conseil constitutionnel ayant déjà par le passé considéré qu’elle est incompatible avec l’article 2 de la Constitution stipulant que « la langue de la République est le français ».

Et pourtant les langues régionales en France sont bien plus importantes en nombre qu’en Mauritanie. Les langues dites d’oïl, dans la moitié nord de la France et l’occitan, une mosaïque d’idiomes, d’une richesse territoriale infinie.

Allons-nous être plus royalistes que le roi ?

Pourquoi la France, dont nous revendiquons la langue pour nous servir de langue officielle, n’a-t-elle pas adopté le breton, le normand, le basque, le corse, ou même l’allemand standard, langue régionale d’Alsace-Moselle, comme langues officielles ?

Pour la simple raison que nous avions citée en début de cet article : « sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat ! »

En Mauritanie nous avons donné une place privilégiée à toutes nos langues. L’article 6 de la Constitution de Juillet 1991, telle que modifiée dispose que : « Les langues nationales sont l'Arabe, le Poular, le Soninké et le Wolof; la langue officielle est l'arabe. »

Qu’allons-nous donc chercher hors de ce patrimoine linguistique ? Une langue étrangère pour nous servir de langue officielle ?

La langue arabe, la quatrième langue la plus parlée dans le monde. L’une des quatre grandes familles de langues africaines, la langue la plus parlée sur le continent africain avec plus de 150 millions de locuteurs natifs. Langue de culture et de religion.

N’est-ce pas là, pour le commun des mortels, une question irrationnelle ?

Certes. Mais il y a des réticences. Et qui ne sont cependant pas une vue de l’esprit. Et elles trouvent nombre de justifications et s’expliquent par des craintes compréhensibles qui n’ont, hélas, pu trouver ni réponse ni solutions. Pour connaitre les effets, remontons aux causes.

Lorsque l’on parle, de réforme de tout système éducatif, les yeux sont braqués sur la langue.

C’est autant dire qu’ils ne peuvent la voir que si on la tire. Mieux encore on l’étale. "Uniglottes", "biglottes", "polyglottes" se font un devoir de penser que sans la langue, il n’y a pas de salut au palais de la connaissance. Mais quelle langue, faut-il tourner sept fois dans sa bouche avant d’en user ?

La langue est d’une importance capitale. Elle est le vecteur de la connaissance et du savoir.

Le débat actuel autour de la langue est biaisé par le fait que si la réponse recherchée est bien claire, les questions par contre sont très mal posées.

Ainsi la question : « Pourquoi ne veut-on pas du bilinguisme en Mauritanie dans l’éducation nationale » est extrêmement mal posée.

Et sa réponse pour la redresser ne peut-être que : « toute personne douée de raison et de culture ne peut nier que le bilinguisme se doit d’être institué dans l’éducation en Mauritanie. » Il y va de la survie et du développement même du pays. L’enfermement linguistique est aussi fatal aux civilisations que le papier à mouche, aux mouches.

L’Ecole mauritanienne se doit de former les générations mauritaniennes dans toutes les langues. Les langues sont les clefs fondamentales du renforcement et de la compréhension entre les peuples et les nations.

Que le législateur impose d’enseigner dans nos écoles, le français, l’anglais ou toute autre langue européenne ou asiatique est en soi une initiative à saisir au vol. Les seuls critères dans le choix prioritairement de l’enseignement de ces langues sont :

- Leur intérêt pour la coopération et le dialogue avec les autres pays et prioritairement avec-nos pays africains frères frontaliers ou lointains. Ainsi dans ce cas le français et l’anglais, d’abord, mais aussi l’espagnol et le portugais s’imposent d’eux-mêmes.

- L’apport pour le dialogue et la collaboration avec les autres nations du monde et surtout celles qui ont des relations historiques avec notre pays et auxquels lient des accords de coopération judiciaires, économiques et financiers. Le français et l’anglais s’imposent encore, à côté de langues de pays qui prennent une dimension exponentielle dans l’économie mondiale, telle que la Chine.

- L’apport pour la compréhension et la défense des intérêts du pays face aux institutions financières publiques, nationales et internationales (Système financier et monétaire international, institutions de Bretton Woods ). L’anglais est là une langue très importante.

- L’apport au rayonnement économique et culturel du pays, qui ne peut se faire qu’en passant d’abord par la langue et la culture des autres. On ne promeut pas sa culture en usant de sa propre langue. Dans cette optique, l’enseignement de toutes langues, notamment celles des Nations-Unies, s’impose par lui-même.

En définitive oui, l’école mauritanienne se doit d’être principalement bilingue. Accessoirement trilingue ou « polylingue », les limites ne doivent être que l’intérêt que revêt l’enseignement ou l’apprentissage de telle ou telle langue pour le pays, tel que souligné dans les points précédents.

Toutefois, il ne faut pas confondre bilinguisme (ou polylinguisme) de la nation et le monolinguisme officiel de l’Etat.

Le bilinguisme de la nation sauvegarde et développe les intérêts économiques, sociaux, culturels et internationaux spécifiés.

Le monologuisme officiel de l’Etat sauvegarde et protégé la cohésion et la continuité des institutions administratives de l’Etat. En assurant, l’uniformité de la langue de travail, de la langue de communication et la compréhension de tous de l’action des autorités publiques.

Lorsque la constitution dispose que la langue officielle de l’Etat mauritanien est la langue arabe. Cela signifie que les actes publics, les interventions publiques en sommes le vecteur de la communication de l’Etat avec ses citoyens est la langue arabe.

En effet, sans une langue officielle commune, c’est à la fois le dédoublement des actes, c’est l’incompréhension linguistique entre les acteurs publics. Celui-ci parlant le français ou l’anglais celui-là parlant l’arabe et personne ne peut émettre un acte matériel (documents administratifs et officiels) ou engager une communication compréhensible par l’autre.

Et la bonne justice impose que tous les citoyens soient traités également à travers les actes officiels qui les concernent dans une transparence que la pluralité des actes, leur traduction si elle est engagée mettra certainement en cause.

Aussi si pour arriver à l’unité du système administratif et d’information de l’Etat et pour désigner quelle sera la langue officielle de l’Etat mauritanien, ce sera incontestablement la langue arabe.

N’est-il pas curieux, en effet, que sur les plateaux dans nos médias officiels, le journaliste pose des questions en français au négromauritanien (ou au maure qui ne comprend pas l’arabe) qui répond en français et au maure (ou au négromauritanien qui ne comprend pas le français) des questions en arabe et réponde en arabe.

Le premier ne comprenant pas ce que dit le second et inversement et l’auditeur ne comprendra que la moitié du débat et peut-être moins. Mettons cela à l’échelle de l’Etat et l’on pourra saisir l’ampleur de la catastrophe pour la Nation.

Avoir une langue commune de dialogue à l’échelle officiel est un impératif. Il y va de la compréhension et de la cohésion de tous, mais aussi de la bonne gouvernance.

Et quelle langue s’impose le mieux dans le contexte mauritanien ? Il ne fait pas de doute que c’est la langue arabe pour des considérations multiples que l’on a développées dans un article précédent (voir : Pour une Mauritanie plurilingue : esquisse d’une solution. https://haut-et-fort.blogspot.com/2007/09/pour-une-mauritanie-plurilingue_6399.html )

Mais, si au vu des éléments évidents développés, l’arabe doit jouer son rôle de langue officielle, la question fondamentale est : pourquoi remet-on en cause de cette langue comme langue officielle de l’Etat mauritanien?

Si l’on simplifie, l’on peut dire que les raisons à cela peuvent être ramenées au rattachement de cette langue, consciemment ou inconsciemment, à :

- un courant politique

- un courant extrémiste

- une volonté d’assimilation

- un mouvement rétrograde

1.Le rattachement de l’arabe à un courant politique

Lorsque l’on examine les argumentaires de ceux qui rejettent la langue arabe, on y retrouve une référence explicite aux mouvements militants ou panarabes pour lesquels l’arabe est la langue du pays tout entier. Les Nasséristes, les Baathistes, pour ne citer que ceux-là placent l’adoption de la langue arabe au centre de leur lutte.

Les dernières années qu’à vécues le pays, notamment celle d’une arabisation à outrance et forcenée souvent appuyée par ces mouvements panarabes ou par ceux de leurs girons, a imprimé à ceux-là même qui refusaient l’arabe, un argumentaire supplémentaire pour la rejeter.

La violence avec laquelle cette langue a été introduite dans le système éducatif et les exclusions qu’elle a engendrées, n’ont pas été favorables à son acceptation.

Ceux qui ont mis en place ces réformes, l’ont fait loin de toutes considérations pour le pays et le respect des idéaux de la population. Ils ont mal servi la langue arabe sur une terre sur laquelle elle est, elle-même, un symbole de tolérance.

Ceux qui prônaient l’intolérance des « arabes » de Mauritanie et leur politique agressive dans la gestion de l’Etat ont trouvé un filon inépuisable qui leur a permis de s’inscrire en faux par rapport à cette politique, d’en faire un cheval de bataille par lequel souvent ils s’en sont servi pour émouvoir la communauté internationale.

Voici le premier tableau négatif. La stratégie d’enseignement de la langue arabe de ces dernières années a d’autant été rejetée qu’elle a encore ternie celles à venir.

2. Le rattachement de cette langue à un courant extrémiste

Ce n’est pas l’air du temps qui démentira. Tous ceux qui ont commis des attentats extrémistes sont souvent des arabes ou assimilés à des arabes. Les arabes et par assimilation, les « arabisants» sont donc dangereux.

La langue arabe serait la langue de l’extrémisme. C’est le 11 septembre de l’éducation.

Pourquoi apprendrions-nous à nos enfants une langue qui est celle des extrémistes. Ne serait-elle pas une langue qui développe en elle-même un syndrome d’intolérance et de violence?

Idées occidentales développées à la veille d’un certain attentat et qui inconsciemment peuplent le sommeil de ceux qui n’en sont pas encore réveillés.

Simplification hasardeuse des choses qui prend sa source dans une désinformation généralisée qui, malheureusement, est confortée par la réalité amère et violente de ces derniers jours.

Mais la langue arabe, n’a jamais été la langue de la violence. C’est une langue de paix et de tolérance. Et il n’est point ici utile de rapporter le flot infini des humanités de cette langue qui couvre des siècles et des siècles de ressources inépuisables.

Ce serait une offense aux esprits de la civilisation universelle. Ce serait en effet, un irrespect manifeste vis-à-vis de cette langue et des civilisations millénaires qu’elle a engendrées que de s’échiner à montrer ses vertus et ses richesses.

3. Le rattachement à une volonté d’assimilation

Ce que craint toute culture c’est qu’elle ne soit assimilée par une autre plus importante ou plus puissante dans son rayonnement humain ou géographique. La disparition d’une culture est toujours un drame pour l’humanité. Ceux qui rejette la langue arabe comme langue officielle, craignent cette assimilation qui est interprétée dans le sens de l’affaiblissement de leur culture et en fin de compte à sa disparition face à une culture dominante véhiculée par la langue arabe. Cette attitude est-elle justifiée, on pense bien-sûr que non.

En effet, les langues nationales se devant d’être enseignées et développées ne perdront ainsi ni leur place ni leur importance dans l’espace culturel national. Au contraire elles s’enrichiront mutuellement et rempliront le rôle qu’elles ont toujours joué : le dialogue. Et lorsque le dialogue existe, il n’y a point d’assimilation mais enrichissement par les différences.

Toute l’histoire de la sous-région a montré que les langues et les cultures ont toujours coexisté. Et cette affirmation d’assimilation n’a pris son essor que face à l’instrumentation de la langue arabe par des régimes et des groupes politiques qui en porté moralement, physiquement et matériellement préjudice à la constituante négro-africaine mauritanienne ont accrédité cette liaison entre langue arabe et assimilation. Or ni la langue arabe n’est véhiculatrice d’assimilation, ni les cultures des différentes communautés mauritaniennes n’en sont dans un situation d’assimilation les unes des autres mais, depuis toujours, dans un mouvement perpétuel d’enrichissement mutuel.

En faisant disparaître la crainte générée par des pratiques politiques récentes, on réajustera l’attitude des uns et des autres, face à la langue arabe.

4. La langue arabe engendrerait un mouvement rétrograde

S’il est une attitude des plus injustifiées et qui met dans le ridicule absolu ceux qui l’adoptent est celle de considérer que la langue arabe est une langue rétrograde. Une langue qui ne sied ni au développement ni à l’ouverture sur les sciences et le savoir modernes. Et par conséquent sont adoption dans le système éducatif ou en faire une langue officielle constituera un handicap au développement du pays et à son ouverture sur le monde. En somme la langue arabe est un frein au modernisme.

Le ridicule d’un tel raisonnement n’a d’équivalent que le degré d’ignorance, de la langue arabe elle-même et de la civilisation arabe, dans lequel se trouvent ceux qui le tiennent

Tout cet espace ne suffirait pas à démontrer l’amplitude de cette erreur, mais une chose est certaine, la langue arabe est un vecteur certain de développement, de modernisme et il ne tient qu’à ceux qui l’utilisent de rejeter toute volonté de réduire son rayonnement national et international.

Qu’on se le dise donc pour le salut de ce pays et l’entente des générations futures: sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n’y a pas de Nation.

Et jusque-là nous avons un Etat, mais pas de Nation.

Pr. ELY Mustapha

 

Déclaration de politique générale du PM : 8/20, copie à revoir avec avertissements sévères !

Déclaration de politique générale du PM :  8/20, copie à revoir avec avertissements sévères ! Dahaba Djibril Diagana - Rien de concret, il saute du coq à l’âne.

Pas de chiffres, pas de prévisions, trop de littérature. En dehors de 1000km de construction et de réhabilitation de route, 300 km de voiries urbaines, 40 000 jeunes bénéficiaires de formations professionnelles, 20% du budget sera consacré à l’éducation à l’horizon 2024 (très subjectif), reboisement de 1 500 ha / an, 23 centres et 52 points de santé. Et quoi d’autre ? C’est tout !

- La cohésion sociale et la justice sociale très légèrement abordée.

- l’emploi de façon générale et celui des jeunes ne semble pas être une priorité comme le prétend le ministre de tutelle.

- Pas un mot sur la Diaspora !

- Pas un mot sur l’esclavage et le passif humanitaire (bombes à retardement)...!

Très décevant !

Il y a tout de même quelques bonnes idées mais trop faibles par rapport à la demande populaire.

Nous voulons du nouveau souffle, un pays moderne sur le chemin du développement et de la postérité économique et sociale, pour cela il faut une grande, bonne et réelle vision et beaucoup de courage adéquat aux attentes des citoyens...Hélas !

Source : Dahaba Djibril Diagana

 

L'Afrique du Sud piétine la mémoire de Nelson Mandela et a la mémoire courte

L'Afrique du Sud piétine la mémoire de Nelson Mandela et a la mémoire courteCire Ba - De l'Afrique du Sud, parviennent d'insoutenables vidéos et images actuelles de meurtres, de destructions de biens de travailleurs migrants africains établis sur son sol. Je m'abstiens de les publier. Les auteurs de ces violences filmées y apparaissent en état second, déterminés et soulagés d'avoir « débarrassé » leur pays de « sangsues ».

Des scènes de populations autochtones noires et pauvres se livrant à des pillages systématiques de commerces d'étrangers qui leur ressemblent , les pourchassant dans les rues et avenues, les mutilant et les tuant.

Cette chasse au migrant africain inquiète. Elle s'est étendue pour la première fois, depuis plusieurs années qu'elle se répète, à plusieurs villes du pays de Madiba qui doit se retourner mille fois dans sa tombe.

Ici naturellement, le mot racisme est remplacé par xénophobie de grande ampleur. Le résultat est le même. Ne fermons pas les yeux, il n'y a aucune gène à dénoncer la barbarie. Elle est incolore et rien ne peut justifier cette folie collective et sélective. Surtout pas le chômage (de locaux qui rechignent à occuper certains emplois pénibles) qui a souvent bon dos partout dans le monde.

Désigné comme bouc émissaire, le travailleur migrant venu de pays voisins et du reste de l'Afrique noire, parfois du Pakistan, sert d'exutoire et doit endosser la responsabilité de l'échec du pouvoir politique qui n'a pas pu ou su améliorer les conditions de vie de la majorité noire depuis la fin de l'Apartheid.

Pour ne rien arranger, différentes corporations avaient appelé à une grande manifestation le 1er septembre 2019 contre des étrangers accusés de prendre l'emploi, de commettre des crimes et de vendre de la drogue. Cet appel a été entendu. Une surenchère indigne d'un peuple qui a bénéficié de soutiens d'autres peuples pendant les heures sombres de son histoire récente.

En Angola voisin, un autre pays de l'ancienne ligne de front, la situation des migrants ouest africains n'est guère plus reluisante. Régulièrement, la presse guinéenne fait état de meurtres de ses compatriotes installés en nombre et travaillant dans ce pays.

Ciré Ba - Paris

 

Et si le Président Ghazouany réussissait son pari

Et si le Président Ghazouany réussissait son pariImam Cheikh : Je suis l’un des premiers mauritaniens à avoir appuyé avec force le processus qui aurait dû mener notre pays enfin à une alternance pacifique et démocratique réelle.

Depuis 2015 j’ai écrit une série d’articles appelant au dialogue inclusif avec l’opposition et soutenant sans réserve la décision du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas briguer un troisième mandat et de se conformer ainsi aux dispositions de la constitution.

Ce dernier acte posé par l’ancien président avait aiguisé mon appétit démocratique allant jusqu’à me faire croire que le cadre était déjà posé pour un dialogue décisif vers une transition réelle et un changement notoire dans notre système politique ouvrant ainsi la voie à une réorientation de notre système de gouvernance et une refondation de nos institutions démocratiques permettant une égalité de chances devant des urnes qui seront le seul arbitre dans un jeu démocratique sain.

A notre grand désespoir, le déroulement de l’élection présidentielle du 22 juin, entaché de fraudes et d’irrégularités multiples et criantes, a confirmé que la CENI, le Conseil constitutionnel, la HAPA ont été en dessous des attentes du peuple mauritanien ;

Les candidats qui se sont lancés dans l’arène de l’élection présidentielle, et dont j’ai soutenu et continue de soutenir l’un d’eux, Sidi Mohamed Ould Boubacar, ont fait les frais de ce déficit institutionnel ;Ils ont beau crié gare dans un premier temps et ensuite crié haro sur le baudet à l’issue du scrutin, rien n’y fit, le rouleau compresseur déroulé par l’indécrottable force de l’alliance entre le pouvoir militaro affairiste, la ploutocratie, la féodalité, une élite avachie, un clergé opportuniste, et tous ceux qui les suivent consciemment ou inconsciemment depuis 1978, broya l’espoir d’un instant de voir naitre une autre Mauritanie.

Et pourtant la victoire pour cette naissance était là, à portée de main, si des mains occultes n’en avaient décidé autrement et à dessein. A l’aube du 23 juin, après une longue nuit qui gardera les traces indélébiles d’une fracture de la Mauritanie en deux, l’on s’est rendu compte que 48%, des mauritaniens, (le chiffre de la CENI et du Conseil constitutionnel en dépit des irrégularités et de la fraude), veulent autre chose…Le chiffre est symbolique et révélateur.

Il lance un signal fort: Les mauritaniens s’affranchissent de plus en plus des tutelles, des maitres penseurs, des objecteurs de conscience fourbes, des rabatteurs de voix et commencent à se forger leur propre opinion et leur propre décision ; Un acquis considérable dans la formation des nations démocratiques car la prise de conscience individuelle et le libre choix sont la quintessence et la sève nourricière de toute démocratie républicaine.

Il est clair, comme je l’avais souvent dit, que le paysage politique de la Mauritanie avant 2019, ne sera plus le même après 2019. La Mauritanie change, a changé et le mérite en revient à tous ces grands hommes politiques surtout de l’opposition qui ont abattu, durant des décennies, tant d’énergie, de temps et de moyens à leur propre détriment souvent, pour atteindre cet objectif. Dans le même sillage, le pouvoir, ses hommes politiques, ses élites…doivent changer. Le président de la République élu, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, a, devant le peuple et l’histoire, une lourde responsabilité.

Il est, de l’unanimité des mauritaniens, un homme posé, intelligent, doté d’un sens aigu du respect de l’autre et de la convivialité, patriote, et capable de rassembler…Ce n’est nullement de la flagornerie, ni de la complaisance, ni de la compromission, c’est une conviction fondée sur un constat réel, je connais l’homme personnellement depuis deux décennies.

Je fais la part entre l’homme et ses qualités intrinsèques et le système auquel il a appartenu et contre lequel j’ai voté pendant l’élection présidentielle. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce système à avoir gardé une hauteur de vue par rapport à certains errements de la gouvernance passée; Son premier ministre et son directeur de cabinet font partie de cette minorité de hauts commis de l’Etat et personnalités qui se distinguent du lot.

Espérons qu’ils fassent des émules dans le gouvernement en cours de formation. Par ailleurs, je crois personnellement que le nouveau président avait pris ses distances des écarts de toutes sortes constatés pendant la campagne électorale, et qu’il a tout fait pour être au-dessus de la mêlée. Ses discours ont toujours été de haute facture et ont constitué une source de fierté pour ses sympathisants et de rassurance pour ses adversaires. Cet état de grâce, appuyé par une reconnaissance de la communauté internationale, n’est pas sans fin, surtout qu’il gère depuis son arrivée à la tête de l’Etat, une situation confuse avec une administration désarticulée et des déséquilibres budgétaires dangereux. Le Président Ghazouany doit saisir la portée de cette élection.

Il doit se considérer à la tête d’un pays, coupé en deux courants d’opinion opposés et à peu près égaux, un pays en transition permanente vers une réelle démocratie. Sa promesse d’être le président de tous les mauritaniens n’est pas passée inaperçue. A cet effet il doit lancer de grands chantiers indispensables à la pérennité de la Mauritanie en tant que nation forte, respectée, libre et indépendante.

D’abord sauver notre économie nationale des conséquences désastreuses de l’improvisation et de l’amateurisme, et la rebâtir sur des bases solides en fonction des exigences de l’heure et des défis liés à l’exploitation très prochaine du gaz et du pétrole ; Deuxième défi, notre système éducatif est dans une situation de déliquescence et ne répond nullement aux demandes liées aussi bien au marché du travail actuel qu’à celui de la prospective ;

Ajoutons-y son impact dévastateur sur notre unité et notre cohésion nationales ; La Mauritanie souffre de plus en plus des fossés et des fractures sociales. Lors du dernier scrutin présidentiel, l’on a malheureusement constaté combien le vote identitaire prend de plus en plus de place. Parallèlement il est impératif de procéder à la refondation de nos institutions et la réorganisation de l’espace démocratique ; Cela sous-entend la révision totale de la présente CENI, du Conseil Constitutionnel, de la HAPA, une dissolution et une réélection de l’assemblée nationale, des conseils régionaux, des communes dont il faut procéder à une relecture des prérogatives.

Ces grands projets ne pourront être soutenus et accompagnés que par des citoyens, civiquement responsables et en pleine possession des exigences de l’Etat citoyen. Dès lors s’imposent une « repersonnalisation » de l’homme mauritanien, une construction des esprits, une préparation et une habilitation des mauritaniens à affronter les défis qui nous assaillent de partout et que seuls des citoyens éduqués, émancipés, responsabilisés pourront relever.

Affronter ces défis et les gagner requiert l’apport de tous les acteurs politiques, de toutes les organisations non gouvernementales, de toute l’élite, de chaque citoyen, à quelque niveau qu’ils soient. Le slogan de sa campagne, la teneur de ses discours font penser que le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, pourrait être l’homme du consensus tant recherché par le peuple mauritanien ; Un consensus fondé sur la justice, l’équité, la fraternité, sur une volonté d’éviter la chasse aux sorcières, de ramener tous les fils de ce pays au bercail et de les remettre dans leurs droits et leur dignité. A défaut, les mauritaniens continueront de subir, subir et subir …..

Et le mythe de Sisyphe sera toujours là …... Le développement du pays, son indépendance, l’épanouissement de son peuple, sa fierté et son honneur, l’avenir des futures générations continueront à être hypothéqués en permanence. L’atmosphère de concertation, de dialogue et de compréhension réciproque tant souhaitée par le peuple s’éloignera tel un mirage une fois de trop…

Imam Cheikh

Source : Imam Cheikh

 

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar Yali

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar YaliOumar Yali - A moins des dix jours qui nous séparent encore du scrutin présidentiel prévu pour le 22 juin 2019,

il se précise et se confirme pour s’imposer comme réalité têtue, les signes augurant l’absence totale d’un minimum de clarté électorale de nature à placer les candidats de l’opposition et leurs électeurs dans un état d’esprit tel que vainqueurs ou vaincus ils se consolent de l’avoir été d’une manière plus ou moins transparente. En effet:

A) La CENI, pièce maîtresse de tout le processus électoral, pièce qui, statutairement est consensuelle et au sein de laquelle les parties prenantes devraient être représentées, n’est aujourd’hui, en son comité des onze sages, composée que d’éléments du camp de la majorité ou d’éléments de l’opposition jadis appelée opposition dialoguiste et qui ont rejoint la majorité soit en l’intégrant complètement avec armes et bagages, soit en soutenant Ghazwani, candidat de cette majorité et donc du pouvoir ;

L’on peut, compte tenu de la naissance et de ce qu’est devenue l’opposition dite dialoguiste conclure sans grand risque de se tromper que cette force n’est rien d’autre qu’un instrument créé et utilisé’ par Aziz à des fins politiques.

B) Aux questions relatives au choix des membres des bureaux de vote (choisis uniquement dans le camp du pouvoir ) au zèle démesuré et abus de pouvoir dont ces membres font preuve (refus de délivrer des PV de dépouillement aux représentants des candidats de l’opposition et même, renvoi de ces représentants en plein exercice de leur mandat) ; à ces questions importantes, les réponses données par les hautes autorités de la CENI sont évasives et loin d’être rassurantes ;

C) Le blocage de l’accord bipartite opposition/pouvoir que d’aucuns considèrent comme une ingérence de l’administration dans le choix libre de l’opposition en vue d’empêcher celle-ci de se faire dignement représenter dans le comité des sages, voire conserver, comme présentement c’est le cas, le caractère unilatéral de ce véritable organe de suivi, de contrôle, de supervision, d’impulsion et de régularité des élections. Ce blocage opéré par l’administration fait ressortir d’une façon on ne peut plus claire la volonté manifeste de gérer unilatéralement les prochaines échéances électorales et ouvrir la voie à toutes sortes de malversations.

D) Le refus d’accepter, sous prétexte d’une autosuffisance encore à prouver, l’absence de l’observation internationale de cette élection présidentielle intervenant au moment où l’opinion nationale est avide de changement démocratique issu d’élections transparentes n’est nullement de natures à rassurer. Au fait il y a lieu de s’inquiéter face à ce refus.

E) Le fait de confier la confection des bulletins de vote à un homme d’affaires intimement lié au Président sortant Aziz et donc ne pouvant qu’être naturellement très favorable à son dauphin Ghazwani, et ce au détriment des autres candidats à la Présidence de la République, ne peut en aucun cas gagner la confiance des électeurs et des candidats qu’ils soutiennent.

F) L’accompagnement de Ghazwani par Aziz durant la précampagne ainsi que la présence de ce second, côte à côte avec le premier pendant la cérémonie de lancement de la campagne ne dénote pas la neutralité qu’un Chef d’Etat devrait observer dans l’intérêt de la transparence des élections. Aux yeux du citoyen cette omniprésence de AZIZ n’a d’autre signification que la volonté de garder la main mise sur le pouvoir à défaut d’un troisième mandat.

Considérant ce qui précède, l’appréciation que je porte sur la transparence des consultations électorales du 22 juin 2019 est totalement contraire à l’optimisme que font miroiter les autorités mauritaniennes car face à la tendance au changement auquel aspire le peuple, s’oppose la volonté manifeste des généraux à conserver le pouvoir. Ainsi, si des mesures rectificatives ne sont pas prises pour minimiser les risques de débordements, le pays s’enfoncera dans la voie de l’inconnu. Pour éviter cette aventure aux conséquences à la fois incalculables, fâcheuses, lourdes et coûteuses, nous devons, pour le reste du présent processus, veiller scrupuleusement à l’expression libre de la volonté des électeurs et au respect de leur choix. Là intervient l’entière et pleine responsabilité de ceux qui nous gouvernent et celle de la CENI.

Nouakchott le, 12 juin 2019
Oumar YALI




 

 

Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*

Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*Le Calame - Mon Général,

Vous êtes, à mes yeux, probablement un des rares Généraux et hauts gradés des armées de notre sous-région auxquels il importe d’envoyer une lettre ouverte écrite par un citoyen maghrébin lambda, comme moi, venu du fond du désert, mais mû par un amour incommensurable pour votre pays, l’Algérie…

Trois principales raisons m’incitent profondément à entreprendre cette démarche.

Mon Général,

D’abord le double sacrifice que vous avez consenti pour votre pays lorsque, Moudjahid dans l’âme, vous offrez votre jeunesse à la libération combien héroïque et presqu’impossible de l’Algérie, mais aussi lorsque, appelé par le devoir national aux moments les plus compliqués et difficiles, vous livriez toute votre expérience pour sauver le pays de la décennie noire des années 90, mission toute aussi presqu’impossible que vous avez menée avec succès et professionnalisme, si bien que la rescapée Algérie semble aujourd’hui grosse d’espoir et pleine de vitalité…

Seul Dieu sait les peines endurées et les risques encourus que vous avez subis en faisant barrage à la ligue des ²Généraux de France², fossoyeurs du processus électoral de 90 et artificiers en sous-main du brasier qu’ils alimentaient sans cesse…

Cela, mon Général, ce sont les traits saillants de votre trajectoire historique personnelle que personne ne peut vous ôter, en somme un passé attachant. Venons-en maintenant au présent et là, j’attaque ma deuxième raison de vous écrire.

Mon Général,

Aujourd’hui l’heure est grave et la majorité de votre peuple exprime un profond désir d’émancipation. Contrairement à d’autres circonstances où le détonateur des mouvements sociaux est la condition socio-économique (cas du Soudan, me semble-t-il), la classe ²moyenne² que l’État Algérien a contribué fort heureusement à former au fil du temps aspire maintenant au changement. C’est tout simplement un temps nouveau qui constitue un test réel et délicat lancé à votre sagesse, votre savoir-faire et votre sens de l’histoire…

Dans pareilles circonstances, il y a les Généraux visionnaires – il n’y en a pas beaucoup – (De Gaulle, par exemple, en est un) et il y a ceux, nombreux, qui naviguent à vue…

De mon humble avis jusqu’à la semaine sept du Hirak (pour ne pas dire processus révolutionnaire), vous avez fait un sans-faute remarquable et remarqué en faisant respecter par vos forces de sécurité les consignes d’extrême retenue et vigilance et en mettant fin à un 4ème mandat de toute façon en fin de vie. Vous vous êtes donc rangés, mon Général, du côté du peuple… Félicitations !

Cependant, mon Général, en restant dans le cadre de l’application stricte de l’article 102 de la constitution et en donnant des signes de raidissement entre les semaines 7 et 8 du mouvement, vous divergez sensiblement avec les attentes de ce dernier. Vous évoquez les appréhensions du vide constitutionnel ; vous avez raison.

Vous invoquez une conjoncture géographique des plus instables ; vous avez encore raison. Vous pointez du doigt les ennemis extérieurs de l’Algérie ; vous avez toujours raison, mon Général. Mais ne pensiez-vous pas que la meilleure défense contre l’extérieur est justement la solidité de l’intérieur ?

L’auteur de ces lignes est influencé par la pensée de Malick Bennabi, l’ancien Ingénieur et Ministre de la culture de votre pays qui développa le concept de ²colonisabilité des peuples². En assimilant le colonisateur à un virus extérieur qui, pour envahir l’organisme, guette les moments de baisse de l’immunité intérieure du corps ! Mon Général, au fond, votre peuple n’a pas demandé grand – chose !

A –t-il demandé la dissolution de la constitution ou des deux chambres du parlement ? A-t-il exigé la dissolution du FLN pourtant mamelle nourricière de la nomenklatura ? Vous-a-t-il sollicité pour destituer le conseil constitutionnel ? A-t-il tenté de vous demander de bien vouloir vous débarrasser des apparatchiks militaires, seconde mamelle du pouvoir dans votre pays ?

Rien de tout cela et pourtant il pourrait vous le demander à la fois parce que votre peuple est clairement dans un processus révolutionnaire ! Et de par l’histoire, mon Général, les révolutionnaires sont des ²fous conscients². La conscience dicte aux ²3B² de sacrifier leur fauteuil pour l’intérêt général de l’Algérie.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle et nos constitutions ne sont pas immuables ; combien de fois elles étaient instrumentalisées, piétinées, foulées par nos dirigeants que s’en souciaient comme d’une guigne... Et si dans notre droit musulman, il est prohibé de diriger la prière contre l’assentiment des dirigés, alors à plus forte raison, trois mois de fauteuil sur tant d’années passées que valent-ils ?

C’est pour dire que la revendication principale de la majorité de votre peuple est bel et bien dans vos cordes et plus vous écoutez les petites gens, plus vous prenez davantage de la hauteur, mon Général. Surtout ne pourrissez pas la situation actuelle car le tissu social c’est comme le tissu organique : plus vous donnez le temps à l’infection, plus elle devient ingérable !

Mon Général,

C’est un conseil de frère de foi que je vous livre et ce sera mon dernier point de motivation. Pendant les heures troubles, que de conseillers ! Et dans ce cadre, je ne me sens en moi point de sagesse quelconque susceptible de vous conseiller telle ou telle chose !

Mais j’ose espérer que vous vous méfieriez de toutes vos forces d’un type de conseillers, chantres du statu quo, qui, pour conjurer le sort du devenir de leur propre pays, pensent stopper net, à coup de milliards de dollars, la marche de l’histoire ! Ils sont contre les turcs et pourtant les turcs sont solidement assis sur une démocratie qui permet le renouvellement de leurs dirigeants.

Ils sont contre les perses et pourtant les perses, grâce à la Wilayatou El faghih, se relaient constamment au pouvoir. Mais pour nos peuples arabes sunnites, que réservent-ils ces conseillers ? Rien que la scie à chair…

N’oubliez pas mon Général que de cette vie nous sommes tous partants. Mais il y a ceux qui partent dans l’honneur et la gloire et ceux qui partent du mauvais côté de l’histoire. Qu’Allah garde l’Algérie, ses filles et ses fils. Permettez-moi d’essuyer quelques larmes venues subitement du fond du cœur… Avec mon profond respect, mon Général, Ahmed Gaid Salah.

Ancien élève de l’École Nationale des Ponts et Chaussées de Paris
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration du Climat des Affaires : des défis à relever !

Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration  du Climat des Affaires : des défis à relever !Aliou SALL - L'Etat mauritanien a mis en place lors du conseil des ministres en date du 7 février 2019, un Conseil supérieur pour l'amélioration du climat des affaires.

Cette initiative très appréciée permet, sans aucun doute, de confirmer l'intérêt des autorités par rapport également à l'investissement étranger en Mauritanie. Même si des efforts importants ont été accomplis ces dernières années pour l’attractivité du pays en matière de climat des affaires, il existe en permanence des préoccupations pour lesquelles une veille gouvernementale s'impose afin de maintenir la position stratégique appelée à évoluer dans cette matière du climat des affaires comparativement aux autres pays de la sous-région.

Alors il ne s'agit pas pour nous, à travers ces quelques mots, de mettre en exergue les fondamentaux essentiels et importants réalisés par l'État ces dernières années.

Au-delà de sa politique d’entrée des investisseurs, il y a lieu plutôt d'attirer son attention sur trois points importants qui, à notre avis, pourrait constituer des défis à relever afin de pérenniser la position du pays dans la gestion du climat des affaires. À ce titre, il y a les informations commerciales, la pénalisation des affaires civiles et commerciales et une plus grande vigilance dans le traitement des conflits impliquant notamment des capitaux étrangers.

En ce qui concerne l'information commerciale, il serait une nécessité pour l'Etat de faire en sorte qu'elle soit disponible, régulièrement mise à jour et accessible à tous les acteurs de la vie économique. Les informations sur les entreprises et les acteurs économiques particuliers normalement transcrites sur le registre de commerce sont difficilement accessibles à raison de l'absence de conservation sous forme numérique mais aussi du suivi de l'application de la loi des affaires à ce niveau.

Il est difficile pour des acteurs économiques et principalement les auxiliaires de la justice notamment les avocats conseils juridiques et les chefs d'entreprise en discussion avec un autre partenaire, d'avoir accès à certaines catégories d'informations mises à jour et pourtant légalement autorisées et indispensables pour le partenariat économique et la vie courante des affaires.

Il faut rappeler que ces informations sont censées figurer dans le registre de commerce de toute personne physique ou morale. Or dans la pratique, une fois le registre de commerce créé, il est exceptionnellement mis à jour par son détenteur alors que les noms des dirigeants changent et les engagements pris nécessitent des inscriptions obligatoires sur le registre de commerce. Alors, les mises à jour de ces documents constituant des obligations légales doivent être effectives à tous les niveaux.

Le second point concerne « pénalisation » les affaires commerciales et civiles c’est-à-dire, qui sont transformées ou « formatées » en affaires pénales devant le parquet et les juridictions pénales. Dans la pratique, cela arrive si l'une des deux parties n'a pas eu gain de cause au niveau de tribunaux civils et commerciaux où est convaincu de ne pas trouver une suite favorable et voudra s'appuyer sur un réseau ou des connaissances enfin de créer une nouvelle pression supplémentaire sur l'autre partie avec bien sûr une menace d'emprisonnement où de mise en dépôt en prison.

En matière d'affaire commerciale, il arrive que le contentieux purement commercial soit considéré à tort et en face d'un litige purement contractuel comme une escroquerie (une aberration et pourtant il en existe); ce qui est grave dans l'application de la loi. Il s'agit tout simplement d'un « refus déguisé » ou « détournement » de l'application de la loi pour emballer des procédures infinies donc dilatoires. Et entre temps, on fait perdre du temps et de l’argent à l’autre partie.

Dans ce contexte, le rôle du parquet dépendant du ministère public est très important car il lui appartient de faire le tri afin de savoir si l'affaire qui lui est soumise est civile ou pénale afin de se prononcer sur sa compétence. Si elle est civile, il ne peut nullement la traiter du point de vue du droit.

Dans la pratique, il y a un constat que des affaires similaires existent et elles doivent beaucoup faire réfléchir à l’application de la loi dans cette perspective du climat des affaires : une rigueur du respect de la loi s’impose aux décideurs. Également, il faut dire que cette mission de l'application de la loi à ce stade ne requiert pas une grande expertise. Une exigence de fermeté dans la lecture de la loi si simple doit s'imposer face à toute personne en mettant de côté les arguments non-dits qui relèvent de l'extra juridique.

Un troisième point connexe est la nécessité d'une plus grande vigilance dans l'application des règles du droit judiciaire notamment pour tous les litiges de manière générale et principalement des litiges commerciaux impliquant des investissements à capitaux étrangers. Si le Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires aura pour mission d'apporter un regard vigilant sur toutes les questions en rapport avec les investissements étrangers et le climat des affaires, une attention s'impose à ce niveau.

Il est souhaitable qu'au niveau judiciaire, que les principaux acteurs soient de plus en plus regardant pour tous les litiges de manière générale. Il n'est pas demandé de donner plus d'avantages ou de droit au propriétaire de capitaux étrangers mais d'appliquer simplement la loi quel que soit la nationalité de la partie. A ce titre, il faut reconnaître l'existence d'excellents acteurs de la justice mais il y a des cas qui n'honorent pas et ne facilitent pas l'image recherchée pour le climat des affaires dans notre pays.

Dans la pratique, on peut signer un mandat de dépôt en prison contre un citoyen qui a émis un chèque sans provision pour un faible montant et laisser en toute liberté et parfois avec des faveurs protocolaires d'autres qui ont émis des chèques sans provision portant sur des dizaines de millions et pour des montants impliquant des capitaux étrangers. Alors, faut-il prévoir un système de lanceurs d’alerte citoyen pour le climat des affaires ?

Face à l’objectif de la création de ce Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires, voilà quelques traits où quelques défis que cette nouvelle institution de l'Etat devra, à notre avis, relever afin de rehausser la bonne image et la bonne gouvernance du climat des affaires dans notre pays.

Me Aliou SALL
Doctorat en droit
Avocat.
Source : Aliou SALL

 

 

[Tribune] Présidentielle au Sénégal : quand les médias lisent dans les cauris la date du retour de Karim Wade

Mehdi Ba est rédacteur en chef du site internet de J.A. Anciennement correspondant à Dakar, il continue de couvrir l'actualité sénégalaise et ouest-africaine (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Mali), et plus ponctuellement le Rwanda et le Burundi.

Il est un autre sport national au Sénégal que la lutte avec frappe : la prédiction compulsive quant à la date du retour à Dakar de Karim Wade, le candidat à la présidentielle du principal parti d’opposition…

Au Sénégal, on n’a pas de sondages politiques mais on a les cauris. Ces petits coquillages, dont la légende prétend qu’ils proviennent des îles Maldives et auraient été importés sur les côtes orientales du continent, avant de se frayer un chemin jusqu’à la presqu’île du Cap Vert, y servent de support à la divination – comme, ailleurs, les tarots ou le marc de café. Pratiqué majoritairement par les femmes, l’art des cauris permet à la voyante, sur la base d’un jet de coquillages semblable à un jet de dés, de prédire l’avenir à son interlocuteur.

Or, s’il est un secret que chacun, à Dakar, aimerait percer – outre les estimations du premier tour de la présidentielle, en l’absence d’enquêtes d’opinion, interdites par la loi – , c’est bien celui-ci : à quelle date Karim Wade remettra-t-il le pied au Sénégal ? Escamoté en pleine nuit de la prison dakaroise de Rebeuss pour gagner le Qatar, en juin 2016, le fils de l’ancien président sénégalais reste mutique depuis deux ans et demi sur cette échéance cruciale, alors même qu’il entend défier dans les urnes, en février, le président Macky Sall.

Prédictions hasardeuses

Adepte du secret et du « off the record », Karim Wade n’a en effet jamais livré, depuis son départ en exil, la moindre indication précise sur la date de son retour. La nature ayant horreur du vide, les quotidiens et sites Internet sénégalais se livrent donc, depuis plus de deux ans, à des prédictions hasardeuses.

Dernier en date à se jeter à l’eau, le 24 décembre, un quotidien local se montrait catégorique : « Le président de la coalition “Karim Président 2019” est attendu à Dakar mercredi [26 décembre]. Nos sources, qui sont formelles, nous signalent qu’il a quitté la capitale française pour un point de chute tenu pour le moment secret. »

Le 18 décembre déjà, le même journal livrait à ses lecteurs une « exclu » valant son pesant d’arachides : « Karim Wade a quitté Doha pour Versailles, où il réside au moins depuis vendredi [14 décembre] ». Plus étonnant, poursuivait-il : à Paris, « [Karim Wade] aurait, de source sûre, rencontré le président Macky Sall ce lundi [17 décembre] dans l’après-midi. Même si rien n’a filtré de leur rencontre, il est clair qu’il s’agit de négociations liées à son retour à Dakar… »

Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar

Le quotidien cité ici est loin de représenter une exception : à la grande loterie où l’on mise sur la date du retour de Karim Wade, chacun ou presque a eu l’occasion de parier un jour, à ses risques et périls, comme le montre ce florilège.

Dès juillet 2016, un site Internet se référait déjà à « certaines sources dignes de foi qui jurent, la main sur le cœur, que le pape du Sopi [Abdoulaye Wade] pourrait bien devancer Karim Wade à Dakar ». À l’époque, la date est encore floue… Mais en décembre 2016, un site saint-louisien entrevoit l’avenir de manière plus nette, après l’avoir lu lui-même dans les cauris d’une autre publication : « Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar. […] La décision du retour de Wade fils a été prise ce dimanche 25 décembre, lors d’un conclave de 48 heures avec l’ancien président Abdoulaye Wade, qui est à Dubaï depuis plus de cinq jours. »

Dernière ligne droite

Pourtant, le 15 janvier suivant, toujours pas de Karim en vue au pays de la Teranga… Qu’à cela ne tienne ! En mars 2017, un autre site web rend compte de la prophétie livrée, dans une célèbre émission radio, par un cador du PDS : « [Karim] m’a dit au téléphone qu’il sera là quand nous arriverons dans la dernière ligne droite des élections législatives [prévues le 30 juillet suivant], et qu’il participera à la campagne. La dernière ligne droite des élections législatives, c’est, pour lui, les trois mois qui précèdent la tenue des élections. »

Alhamdoulilah ! Karim Wade ne saurait tarder, se disent alors ses partisans – et les journalistes. Tous en seront pour leurs frais. En septembre de la même année, un confrère online convoque jusqu’aux mânes d’un ancien ministre d’Abdoulaye Wade, qui lui livre une énième « révélation » : « Karim Wade sera à Dakar en juin 2018 ». L’échéance approcherait-elle ?

Ses bagages atterrissent… mais pas lui !

La présidentielle, elle, se rapproche à grands pas. Le 8 septembre 2018, le même site se montre à nouveau sûr de son fait : « Le candidat déclaré du PDS, Karim Wade, est attendu en novembre à Dakar. Cette information vient des militants libéraux de la diaspora, qui se disent, cette fois-ci,  »catégoriques » sur son retour. » L’information est détaillée par un autre portail : « Karim Meïssa Wade et son père Gorgui Wade seront à Dakar dans la nuit du dimanche 18 novembre. Ce sera la veille [paradoxalement, pour ces talibés mourides revendiqués] du Gamou de Tivaouane. »

Puisque Karim tarde à rentrer, les oracles improvisés ont alors une idée de génie : à défaut de faire revenir au pays, par incantations interposées, le candidat du PDS, commençons par ses bagages ! Mi-novembre, un quotidien annonce donc en exclusivité qu’un vol de la compagnie Emirates a déchargé à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), à proximité de Dakar, les valises et autres malles d’un Karim Wade qui ne saurait tarder à les y rejoindre. Un convoi qui ne constituerait, selon ces sources, que « le premier lot des bagages lourds du fils de l’ancien Président », lesquels auraient été déposés dans la maison familiale du Point E.

Encore raté ! Novembre tire sa révérence sans que Karim Meïssa Wade montre le bout de son nez. Un nouvel oracle sort alors de son silence pour livrer la date que tout le monde, au Sénégal, attend : « Karim Wade annoncé à Dakar le 11 décembre prochain », titre-t-il.

Moralité : lui seul connaît la date…

La leçon à tirer de cette logorrhée prédictive n’est guère difficile à énoncer. Depuis deux ans et demi, malgré de multiples assurances formulées par le « syndicat des proches – anonymes ou non – de Karim Wade », il semble clair que nul ne connaît la date de son retour au Sénégal, à part lui-même.

D’où cette double prédiction qui évitera à JA, on l’espère, un camouflet brutal début 2019 : Karim Wade reviendra un jour prochain au Sénégal. Et ce jour-là, les médias l’apprendront vraisemblablement après son atterrissage, et non avant.

Source : jeuneafrique.com

 

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général adjoint des Nations unies se souvient de ce jour béni où la Mauritanie accédait à l’indépendance, voici cinquante huit ans. Souvenirs….

A Nouakchott en construction, ce lundi 28 novembre était une très belle journée, sans vent de sable…. Exceptionnelle aussi car agrémentée des plus beaux noms de la société Mauritanienne de l’époque, du défilé des troupes nationales à chameaux et de la présence de nombreux invités étrangers dont la présence exprimait le soutien international à la souveraineté du jeune état naissant.

Avec trois amis du lycée van Vollenvohen (aujourd’hui Lamine Gueye) de Dakar, où nous préparons le baccalauréat, je suis à Nouakchott pour servir de guide à l’un de ces invités officiels venus de l’extérieur.

Ferveur, enthousiasme et solennité marquaient cette première célébration de notre indépendance. Dans cette atmosphère de joie, sobre comme l’exige l’éthique de l’époque qui privilégie la modestie, régnait la certitude de réussir rapidement et l’indépendance politique et le développement économique. Une conviction intime bien partagée rendait notre enthousiasme contagieux. Les officiels – ministres, députés, administrateurs – se sentaient responsables du présent et de la préparation de l’avenir du pays.

Le président Moktar Ould Daddah symbolisait cette intime conviction. Il portait en lui une modestie qui à l’époque, et encore aujourd’hui dans certains milieux, était synonyme de probité et de rigueur. Du reste, ses premiers successeurs pétris dans ce solide moule de rigueur, les colonels Moustapha Ould Mohamed Saleck, Ahmed Ould Bousseif et Khouna Ould Haidallah étaient, comme lui, simples par éducation sociale, et sur le plan matériel, d’une grande probité.

Naturellement, peu de choses restent immuables. Les vicissitudes de l’histoire faisant évoluer la vie des nations et des hommes, la Mauritanie ne fait pas exception. Les valeurs et codes sociaux bougent comme les ambitions des dirigeants pour leurs pays. Mais le socle historique est éternel.

Aujourd’hui, en 2018, les priorités nationales se trouvent bouleversées. Devenues de simples raccourcis pour ceux qui se servent avec aplomb dans le domaine public. Bâtir et consolider une économie nationale, ambition des années de l’indépendance, ne tient plus face aux appétits insatiables de certains des dirigeants quand bien même les mauritaniens disent que "discrétion et avidité ne peuvent s’associer".

Apprécier et valoriser le passé n’est pas nécessairement une remise en cause du présent et encore moins du futur. Nous devons tous nous rappeler qu’il n’existe pas de fatalité dans la vie des hommes ou des états. Et nous rappeler aussi que les codes éthiques sont des exigences des sociétés parce qu’elles constituent une part essentielle de leur patrimoine immatériel. Comme tels, ils doivent être défendus par tous et en particulier par les dirigeants.

Au-delà des errements, mais grâce aux progrès réalisés et à la résilience de mes compatriotes, je n’ai pas de doute que ce pays se retrouvera. Réconcilié avec lui-même et fort du retour aux valeurs éthiques, celles qui abhorrent l’exclusion raciale et sociale, l’arrogance et son corollaire, la corruption.

C’est bien pour cela que ce lundi 28 novembre 1960 est encore présent dans mon esprit.

Source : Mondafrique

En attendant la présidentielle de 2019

En attendant la présidentielle de 2019Les contours restent flous autour des candidatures à la présidentielle de 2019. Ni le pouvoir, ni l’opposition ne veulent dévoiler les noms de ces hommes ou femmes qui brigueront le suffrage universel ;

Les mauritaniens se languissent de cette attente et de ce vide et ne savent point comment préparer leur engagement d’un coté ou de l’autre... Est-ce par tactique ou par pure incapacité de le faire ? La seule quasi certitude que les mauritaniens ont, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré une énième fois à la presse étrangère qu’il ne sera pas candidat.

Et cette fois, sa déclaration a été assez explicite, pour signifier à tous ces partisans du troisième mandat qu’il les a écoutés de même qu’il a écouté les défenseurs de la limitation et qu’en définitive il a pris fait et cause pour ces derniers.

Mais le hic c’est qu’en habile manœuvrier il a jeté un nouveau pavé dans la marre en précisant que rien ne l’empêche de se représenter à l’issue du prochain mandat quinquennal. Vaste programme pour les constitutionnalistes. Ce n’est point mon propos.

L’échéance de 2019 approche à grands pas et la Mauritanie va vivre un tournant de son histoire politique. Pour la première fois, un président mauritanien va céder un pouvoir non pas par les contingences d’un coup d’Etat ou d’une défaite électorale mais sous le coup d’un article de la constitution difficile à enfreindre à moins de subterfuges et de contournements peu orthodoxes et couteux que Mohamed Ould Abdel Aziz a eu l’intelligence d’éviter et dans l’intérêt général et dans son propre intérêt.

Pour la première fois également, le changement à la tête du pays peut ne pas signifier nécessairement un changement total de cap politique, ni de style de gouvernance, à moins qu’une alternance politique effective permette à un nouveau président élu de ne point appartenir à la famille politique du pouvoir en place ou d’être le protégé sponsorisé par l’actuel président et sa mouvance politique. Tout porte à croire que les mauritaniens, malgré l’acte posé par l’article de la constitution visant justement à favoriser une alternance politique, vont devoir ne pas se méprendre et être en mesure de comprendre certains faits et certains échafaudages politiques.

En quittant le pouvoir par astreinte constitutionnelle, donc à contre cœur, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a conservé des atouts qui peuvent lui permettre de mener en maestro, les joutes politiques à venir. D’abord, l’homme a visiblement les moyens financiers suffisants pour sponsoriser une candidature qu’il voudra, deuxièmement, les hommes qu’il a mis en avant pour d’éventuelles candidatures sont ses inconditionnels ; Je vois difficilement comment ils vont s’écarter d’un iota de son giron et de sa prédominance. Le Général Mohamed Ould Ghazounay est qualifié d’alter égo et de l’ami de la première heure et de la dernière heure ; Moulaye Ould Mohamed Laghdaf est un ami sûr, serviable et n’a jamais affiché d’ambitions personnelles à contre courant de celle du Président et Mohamed Ould Baya est l’homme à tout faire. Toute autre personnalité notamment hors de ce cercle restreint pourrait difficilement bénéficier de la confiance de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Néanmoins et en bémol à tout cela, depuis quelque temps selon les salons de Nouakchott, le général Ghazouany ferait face à une fronde silencieuse de l’entourage immédiat du Président visant à le discréditer et à lui barrer le chemin de la candidature. L’homme serait pourtant crédité d’une bonne aura au niveau de l’opinion nationale, des officiers de l’armée nationale et bénéficierait de l’aval tacite des capitales occidentales.

Mêmes certains pans de l’opposition ne feraient point la moue suite à sa candidature bien au contraire. Connu pour ses civilités, son calme et sa perspicacité, n’ayant jamais fait de vagues, il ne déplait pas aux mauritaniens ; seul couac, il prolongerait la main mise de l’armée sur le paysage politique, ce que pourtant d’aucuns pensent qu’il rectifiera très tôt dans le cadre de mesures décisives vers une alternance politique réelle. Quant à Ould Mohamed Laghdaf, jeté aux orties pendant quelques mois, suite aux manœuvres machiavéliques de l’ancien premier ministre Yahya Ould Hademine auprès du palais, il serait le joker de dernière minute après la subite supposée disgrâce de Ghazouani.

Ould Baya lui reste en réserve au cas où. Ces tergiversations au plus haut niveau pourraient expliquer le flou qui subsiste autour de l’annonce de ces candidatures. L’opposition, elle, se cherche toujours, et craint tellement le retour de Aziz, qu’elle se concentre sur le seul et unique objectif de le faire déguerpir, car à ses yeux, le mal c’est lui et lui seul ; qu’il tienne sa parole de quitter le pouvoir et n’importe qui sera le bienvenu. Courte vue, il faut en convenir.

Dans tous les cas et quel que sera le choix définitif de Mohamed Ould Abdel Aziz, la question est de savoir comment et jusqu’à quelle limite, chacun de ces présumés dauphins, pourra être capable, en cas de victoire et une fois assis sur le fauteuil présidentiel, de tenir dans une situation de président virtuel ? Les contingences de gouvernance seront si pressantes et si pesantes que l’imprévisible n’est pas à exclure. La question se pose de la même manière de savoir quelle marge de manœuvre pourra garder Mohamed Ould Abdel Aziz pour conserver un pouvoir d’influence une fois hors du circuit du pouvoir exécutif, parlementaire et législatif ;

Cela d’autant plus que l’homme malgré ses efforts évidents de laisser un bilan palpable, ( beaucoup d’infrastructures, de centrales électriques, de routes, modernisation de la capitale, renforcement des libertés surtout d’expression) a fait des erreurs qui le poursuivent, notamment le conflit avec Bouamatou, la mauvaise gestion du cas Biram, le choix d’un des plus contestés premiers ministre de l’histoire Yayha Ould Hademine, et de ministres peu acceptés par l’opinion tels Ould Diay et Mohamed Lemine Ould Cheikh entre autres, l’opacité qui a entouré certains grands dossiers économiques et financiers, et certains grands projets, et la non déclaration de son patrimoine qui a ouvert la voix à toutes sortes de rumeurs sur l’enrichissement personnel du Président Aziz et de son entourage immédiat.

Les deux principaux protagonistes de notre arène politique, le pouvoir comme l’opposition, focalisent donc leurs préoccupations sur le choix de l’homme providentiel qui pourrait non pas redresser la Mauritanie et la mettre sur la bonne voie, mais qui pourrait plutôt représenter le moindre mal pour sauvegarder et protéger les intérêts des uns grâce à la perpétuation d’un système ou alors pour nous débarrasser d’un encombrant et indécrottable Aziz pour les autres. N’auraient-ils pas pu s’entendre dans le cadre d’un consensus national sur une alternance politique concertée, porteuse de paix, de stabilité et d’épanouissement pour le peuple mauritanien ? Certes la part du pouvoir est largement plus grande dans cette responsabilité partagée.

Mais il faut aussi reconnaitre que ce même peuple qui a porté les uns au pouvoir et qui a confié aux opposants de ce pouvoir l’expression de leur paroles indignées sans jamais leur donner son soutien pour une quelconque alternance, est complice de la situation que vit la Mauritanie.

Les élites démissionnaires, auxquelles se sont substitués troubadours, flagorneurs et hypocrites de tous genres, ont achevé la tache que des ploutocrates, des tribalistes et arrivistes de tous bords ont entreprise depuis des décennies pour faire de la Mauritanie un pays du chacun pour soi Dieu pour tous, de la déliquescence des mœurs et des valeurs, de l’insouciance et de l’irresponsabilité, du clientélisme politique, du mercantilisme, de l’hypocrisie, de l’arrivisme, de la cassure du tissu social, de l’exacerbation des replis identitaires, du non respect de la chose publique, de l’instrumentalisation des institutions et de l’Etat, de la disparition des normes, des repères et des critères et de l’approfondissement du fossé entre riches et pauvres.

2019 sera une année test pour jauger la capacité des mauritaniens surtout des élites, qui ne sont pas seulement les diplômés, mais tous ceux qui ont la capacité de prendre conscience, de comprendre, d’agir sur leur environnement, à se ressaisir, oublier les intérêts étroits, les contradictions secondaires et pour une fois mettre en place la rampe de lancement d’une nouvelle Mauritanie, celle des institutions républicaines, des valeurs démocratiques, d’un partage des ressources, celle d’un homme une voix, celle du respect de l’égalité des chances, celle de la transparence des élections, de la transparence tout court, celle de la neutralité de l’administration, celle d’une CENI réellement indépendante et renforcée dans ses capacités, celle où chaque citoyen entreprend une prise de conscience réelle sur les enjeux futurs pour lui, sa survie, son avenir, ceux de sa famille, de ses enfants et des générations futures.

Mohamed Ould Abdel Aziz a pris une décision historique, celle de ne pas braver la constitution, il donne l’exemple ainsi à bien de dirigeants à travers le monde ; Son œuvre sera plus complète s’il accepte de se tenir à l’écart de tout ce qui peut de manière, illégitime, illégale ou immorale perturber les élections de 2019. Le peuple mauritanien lui en saura gré.


Source : Abou Moussa Pandel

 

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 )

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 ) L’ évènement fondateur du Mouvement National Démocratique ( MND) fut la tuerie des ouvriers de Zoueratt le 29 mai 1968. Ces ouvriers de la MIFERMA, ancêtre de la SNIM actuelle, avaient organisé une marche pour faire valoir leurs revendications et protester contre les pratiques de discrimination vis à vis des nationaux, de la part de la direction de cette entreprise alors entièrement à capitaux privés étrangers.

La répression de la manifestation pacifique sera féroce et le » massacre du 29 mai » entrera dans l’histoire sociale et politique comme le point de départ d’une opposition de type nouveau en Mauritanie.

Sous la direction d’un jeune étudiant d’ à peine 25 ans, Sidi Mohamed Soumeyda, la contestation du régime de Mokhtar Ould Daddah, prend de l’ ampleur et balaye tout le pays à partir de cette date.

Née dans le contexte mondial d’un anti-impérialisme virulent, la contestation politique unifie des courants et sensibilités politiques divers, en particulier les mouvements politiques nationalistes arabes et négro- africains, respectivement panarabistes et panafricanistes.

A quelques exceptions, leurs principaux leaders engagent un processus de rapprochement puis de fusion autour d’un idéal désormais commun: la lutte contre l’impérialisme ( domination étrangère) et le féodalisme-esclavagisme ( domination interne) qu’ incarnaient à leurs yeux, le régime de Mokhtar Ould Daddah.

La nouvelle opposition, rompt radicalement avec toutes les approches politiques antérieures, et ne se reconnaît que dans les mouvements de résistance anti-coloniaux qui avaient surgi dans le pays et dans la sous région, tout au long du processus de colonisation de la Mauritanie, au Nord comme au Sud, au sein de toutes les communautés du pays.

Pour le jeune mouvement, l’unité du peuple est la condition de la libération nationale et sociale qui constitue son objectif fondamental. Pour cette raison, il reconnaît et proclame pour la première fois dans l’histoire politique du pays, l’existence de » quatre nationalités » comme composantes fondamentales de la nation mauritanienne en gestation, unie chacune par son histoire particulière, et se traduisant par la réalité d’une langue propre et d’une culture spécifique.

Le MND reconnaît donc l’existence d’une problématique majeure dans l’édification et la pérennité d’un Etat moderne en Mauritanie: la » Question nationale ». Le concept est d’emprunt marxiste-leniniste, doctrine phare à l »époque, dans le monde entier, en particulier dans un Tiers-Monde en pleine émergence.

Sur cette question, comme sur la plupart des autres, la confrontation avec les thèses du régime est totale. Pour ce dernier, les ethnies n’existent pas et l’ État est placé au dessus des réalités sociales.

Toute politique menée par l’État, doit donc être considérée uniquement sous l’angle de son objectif d’ utilité publique. Peu importe que certaines parties de la population doivent faire un effort bien supérieure à d’autres pour en bénéficier.

Peu importe même qu’elles en soient exclues à défaut d’être assimilées et de perdre leur singularité.

Dans cette approche utilitariste, l’usage de la langue arabe comme langue nationale exclusive rejoint la doctrine classique francaise en la matiere. Pour le MND, cette approche est inacceptable et débouche fatalement sur le chauvinisme de l’Etat au nom de la recherche utilitariste de l’uniformité.

C’est cette approche qui explique la crise identitaire qui secoue périodiquement le pays comme en 1966-67, fragilise et corrode peu à peu l’unité du peuple. L’un des tous premiers combats du Mouvement sera mené sur le front culturel.

Il consistera à revendiquer la reconnaissance des langues nationales des minorités négro-africaines jusqu’alors considérées ( comme d’ailleurs encore dans nombre de pays africains) comme des » dialectes » ou, au mieux, comme des « langues vernaculaires ».

Cette reconnaissance est placée sous l’angle de l’unité nationale et jugée à l’aune de l’ égalité de ces composantes du pays. Une forte mobilisation est organisée autour de cette question qui, pour la première fois, est envisagée dans une perspective autre que celle du partage de pouvoir entre les fractions dominantes ( » bourgeoisies bureaucratiques et compradores ») au sein du pouvoir d’État.

En imposant le débat public sur la question, le Mouvement articule sa propre conception autour de l’exigence de dépasser toute approche particulariste, arabe ( nationalisme chauvin majoritaire) ou négro-africaine ( nationalisme étroit minoritaire) fondée sur la mise en avant exclusive de sa seule nationalitè ( ethnie) à l’exclusion des autres.

Pour le MND, tout nationalisme doit être patriotique, c’est-à dire guidé par le souci de préserver l’unité du pays, dans l’intérêt de chacune de ses composantes et dans l’intérêt de tous.

Il considère comme nécessaire que la lutte pour les intérêts de chaque communauté ethno-linguistique soit intégrée dans le cadre plus vaste du combat pour l’émancipation du peuple mauritanien.

Sur le plan pratique, le Mouvement considérera comme une exigence de l’État, la promotion et le développement de toutes les langues nationales, comme langues d’enseignement et d’administration publique.

Pour cette raison, il défendra fermement, l’usage des caractères latins pour la transcription des langues pular, Wolof et soninke au moment où les nationalistes arabes voulaient leur imposer les caractères arabes, sans tenir compte des besoins d’ouverture extérieure de ces langues dont nombre de leurs locuteurs utilisaient déjà les caractères latins officialisés par les organisations internationales comme l’Unesco.

Au debut des années 70, dans le sillage des puissantes luttes politico-syndicales dirigées par le MND, naît et se développe également, un vaste courant culturel patriotique au sein des communautés négro-africaines dans le cadre duquel émergeront des figures emblématiques et pionnières comme Diop Mourtodo, Kane Saidou, Sarr Ibrahima, Dia Amadou Oumar etc…., qui furent à des degrés divers des militants et même des cadres supérieurs de ce mouvement, en ces temps là.

Un des apports décisifs du MND dans l »histoire politique de la Mauritanie est d’avoir pu apporter une autre perspective d’analyse et d’action politique dans ce pays, qui rompe avec ce qui avait cours jusqu’alors et qui, au final, a pu tracer, même à grands traits, les principaux termes de réponse viable à cette question nationale si évolutive et si prompte à faire l’objet des pires manipulations. Et donc si potentiellement dangereuse.

Gourmo Abdoul Lo

L’Algérie et ses voisins : Une stratégie évidente de satellisation /Par Moussa Hormat-Allah

L’Algérie et ses voisins : Une stratégie évidente de satellisation /Par Moussa Hormat-AllahLe Calame entame à partir d’aujourd’hui, en exclusivité, la publication des bonnes feuilles du nouveau livre de M. Moussa Hormat-Allah, intitulé :

«Conflit du Sahara : Dans le premier cercle de Driss Basri, l’ancien ministre marocain de l’Intérieur ».
Ce livre sortira très prochainement.

Note de l’auteur

L’étude qui suit a été adressée concomitamment à SM le Roi Mohamed VI par le biais de M. Mohamed Yassine Mansouri, directeur général de la DGED et à SEM Mohamed ould Abdelaziz, président de la République par l’intermédiaire de M. Moulaye ould Mohamed Laghdaf, alors ministre, secrétaire général de la Présidence.

Ce rendez-vous avec l’ancien premier ministre a été pris par mon frère et ami, M. Mohamed Yehdhih ould Mokhtar El Hassan, ancien ministre de l’Intérieur. Dans l’intérêt bien compris des pays de la sous-région, d’autres études stratégiques ont été adressées, par la suite, aux deux chefs d’Etat précités.

L’ETUDE

Dans tout processus de décision, le recours à la prospective est devenu incontournable. Car la prospective favorise la prise en compte de l’avenir dans les décisions du présent. Elle permet d’anticiper les événements et de se faire une idée précise de l’évolution probable d’un évènement donné. Ce faisant, on peut ainsi envisager, à l’avance, les parades appropriées pour faire face à cet évènement. Ceci est d’autant plus important si cet évènement peut menacer l’avenir ou le devenir d’un ou plusieurs Etats.

Dans cette optique, et au-delà des contingences du présent, il est permis de réfléchir sur ce que seront, demain, les rapports de l’Algérie avec ses voisins.

Cette projection dans le futur doit, naturellement, se faire sur la base d’éléments d’appréciation géopolitiques et géostratégiques précis ou prévisibles. Dans le cas d’espèce, c’est-à-dire celui de l’Algérie, on devra prendre en compte tous les paramètres présents ou à venir à partir de la vision que l’on s’en fait à Alger.

L’hégémonisme algérien : une revanche sur l’adversité

Est-il besoin de rappeler cette vérité élémentaire : tout Etat a, en principe, une stratégie pour conduire sa politique étrangère et assurer, le cas échéant, sa présence et son rayonnement dans sa zone d’influence.

Du reste, la volonté d’hégémonisme de l’Algérie est revendiquée et assumée officiellement. A ce sujet, on se rappelle le fameux discours du président Boumediene où il a martelé avec vigueur : « Tout ce qui se passe entre Le Cap et Le Caire doit avoir l’aval d’Alger ».

En clair, Boumediene assigne à l’Algérie un objectif précis : le leadership panafricain.

Il va sans dire, que si on est animé par une telle volonté de leadership continental, on doit, en toute bonne logique, avoir la même ambition sur le plan sous-régional.

Par-delà les longues et douloureuses périodes d’occupation notamment turque et française, les velléités d’hégémonisme de l’Algérie sont, probablement, nées de deux événements qui ont marqué l’histoire récente de ce pays. Ces événements ont traumatisé les Algériens et ont forgé, dans la douleur, la conscience collective de ce peuple.

Au premier chef, les massacres de Sétif dans le Constantinois algérien en 1945 où les forces françaises ont exécuté de sang-froid plus de quarante-cinq mille algériens (45.000) à la suite d’une manifestation pacifique pour réclamer l’indépendance du pays.

Traumatisé par la vue de ce spectacle macabre, l’écrivain algérien Kateb Yacine, alors lycéen témoigne : « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que j’ai ressenti devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme(…) ».

Au lendemain de ces massacres, les chefs historiques du FLN entrèrent en dissidence et prirent le maquis. D’abord Krim Belkacem, suivi peu après par Aït Ahmed, Ben Bella

Le deuxième évènement marquant, est la débâcle de la jeune armée algérienne en 1963 lors de la guerre des sables qui l’opposa à l’armée marocaine.

Pour conjurer ce passé traumatisant, l’ANP (l’Armée Nationale Populaire) s’est assignée pour mission de s’ériger en rempart pour que les Algériens ne revivent jamais plus Sétif ou Hassi Beïda. Ce qu’ils appellent communément la « Hougra ».

Source de fierté nationale et symbole d’une revanche sur l’adversité, l’ANP est une institution vénérée où se reconnaissent tous les Algériens.

L’Etat lui a accordé une priorité absolue pour la mettre dans des conditions optimales de combat en cas de conflit.

On a calculé qu’entre 2000 et 2015, ses seuls achats d’armement se sont élevés à 150 milliards de dollars et ce, à raison d’une moyenne de 10 milliards de dollars par an.

Selon le rapport publié le 18 mars 2013 par l’institut d’études stratégiques de Stockholm, l’Algérie a fait son entrée parmi les 6 pays importateurs majeurs d’armes au monde.

Bien qu’elle ait diversifiée ses sources d’approvisionnement, l’Algérie est restée, par ailleurs, le leader en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en matière d’acquisition d’armement russe.

Nous donnerons plus loin, un aperçu sur cet impressionnant arsenal militaire algérien. Mais déjà une double question vient tout de suite à l’esprit : L’Algérie veut-elle se défendre contre qui ? Ou, à l’inverse, l’Algérie veut-elle attaquer qui ?

A la première question la réponse est aisée. L’Algérie pourrait vouloir se défendre contre ses voisins.

On conviendra facilement que ni la Tunisie, ni la Mauritanie, ni le Mali, ni le Niger, ni la Libye ne peuvent constituer pour elle aucune sorte de menace. Chacun de ces États a déjà procédé avec elle à la ratification et au bornage des frontières communes. Ce sont, de surcroit, des pays qui se trouvent, pour la plupart, dans la mouvance d’Alger.

Reste le Maroc. Alger est bien conscient que les rapports de force militaire –sur le papier – avec Rabat sont largement en sa faveur bien que le Maroc dispose d’une puissante armée avec des officiers de grande valeur. Du reste, Hassan II a déjà répondu, sous forme de boutade, à cette question : « On n’a jamais vu une Monarchie menacer une République ».

Il faut souligner que les deux pays n’ont pas accordé le même intérêt à leur armement. En schématisant, on peut dire que le Maroc s’est occupé de son développement économique sans se soucier outre mesure de la protection de son territoire. L’Algérie, pour sa part, s’est occupée de la protection de son territoire sans se soucier outre mesure de son développement économique.

Pas de méprise. Par sa puissance militaire inconsidérée, l’Algérie vise un double objectif : s’imposer certes comme une superpuissance africaine mais surtout imposer, dans la foulée, son diktat au Maroc en vue d’une nouvelle redistribution des cartes sur le plan géopolitique. Pour ce faire, la stratégie d’Alger est simple : affaiblir durablement le royaume chérifien, son rival potentiel et, accessoirement, fragiliser ses autres voisins notamment la Mauritanie et le Mali. Mais au fait, l’Algérie a-t-elle les moyens militaires de son ambition ?

L’ANP : des moyens humains et matériels qui dépassent largement les besoins de défense de l’Algérie

Selon le très sérieux Global Fire Power, le site spécialisé dans l’armement des grandes puissances militaires mondiales, l’Algérie possède la deuxième armée la plus puissante d’Afrique et du monde arabe, juste derrière l’Egypte et avant l’Afrique du Sud. Dans son classement de 2015, le Global Fire Power détaille l’arsenal militaire algérien : 448 avions de combat (dernière génération), 975 chars de combat (neufs), 60 navires de guerre…

Global Fire Power révèle aussi que l’Algérie dépense en moyenne, 10 milliards de dollars par an pour ses achats d’armement.

Si l’arsenal militaire algérien est impressionnant, les effectifs de l’ANP le sont tout autant. Selon cette même publication de référence citée plus haut, l’armée algérienne compte 512.000 militaires de carrière et 400.000 réservistes. En gros, un million de soldats entre actifs et réservistes. Les 512.000 militaires de carrière sont répartis comme suit :

- Les effectifs des 3 armées (terre, air et mer) (255.000)

- Les effectifs de la Gendarmerie nationale (180.000) ;

- Les effectifs des forces autonomes dites de « Défense aérienne du territoire » auxquels s’ajoutent les effectifs du Département du renseignement et de la sécurité et ceux de la Garde républicaine (77.000).

Rappelons, au passage, que la population totale de l’Algérie avoisine les 40 millions. L’Algérie est le deuxième pays arabe le plus peuplé après l’Egypte. Par ailleurs, avec la partition du Soudan, l’Algérie est devenue le plus grand pays d’Afrique, du monde arabe et de tout le bassin méditerranéen.

Ces effectifs de l’armée algérienne sont d’autant plus impressionnants que l’ANP ne compte plus dans ses rangs que des soldats de métier. En effet, depuis le début des années 2000, l’Algérie a opté pour la professionnalisation des armées et l’abandon de la conscription. L’Algérie a remédié ainsi à ce qui était naguère le talon d’Achille de l’ANP. Il est bien loin le temps où celle-ci était constituée de maquisards sans grande expérience du combat, avec un armement rudimentaire.

Il n’est pas question ici de faire une étude exhaustive de l’arsenal militaire algérien. Des centaines de pages ne suffiraient pas pour le détailler. Aussi, nous nous contenterons d’en donner un aperçu, à titre indicatif.

L’armée de l’air :

Avions de combat :

Tous les instituts d’études stratégiques : Stockholm, Londres, Washington…sont unanimes pour dire que l’Algérie dispose de plus de 450 avions de combat dernière génération. L’armée de l’air algérienne est équipée d’avions de combat essentiellement russes : SU-34, SU-30MK, SU-30 MS, MIG 29, MIG 31, …

Ces aéronefs, fleurons de l’aviation russe, ont été achetés pour remplacer les vieux SU-24 et autres MIG déclassés.

L’armée de l’air algérienne dispose aussi d’avions espions (rayon 3000 kms), de drones et de stations d’écoutes et de détection très sophistiquées pour la surveillance du territoire national avec un système d’alerte qui prévient de toute violation des frontières.

Hélicoptères et avions militaires de transport :

L’armée de l’air algérienne dispose de centaines – je dis bien de centaines – d’hélicoptères de combat et d’hélicoptères de transport lourd. Elle dispose, par ailleurs, d’une cinquantaine d’avions de transport gros porteurs de matériel et de troupes de divers types…

L’Algérie possède aussi des avions ravitailleurs…

Missiles balistiques :

L’Algérie dispose d’un grand nombre de rampes de lancement de missiles balistiques SCUD (mobiles ou fixes) d’une portée de 1000 kms.

Certains responsables algériens affirment, en privé, qu’ils ont les moyens militaires de mettre le Maroc à genou sans qu’aucun soldat de l’ANP n’ait franchi la frontière commune. Ils expliquent ainsi que toutes les grandes villes marocaines de Tanger à Laayoune en passant par Fès, Rabat, Casablanca, Marrakech ou Agadir sont à la portée de leurs missiles balistiques SCUD (mobiles et fixes), sans parler de l’appoint de leurs sous-marins, tapis dans les profondeurs de la Méditerranée et de l’Océan atlantique.

En dehors de cette menace potentielle sur les grandes agglomérations, ces responsables algériens affirment aussi être en mesure de détruire l’économie marocaine en attaquant toujours à partir de l’Algérie et par les mêmes moyens les principaux sites stratégiques du royaume : barrages, ports, aéroports, centrales électriques, dépôts de carburants, etc.

Dans la foulée, on affirme aussi à Alger qu’en cas de conflit avec le Maroc, la psychose qui s’emparera ainsi des populations marocaines sera leur principal allié. Avec l’espoir d’une fragilisation du régime provoquée notamment, selon eux, par des troubles sociaux, une montée probable de certains périls qui couvent : intégrisme religieux, velléités sécessionnistes de certaines régions du royaume et autres menaces internes diffuses.

Missiles de défense aérienne :

Outre toute la panoplie classique de missiles conventionnels de défense anti-aérienne, l’Algérie s’est dotée de nouveaux missiles russes d’une efficacité redoutable. Il s’agit des S-300 et des S-400. Après les S-300 acquis en 2011, l’Algérie a acheté à la Russie des missiles S-400.

«Le S-400 est un système de défense antiaérienne et antimissiles mobiles. Ces systèmes sont composés de missiles de défense aérienne de moyenne portée qui peuvent être déployés à une large échelle. Ils sont capables de guider 72 missiles engagés contre 36 cibles simultanées dans un rayon de 400 kms et d’abattre toutes cibles aériennes, avions, missiles de croisière ou de drones jusqu’à une altitude de 30 kms.

Pour les Occidentaux, le S-400 est le meilleur missile de défense aérienne au monde. Il est largement supérieur à son concurrent américain, le fameux missile anti-missile Patriot PAC3. On le surnomme le super-Patriot russe.

La portée du S-400 est de 400kms (soit le double du Patriot américain) et peut atteindre une altitude de 30kms.

Le S-400 peut intercepter des missiles d’une portée de 3.500 kms, jusqu’à des vitesses de plus de Mach 15. Le système S-400 peut également tirer un missile plus léger, conçu pour l’interception des missiles de croisière, volant à basse altitude. »


Pour montrer la redoutable efficacité des S-400, il faut se rappeler qu’au moment où la Russie s’apprêtait à vendre ces missiles à l’Iran, les Etats-Unis ont tout fait pour faire échouer cette transaction. Ils sont même allés jusqu’à faire, en guise de compensation, d’importantes concessions en faveur de Moscou.

Car Washington est bien consciente qu’avec les S-400, les espaces aérien, terrestre et maritime de l’Iran deviendront inviolables. Et le programme nucléaire iranien pourra alors se poursuivre en toute impunité et les menaces récurrentes israéliennes de détruire les sites nucléaires iraniens relèveraient alors du domaine des vœux pieux.

Il faut rappeler que la ville de Moscou et les sites stratégiques en Russie sont protégés par des batteries de missiles S-400.

Outre, les S-300 et les S-400, l’Algérie dispose aussi de missiles TOR-M2 et BUK-M2, lesquels sont tout aussi redoutables que les S-400.

« Le système tactique TOR-M2 assure la protection des sites d’importance stratégiques contre les frappes de missiles antiradars, de croisière, de drones, de bombes guidées, d’avions et d’hélicoptères. Le système TOR-M2 n’a pas d’équivalent au monde.

Une batterie de missiles TOR-M2 comprend quatre rampes de lancement mobiles capables d’abattre 16 cibles évoluant de tous côtés à une vitesse de plus de Mach 2 à une distance de 12 kms et à une altitude de 10 kms. Ce système est opérationnel par tout temps, de jour comme de nuit ».


Avec les systèmes, S-300, S-400, TOR-M2 et BUK-M2, tout le territoire national algérien, villes et sites stratégiques, est complétement à l’abri de toute attaque aérienne, maritime ou terrestre d’où qu’elle vienne.

A ce sujet, Menadéfense écrit : « La défense aérienne du territoire algérien a connu une véritable révolution ces dix dernières années, propulsant l’Algérie dans la catégorie des pays les plus en avance dans le domaine ».

Tous ces missiles y compris les missiles balistiques SCUD sont déployés essentiellement dans la 2ième région militaire (Oran) et la 3ième région militaire (Béchar) qui abrite la 250e compagnie de missiles de défense anti-aérienne longue portée. En d’autres termes, ces missiles sont pointés vers le Maroc, le Sahara et la Mauritanie, théâtres potentiels d’un conflit armé.

La marine de guerre :

L’Algérie possède 60 navires de guerre et attend la livraison prochaine de 26 autres. Soit au total une armada de près de 100 navires de guerre.

La marine algérienne dispose d’un navire-amiral – ce qui est rare pour un pays en développement avec toute son escorte habituelle de sécurité et de ravitaillement.

Elle dispose aussi d’un porte-hélicoptères, de dizaines de frégates, de corvettes équipées de missiles SS-N, de vedettes, de lance-missiles (SSM Styx), de lance-torpilles, de dizaines de patrouilleurs de tous types, de dragueurs de mines, etc.

Les bâtiments de la marine de guerre algérienne sont équipés de missiles antimissiles.

L’Algérie a acheté à l’Italie un bâtiment de projection de type San Giorgio. Ce bâtiment peut mener des opérations amphibies, de soutien logistique et pourra même servir de plate-forme anti-sous-marins.

La marine algérienne dispose aussi de :

6 sous-marins de type Kilo :

2 Class Kilo 877 EKM

4 Classe Kilo 636 M

D’embarcations de débarquement ;

De bombardiers SU-24 MK pour les missions de soutien

De SU-30 et B-200 T pour les missions de reconnaissance ;

D’hélicoptères Ka-32, utilisés notamment pour la détection de sous-marins ;

La défense côtière est équipée de batteries mobiles CSS-C-2 et de batteries mobiles Kh-35 E.

La marine de guerre algérienne dispose de systèmes IFF permettant de différencier les appareils amis et ennemis, qu’il s’agisse de navires ou d’avions de combat…

Parlant de la marine de guerre algérienne, les experts de l’OTAN affirment à l’unisson que la « La flotte algérienne devra être prise au sérieux en Méditerranée ».

L’armée de terre :

L’armée de terre algérienne dispose d’une panoplie d’armements qui va du simple fusil d’assaut au missile le plus sophistiqué et du simple transport de troupes blindé aux chars de combat les plus performants.

Bien qu’officiels, les chiffres qui suivent datent de 2011 et sont probablement bien en deçà de la réalité car les États, secret défense oblige, ont une propension à minorer leur arsenal militaire.

En dehors des 975 chars neufs cités plus haut, l’armée de terre algérienne possède d’autres chars de combat de différents types :

6OO chars T-90

500 chars T-72

300 chars T-62

200 chars T-55…

L’Algérie a fait don au Polisario de beaucoup de matériel militaire reformé comme les chars T-52, T-62, pièces d’artillerie…

L’armée de terre algérienne possède 685 véhicules de transport de troupes de type BM P-1 et plus de 1200 autres véhicules de transport de troupes de différents types.

Elle possède aussi des milliers d’automitrailleuses, de lance-roquettes multiples, de pièces d’artillerie, de mortiers de différents types et de différents calibres. Elle possède également 500 blindés anti-aériens ZSU-23-3 et autres.

L’armée algérienne a passé, par ailleurs, en août 2013 deux commandes, l’une pour l’acquisition du fameux BMPT Terminator et l’autre pour l’acquisition de chars T-90 SA.

« Le BMPT (Terminator) est le premier blindé destiné uniquement à la protection des blindés. Aucun autre blindé au monde n’est spécifiquement conçu pour assurer ce type de mission ».

Le Terminator est appelé : « garde du corps des chars ». Il est doté d’un blindage spécial et est armé notamment de lasers.

Enfin, il faut noter que le génie militaire algérien possède d’énormes moyens logistiques.

L’Algérie crée sa propre industrie d’armement pour faire face à tout éventuel embargo sur les armes

Nous venons de faire une énumération non exhaustive de l’armement algérien. Mais le point le plus important à souligner, c’est que l’Algérie a créé sa propre industrie nationale d’armement.

En effet, dès 1980, l’Algérie a élaboré une stratégie pour assurer l’autonomie de l’ANP par rapport à l’étranger. Alger veut ainsi éviter toute dépendance de l’étranger notamment en cas d’embargo sur les armes comme ce fut le cas lors de la guerre civile en Algérie en 1991 après que la victoire électorale du FIS fut annulée par l’armée.

Avant 2000, l’industrie militaire algérienne était modeste et non concurrente. L’ANP produisait sur place des équipements militaires légers sous licence russe et chinoise. Depuis, les choses ont bien changé. La production locale de l’armement est assurée par la Direction des Fabrications Militaires (DFM).

Dans les usines de la DFM, on produit différents types de matériel et d’équipements militaires :

« Pistolets mitrailleurs, fusils à pompe, fusils mitrailleurs, pistolets automatiques, pièces de rechange et d’outillages…

Paratonnerres, groupes électroniques, stands de tirs, matériel d’intendance, matériel paramédical,…

Grenades, mines antichars…

Véhicules de transport de troupes (BCL M-5), véhicules blindés de combat d’infanterie qui sont fabriqués à la Base centrale de logistique dans la ville de Blida.

Remorques porte-engins, camions-ateliers, camions frigorifiques, moyens d’emport et de stockage d’eau et de carburant, camions anti-incendie…

Avions légers biplace (FErnas-142), avions légers quadriplace (Safir-43),…fabriqués par l’entreprise aéronautique non loin de la ville d’Oran.

Drones. Les drones algériens sont du type HALE (haute altitude, longue endurance). Ils peuvent voler à une altitude de 7000 mètres avec une autonomie de 36 heures.

Corvettes Classe Djebel Chenoua et patrouilleurs Classe Kébir, fabriqués pour les besoins de la Marine nationale algérienne à la base navale de Mers el-Kébir, dans la banlieue d’Oran. Mers el-Kébir, il faut le rappeler, est la plus grande base aéronavale de la Méditerranée.

Matériel électronique de dernière génération, à usage sécuritaire et militaire, des appareils de communication tactiques et des radars de détection et de surveillance, fabriqués par l’usine de la Société Commune Algérienne de fabrication de Systèmes Electroniques (Scafse) basée à Sidi Bel Abbés. »


Pour promouvoir davantage son industrie militaire, l’Algérie a signé des accords de partenariat avec plusieurs pays…

Pour l’observateur averti, Alger prépare déjà la guerre

Avec les développements qui précèdent, on a pu se faire une idée sur l’imposant arsenal militaire dont dispose l’ANP. Il va sans dire que cet arsenal dépasse largement les besoins de défense de l’Algérie. Dès lors, une question s’impose tout naturellement : Pourquoi tant d’armes ?

Nous avons déjà, au début de cette étude, donné un commencement d’explication à ce phénomène.

Quand on consent tant de sacrifices et qu’on investit tant d’argent dans une affaire déterminée, c’est qu’on a bien un objectif précis à atteindre. Cet objectif est du reste connu. Pourquoi alors continuer à tourner autour du pot ? D’autant que les velléités d’hégémonisme de l’Algérie sont désormais un secret de polichinelle.

Les gouvernements algériens eux-mêmes ne s’en cachent plus. Tout l’arsenal militaire algérien est mis au service d’un seul objectif : la grandeur et le rayonnement de l’Algérie.

L’Algérie cherche ainsi à imposer son diktat à l’ensemble des pays de la sous-région. Pour Alger, ces pays doivent se placer, bon gré, mal gré, dans sa mouvance.

Dans cette optique, le Maroc, la Mauritanie, le Mali….sont voués à devenir de simples wilayas où tout ce qui est important doit être décidé à partir d’Alger, la nouvelle métropole.

L’affaire du Sahara pourra être la carte maîtresse dans la stratégie de l’Algérie. Cette stratégie est, probablement, axée autour de deux points :

Affaiblir durablement le Maroc d’une part et, d’autre part, fragiliser la Mauritanie et le Mali.

Par Polisario interposé, fédérer sous la bannière de l’Algérie tous les Maures de la sous-région. On verra plus loin comment.

Mais avant de poursuivre, une brève digression. L’auteur de ces lignes n’a aucune animosité ni envers l’Algérie ni envers le Polisario. Il a une immense admiration pour la lutte héroïque menée par le valeureux peuple algérien pour son indépendance.

Quant au Polisario, il y compte certains amis dont des membres fondateurs de ce mouvement. Il a même un lien de parenté avec son chef, M. Brahim Ghali dont la grand-mère est une cousine, issue de la tribu des Oulad Ebeïri.

Sur un plan personnel, on peut être pour ou contre la cause sahraouie. Mais là n’est pas la question. C’est dire que l’unique objet de cette étude et de celles qui suivront n’est rien d’autre que de mettre en exergue toutes les données du conflit du Sahara pour l’appréhender dans ses multiples dimensions : militaire, politique, sociologique et culturelle afin de lui trouver une solution consensuelle qui agrée toutes les parties. Cette parenthèse refermée, reprenons le cours de nos développements.

Installer le Polisario au Sahara est, probablement, le point focal dans la stratégie d’Alger

S’agissant du Maroc, les stratèges algériens pensent que la situation au Sahara de « ni paix ni guerre » qui dure depuis 40 ans, a rendu exsangue l’économie marocaine. La course effrénée à l’armement qu’ils ont imposé à coups de milliards de dollars, ne permet pas au royaume chérifien de suivre. Pour eux, la situation est à présent propice à un dénouement en leur faveur. Comment ?

En provoquant directement ou indirectement une étincelle qui pourra mettre le feu aux poudres. Cette étincelle pourra venir, soit à la suite d’un incident frontalier entre le Maroc et l’Algérie où chaque partie rejetterait la responsabilité sur l’autre, soit par une reprise des hostilités entre le Maroc et le Polisario au Sahara avec, comme à Amgala en 1976, l’engagement de l’ANP aux côtés des Sahraouis.

La perte éventuelle du Sahara constituerait alors une nouvelle donne géopolitique qui servira de fer de lance à la stratégie d’Alger dans la sous-région.

D’autant que les Algériens pensent qu’une fois le Polisario installé au Sahara à la faveur d’une victoire militaire algérienne sur le terrain, le Maroc se retrouverait alors en porte-à-faux avec le Droit international, car pour l’ONU, le Sahara n’est pas une partie intégrante du royaume.

D’autre part, les Algériens sont aussi conscients qu’en cas de conflit armé entre le Maroc et l’Algérie au Sahara, les risques d’une intervention étrangère française, américaine ou autre en soutien à Rabat, sont quasi nuls. Pourquoi ?

Cette intervention – si tant est qu’elle puisse être envisagée – ne pourra se faire que de deux façons : soit à la suite d’une résolution du Conseil de sécurité dans le cadre du chapitre 7 de la charte de l’ONU, soit à la suite d’une action militaire unilatérale qui transgresserait la légalité internationale. Dans un cas comme dans l’autre, elle a de faibles chances d’aboutir.

Dans le premier cas, celui du Conseil de sécurité, le véto russe en faveur de l’Algérie sera acquis d’office. Car l’Algérie est le premier acheteur d’armes russes en Afrique et au Moyen-Orient et l’on sait que l’acquisition d’armement équivaut, dans la pratique, à un soutien politique et diplomatique, au pays client. Surtout, s’il s’agit d’un client, en l’occurrence l’Algérie, qui a déjà acheté chez son fournisseur russe pour des centaines de milliards de dollars d’armes.

Dans le deuxième cas, celui d’une éventuelle intervention armée menée de l’étranger, il faut tout de suite dire que celle-ci est peu probable pour deux raisons : d’abord, il n’y a aucun enjeu stratégique majeur pour l’Occident ; deuxièmement et surtout, son prix en vies humaines sera très élevé.

Car avec les systèmes S-300, S-400, TOR-M2 et BUK-M2, tout le territoire algérien, villes et sites stratégiques, est en principe, complétement à l’abri de toute attaque aérienne, maritime ou terrestre d’où qu’elle vienne.

Enfin, il faut noter que l’accord de défense qui lie le Maroc et la France ne pourra pas être mis en œuvre car Paris se retrouvera en porte-à-faux avec la légalité internationale mais aussi et surtout, son coût en vie humaines sera très élevé pour la partie française.

C’est dire que les belligérants – Maroc et Algérie – seront livrés à eux-mêmes et seul le rapport des forces sur le terrain déterminera l’issue de la guerre.

Les Algériens affirment, en privé, qu’en cas de conflit armé avec le Maroc, la monarchie sera fortement ébranlée. Car le consensus national autour de l’affaire du Sahara est le ciment de l’unité autour du Roi.

Pour les Algériens, le Maroc a annexé le Sahara au mépris du Droit international et quelques grands que soient les investissements et les infrastructures qu’il a réalisés dans l’ancienne colonie espagnole, ou le nombre de Marocains qu’il a installés sur place, cela ne lui confère nullement un titre de propriété sur ce territoire.

Pour les Algériens, le Sahara appartient aux Sahraouis et ils ont la ferme intention, le moment venu, de les y installer même au prix d’une deuxième guerre des sables qu’ils pensent remporter facilement.

Le plan algérien ?

Mais pas de méprise. En installant le Polisario au Sahara, il va sans dire que les Algériens cherchent à instrumentaliser les indépendantistes sahraouis pour servir leur propre dessein dans la sous-région. Avec un objectif : reléguer le Maroc au second plan et fédérer, à terme, les Maures des pays voisins et les placer dans le sillage d’Alger.

Au Nord, on expliquera aux Maures de Goulimine, Tan-Tan et Assa Zag – provinces sous souveraineté marocaine incontestée – que leur avenir est indissociablement lié avec celui de leurs frères du Sud. Et que le chamboulement géopolitique qui vient d’avoir lieu dans la sous-région leur ouvre de nouvelles perspectives…

Par ailleurs, il n’est pas exclu, que le Polisario fort du soutien militaire et diplomatique de l’Algérie, aille jusqu’à revendiquer ces provinces arguant que le Sahara s’arrête aux contreforts de l’Atlas, c’est-à-dire à Bizakaren et que, par conséquent, Goulimine, Tan-Tan et Assa Zag sont des entités sahraouies.

Au sud, c’est-à-dire en Mauritanie, les Algériens pensent que les choses pourront aller beaucoup plus vite. L’Algérie, par Polisario interposé, installera, vraisemblablement, à Nouakchott un régime pro-indépendantiste sahraoui.

D’autant, qu’il y a déjà un douloureux précédent. Dans ses mémoires, l’ancien président Haïdalla révèle que si les plans de El Ouali, le leadeur sahraoui qui attaqua Nouakchott à la tête d’une puissante colonne du Polisario en 1976 avaient réussi, le Polisario et l’Algérie allaient placer un mauritano-sahraoui – dont il a cité le nom –, à la tête de l’Etat mauritanien.

Ce personnage, - Ahmed Baba Miské – cité nommément par Haïdalla, jouera, plus tard, selon plusieurs témoins un rôle de premier plan dans la préparation du coup d’Etat de juillet 1978.

Alger cherchera, probablement, par ailleurs, à soudoyer à coups de millions de dollars tous les responsables mauritaniens qui l’accepteront : officiers de l’armée, notables, hommes d’affaires, membres de la société civile, médias…

L’Algérie pourra aussi procéder à des investissements colossaux sans précédent en Mauritanie, probablement, 5 à 10 milliards de dollars. Ce qui ne manquera pas d’avoir un impact sur la vie de tous les jours : baisse des prix, amélioration sensible du pouvoir d’achat…dans l’espoir que cela pourra lui conférer une certaine adhésion populaire.

Mais la pérennité de ce régime pro-sahraoui installé à Nouakchott sera assurée, in fine, grâce à un rapport de force militaire. Car les nouveaux « gouvernants » mauritaniens pourront à tout moment, faire appel au soutien militaire de leurs frères sahraouis. Ce background revêt, déjà à lui seul, une importance psychologique capitale. Sans oublier l’épée de Damoclès que constituent, pour la Mauritanie les mouvements islamistes qui, au-delà des apparences, restent proches d’Alger et peuvent, à tout moment, déstabiliser le pays.

L’Algérie pourra aussi chercher à exacerber les facteurs de discorde et de division qui menacent l’unité nationale…Elle n’a pas hésité d’user de tels moyens par le passé.

A ce sujet, il faut se rappeler, les propos particulièrement menaçants que tint alors le président Boumedienne au président Mokhtar Ould Daddah lors de leur houleuse entrevue le 10 novembre 1975 à Béchar. C’était à la veille de la signature des accords de Madrid sur le partage du Sahara entre le Maroc et la Mauritanie.

Boumedienne somma alors Mokhtar de retirer sa délégation de Madrid et de ne pas signer l’accord en préparation. Et le président algérien d’ajouter : « Sinon les conséquences seraient graves et pour ton pays et pour toi-même ».

« Méfie-toi, Mokhtar ! La Mauritanie est un pays fragile. Elle a des problèmes intérieurs graves. Elle a plusieurs milliers de kilomètres de frontières qu’elle ne peut défendre seule en cas de conflit armé… »

La suite est connue. L’Algérie par Polisario interposé, a mis ses menaces à exécution. Mokhtar a été destitué et la Mauritanie durablement déstabilisée. Le Mali, un autre voisin de l’Algérie, pourra connaître les mêmes velléités de déstabilisation, s’il venait à contrarier la stratégie d’Alger dans la sous-région.

Mais tout laisse à penser que le ralliement des tribus de l’Azawad à ce grand regroupement des maures se fera, probablement, sans grande difficulté. Car la proximité géographique, les moyens financiers et militaires et les relations personnelles entre les autorités algériennes et les leadeurs de l’Azawad sont autant de facteurs qui peuvent faciliter la tâche.

Sans oublier que beaucoup de combattants du Polisario sont issus des tribus de l’Azawad.

Il faut rappeler à ce sujet, qu’Alger a abrité récemment plusieurs rounds de négociations entre les différents mouvements maliens. Ces pourparlers ont permis la signature des accords de paix de Bamako. Mais un point crucial, peu connu du grand public, mérite d’être souligné : les exactions et les crimes commis par les Maliens, notamment contre les Touaregs, ont créé une haine viscérale entre les deux parties, au point que beaucoup d’experts de la sous-région estiment que toute cohabitation pacifique entre ces deux parties est devenue très difficile, voire impossible.

Si cette stratégie présumée de l’Algérie porte ses fruits, elle aura d’importantes implications géopolitiques pour Alger :

L’Algérie sera plus que jamais perçue comme la locomotive du Maghreb ;

Cette nouvelle configuration géopolitique, lui permettra notamment l’exploitation des énormes gisements de fer de Grarat Jbeïlat avec les plus grandes réserves de fer au monde.

Parallèlement, avec une fenêtre sur l'Atlantique, elle pourra aussi construire des oléoducs et des gazoducs pour acheminer son pétrole et son gaz notamment vers le marché nord-américain ;

Le Maroc, son rival de toujours, sera isolé, encerclé…On se rappellera alors de la mise en garde prémonitoire du Sultan marocain Mansour Eddehbi. Ce monarque réunit un jour ses conseillers et leur tint ces propos : « Nous avons au Nord un ennemi héréditaire (l’Espagne), à l’Est, nous avons un autre ennemi, les Ottomans (en Algérie), à l’Ouest, nous avons la mer et nous n’avons pas de culture maritime, nous respirons par le Sud, notre profondeur stratégique ».

Outre toutes ces considérations géopolitiques, un point important mérite d’être mis davantage en exergue : Tous les experts sont unanimes pour dire que les réserves pétrolières actuelles de l’Algérie seront épuisées, au plus tard, dans une trentaine d’années.

Pour le moment, et malgré des campagnes soutenues de prospection, on n’a pas encore découvert de nouvelles réserves de pétrole et de gaz significatives en Algérie.

Cette situation est d’autant plus inquiétante que le prix du pétrole est en constante baisse. Plus inquiétant encore, les grands pays consommateurs de pétrole comme les Etats-Unis et certains pays européens trouvent déjà, sur place, chez eux, une nouvelle source d’énergie alternative avec l’exploitation des gaz de schiste.

Sans parler du développement ultra rapide des autres sources d’énergie de substitution au pétrole.

C’est dire que « l’après pétrole » pointe déjà à l’horizon. Pour faire face aux nombreux problèmes démographiques, économiques, sociaux qui les assaillent de tous les côtés, les gouvernants algériens sont à la recherche d’un substitut à l’or noir. Pour eux, ce substitut à l’or noir porte un nom : le fer de Grarat Jbeïlat dans la région de Tindouf avec les plus grandes réserves de fer au monde.

D’une teneur exceptionnelle (hématite/oxyde ferrique Fe203 de couleur rouge), ces fabuleux gisements n’ont pas pu être exploités jusqu’ici en raison de leur éloignement de la côte méditerranéenne algérienne. Un gigantesque trésor inexploité, faute de débouché.

En revanche, leur proximité des ports sahraouis (quelques 400 kms contre près de 2000 kms vers les ports algériens de la Méditerranée) et le relief particulièrement plat du Sahara sont autant de facteurs qui créent les conditions optimales d’une exploitation aisée et peu coûteuse.

Le sous-sol du Sahara algérien notamment dans la région de Tindouf recèle, par ailleurs, d’autres richesses minières très importantes. Mais ces minerais, une fois de plus, comme ceux de Grarat Jbeïlat se trouvent enclavés et très éloignés des ports algériens de la Méditerranée.

Avec tels enjeux géoéconomiques et géopolitiques on comprend mieux les raisons qui sous-tendent l’implication de l’Algérie dans l’affaire du Sahara. Et l’on comprend aussi les raisons qui la poussent à se doter d’un arsenal militaire sans rapport avec ses besoins réels de défense.

On entend souvent, ici ou là, que l’affaire du Sahara se réglera d’elle-même avec la disparition des dernières figures emblématiques du FLN/canal historique.

Il s’agit là de propos simplistes, distillés à dessein par certains milieux impuissants et résignés qui, pour se donner bonne conscience, recourent consciemment ou inconsciemment, à la politique de l’autruche.

Car les pères fondateurs de l’Algérie moderne et leurs compagnons de lutte sont soit morts, soit retirés de la vie publique en raison de leur âge avancé. Ceux qui restent aux affaires comme le président Bouteflika peuvent se compter sur les doigts d’une seule main.

La quasi-totalité de la classe politique algérienne actuelle à l’instar de Ouyahya Benflis, Hamrouche…jusqu’au premier ministre Sellal et les généraux de l’ANP n’appartiennent pas au FLN/Canal/historique.

On oublie que trois générations d’universitaires et d’officiers se sont succédé au pouvoir depuis de la création du FLN. Ces générations sont imprégnées du même esprit nationaliste que leurs aînés qui ont mené la lutte pour la libération nationale.

On leur a passé un flambeau qui doit être porté bien haut sur fond d’une ardente ferveur patriotique.

C’est dire qu’il serait puéril de croire qu’avec la disparition de Bouteflika, l’affaire du Sahara va se régler comme par enchantement. Seules une guerre civile ou une révolution islamique pourront contrarier, momentanément, la stratégie guerrière de l’Algérie dans la sous-région.

Au terme de ces développements, une mise au point s’impose. L’auteur de cette étude est bien conscient qu’il est difficile de prévoir l’avenir. Le scénario décrit plus haut sur la probable stratégie de l’Algérie, pourra se réaliser comme il peut, naturellement, ne pas se réaliser.

Ce travail est une analyse prospective faite sur la base de données concrètes et sur la base d’un faisceau d’indices prévisibles et concordants.

Compte tenu de tous les éléments de l’équation et compte tenu de ma modeste connaissance des acteurs et du terrain, je pense qu’il y a une forte probabilité pour que les choses se passent comme indiqué ci-dessus.

VII. Début des hostilités : le compte à rebours a-t-il déjà commencé ?

Ce chamboulement géopolitique annoncé, commencera, probablement, à prendre forme à l’horizon 2020.

Toutefois, des facteurs internes, à l’Algérie peuvent accélérer son déroulement :

L’incertitude qui pèse sur la succession de Bouteflika et l’absence d’un consensus politique, peuvent pousser à une surenchère entre les différents clans en lutte pour le pouvoir à Alger. Dans cette optique, une guerre avec le Maroc n’est pas exclue. Loin s’en faut.

Ce conflit armé avec le royaume chérifien, pourra aussi servir de prétexte pour bloquer la démocratisation en Algérie et en même temps conférer une « légitimité » à des militaires en quête d’un second souffle.

Pour les généraux algériens, une guerre avec le Maroc pourra, par ailleurs, occuper les esprits et servir d’antidote pour se prémunir, même temporairement, contre la lame de fond jihadiste qui peut déferler à tout moment.

Bref, quelque incertaine que soit la situation politique en Algérie, force est de reconnaître que les nuages de la discorde, des ressentiments et de la division s’amoncellent dans le ciel maghrébin.

On entend déjà, les sons encore lointains mais parfaitement audibles des bruits de bottes et des tambours de guerre.

Que faire alors ? Prendre les devants pour désamorcer une situation qui peut mettre à feu et à sang toute la sous-région. Comment ? Trouver une solution consensuelle à l’affaire du Sahara qui reste plus que jamais le détonateur qui peut mettre le feu aux poudres.

Dans cette optique, l’auteur de ces lignes a élaboré, aux fins utiles, une étude : « Esquisse d’un plan du règlement du conflit du Sahara » qui pourra être l’une des pistes à explorer.

Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du PRIX CHINGUITT
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calamités : Un Etat n’a pas d’amis….

Calamités : Un Etat n’a pas d’amis…. Après treize jours de tergiversations et de contradictions, le Royaume d’Arabie saoudite a finalement reconnu l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans l’enceinte de son consulat d’Istanbul.

Mais ce n’est qu’après avoir assimilé sa tablette que les États-Unis ont ânonné, via leur ministre des Affaires étrangères, Mike Pompéo que l’État saoudien avouait ce qui restera, dans l’histoire contemporaine, comme un des actes les plus barbares, dans le sinistre registre des exécutions extrajudiciaires.

La version d’une bagarre qui aurait conduit au décès du journaliste est tout simplement ridicule. Surtout qu’il y a encore quelques jours, le consul d’Arabie saoudite affirmait que Khashoggi était bien sorti de leur représentation consulaire, après avoir accompli des formalités administratives. Une autre version parle de mort par strangulation.

Mais au bout du compte et malgré la sauvagerie et la bestialité de cet acte ignoble, il aurait au moins servi à démontrer combien cette fameuse Communauté internationale et les grands États qui la manipulent n’est fondée que sur une honteuse logique d’intérêts que les uns et les autres négocient secrètement, pendant que les récriminations et les condamnations mises en scène assourdissent les horizons, envahissant les media et les réseaux sociaux.

Le refus des hauts responsables de pays ou d’institutions internationales de participer à une réunion en Arabie saoudite ne signifie absolument rien. Pour les États-Unis et leur Trompette, la mort de Jamal Khashoggi constitue un événement providentiel qui va leur permettre d’engranger des centaines de milliards additionnels, en sus des montants phénoménaux payés, rubis sur ongles, dans le cadre d’accords de vente d’armes aux responsables de l’assassinat du journaliste, promus, comme par enchantement, enquêteurs en chef de ses tenants et aboutissants.

Les services de renseignements américains ne sont certainement pas étrangers, par Département d’État interposé, à la fameuse et ridicule version de la bagarre. Une thèse qui fait son petit bout de chemin et que chacune des grandes puissances « comprendra » proportionnellement au degré de négociations secrètes consenti, par l’Arabie saoudite, sur le corps en lambeaux du pauvre journaliste Jamal Khashoggi, pur produit, pourtant, du sérail royal qu’il servait de l’intérieur après avoir voulu le redresser, de l’extérieur.

Seules les âmes puériles ignorent que les intérêts des nations ont toujours supplanté les droits de l’homme et la morale. Les principes démocratiques, conventions, chartes, traités et autres droits internationaux, valeurs morales, n’engagent que ceux qui y croient. L’affaire Khashoggi en est une preuve éloquente.

Quelques semaines de matraque médiatique et l’on en parlera plus. Même si le contexte fluctue, les intérêts des pays sont toujours à la base des coups d’État, par exemple, de la protection, à peine voilée, des prédateurs internationaux ou des mauvais gouvernants qui pillent leurs pays, via bien mal acquis et paradis fiscaux.

Les gros pays sont les faiseurs des rois. Les promoteurs, parrains et protecteurs de ces torpilleurs de processus démocratiques, assassins et violeurs tout terrain des législations nationales et internationales.

En contrepartie, ces malfaiteurs reversent, par contrats juteux et commissions occultes, les dividendes des ressources nationales, aux pays qui les maintiennent dans leurs arlequinades, au détriment de leur peuple qui souffre de maladies, sous-développement, manque d’éducation et dénuement.

Qu’est-ce que cela fait, à la France, que la Mauritanie organise une élection présidentielle transparente, au cours de laquelle les Mauritaniens choisiront librement leur président véritablement bien élu ? Autant aller au Cameroun où l’enjeu est certainement plus intéressant et faire avaler, aux Camerounais, toutes sortes de couleuvres, en leur imposant un octogénaire « solvable et généreux », pour un septième mandat et coulée douce, avec ses valets et maîtresses, dans les hôtels de luxe parisiens.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Entre la Force et le Droit Plaidoyer pour un bon usage du droit dans notre société /Par Maître Elyezid Ould YEZID

Entre la Force et le Droit Plaidoyer pour un bon usage du droit dans notre société /Par Maître Elyezid Ould YEZIDUn ex-militaire vient d’être élu à la présidence de l’Assemblée nationale. Il devient du coup le deuxième personnage de l’Etat, juste derrière le président de la République.

Ce dernier est lui aussi un militaire, arrivé au pouvoir par coup d’Etat et maintenu par deux fois par les urnes. Ses sympathisants voudraient bien le voir rempiler pour un troisième mandat. Lui-même caresserait l’idée avec un certain amour.

Mais la contre-rumeur, qui le dit partant, place l’un de ses plus fidèles alliés comme remplaçant désigné - un autre militaire. Notre horizon politique est plus que jamais constellé d’étoiles. Les militaires nous avaient habitués à la méthode cavalière des coups d’Etat.

Les seuls militaires élus dans l’histoire de notre pays (Ould Taya et Ould Abdel Aziz) se sont présentés au suffrage alors qu’ils étaient déjà arrivés au pouvoir par la voie d’un coup d’Etat. Chacun s’était succédé à lui-même, passant pour ainsi dire d’une présidence de force à une présidence de droit.

Par une sorte de nouvelle mutation du système, nous assistons aujourd’hui à un scénario inédit : des militaires qui empruntent la voie des urnes.

Est-ce à dire que nos militaires se sont convertis aux vertus de la démocratie (versant optimiste de la question) ? Ou, au contraire, qu’ils ont définitivement pris en otage notre démocratie (versant pessimiste) ?

Cela pose en tous cas le problème de l’arrivée et du maintien des militaires au pouvoir. Au-delà, se pose la grande question, permanente, lancinante, incontournable, de la place du droit dans notre société.

Militaires et banqueroute

Rappelons pour nous rafraîchir la mémoire quelques vérités historiques : en tous temps et en tous lieux, tous les pays dirigés par des militaires ont couru à la banqueroute, sous toutes les latitudes.

L’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili, etc.) n’a connu la voie du progrès (de l’émergence, comme on dit aujourd’hui) que lorsqu’elle a tourné définitivement la page des généraux au pouvoir.

L’Espagne du général Franco, le Portugal et la Grèce des colonels sont restés à la traîne, dans l’ancienne Europe de l’Ouest : des pays essentiellement agricoles, arriérés et liberticides. Ces pays n’ont connu la démocratie et le développement qu’avec l’arrivée des civils au pouvoir et l’arrimage à la CEE.

Et que dire de l’Afrique et du monde arabe ? Le développement humain a été lourdement hypothéqué dans ces contrées du fait de leurs armées au pouvoir. Que dire de l’Algérie, de la Libye, du Zaire pour ne citer que ceux-là ? Quel vent contraire a pu propulser au pouvoir les capitaines Sanogho et Dadis Camara, le lieutenant Yahya Jammeh et tant d’autres ?

Que penser d’un pouvoir sans légitimité, sans projet et sans charisme ?

Dirigé par les militaires depuis 1978, notre pays constitue une ligne de plus sur la longue liste des pays martyrisés.

Pour rester honnête, il faut reconnaître, à la décharge de nos militaires, que bien des civils, et particulièrement ceux qu’on qualifie d’ « intellectuels », ont concouru à justifier et perpétuer cette situation.

En effet, les serviteurs civils des hommes en armes n’ont jamais manqué. A chaque fois que la question du pouvoir s’est posée, ils se sont bousculé sur les plateaux de télévision, dans les colonnes des journaux, sur les ondes de la radio, pour expliquer que l’armée est la gardienne de la stabilité du pays et la dépositaire naturelle du pouvoir, que tel officier est plus apte à l’exercice du pouvoir que ceux qui l’ont précédé, etc.

Dans ces conditions, on peut raisonnablement se demander si les militaires peuvent se persuader de la nécessité d’un pouvoir civil, tant les civils eux-mêmes, et au premier chef leurs élites, justifient, consolident et perpétuent le pouvoir militaire.

Comment s’attendre, en effet, à ce que quelqu’un vous reconnaisse, de lui-même, ne pas être à sa place si vous continuez vous-même à le persuader du contraire ?

J’ai entendu plus d’une fois certains de nos intellectuels de service sortir les exemples d’Eisenhower et de Gaulle pour nous dire que les militaires ont dirigé avec bonheur de grandes nations démocratiques.

Ils oublient que ces deux généraux ont été forgés et pétris dans le moule de la plus grande guerre que le monde ait connue (la seconde guerre mondiale), qu’ils ont combattu au nom de la démocratie et de la liberté, qu’ils ont été les enfants victorieux de cette guerre qui les a propulsés immédiatement dans le monde à reconstruire de l’après-guerre.

De quelle guerre nos généraux sont-ils sortis victorieux ? De quel ennemi nous ont-ils préservés ? A quoi ont servi leurs armes, si ce n’est, à l’occasion, à apeurer et asservir leurs concitoyens ?

Paternité tutélaire

Lorsque le débat devient plus sérieux, on nous sert alors la vieille litanie selon laquelle la Mauritanie est un pays fragile qui ne saurait être dirigé que par un homme fort, que seul un président militaire peut empêcher les mauritaniens de se dresser les uns contre les autres, etc., etc. autrement dit, nous ne serions que de grands enfants qui ne savent pas où réside leur intérêt, seule la paternité tutélaire de l’armée pouvant nous y conduire.

Des esprits apocalyptiques nous prédisent même toutes sortes de catastrophes qui planeraient au-dessus de nos têtes et que seule la présence sécurisante de l’armée au pouvoir serait de nature à juguler.

Tout porte à croire du reste que l’armée entretient savamment cette situation, sinon comment expliquer la faiblesse si caractéristique de nos partis politiques et de nos institutions dans lesquels le citoyen ne semble pas se retrouver ni trouver la sécurité indispensable à son adhésion.

En tenue de camouflage (comme il se doit), l’armée semble faire le vide autour d’elle, pour mieux occuper le terrain et les esprits.

Quelqu’un m’a rapporté les propos tenus par un général qui résumerait ainsi l’état d’esprit de ses pairs : ‘’nous ne pouvons plus confier le pouvoir à un civil ; les deux expériences avec Moctar Ould Daddah et Sidi Ould Cheikh Abdallahi ont été catastrophiques ; il n’y aura pas de troisième fois’’.

Notre fameux général a peut-être oublié que nous avons aussi subi, enduré, souffert (etc.) une dizaine de dirigeants militaires depuis 1978 tous plus catastrophiques les uns que les autres.

A-t-il oublié, notre général, que pour nombre de citoyens, la seule lueur d’espoir démocratique des quarante dernières années fut l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2007 ? Que tout « candidat de militaires » qu’il était, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a constitué malgré tout un réel motif d’espoir pour la majorité des mauritaniens qui commençaient à avoir enfin foi en l’avenir ? Que, même marqué de près par son gardien en chef le colonel devenu général, il symbolisait quand même la promesse d’un éloignement de l’armée, progressif mais inéluctable, de la sphère politique ?

Au registre des idées reçues sur l’armée, on pense généralement qu’un militaire est quelqu’un d’obtus ; « un bidasse » dit-on souvent, sur un ton péjoratif. Cela expliquerait, pour certains, qu’une fois au pouvoir, l’armée ne s’en séparera plus.

Rien n’est moins sûr, pourtant. Les militaires cultivent, avant tout, un grand sens pratique avec une certaine idée des rapports de force. Cela fait partie de leur formation. Certes, de par leur nature guerrière, ils font des offensives et gagnent des guerres, mais aussi, quand il le faut, ils battent en retraite, signent des redditions et des armistices.

Ils font usage de la force, cela est indéniable, mais lorsque la force est au service du droit, ils respectent ce dernier. La plupart des plus grandes armées du monde sont dans des Etats de droit.

Mais ces Etats échappent à la grande contradiction que nous vivons chez nous, à savoir d’un côté une organisation constitutionnelle de l’Etat, autour d’institutions républicaines et sur la base de la séparation des pouvoirs, et de l’autre, une pratique totalement différente qui repose sur un quatrième pouvoir, voire un supra pouvoir non écrit incarné par l’Armée.

Un paravent érigé en dogme

On dénonce assez rapidement aujourd’hui l’islam politique au motif que la religion ne devrait pas servir de référentiel politique puisqu’elle appartiendrait à tous et devrait souder les citoyens et non les diviser.

Mais n’oublions pas qu’il en va de même pour l’armée. L’armée ne devrait en aucun cas constituer une force politique puisqu’elle est au service de la nation tout entière. En tous les cas, l’arsenal et la force de feu dont elle dispose ne devrait d’aucune façon être utilisés à des fins politiques internes, sinon, c’en serait fini et de la politique, et de la démocratie évidemment.

C’est pourquoi, du reste, la constitution n’aménage, au plan formel, aucun pouvoir politique pour l’armée.

Pour résoudre cette contradiction, un subterfuge a été utilisé à l’occasion du coup d’Etat du 10 juillet 1978, pour justifier l’intrusion de l’armée au niveau politique. Elle serait ainsi la « dépositaire en dernier recours de la légitimité populaire ». Ce paravent constitutionnel a été érigé en dogme et aujourd’hui encore, nombre de nos concitoyens pensent que l’armée est la « gardienne » de la constitution et des institutions. Mais, nous savons qu’il s’agit tout simplement d’une fable. En dehors de la constitution (et du peuple qui est le constituant), aucune entité ne peut prétendre, encore moins d’elle-même, être dépositaire d’un pouvoir politique quelconque.

Pour ne rien arranger, la situation se complique d’un autre niveau de contradiction, avec le constat d’une autre réalité sous-jacente, encore plus pernicieuse : en fait, depuis de nombreuses années, ce n’est pas l’Armée, en tant qu’institution, qui détient le pouvoir, mais des individus issus de l’armée.

L’armée se trouve de ce fait instrumentalisée politiquement pour donner une légitimité, à tous le moins une force, à un ou plusieurs individus qui exerceraient le pouvoir in fine en son nom.

Dans la réalité, l’armée reste dans les casernes, mais on laisse s’installer de façon diffuse l’impression qu’elle veille au grain, sans besoin d’en donner des signes ostensibles. Ne l’appelle-t-on pas, pour désigner ce sommeil trompeur de batracien, « la grande muette » ?

La grande majorité de nos officiers sont conscients de ces contradictions et nous disposons à n’en pas douter du socle indispensable à une armée républicaine.

D’ailleurs, il convient de rendre hommage à l’immense majorité des membres de nos forces armées qui vaquent à leur stricte mission, avec abnégation et sens du devoir.

Mais, cela n’empêche pas de rappeler, chaque fois que cela est nécessaire, le rôle et les missions de l’armée, de notre armée, telles qu’ils sont fixés par la loi dans le cadre de notre système juridique.

Dans une précédente tribune consacrée à la constitution, j’avais constaté l’oscillation permanente en Mauritanie entre la force et le droit. Il faut se résoudre à cette évidence que la question imprègne tous les aspects de notre vie, car les données du problème sont exactement les mêmes ici aussi.

Un tournant en 2005….

Nous sortons d’élections législatives où le débat politique est resté malheureusement en deçà de ses promesses. Mais nous abordons une année d’élections présidentielles où tous les espoirs sont permis. Mettons à profit cette étape de notre histoire pour tirer des leçons et corriger les erreurs du passé. Ne répétons pas le scénario des occasions manquées.

Lors des élections présidentielles de 1992, le pays était divisé en deux camps : le camp du pouvoir traditionnel incarné par Ould Taya opposé aux forces de progrès dont le porte-drapeau était Ahmed Ould Daddah. C’est Ould Taya qui avait gagné à l’époque, mais une dynamique s’était quand même mise en branle, un vent nouveau avait soufflé et semé l’espoir de la démocratie et de l’Etat de droit.

Après plus d’une décennie de déception, marquée à son apogée par la tentative sanglante de coup d’Etat de juin 2003, vint un nouveau tournant en 2005.

La période de transition 2005-2007 annonçait l’arrivée d’un monde nouveau. Elle ouvrait de larges portes sur l’avenir. Un avenir radieux et démocratique, pensions-nous.

Les élections parlementaires puis présidentielles qui suivirent furent un sommet d’exercice démocratique et l’élection du Président Ould Cheikh Abdallahi semblait ouvrir la voie à toutes les potentialités.

Mais le rêve ne dura pas longtemps. L’année 2008 fut un cauchemar politique dont le paroxysme fut atteint un certain 6 août avec un énième coup d’Etat militaire et un retour à la case départ.

1992, 2005, 2007…, à chaque fois, tels Goethe à Valmy, nous nous sommes écrié que « rien ne sera plus comme avant ». Nous vivions chaque évènement comme une rupture historique entre un avant et un après. En fait, nous découvrions vite, immanquablement, que les périodes s’emboîtent les unes dans les autres et que le futur ressemble étrangement au passé.

Aujourd’hui, pour nous prémunir de ces déceptions sans cesse renouvelées, c’est peut-être à une action de fond que nous devrions nous atteler. Sans prétendre aucunement vouloir donner des leçons et loin de tout moralisme de bon aloi, je pense que notre action devrait viser les mentalités, agir sur le fond (la culture) pour mieux déterminer la forme (les évènements).

A cet égard, s’il est une question qu’il faut trancher, c’est bien celle de la place du droit dans notre société et de son bon usage. Pas seulement le droit qui régit les rapports entre individus, ou le droit processuel tel qu’il se déroule devant les tribunaux, mais l’idée même du droit, le substrat juridique sur lequel reposent l’Etat et les Institutions.

Ces règles plus ou moins pratiques, édictées par des textes épars (la constitution, les lois et les règlements...), qu'on applique ou qu'on n'applique pas, où est leur esprit? Où se situe leur cohésion ? Dans quelle source première puisent-elles leur rationalité ? Vers quel idéal tendent-elles ? A quel moment la légalité rejoint la légitimité ? En un mot, quelle est la place du droit dans notre société et à quoi sert-il ?

Lorsqu’on banalise un texte essentiel et fondateur comme la constitution, ou qu’on laisse des lois inappliquées, ou qu’on les applique à certains et pas à d’autres, on dévalorise le système juridique tout entier et on favorise le mépris des lois. Cela entraîne, même dans un système autoritaire comme le nôtre, une désobéissance générale au droit, ouverte ou cachée, préjudiciable à la construction de l’Etat de droit et même de l’Etat tout court.

Or, nous ne devons pas nous voiler la face : notre Etat n’est pas sorti de nulle part. Nous appartenons à un monde qui évolue, qui se perfectionne, dont l’histoire à un sens. Nous ne vivons pas en marge de l’humanité. Avec la mondialisation, chaque pays est au cœur du monde et nous sommes, qu’on le veuille ou non, les héritiers des autres.

…Et un cauchemar en 2008

L’héritage des Lumières nous appartient, à nous aussi. Nous appartient ainsi « De l'esprit des lois », essai écrit par Montesquieu il y a presque trois siècles et qui a fondé la philosophie juridique du siècle des Lumières et qui est à l’origine du concept de la séparation des pouvoirs. Reprises et approfondie par Jean-Jacques Rousseau, les idées de Montesquieu sont à l’origine de la notion essentielle de « contrat social » qui fonde la légitimité et la légalité de l’Etat moderne. Nous appartient aussi la théorie de la hiérarchie des normes (la loi fondamentale, les lois, les règlements etc.), formulée au XXème siècle par des juristes allemands (Hans Kelsen et d’autres...) et qui enfantera un concept nouveau : l'Etat de droit.

Aujourd'hui, l’Etat de droit est sorti de la terminologie juridique technique pour s’ériger en dogme démocratique. L’expression s’est mondialisée, tout le monde s’en réclame, y compris en Mauritanie. Il constitue la meilleure preuve de l’universalité de la culture juridique.

Des retours en arrière sont, certes, possibles. Les soubresauts des nations sont là pour en témoigner. N’oublions pas le travail du grand juriste allemand du XIXème Jhering, qui exhortait ses compatriotes allemands à un combat pour le droit (Kampf umsRecht), suivi de peu par Hitler, le militariste, qui les exhortait à un nouveau type de combat (Mein Kampf) autrement plus funeste.

Plus près de nous, l’exemple de l’Egypte reste à méditer : une vieille nation fière et forte, où les juristes et les hommes de culture faisaient la fierté de la nation arabe, où les européens émigraient en masse à la recherche d’emploi et qui a basculé, avec l’arrivée des militaires au pouvoir au milieu du XXème, dans un cauchemar de pauvreté et d’arriération où elle se débat encore aujourd’hui.

On pourrait multiplier à l’envi les exemples du droit glorifié et du droit bafoué. Pour notre part, nous hésitons encore à emboiter le pas à la marche du monde.

Prisonniers de nos traditions anté-étatiques, héritiers de nos vieilles interprétations du malékisme qui nous dicteraient un conformisme politique de rigueur, nous nous complaisons encore dans l'allégeance au chef intronisé. Nous nous laissons hypnotiser par la force tranquille du statu quo et, dans une espèce de fatalité séculaire, nous regardons les chefs défiler.

Sans nous poser les questions essentielles : que vaut le droit sans raison ordonnatrice ? Que valent les règles juridiques sans leur rationalité ? Le droit doit-il être l’expression formelle du contrat social, autrement dit exprimer la volonté commune, ou au contraire rester un instrument normatif entre les mains des dirigeants du moment ?

Nous évitons ces questions même si de leur réponse dépend notre avenir.

La plus grande avancée de l'homme depuis la nuit des temps est certainement d'avoir forgé des institutions, entités abstraites dans leur existence mais ô combien réelles dans leur influence, et d'avoir ainsi extériorisé et rendu impersonnelles les règles contraignantes qui régissent la vie de chacun.

L’Etat et ses fondements juridiques en sont l’exemple le plus abouti. Combien d'hommes et de femmes, sous d’autres cieux, ont donné leur vie juste pour une idée, juste pour défendre un droit ou une institution ? Or, en Mauritanie, et nous le constatons de jour en jour à notre corps défendant, nous ne croyons pas à nos institutions.

Jeu de miroirs

Nous nous comportons comme dans un jeu de miroirs qui nous renvoie une image de nous-mêmes que nous savons fausse mais dans laquelle nous nous complaisons malgré tout.

Aujourd’hui, nous ne sécrétons pas des textes juridiques supérieurs (constitution, lois) pour organiser et réglementer le pouvoir ; nous les sécrétons pour protéger ce pouvoir et le perpétuer là où il est.

Pourquoi ?

Pour combien de temps encore accepterons-nous de rester en dehors de l'histoire ?

La démocratie, si jamais elle constitue un objectif pour nous, ne peut se fonder sur un pouvoir ou un privilège accaparé par quelques uns et s’exerçant contre tous, mais au contraire sur la place et le droit reconnus à chacun.

Comment faire en sorte que notre pays sorte de cette situation et trouve enfin une vie politique et institutionnelle normale ? C’est toute la question. Nous ne devrions pas en tous cas nous imaginer qu’une solution nous tombera du ciel.

Le temps des révélations et des miracles est révolu. Le futur n’est habité que par la dure réalité des enchaînements logiques. Demain découlera implacablement d’aujourd’hui et ainsi de suite.

La question est donc plus que jamais posée : continuer à vivre sous l’emprise irrationnelle de la Force ou au contraire faire en sorte que ce soit le Droit qui nous gouverne.

Nos experts en matière de sécurité nous assurent que nous avons une excellente armée. Tant mieux !

Garder nos frontières, assurer la sécurité intérieure lorsque cela est nécessaire, constituer une force de dissuasion suffisante contre les ennemis potentiels, c’est déjà un vaste chantier - et un réel exploit, si notre armée y réussissait.

Tant qu’elle se réservera à sa mission naturelle, nous resterons fiers de notre armée.

La pousser à aller au-delà de ces missions, l’encourager à gérer et régenter le pays tout entier, c’est mettre en péril sa mission première et maintenir notre pays sur de mauvais sentiers dont il doit sortir au plus vite.

Notre première bataille est celle du développement, de la justice, de la démocratie. Il va de soi que l’armée doit y jouer son rôle, tout son rôle, mais rien que son rôle.

Et ce rôle commence évidemment par un retour à ses missions naturelles en dehors de toute velléité de prise du pouvoir. Il arrive, dans des circonstances historiques exceptionnelles, que l’armée prenne le pouvoir.

Dans la vie constitutionnelle d’une nation, il s’agit alors d’un accident, qui peut arriver, qui peut même être souhaité dans certains cas, mais qui devrait rester l’exception, pas la règle.

La conjonction entre le politique et le militaire est exceptionnelle, et doit le rester. Instaurer une confusion entre ces deux grands pôles de puissance aboutit à les corrompre tous les deux, comme on y assiste depuis quarante ans chez nous.

N’est-il pas temps de fermer cette longue et regrettable parenthèse et de revenir, enfin, à un bon usage du droit, qui seul permettrait d’accéder au développement tant espéré ?

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Il y a 14 ans disparaissait Mokhtar/Par Abdelaziz Dahmani

14 octobre...,  ce dimanche,  ... C’était un 14 Octobre, voilà juste 15 ans disparaissait l’ancien Président mauritanien Mokhtar Ould Daddah, devenu pour moi, un ami et un exemple. Me voilà, octogénaire, et j ai eu une sacrée vie. De la cinquantaine d’hommes d’États que j’ai connus à travers le monde, des riches, des puissants, des dictateurs, c’est certainement Si Mokhtar, qui m’a le plus marqué, par ses qualités humaines, sa modestie. Modestie, sans jamais élever la voix qui n’exclut pas une très grande force de caractère, derrière ce visage si conciliant. Il a voulu élever  la Mauritanie  vers un État exemplaire et c’est en voulant faire cesser la corruption dans l’Armée qu’il fut victime d’un coup d’État le 10 Juillet 1978 ... Il a voulu quitter le pouvoir en pleine gloire internationale, mais la guerre imposée du Sahara l’en a empêché, parce qu’un capitaine ne quitte pas son bateau en danger ...Un jour, déambulant ensemble, dans les Alpes, durant ses années d’exil, Si Mokhtar m a fait cette confidence, lui  qui a connu Mao et Kennedy, et a dit Non à de Gaulle, Hassan II et Boumedienne ... Le prenant chacun, pour un faible, maniable ... MOD m’a dit : “Le Pouvoir, c’est beaucoup d illusions ... et mes meilleurs rêves c’est une vie simple en famille, aller dans un café, y lire son journal, dans l’anonymat, sans être importuné ... “ Moi , j’ai retenu cette belle leçon de vie.


C’est un autre 14  octobre que le Roi Soleil  Louis XIV, le plus prestigieux de l’Histoire de France, qui a connu la plus grande humiliation de sa prestigieuse Histoire, une des plus marquantes du Monde. Décédé depuis 78 ans, enterré dans le Caveau des Bourbons dans la cathédrale de Saint Denis, des vandales, des Sans-culottes, renégats de la Révolution de 1789, ont, ce 14 Octobre 1793, détruit le Tombeau de Louis XIV, ainsi que  ceux d’autres Rois et Reines, pour les jeter dans une fosse commune, d’ou se dégageaient  d’horribles odeurs ... Louis XIV, Roi des plus Grands fastes de Versailles, de France, d’Europe, jeté dans une fosse commune,  pour récupérer des centaines de kilos de plomb de son imposant cercueil royal ... Ce fut sa deuxième mort ... 

Ce 14 Octobre, j’ai une pensée émue pour Mokhtar Ould Daddah, et totalement indifférent à tous les fastes des Louis, et autres faux Dieux Soleil... Mokhtar est un sage, et son désert de Mauritanie, dans sa nudité, vaut tous les empires. Un choix privé, personnel, Si Mokhtar, moi, influencé  par son humanisme souriant, je rêve de le rencontrer de nouveau, un autre jour. Mais où ?

AD

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Une exigence de justice

Une exigence de justiceDe l’islam dit politique : m’est souvent reprochée (quand ça n’atteint pas les insultes et les menaces) une pseudo » haine » de l’Islam. Je ne reviendrai pas sur les multiples injonctions à prouver ma » musulmanité ».

Mais je continue à penser que l’Islam des telefatawistes, vendu aujourd’hui sous la forme barbare d’une » purification » par la violence, par les attentats, par ces jeux pervers et assassins d’alliances et de contre alliances avec certaines puissances occidentales n’a rien de politique.

C’est une création neuve. Souvenons nous des grandes années de lutte contre l’impérialisme et les occupations occidentales dans les pays arabes. Elles ont produit des vrais courants de pensée, de vrais débats mais jamais l’Islam n’y fut présenté et utilisé comme tremplin d’un califat fantasmé. En ces temps qui vont des années 40 aux années 70 il n’y a pas eu de revendications d’un Islam politique et/où radical.

Aujourd’hui il ne s’agit plus de Foi mais du commerce du takfirisme à la sauce chaînes satellitaires utilisant sans vergogne le rapt de l’islam des Lumières pour renvoyer la pensée et donc la foi au rang de culte dogmatique qui a inversé le message : on ne part plus du cœur et de la Justice et de. L’Amour, on part du modèle autocratique et autoritaire des régimes politiques pour éradiquer la justice, ou s’en servir, pour instaurer, tout compte fait, le même pouvoir combattu. Et les mêmes méthodes.

Il n’y a pas d’Islam politique. Et donc pas de partis politiques islamistes.

Si nous voulons revenir aux fondements de l’Islam il ne devrait n’y avoir qu’une exigence de justice, sans compromis, sans baise mains et dévotions face à certaines stars hyper telefatawistes.

Une exigence de justice.

Mariem Derwich

Facebook – Le 27 août 2018)

Source : Kassataya (France)

Mauritanie: régionalisation et auto-emploi

Mauritanie: régionalisation et auto-emploi Deuxième échelon de la décentralisation en Mauritanie, les Conseils Régionaux constituent l’une des principales réformes qu’a connue le pays suite au référendum organisé en 2017.

Ainsi, les premiers conseils régionaux de l’histoire de la Mauritanie seront investis dans environ deux mois, et ce une fois connus les résultats des prochaines échéances électorales dont les campagnes démarreront d’ici une quinzaine de jours.

Les Mauritaniens auront à choisir leurs représentants aussi bien au niveau du parlement, qu’au niveau local et régional. Un exercice un peu particulier pour une population qui, malgré l’importance qu’elle accorde à ce genre de rendez-vous, continue a faire le lien entre la suppression du Sénat et la création de nouvelles collectivités territoriales qui s’ajouteront aux communes déjà en place, et dont l’efficacité est remise en cause par une partie des Mauritaniens.

Le bilan des communes est peut être mitigé, seulement l’expérience Mauritanienne en matière de décentralisation est à capitaliser. Cette décentralisation qui, depuis 1986, mettait l’accent sur le développement des communes en vue de les aider à rendre un service public local de meilleure qualité à la population à majorité rurale.

Le présent article n’a pas l’ambition de faire la lumière sur les points forts et points faibles de l’expérience Mauritanienne en matière de décentralisation, ni de développer les raisons de la création des conseils régionaux ou ceux de la suppression du Senat.

Il a pour objectif de contribuer à la compréhension du rôle des futurs conseils régionaux, leur place dans l’organisation institutionnelle, le mécanisme de financement de la décentralisation et enfin leur éventuel rôle dans le développement de l’auto-emploi au niveau régional et par conséquence la lutte contre la pauvreté.

1. Missions des conseils régionaux

La loi créant les conseils régionaux définit leur mission par l’article 3, qui stipule que ”La région a pour mission, de promouvoir le développement économique, social, culturel et scientifique dans son ressort territorial dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des autres collectivités territoriales. Elle a une fonction de mise en cohérence des stratégies de développement et d’aménagement du territoire.’‘

Ils ont compétence en matière de :

– Planification et aménagement du territoire de la région ;

– Promotion et encouragement des activités et des investissements commerciaux,

industriels et touristiques dans la région ;

– Environnement et gestion des ressources naturelles ;

– Education, alphabétisation et formation professionnelle ;

– Santé et action sociale ;

– Jeunesse, sports et loisirs ; et

– culture

Les conseils régionaux doivent remplir leur mission dans la limite de leurs compétences avec le respect strict de l’unité de la Nation et celui des compétences dévolues aux autres collectivités territoriales et services déconcentrés de l’Etat.

Si on considère que la mise en place de ces conseils régionaux n’aura pas d’incidence sur l’unité de la Nation par ailleurs garantie par d’autres textes en vigueur, elle n’en sera pas sans difficultés au regard des éventuels chevauchement de responsabilités par rapport aux autres structures déconcentrées ou décentralisées de l’Etat.

En effet, parmi les défis majeurs auxquels ces conseils feront face, c’est celui de la difficile mise en pratique de la loi sur la régionalisation dans un environnement caractérisé, jusqu’a aujourd’hui, par une certaine faiblesse des collectivités territoriales face aux autres services de l’Etat, laquelle faiblesse trouve sa raison d’être dans celle des ressources humaines et ressources financières des dites collectivités.

Malgré l’engagement important de l’Etat pour la réussite de la décentralisation et le développement de services de proximité à travers l’action des communes, celles ci sont restées presque absentes au niveau décisionnel et ont continué, dans la plupart des cas, à subir la loi des services déconcentrés qui disposent de ressources humaines plus compétentes, de ressources financières de loin plus importantes et d’une plus grande expérience dans la conduite et gestion de projets.

L’expérience de la Mauritanie en matière de décentralisation ne date pas d’aujourd’hui, et le pays dispose d’un arsenal juridique important permettant a tout un chacun de remplir sa mission pour un meilleur développement local, régional et national.

Les conseil régionaux sont appelés à être plus présents au niveau décisionnel, à faire appel à des ressources humaines compétentes et surtout à mobiliser des ressources propres stables, seul vrai levier à travers lequel ils arriveront à remplir leur mission dans le respect de la législation en vigueur.

Au même titre que les communes, les conseils régionaux seront soumis à la tutelle du représentant de l’Etat au niveau de la région, leurs actes seront soumis à un contrôle de la légalité et auront l’obligation et l’intérêt de collaborer étroitement avec l’ensemble des structures déconcentrées de l’Etat.

2. Mécanisme de financement de la décentralisation en Mauritanie

Le fonds régional de développement constitue le transfert le plus important effectué sur le budget de l’Etat en direction des collectivités territoriales. Il a connu une importante évolution en terme de montant et mode de gestion. Il s’élève aujourd’hui à 350 Millions de MRU (3,5 milliards de MRO).

A côté de ce fonds, l’Etat Mauritanien investit annuellement environ 400 Millions de MRU (4 milliards de MRO) dans la gestion des déchets municipaux, et participe annuellement à hauteur de 250 Millions de MRU (2,5 Milliards de MRO) dans le financement du programme PNIDDLE sur une période de 5 ans. Ainsi, un milliards de MRU (10 milliards de MRO), sur un budget d’environ 44 Milliards de MRU, est alloué annuellement et de façon direct au financement de la décentralisation.

A cela s’ajouteraient les fonds dédiés aux différents départements ministériels et agences de lutte contre la pauvreté pour les opérations réalisées au niveau régional et local, et qui sont de nature à favoriser le développement durable. On rappelle a ce niveau que, malgré le fait que les centres de santés et écoles primaires, à titre d’exemple, dont la gestion relève des compétences des communes, ces infrastructures de base continuent à être construits et gérés par les autres départements techniques et agences de lutte contre la pauvreté.

Les conseils régionaux risqueraient de se confronter à ce genre de difficultés, s’ils ne mettent pas rapidement en place les moyens humains nécessaires pour garantir le bon fonctionnement de leurs structures techniques.

Cependant, les moyens humains ne sont pas suffisants à eux seuls, c’est pourquoi la loi sur la région par son article 55, définit les ressources de fonctionnement de la région : ”Les recettes de fonctionnement de la Région proviennent des dotations de fonctionnement accordées par la loi des finances, et des redevances du domaine, des produits de l’exploitation de son patrimoine et des redevances pour services rendus”.

A ce niveau, il conviendrait de rappeler que la fiscalité locale gérée par ou pour le compte des communes est jugée peu rentable. Ainsi, sans le concourt de l’Etat via le FRD ou toute autre subvention, la plupart des communes n’arriveraient pas à satisfaire leurs engagements en terme de fonctionnement.

Le niveau de mobilisation de ressources propres est resté faible, et ce malgré les multiples actions de renforcement de capacités réalisées à travers l’appui de la part de l’Etat et des partenaires techniques et financiers tels que la GIZ, l’AFD, le PNUD, la Banque Mondiale pour ne citer que ceux ci.

Ainsi, il est suggéré de procéder dans les plus brefs délais à une reforme de la fiscalité locale par l’introduction d’une fiscalité régionale permettant aux deux collectivités territoriales de disposer de ressources propres plus importantes et de niveau garantissant une certaine autonomie financière.

3. Régionalisation et développement de l’auto emploi

L’introduction du nouvel échelon de la décentralisation est de nature à promouvoir un développement économique local et de favoriser la création d’emplois durables. La aussi, les leçons devront être tirées des différentes expériences connues avec les communes en matière de création d’emplois.

Les communes n’ont, jusqu’a présent, pas réussi à créer des emplois au niveau local et ce malgré l’existence de ressources compétentes dans le domaine, et le besoin des mairies en matière de ressources. Ce manque de réussite est la résultante de plusieurs facteurs dont la rareté des ressources de fonctionnement au niveau des communes, le non engagement des partenaire au développement dans la prise en charge des coûts de fonctionnement liés au personnel, mais surtout le caractère non permanant des emplois crées au sein des communes du fait qu’ils sont étroitement liés aux élus dont le mandat est limité à 5 ans.

Les emplois temporaires créés suite aux activités et projets réalisés au niveau des communes restent de courtes durées et prennent fin généralement avec la clôture des projets ou réception d’infrastructures.

La solution idéale a cette situation est l’auto – emploi des jeunes. La création de petites et moyennes entreprises constitue une solution à cette équation à multiples inconnus qu’est l’emploi durable des jeunes.

Les régions auront un rôle historique à jouer dans ce domaine, et ce à travers l’encouragement d’initiatives privées émanant de jeunes désirant s’aventurier dans le domaine de l’entrepreneuriat.

Il est possible pour les régions de proposer la création d’un régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs au niveau régional. Ce régime simplifié pourra bénéficier à toutes les parties concernées par le développement économique à travers la petite entreprise ;

La région tirera des bénéfices à travers la création d’une fiscalité rentable basée sur la création de la richesse et s’éviter ainsi de se retrouver avec des redevances et taxes peu rentables et dont le recouvrement est quasi impossible vu la nature des sanctions à mettre en place.

Les jeunes entrepreneurs bénéficieront d’exonérations fiscales sur certaines rubriques de la fiscalité de l’entreprise Mauritanienne et seront en mesure de créer des emplois durables, avec l’obligation pour eux de s’enregistrer et d’appliquer les règles de transparence en matière de comptabilité et d’informations financières.

Le régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs permettant à la région de promouvoir un développement économique durable, et fera son chemin sur la démarche d’entreprendre à zéro Franc testée dans quelques pays de la sous région et soutenue par plusieurs partenaires au développement dont notamment la Banque Africaine de Développement.

La petite et moyenne entreprise pourra jouer un rôle économique important et historique au niveau régional, local et rural. La petite entreprise permettra au système monétaire d’être plus efficace, aux banques présentes au niveau régional de contribuer au financement du développement du pays et à la lutte contre la pauvreté.

Il est fortement conseillé d’encourager les jeunes entrepreneurs a investir à l’intérieur du pays et ce à travers des avantages fiscaux importants. S’inspirer du régime particulier de la zone franche de Nouadhibou, du régime fiscal simplifié appliqué aux sociétés pétrolières ainsi que celui des entreprises étrangères non résidentes en Mauritanie.

En guise de conclusion, on peut dire que la création des régions en Mauritanie est une action à saluer et à soutenir. Cependant, il est nécessaire de capitaliser l’expérience des communes en ce qui concerne la mise à disposition de moyens humains compétents, de mise en place d’une fiscalité régionale basée sur la création de la richesse et d’encourager l’auto emploi à travers l’adoption d’un régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs.

Des collectivités territoriales fortes, dotées de ressources financières stables et disposant de moyens humains à la hauteur, garantiront l’atteinte des objectifs de développement visés par le Gouvernement à travers la politique de décentralisation des services de proximité de base.

Par Youssouf El Yedaly.
Source : Financial Afrik