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Politique en Afrique

Éthiopie: «tentative de coup d'État» opérée dans la région d'Amhara

En Éthiopie, les autorités dénoncent une tentative de coup d’État dans la région Amhara, dans le nord du pays. Le Premier ministre Abiy Ahmed a fait une déclaration à la télévision nationale. Le chef d'état-major, le général Seare Mekonnen, et le président de la région Amhara, Ambachew Mekonnen, ont été tués. Le gouvernement éthiopien assure ce dimanche 23 juin au matin que la situation est sous contrôle.

Dans la nuit de samedi à dimanche, en uniforme militaire et le visage grave, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé qu’une tentative de coup d’État avait été perpétrée dans l'État d'Amhara. L’Éthiopie est un État fédéral.

L’opération a échoué et la situation est sous contrôle, a affirmé le chef du gouvernement, expliquant que plusieurs officiers avaient été visés ainsi que des représentants de la région Amhara, lors d'une réunion dans la capitale, Bahir Dar.

Les dernières informations font état de la mort du président de la région, Ambachew Mekonnen, à Bahir Dar. Cet ancien conseiller en infrastructures du chef du gouvernement était en poste depuis le mois de mars seulement.

Il a été tué, samedi, alors qu’il était en réunion de travail, lors d'une attaque orchestrée par le chef de la sécurité de la région Amhara, selon les autorités. Selon plusieurs sources, un de ses principaux collaborateurs, Ezez Wasé, a été tué avec lui.

Le ministre de la Justice nationale a été grièvement blessé. Cela s'est passé aux environs de 6h30, heure locale. Quelques dizaines de minutes plus tard, cette fois-ci à Addis-Abeba, le chef d’état-major, le général Seare Mekonnen, a été tué par son garde du corps à son domicile.

Dans un premier temps blessé par balle, l’officier a été transporté à l’hôpital Washington de la capitale éthiopienne, où il a succombé à ses blessures. Un ancien militaire, haut gradé de l'armée à la retraite, Gezae Abera, qui était en sa compagnie a aussi été abattu.

Le dernier bilan fait donc état de quatre morts et un blessé grave. Des interpellations, dont celle du chef de la sécurité de la région Amhara Asaminew Tsige, ont eu lieu. La situation est sous contrôle, selon les autorités.

Les autorités affirment par ailleurs que les deux événements sont liés, que des opérations sont en cours pour arrêter les cerveaux de ce que le pouvoir présente comme une tentative de coup d’État. Depuis samedi soir, internet serait en grande partie coupé dans le pays.

Tôt ce dimanche matin, l'ambassade des États-Unis a alerté ses ressortissants au sujet d'échanges de coups de feu et leur a demandé d'éviter de sortir.

Le chercheur Awol Allo rappelle que ces violences surviennent après plusieurs mois de tension, de déplacements massifs et de montée de l’ethno-nationalisme. « Ces événements vont laisser des traces et seront un héritage menaçant » pour l’avenir, dit-il.

De fait, l'Éthiopie connaît régulièrement des violences intercommunautaires. Le Premier ministre Abiy Ahmed, salué dans le monde entier pour ses efforts en faveur de la paix dans la Corne de l’Afrique, et notamment au Soudan, ne trouve pour l’instant pas de solution pour stopper ces cycles d’affrontements dans son propre pays.

Source : RFI

 

Soudan: les contestataires acceptent une proposition éthiopienne de transition

La principale coalition d’opposition a annoncé samedi soir avoir accepté un plan proposé par la médiation éthiopienne prévoyant la formation d’un gouvernement de transition composé majoritairement de civils, et qui dirigerait le Soudan jusqu’à des élections prévues dans trois ans.

La proposition éthiopienne prévoit un gouvernement de transition constituée de 15 personnes : huit civils et sept militaires. Sur les huit civils, sept seraient issus de l’Alliance pour la liberté et le changement, fer-de-lance de la contestation. Le huitième poste serait attribué à une personnalité jugée impartiale.

Selon un porte-parole de l’opposition, cet organe serait dirigé par une présidence tournante entre militaires et civils, les militaires assurant la première moitié de la transition.

Cette ébauche de compromis a donc été acceptée par cette coalition d’opposition. Une rencontre est d’ailleurs prévue ce dimanche entre elle et le médiateur éthiopien.

Le Conseil militaire – au pouvoir – n’a pas encore réagi. Mais samedi, son numéro deux, le général Mohamed Hamdan Dagalo, alias Hemeti, a déploré que les deux tiers du Parlement soient réservés à cette coalition d’opposition. « Ce n'est pas possible qu'eux seuls imposent leurs opinions », estime celui qui dirige les Forces de réaction rapide (FSR), cette milice responsable de la dispersion sanglante du sit-in des manifestants, et dont plusieurs milliers d’hommes sont déployés dans Khartoum.

Les négociations entre le régime militaire en place et l’opposition sont suspendues depuis début juin. Les forces de sécurité avaient alors violemment dispersé un sit-in de manifestants, faisant plus de 120 morts.

Source : RFI

 

Algérie: 7 partis d'opposition se fédèrent pour sortir de l'impasse politique

En Algérie, en début de semaine, les organisations de la société civile se mettaient d'accord pour une « transition de six mois à un an ». Cette fois, ce sont les partis d'opposition démocratiques qui se réunissent. Et c'est une première depuis le début du mouvement populaire il y a 4 mois. Alors que le processus démocratique amorcé par le départ d'Abdelaziz Bouteflika est dans l'impasse, sept formations politiques d'opposition ont signé, mardi 18 juin, l'appel aux forces de l'alternative démocratique. Le Front des forces socialistes (FFS), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), PT, PST, UCP, MDS, PLD ainsi que des responsables de Ligue algérienne des droits de l'homme (LADDH) – joignent leurs forces pour élaborer un plan de sortie de crise qui passe par une transition démocratique.

Fini l'isolement au sein de l'opposition, place au collectif. Le Mouvement démocratique et social (MDS), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et 5 autres partis politiques entendent désormais travailler ensemble pour trouver une solution politique à la crise.

« Il n’y a aucun parti qui peut, à lui seul, trouver une issue réclamée par le peuple algérien qui veut en finir avec le régime actuel, explique Ramdane-Youssef Tazibt, dirigeant du Parti des travailleurs. Donc, chaque parti est conscient que l’enjeu est grand. »

Pour cette frange de l'opposition signataire de l'appel, la seule option possible est la transition démocratique. « On est pour le changement radical du système, on est pour la transition démocratique, pas pour la présidentielle, poursuit Ali Laskri, du Front des forces socialistes (FFS). C’est-à-dire qu’il y a une instance suppléante, et pourquoi pas par la suite un gouvernement de transition. On est pour la constituante pour aller par la suite à la présidentielle, aux législatives et locales. C’est un processus. Si on demande un changement du système, c’est pas pour pérenniser encore le système, le renforcer, le consolider. »

Pour ce qui est du dispositif détaillé, la réflexion se poursuit. L'opposition démocratique a donné rendez-vous aux adeptes de la transition le 26 juin prochain pour une concertation.

Source : RFI

 

Guinée-Bissau : l’élection présidentielle fixée au 24 novembre

Le président bissau-guinéen José Mário Vaz a fixé la date de l'élection présidentielle au 24 novembre 2019, quelques heures après avoir convié le parti vainqueur des législatives du 10 mars à indiquer le nom de son candidat au poste de Premier ministre.

« Le 24 novembre 2019 est la date retenue pour l’élection présidentielle », selon le décret publié mardi 18 juin après des concertations entre le président José Mário Vaz, les 49 partis politiques légalement inscrits dans le pays, le gouvernement et la Commission nationale des élections (CNE).

En mai, la CNE avait proposé la date du 3 novembre pour le premier tour du scrutin présidentiel qui doit se tenir cette année, avec un éventuel second tour le 8 décembre.

Malgré le bon déroulement des élections législatives du 10 mars, remportées par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) dirigé par Domingos Simões Pereira, la Guinée-Bissau ne parvient pas à sortir de la crise politique qui paralyse le pays depuis août 2015.

Un Premier ministre bientôt nommé ?

L’annonce de la date de la prochaine présidentielle n’a d’ailleurs pas permis de débloquer le contentieux autour de la composition du bureau de l’Assemblée nationale, où le PAIGC et ses alliés contrôlent une majorité de 54 sièges sur 102. Ce blocage contribue au retard persistant de la désignation du Premier ministre, poste pour lequel la majorité parlementaire a proposé Domingos Simões Pereira, dit DSP.

Un chef de gouvernement pourrait toutefois être prochainement nommé. Le président Vaz a ainsi demandé, dans une lettre datée du 17 juin, au PAIGC « d’indiquer le nom de son candidat au poste de Premier ministre ».

Blocage au Parlement

L’opposition contrôle le reste de l’Assemblée nationale populaire. Le Madem, formé par 15 députés frondeurs du PAIGC, et le Parti pour la rénovation sociale (PRS) se partagent les 48 sièges restants de l’Assemblée, respectivement 27 et 21.

Depuis la reprise des travaux parlementaires le 18 avril, les débats achoppent sur le poste de deuxième vice-président de l’Assemblée, revendiqué par le Madem pour un de ses dirigeants, Braima Camara. Mais le PAIGC et ses alliés rejettent le nom de cet ancien frondeur du PAIGC, qui avait préféré José Mário Vaz à DSP.

La crise entre les deux hommes, pourtant issus du même parti, a éclaté en août 2015 avec le limogeage par le président Vaz de Domingos Simões Pereira, qui était alors son Premier ministre. Elle inquiète d’autant plus la communauté internationale que les élections de 2014 – qui avaient abouti à l’arrivée des deux hommes au pouvoir – avaient marqué un retour à l’ordre dans ce pays secoué par de nombreuses tentatives de putsch.

Source : jeuneafrique.com

 

Tunisie : le Code électoral polémique adopté à l’Assemblée

Après une première tentative avortée la semaine dernière, l’exécutif tunisien est parvenu à faire adopter une série d'amendements du Code électoral jugés contestables par une partie de la classe politique et de la société civile tunisienne.

L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a adopté une série d’amendements au Code électoral, dont plusieurs ont fait polémique, lors de sa session plénière de ce mardi 18 juin. Le texte, adopté par 122 voix « pour », sur les 170 présents pour les 217 députés que compte l’ARP, entérine une série de modifications qui ont fait largement débat.

Un seuil de représentativité a notamment été instauré pour les législatives et la présidentielle. Fixé à 3% dans l’amendement voté ce mardi, là où la commission parlementaire avait proposé de le fixer à 5%, ce seuil fixe le niveau au-dessous duquel une liste se voit exclue de la répartition des sièges au Parlement. Si le seuil des 3% avait été appliqué lors des municipales de mai 2018, il est une nouveauté pour les scrutins nationaux.

Le nouveau texte prévoit également d’écarter les candidats qui, au cours des douze mois précédent le scrutin, ont assuré des postes de direction dans des médias ou des associations, au motif qu’ils auraient bénéficié par ce biais d’une publicité considérée comme politique. Un amendement taillé sur mesure pour exclure les favoris des derniers sondages : Nabil Karoui et Olfa Terras.

Autre amendement adopté, qui avait fait polémique, celui qui stipule que « ceux qui critiquent la révolution », « regrettent l’ère Ben Ali » ou « appellent à la haine ». Celui-là vise Abir Moussi, benaliste convaincue. L’amendement visant à moraliser la vie politique, en interdisant le « nomadisme parlementaire » lors de la prochaine législature a, en revanche, été rejeté par les députés.

Négociations et marchandages

Sous la coupole du Bardo, il semblait évident que les négociations et marchandages avaient été menés tambour battant pour arracher ce résultat. Les tentatives de la députée Samia Abbou (Courant démocratique) d’obtenir une discussion avant le vote ont été vaines. D’autres députés se sont indignés de ce que le projet leur soit parvenu en début de séance sans avoir  été soumis objet de discussion au préalable. « Si le texte ne vous convient pas, vous pouvez appuyer sur le bouton rouge », leur a rétorqué le vice-président de l’Assemblée, Abdelfatah Mourou.

Pour l’ancien ministre de la Justice Mohamed Salah Ben Aïssa, « les résultats sont contestables ».  Le constitutionnaliste cite notamment des recours possibles et plaidé pour obtenir l’avis de la Cour constitutionnelle, même si elle n’est que temporaire. « Ce n’est pas fini ! », a prévenu en écho le député indépendant Mondher Belhaj Ali.

Pour être validée, la loi doit en effet encore être signée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi. Elle doit aussi être appliquée par l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie), dont le président, Nabil Baffoun, avait estimé que ces modifications du code électoral étaient « inappropriées » et que la nouvelle loi risquait de provoquer un report des élections. Une crainte que partagent également l’UGTT (principale centrale syndicale) et l’Utica, qui représente le patronat. Des constitutionnalistes ont par ailleurs pointé le fait que cette nouvelle loi entrait en contradiction avec l’article 74 de la Constitution, qui prévoit explicitement les conditions requises pour les candidats au poste de Chef de l’État.

Réactions internationales

L’âpre débat a même débordé les frontières tunisiennes. L’Union européenne a fait par de sa position de soutien à l’Assemblée des représentant du peuple, tant que celle-ci « agit conformément à la Constitution ». Selon des sources diplomatiques européennes, la question doit être abordée par le Conseil européen, qui se réunit les 20 et 21 juin à Bruxelles. Donald Bloome, ambassadeur des États-Unis en Tunisie, s’est également élevé contre le vote de ces amendements. Par ailleurs, le député des Français de l’étranger de la 9e circonscription, M’jid El Guerrab (LRM, parti d’Emmanuel Macron), a déposé une question écrite à l’adresse du ministre français des Affaires étrangères à qui il réclame « la position de la France vis-à-vis de ces projets d’amendements ».

Outre ces inquiétudes, le vote de ce mardi à l’ARP met également en lumière la nouvelle alliance entre Tahya Tounes, parti du Chef de gouvernement Youssef Chahed, et Ennahda, qui se nouera après les élections, mais est déjà çà l’œuvre dans l’hémicycle. Une configuration que les Tunisiens connaissent d’autant plus que Tahya Tounes est lui-même un parti dérivé de Nida Tounes qui, après avoir remporté les précédentes législatives, avait noué une alliance avec Ennahdha.

Une alliance qui peut avoir un impact fort sur l’image internationale de la Tunisie. D’autant plus que des députés d’Ennahdha, qui nie toute proximité avec les Frères Musulmans, ont récité la fatiha en mémoire de Mohamed Morsi, l’ex-président égyptien décédé la veille, dont ils ont fait l’éloge. Un acte qui a clivé au sein de l’Assemblée, et qui ne devrait pas être sans conséquence sur les relations diplomatiques tunisiennes.

Source : jeuneafrique.com

 

Algérie: des organisations de la société civile adoptent une déclaration commune

Cela fait quatre mois que les Algériens manifestent. Cela fait aussi des semaines que des organisations de la société civile tentent de discuter ensemble de propositions de sortie de crise. Une centaine d’organisations étaient réunies, samedi 15 juin, à Alger. Elles ont adopté une déclaration commune et appelé à une transition politique, de six mois à un an, ainsi qu’à la nomination d’une commission indépendante pour organiser les élections. Mais certains expriment déjà des réserves.

C’est une initiative inédite en raison de la diversité des idéologies représentées. Une centaine de personnes sont autour de la table.

« Nous sommes arrivés à faire une feuille de route commune avec trois dynamiques avec leurs divergences et leurs idéologies. C’est très important sauf que je trouve - et c’est ce que je vais dire dans mon intervention – qu’il manque le principe important d’égalité », nous explique Siham Hammache, avocate et membre du Forum civil.

Dans le document commun, les participants ont listé des préalables nécessaires à la transition dont le respect des libertés individuelles mais l’expression « égalité hommes-femmes » a coincé et n’est pas mentionnée. Certains participants s’inquiètent de l’emprise des organisations les plus conservatrices sur les propositions de transition.

« Il reste des voix qui font le rappel du dialogue sans conditions, du dialogue avec le président intérimaire alors que c’était acté qu’il n’y aurait pas de dialogue avec les représentants du système, avec les vieux chevaux du système qui plus est… Ça me désole un peu parce que la voix des progressistes ne s’entend pas assez », déplore Samia Seguir, enseignante et membre du Collectif pour la société civile.

Prochaine étape pour ces organisations de la société civile: une rencontre prévue avec les partis d’opposition.

Source : RFI

 

Le président Issoufou accueille une base militaire émiratie au Niger

Le président Issoufou accueille une base militaire émiratie au NigerLes négociations entre le Niger et les Émirats arabes unis qui souhaitent installer une base militaire dans ce pays sahélien d’Afrique de l’Ouest sont entrées dans leur phase finale.

Les discussions entre les Émiratis et les Nigériens ont été longues et difficiles, mais elles sont désormais sur le point d’aboutir. Plus que quelques détails à régler afin que dans les prochains mois l’armée émiratie installe une base militaire à la frontière nord du Niger qui jouxte l’Algérie et la Libye.

Le risque d’embrasement

Il s’agit d’une opération à hauts risques pour le président Isssoufou qui met ainsi un pied dans le bourbier libyen. Cette alliance avec « le parrain » essentiel de l’offensive d’Haftar contre le gouvernement libyen d’union nationale présidé par Fayez Sarraj et cautionné par l’Onu pourrait fragiliser la situation sécuritaire au Niger qui n’est déjà pas brillante.

L’accord entre le Niger et les Émiratis témoigne à quel point la décision du maréchal Haftar de tenter une prise de pouvoir par la force en Libye pourrait embraser la région entière.

Le président du gouvernement libyen, Fayez Sarraj a déclaré, dans un entretien accordé à la chaîne Sky News, que les combats autour de Tripoli ont eu pour première conséquence, un regain certain de la force de Daech, avec le réveil de nombreuses cellules dormantes.

La diplomatie du carnet de chèques

Le président nigérien Mahamadou Issoufou avait, au départ, marqué sa réticence à un accord avec les Émirats, arguant que son pays venait de refuser l’installation d’une base militaire à l’Italie. Rome voulait justement installer une base militaire dans le nord du Niger surtout pour combattre l’immigration clandestine vers l’Europe.

S’ils sont entrés dans la quête de l’installation d’une base militaire longtemps après l’Italie, les Émiratis semblent avoir trouvé des arguments plus décisifs : le carnet de chèques et les pressions diplomatiques, notamment l’aide de leurs alliés saoudiens très influents au Niger.

Haftar en ligne de mire

En fait, ce n’est pas tant le Niger ou la menace terroriste dans le Sahel qui intéressent les Émirats arabes unis qui, soit-dit en passant, n’ont pas de tradition militaire. L’obsession de ce petit État de sept émirats répartis sur 83.600 km2, c’est la Libye. Prendre pied au nord du Niger, à un jet de pierre de la Libye, c’est pour les Émiratis être en mesure de soutenir massivement et plus facilement le maréchal Khalifa Haftar, leur allié dans le conflit qui oppose le chef de l’armée nationale libyenne au gouvernement d’union nationale de Fayez el-Sarraj.

Au-delà du soutien au maréchal Haftar, l’installation d’une base émiratie au Niger prolonge la rivalité entre, d’un côté, les Émirats arabes unis et leurs alliés saoudien et égyptien soutiens déclarés de l’armée nationale libyenne et de, l’autre côté, la Turquie et le Qatar, parrains du gouvernement d’union nationale d’el-Sarraj et des milices armées qui défendent Tripoli.

Une opération à hauts risques

Pour le Niger, l’arrivée d’une base militaire émiratie est une opération à hauts risques. En effet, plusieurs ressortissants nigériens sont déjà pris au piège de la guerre en Libye. Ils pourraient faire les frais d’une absence de neutralité de leur pays dans les affrontements qui opposent Haftar à el-Sarraj.

A quoi s’ajoutent les risques d’une nouvelle frustration des forces armées nigériennes déjà condamnées à cohabiter avec les bases militaires allemande, américaine et française.

Avec l’arrivée de l’armée émiratie, le Niger comptera donc 4 forces étrangères sur son sol sans que cela le mette forcément à l’abri d’attaques terroristes sur la frontière Ouest commune avec le Mali et le Burkina Faso ; sud-est qu’il partage avec le Nigeria.

La rédaction de Mondafrique
Source : Mondafrique

 

Algérie : l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal lui aussi écroué

Au lendemain de l'incarcération d'Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal, autre ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika, a été placé peu avant 15h sous mandat de dépôt par un juge d'instruction de la Cour suprême, dans le cadre de vastes enquêtes sur des soupçons de corruption et de dilapidation de biens publics.

Deuxième sensation en Algérie après le placement en détention provisoire, mercredi 12 juin, de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia. L’autre ex-chef de gouvernement Abdelmalek Sellal, 70 ans, a été placé jeudi sous mandat de dépôt par un juge d’instruction de la Cour suprême.

Arrivé dans la matinée au siège de cette institution, Sellal a été longuement auditionné par le magistrat, qui a ordonné sa mise en détention provisoire dans le cadre d’enquêtes sur des soupçons de corruption, de dilapidation de biens publics, d’abus de fonction et d’octroi d’indus privilèges. Annoncée prématurément par certains médias alors que l’intéressé se trouvait encore dans le bureau du juge, la décision a été confirmée à Jeune Afrique peu avant 15h.

Le dossier d’Abdelmalek Sellal faisait partie d’un ensemble de 11 autres dossiers d’anciens hauts responsables politiques, parmi lesquels Ahmed Ouyahia, Amara Benyounès ou Amar Ghoul, qui ont été transmis à la Cour suprême. Belkacem Zeghmati, le nouveau procureur de la Cour d’Alger à l’origine du mandat d’arrêt contre Chakib Khelil en août 2013, avait remis fin mai à la Cour suprême les dossiers judiciaires de ces dirigeants en vue d’une instruction. Ayant tous été membres du cercle présidentiel, ils sont poursuivis dans le cadre « d’enquêtes préliminaires effectuées par la gendarmerie concernant des faits à caractère pénal », plus particulièrement « pour des faits punis par la loi relative à la conclusion de marchés publics et de contrats contraires à la réglementation et les lois en vigueur ».

Sellal, un pilier du système Bouteflika

Membres de tous les gouvernements entre 1999 et 2017, Premier ministre entre 2012 et 2017, Abdelmalek Sellal a été un des piliers du système de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, dont il était particulièrement proche. Alors que Bouteflika se remettait difficilement de l’AVC dont il a été victime en 2013, Sellal a été fortement pressenti pour prendre la succession du président, avant que l’ex-chef de l’État ne décide finalement de briguer un quatrième mandat.

Depuis, son nom revenait régulièrement comme éventuel successeur. La proximité de Sellal avec le président déchu et son frère Saïd lui a valu d’être directeur de campagne du candidat Bouteflika à quatre reprises, en 2004, 2009, 2014 et 2019.

Avant de prendre la chefferie du gouvernement, Sellal avait dirigé les ministères des Transports, des Travaux publics ou encore celui des Ressources en eau, tous grands pourvoyeurs de marchés publics octroyés à des hommes d’affaires qui font aujourd’hui l’objet de multiples enquêtes. Sellal avait noué de solides liens avec certains oligarques comme Ali Haddad, PDG du groupe ETHRB, aujourd’hui incarcéré, ou encore Ahmed Mazouz, un industriel actif dans le business de l’automobile et de l’agroalimentaire, et dont l’origine de la fortune intéresse la justice algérienne.

Sa fille citée dans les Panama Papers

Abdelmalek Sellal a été éclaboussé par deux scandales dans lesquelles sa fille Rym, âgée de 39 ans et résidant en Grande-Bretagne, tenait un rôle central. En 2015, le nom de cette dernière a ainsi été cité dans le livre Alger-Paris, une histoire passionnelle, en tant que propriétaire d’un appartement de luxe sur les Champs-Élysées, acquis en 2007 et d’une valeur de 860 000 euros.

Une année plus tard, le nom de Rym Sellal apparaissait aussi dans le scandale des Panama Papers, comme bénéficiaire d’une société offshore au capital de 50 000 dollars. Selon des documents publiés dans le cadre des enquêtes, Rym Sellal a profité entre 2005 et 2010 de la société Teampart Capital Holdings Limited (TCH), constituée aux Îles vierges britanniques le 26 octobre 2004 en faveur d’Omar Habour.

Homme d’affaires franco-algérien, ce dernier a été largement cité dans les affaires de corruption liées au groupe Sonatrach. En septembre 2018, il a été condamné par la justice italienne à quatre ans de prison par contumace pour avoir joué un rôle de premier plan dans de nombreux contrats litigieux accordés par Sonatrach à la compagnie italienne Saipem, à l’époque où Chakib Khelil dirigeait le ministère de l’Énergie.

Source : jeuneafrique.com

 

Maroc : passeport, carte d’identité et billets de banque en amazigh

Maroc : passeport, carte d’identité et billets de banque en amazighBladi - La Chambre des représentants a adopté par consensus le lundi dernier, le Projet de loi organique 26.16 définissant le processus de mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique.

Une grande avancée dans le processus d’officialisation du Tamazight qui n’aura que trop duré. Il aura fallu attendre huit ans après son officialisation et pratiquement deux ans de discussion au parlement, pour aboutir au résultat obtenu lundi dernier.

Le texte de loi approuvé par la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication de la Chambre des représentants, rappelle Hespress, « fait suite à l’examen d’une vingtaine d’amendements proposés par les deux groupes d’opposition (PAM et Istiqlal) sur les 35 Article du Projet de loi organique.

Pour en revenir à l’essentiel, il convient de retenir que l’alphabet Tifinagh sera bel et bien destiné à écrire en langue Amazighe, comme décidé depuis la création de l’Institut royal de la culture Amazigh (IRCAM) par Dahir en 2001. « Seul le groupe PJD de la première Chambre a continué de réclamer l’écriture de la langue Amazighe en caractères arabes », fait remarquer le média.

Le projet de loi en question touche à tous les domaines publics où la langue et la culture Amazighes doivent se manifester.

Il stipule par exemple que « les cartes d’identité nationales, les passeports, les billets de banque et les pièces de monnaie, les facture d’eau, d’électricité et téléphonie, tous les certificats administratifs et les décisions des tribunaux » doivent être délivrés en Amazigh.

Mais également, d’autres domaines de services comme « les transports publics, les aéronefs, les navires, les trains, les véhicules de service public, de la Sûreté nationale, de la gendarmerie royale, de la protection civile, des forces auxiliaires et des ambulances » sont également concernés par le texte de loi.

Par ailleurs, la même loi organique stipule que l’enseignement de la langue amazighe doit être obligatoire et que celle-ci doit être diffusée sur le territoire national et dans l’ensemble des cycles d’enseignement. Tandis que pour le monde des médias, le projet prévoit » la transmission de communiqués et de déclarations à tous les citoyens marocains en langue Amazighe ».

Pour arriver à cet idéal, le Projet de loi accorde à l’administration un délai de 15 ans, pour publier les textes législatifs et réglementaires dans le Bulletin officiel en Amazigh. Un délai identique à celui accordé aux collectivités territoriales, afin de diffuser leurs décisions et leurs délibérations en Amazigh.

Source : Bladi (Maroc)

 

 

Algérie : Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre de Bouteflika, placé en détention provisoire

Coup de tonnerre à Alger. L'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia a été placé mercredi sous mandat de dépôt par un juge d’instruction de la Cour suprême, dans le cadre de l’affaire visant le businessman Mahieddine Tahkout.

L’ancien chef de gouvernement Ahmed Ouyahia est arrivé mercredi en début d’après-midi dans le bâtiment de la Cour suprême. Il a été longuement auditionné par le juge en charge de l’enquête sur le patron Mahieddine Tahkout, avant d’être mis en examen pour plusieurs chefs d’inculpation. Il sera transféré à la prison d’El Harrach, où sont déjà incarcérés plusieurs hommes d’affaires inculpés dans le cadre d’enquêtes sur des affaires de corruption présumée.

L’ex-Premier ministre, 66 ans, avait été mis en examen lundi 11 juin par un juge d’instruction du tribunal d’Alger dans le cadre de l’affaire visant Mahieddine Tahkout, proche de l’ex-président Bouteflika. Deux anciens ministres, un actuel ministre, cinq anciens walis (préfets) et deux walis en exercice sont poursuivis pour le même dossier.

Il est reproché aux prévenus huit chefs d’inculpation, dont les peines prévues vont de deux à dix ans de prison. Ils sont inculpés notamment pour blanchiment d’argent, transfert de biens obtenus par des faits de corruption, dilapidation de deniers publics, abus de pouvoir volontaire à l’effet d’accorder d’indus privilèges en violation des lois et réglementations, conflit d’intérêts avec violation des procédures en vigueur en matière de marchés publics, au bénéfice du pouvoir et de l’influence des agents de l’État, et incitation d’agents publics à exploiter leur influence effective et supposée dans le but de bénéficier d’indus privilèges.

Les délits incriminés tombent sur le coup de la loi n°06 – 01 du 20 février 2006 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, adoptée à l’époque où Ahmed Ouyahia était encore chef du gouvernement.

D’autres ministres poursuivis

Quatre fois Premier ministre depuis 1995 – dont trois sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika – , Ahmed Ouyahia, débarqué de la primature le 11 mars dernier, avait déjà été entendu par un juge du tribunal de Sidi M’hamed, dans le centre d’Alger, dans le cadre d’une affaire en instruction dans laquelle est cité Ali Haddad, patron du groupe ETRHB et ancien président du patronat algérien, en prison depuis le 3 avril dernier.

Depuis le départ du pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika sous la pression d’une contestation massive, la justice a ouvert une série d’enquêtes sur des faits de corruption visant plusieurs puissants hommes d’affaires et de hauts responsables de l’État. L’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, qui a dirigé le début de campagne électorale pour le cinquième mandat de Bouteflika, est également visé par ces poursuites. Son dossier avait été transmis en mai dernier à la Cour suprême. D’autres anciens ministres, Amara Benyounès, Karim Djoudi, Amar Ghoul, Abdelghani Zaalane, Amar Tou, Boudjemaa Talai, Abdelkader Bouazghi et Abdeslam Bouchouareb, sont également visés par ces procédures engagées au niveau de la Cour suprême.

Ouyahia, « l’homme des sales besognes »

C’est la première fois qu’un Premier ministre algérien fait l’objet d’une incarcération pour des délits économiques. Jadis fidèle parmi les fidèles du président déchu, Ahmed Ouyahia, qui avait occupé les fonctions de ministre de la Justice entre 1999 et 2002, passait pour être l’un des candidats crédibles à la succession de Bouteflika. Impopulaire en raison de politiques d’austérité conduites au milieu des années 1990, ainsi que pour son implication dans l’incarcération de plusieurs centaines de cadres d’entreprises publiques à la même époque, Ouyahia a toujours assumé et revendiqué cette réputation d’homme de basses besognes.

Ces enquêtes, qui touchent plusieurs hommes d’affaires et responsables politiques tous affiliés au cercle présidentiel, illustrent l’ampleur de la corruption durant le règne du président Bouteflika, qui avait pourtant fait de la lutte contre le pillage et la dilapidation des deniers publics l’un des crédos de sa gouvernance.

Source : jeuneafrique.com

 

Maroc-France : à Rabat, Jean-Yves Le Drian et Nasser Bourita saluent des « principes identiques »

Jean-Yves Le Drian et son homologue Nasser Bourita ont tenu une conférence de presse conjointe, samedi 8 juin, à l'occasion d'un déplacement du ministre français des Affaires étrangères à Rabat. L'occasion pour chacun de marquer une position commune sur le conflit israélo-palestinien, mais un peu plus nuancée sur la question libyenne.

« Si quelqu’un a vu le plan américain, merci de nous en informer ! », a lancé samedi à Rabat le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à propos du plan américain pour un règlement du conflit israélo-palestinien qui doit être prochainement dévoilé.

« J’en parle d’autant plus aisément que j’ai participé à la rencontre du président Macron avec le président Trump avant-hier », à l’occasion du 75ème anniversaire du Débarquement allié sur les plages de Normandie, a-t-il ajouté au cours d’un point de presse avec son homologue marocain. Le Maroc non plus n’a pas « encore connaissance d’un quelconque plan de paix et se prononcera quand il en aura connaissance des contours, du contenu et des détails », a indiqué Nasser Bourita.

Israël-Palestine : « Pas de solution sans deux États »

La Maison-Blanche a prévu de présenter le volet économique de ce plan de paix les 25 et 26 juin prochains lors d’une réunion à Bahreïn. En préparation de ce rendez-vous, le gendre du président américain, Jared Kushner, s’est déplacé fin mai au Maroc, en Jordanie et en Israël. Cette visite « a été l’occasion pour le Maroc de répéter ses positions bien connues », a indiqué Nasser Bourita.

À partir de là, s’il y a un plan de paix, nous le regarderons avec beaucoup d’attention et nous échangerons sur le sujet

« Nos principes sont identiques : il n’y a pas de solution sans la reconnaissance de deux États vivant en sécurité, l’un et l’autre, et ayant Jérusalem comme capitale, l’un et l’autre », a précisé Jean-Yves Le Drian. « À partir de là, s’il y a un plan de paix, nous le regarderons avec beaucoup d’attention et nous échangerons sur le sujet », a-t-il ajouté.

Les Palestiniens ont rejeté ce plan entouré du plus grand secret sans même le connaître, l’administration américaine s’étant discréditée à leurs yeux quand Washington a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017.

Bourita : « Il y a des acteurs externes en Libye »

Concernant la Libye, le ministre français a plaidé pour « un cessez-le-feu immédiat » pour « permettre la mise en œuvre d’une feuille de route aboutissant à des élections ». « Si on laisse l’instabilité se développer, alors des retours de terroristes peuvent se produire, d’ailleurs on constate depuis quelques temps que l’on voit réapparaître Daesh dans le sud libyen », a-t-il dit, en référence aux jihadistes du groupe État islamique (EI).

Nasser Bourita a pour sa part estimé que « la situation s’est dégradée parce que les différents acteurs n’ont pas suffisamment de volonté et parce qu’il y a des acteurs externes ». « On est à un moment crucial : les Libyens d’abord ont la responsabilité d’être à la hauteur de ce moment, mais également les pays directement impliqués dans la question », a-t-il dit.

Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est libyen, a lancé le 4 avril une offensive en vue de s’emparer de Tripoli, siège du Gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez al-Sarraj, le seul reconnu par la communauté internationale. Les combats ont fait plus de 600 morts et 3 200 blessés, poussant à la fuite plus de 80 000 personnes, selon l’ONU.

Source : jeuneafrique.com

 

Algérie: les militaires veulent aller aux élections

En Algérie, l’armée s'est prononcée ce vendredi pour l’organisation d’une élection dans les plus brefs délais. Si les manifestants rejettent le scrutin, les militaires estiment, eux, que c’est la seule manière de sortir de la crise politique.

La position de l’armée est celle de la légitimité constitutionnelle, et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle « dans les plus brefs délais ». Voilà ce qu’explique l’institution militaire dans l’édito de sa revue mensuelle El Djeich.

Cette élection serait précédée de discussions avec des personnalités nationales et « des élites sincères et fidèles à la nation », afin que le scrutin soit accepté par tous. Ces discussions auraient également pour but de mettre sur pied une instance d’organisation et de supervision des élections.

Pour l’armée, seul le dialogue pourra apporter une solution à la crise. Mais elle critique les discussions stériles et les intentions malveillantes de certains qui décrédibilisent, selon elle, par les voies médiatiques, les options proposées par les autorités.

Les militaires disent vouloir un dialogue sincère, fait de concessions réciproques, au service de l’intérêt suprême du pays. Mais ils expliquent qu’une période de transition, tel que souhaité par des manifestants et des organisations de la société civile, conduirait vers une situation « encore plus difficile à maîtriser ».

Source : RFI

 

Algérie : le président Bensalah appelle à une élection « dans les meilleurs délais »

Le chef de l'État par intérim Abdelkader Bensalah s'est exprimé jeudi soir dans un discours à la nation. Il a appelé l'ensemble de la classe politique au dialogue dans le but d'organiser au plus vite un scrutin présidentiel, à la veille de nouvelles manifestations contre le régime.

« J’invite la classe politique, la société civile et les personnalités patriotiques nationales (…) à opter pour la voie du dialogue inclusif » pour organiser « dans les meilleurs délais », la « prochaine échéance présidentielle », a déclaré Abdelkader Bensalah dans un discours à la nation retransmis par la télévision officielle.

Il a ajouté qu’il les invitait « à débattre de toutes les préoccupations portant sur la prochaine échéance présidentielle » afin de « tracer une feuille de route devant aider à l’organisation du scrutin dans un climat d’entente et de sérénité ».

Veille de manifestations

Ce discours intervient à la veille du 16e vendredi consécutif de contestation, le premier depuis l’annulation par le Conseil constitutionnel de la présidentielle du 4 juillet.

C’est le deuxième appel au dialogue en quelques jours. Fin mai, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, avait prôné un « dialogue » et des « concessions mutuelles », tout en continuant d’exiger une présidentielle « dans les plus brefs délais » et en exclure toute « période de transition aux conséquences incertaines ».

Vendredi dernier, les manifestants qui étaient descendus en masse dans la rue avaient rejeté l’offre de dialogue « avec le gang et le pouvoir ».

Période d’intérim prolongée de facto

La Constitution prévoit que la période d’intérim d’Abdelkader Bensalah, débutée le 9 avril dernier, dure 90 jours, durant lesquels il doit organiser une présidentielle, qui était prévue le 4 juillet, et remettre le pouvoir au nouvel élu.

En rejetant le 2 juin les deux seuls dossiers de candidature, le Conseil constitutionnel a toutefois constaté « l’impossibilité » de la tenue du scrutin du 4 juillet.

En chargeant Abdelkader Bensalah de « convoquer » une nouvelle élection, le Conseil a de facto prolongé sine die l’intérim, jusqu’à la prestation de serment d’un nouveau président élu.

Source ; jeuneafrique.com

 

L’Algérie dans une période de vide constitutionnel

En Algérie, il n’y aura pas d’élection présidentielle le 4 juillet prochain. Le scrutin qui devait permettre de désigner un successeur à Abdelaziz Bouteflika est impossible à tenir, selon le Conseil constitutionnel qui l’a annoncé ce dimanche 2 juin. L’Algérie entre donc dans une période de vide constitutionnel. Ce qui va obliger à des négociations politiques.

Début juillet, la période d’intérim arrivera à sa fin. En l’absence d’élection, il n’y aura pas de nouveau président. Depuis des semaines, le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah répétait qu’il fallait suivre la solution constitutionnelle. Cette fois, il devra faire des choix politiques, puisque la Constitution n’offre plus aucune option.

La principale question qu’il faudra trancher est celle de la transition : qui peut l’organiser, avec qui négocier et, surtout, quelle place sera accordée à ceux qui manifestent, mais qui ne sont dans aucun parti ou organisation de la société civile ?

Ce dimanche, l’Association des oulémas a déjà fait une première proposition, évoquant une instance présidentielle de trois à cinq personnes. Des organisations de la société civile se réunissent régulièrement dans le but de proposer des feuilles de route de sortie de crise.

Vers un dialogue chapeauté par l'armée ?

Pour Mouloud Boumghar, professeur de droit public et spécialiste des questions juridiques en Algérie, la décision du Conseil constitutionnel risque de déboucher sur un dialogue qu'il perçoit comme vicié et chapeauté par l'armée.

« Alors, un des scénarios possibles, c’est celui du dialogue sérieux comme le dit celui qui exerce le pouvoir réel, c’est-à-dire le chef d’état-major, dit-il. Les conditions du dialogue avec le pouvoir réel ne sont pas remplies, notamment de son côté. De son côté, elles tiennent à l’arrêt de la répression, au démantèlement progressif du contrôle sur la société, et deuxièmement il y a aussi autre chose, c’est l’objet du dialogue. »

« L’objet du dialogue aujourd’hui, tel qu’il est proposé par le chef d’état-major, est d’appliquer sa solution à lui, poursuit-il. Sa solution à lui est d’aller vers l’élection présidentielle sous son contrôle, sous le contrôle du régime. Ils vont essayer de trouver des interlocuteurs qui vont leur sauver la mise, c’est-à-dire qu’ils vont accepter d’aller à l’élection présidentielle. Et ils vont faire cela par le biais d’un dialogue qui va essayer peut-être de débaucher dans l’opposition ceux qui veulent aller à l’élection présidentielle, et il y en a. »

Le Conseil constitutionnel a précisé qu'il revient au chef de l'État de convoquer à nouveau le corps électoral et de parachever le processus jusqu’à l'élection du président de la République et la prestation de serment. Un scénario qui n'est pas formellement prévu par la Constitution, alors que le mandat du président par intérim s'achève en juillet.

Pour Mouloud Boumghar, c'est la conséquence d'une véritable décrédibilisation des institutions.

Bien évidemment, la Constitution ne prévoit pas l’hypothèse dans laquelle personne ne se présenterait à l’élection présidentielle, tout simplement parce qu’elle ne prévoit pas l’hypothèse de la désaffection populaire à l’égard de la Constitution, du rejet total des institutions par le peuple algérien. Elle ne prévoit pas cela et c’est normal. Elle ne prévoit pas le cadre d’une révolution. Donc, aujourd’hui, le problème c’est que les institutions dans leur forme, leur fonctionnement et leur composition actuelle, sont décrédibilisées, dévitalisées et rejetées massivement par les Algériens. Et c’est cela le fond du problème. C’est cela que le haut commandement militaire, qui est aussi visé par la mobilisation populaire, n’accepte pas, parce que tout simplement il risque d’être emporté par la vague.

Les choix qui seront faits par les autorités et par l’armée montreront dans quelle mesure elles acceptent ou non de satisfaire les revendications de la rue.

Dans une petite salle du centre ville, un débat sur la transition politique a été organisé. Louisa Ait Hamadouche, politologue, tente de donner des clés pour comprendre ce qu’il est possible d’attendre comme changements politiques...

Source : RFI

 

Soudan : au moins 30 morts dans des manifestations violemment réprimées par l’armée

Description imageLa dispersion par l'armée des manifestants réunis à Khartoum et dans d'autres villes du Soudan, pour réclamer le transfert du pouvoir aux civils, a fait plus de 30 morts, selon un bilan encore provisoire. Il s'agit de la plus grosse opération de répression engagée depuis la chute d'Omar el-Béchir.

Le bilan de l’assaut meurtrier mené lundi par les militaires contre les contestataires au Soudan s’alourdit : au moins 30 personnes ont été tuées, contre 13 auparavant, selon un bilan délivré par le Comité central des médecins soudanais, une organisation proche des opposants au Conseil militaire de transition, qui tient le pouvoir depuis la chute d’Omar el-Béchir. Des « centaines de blessés » ont également été recensés.

Alors que les manifestants étaient réunis dans la journée sur la place al Qiyadah (« du commandement »), le Conseil militaire avait lancé une opération de répression, la plus grosse engagée depuis la chute d’Omar el-Béchir.

Selon les témoignages rapportés par des médias locaux et l’Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance du mouvement depuis ses prémisses, des barricades avaient été dressées par les manifestants, sans avoir pu résister à l’avancée des militaires, lourdement armés.

Arrêt de « tout contact politique »

« L’armée a envahi les rues entourant le sit-in, a utilisé des balles réelles, des gaz lacrymogènes et des matraques », a affirmé le SPA, qui a précisé que les tentes installées sur la place ont été incendiées. Des témoignages ont également fait état de tirs à balles réelles sur les manifestants, tandis que, sur les réseaux sociaux, des activistes proches du SPA ont relayé des images de personnes blessées.

« Ces événements prouvent les mensonges et la complicité de ce conseil de coup d’État avec les vestiges de l’ancien régime », a notamment réagi le SPA sur les réseaux sociaux, réaffirmant ses appels à « la  désobéissance civile ».

En conséquence de cette dispersion, le mouvement de contestation (ALC) a annoncé couper tout contact politique avec le Conseil militaire de transition au pouvoir. « Nous annonçons l’arrêt de tout contact politique et des négociations avec le Conseil putschiste », a indiqué l’ALC dans un communiqué, appelant à « la grève et la désobéissance civile totale et indéfinie à compter d’aujourd’hui ».

« Nous n’avons pas dispersé le sit-in par la force », a déclaré, pour sa part, le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamseddine Kabbashi, à la chaîne de télévision Sky News Arabia, basée aux Émirats arabes unis. « Les tentes sont là et les jeunes peuvent y circuler librement », a-t-il assuré.

Source : jeuneafrique.com

 

Algérie : les manifestants toujours très mobilisés, malgré des arrestations

En dépit des nombreuses arrestations par la police, les manifestants affluent dans le centre d'Alger pour le quinzième vendredi de mobilisation. Objectif : dire « Non » au dialogue proposé par le chef de l'état-major de l'armée algérienne.

« Pas de dialogue avec le gang et le pouvoir », martelaient vendredi 31 mai les manifestants, qui désignent sous le terme d’« issaba » (« gang ») les dirigeants de l’appareil politique toujours en place, hérité de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission par la rue le 2 avril dernier.

En tout début d’après-midi, un millier de manifestants étaient déjà rassemblés près de la Grande Poste, devenu le point de ralliement des grandes manifestations hebdomadaires, depuis le premier vendredi de contestation le 22 février. Le gros de la foule est attendu après la fin de la prière.

Massivement rejetée par les manifestants et sans candidat sérieux déclaré, la présidentielle prévue le 4 juillet apparaît de plus en plus compromise. Plus tôt cette semaine, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, devenu le véritable détenteur du pouvoir depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika, a réclamé des « concessions mutuelles » dans le cadre d’un « dialogue » dont il n’a pas défini les formes.

« Ni dialogue ni élections »

Il n’a plus évoqué la date du 4 juillet, mais a continué de réclamer une présidentielle « dans les plus brefs délais ». Le Conseil constitutionnel doit se prononcer avant le 5 juin sur la validité des deux seuls dossiers de candidatures déposés pour la présidentielle. Mais il semble peu probable qu’ils remplissent les conditions requises, notamment les 600 parrainages d’élus ou les 60 000 d’électeurs.

Le scrutin n’a pour seul objectif que le maintien du « système » au pouvoir, estime le mouvement de contestation inédit, qui réclame au préalable le départ de tous les dirigeants actuels, dont le général Gaïd Salah, chef de l’armée depuis 2004. « Ni dialogue ni élections, mais une (Assemblée) constituante », peut-on lire sur une pancarte brandie par des manifestants.

Ce vendredi est le dernier du mois de jeûne musulman du ramadan, durant lequel la mobilisation n’aura pas faibli malgré la fatigue due au jeûne quotidien. Et les arrestations menées plus tôt dans la matinée, comme la semaine précédente, n’auront pas davantage découragé les manifestants.

Source : jeuneafrique.com

 

Algérie : le général Gaïd Salah menace-t-il la révolution ?

Depuis la chute du clan Bouteflika, c’est le tout-puissant chef d’état-major de l’armée qui détient la réalité du pouvoir. Contre la volonté du peuple.

Il est 17 heures passées ce mardi 2 avril quand s’achève la réunion du commandement de l’armée, en conclave depuis la fin de la matinée au ministère de la Défense. Le sort d’Abdelaziz Bouteflika, qui fait face à une révolution depuis février, vient d’être scellé. La veille, la présidence avait annoncé que la démission du chef de l’État interviendrait avant le 28 avril, date d’expiration de son quatrième mandat. Sauf que le commandement de l’armée n’y croit pas.

Pendant la réunion, les généraux sont finalement convaincus par Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, que Bouteflika, son frère Saïd et son entourage cherchent à gagner du temps en mettant en place un plan B. Ils préparent, selon lui, un coup tordu pour le démettre de ses fonctions et garder leur mainmise sur le pouvoir. Pas de temps à perdre, Bouteflika et sa clique doivent partir sur le champ. La messe est dite.

Sommation

C’est Ahmed Gaïd Salah lui-même qui se charge d’annoncer la nouvelle. Il appelle alors Mohamed Rougab, secrétaire particulier de Bouteflika. Le ton est sec, martial. « Vous allez immédiatement rendre publique la lettre de démission », lui ordonne-t-il. Rougab bafouille et explique à son interlocuteur – lui donnant du « Mon Général » – qu’il lui faut du temps pour joindre le président, reclus dans sa résidence de Zeralda, ainsi que ses proches, son frère Saïd en particulier.

Il lui faut aussi du temps, argue-t-il, pour préparer le texte. Au bout du fil, Gaïd Salah ne veut rien entendre. Nouvelle sommation : l’annonce de la démission doit être immédiate, ou il envoie les troupes à Zeralda pour obtenir la capitulation du chef de l’État. Message reçu cinq sur cinq. Peu avant 20 heures, la télévision nationale diffuse des images de Bouteflika, vêtu d’une gandoura, remettant sa démission au président du Conseil constitutionnel.

Tout est dans cette séquence qui clôt vingt années de règne de Bouteflika : l’obsession de ce dernier et de ses proches de garder le pouvoir, le caractère et la personnalité de Gaïd Salah, le poids qu’il prendra sur l’échiquier politique à partir de là et la brutalité avec laquelle il écarte ceux qu’il désigne sous le vocable d’« Al Issaba » (comprendre : la bande mafieuse).

Un homme de fer

On disait d’Ahmed Gaïd Salah qu’il allait être le grand ordonnateur de l’après-Bouteflika. Il a fait mieux. Depuis le départ forcé du président, il est le seul maître à bord, donnant, au fil des semaines, l’image d’un homme de fer, un peu trop ambitieux aux yeux de ses multiples contempteurs, qui l’accusent ouvertement de vouloir instaurer une dictature militaire. Ou, à tout le moins, de détourner à son profit une révolution populaire qui exige la fin du système, dont il est l’une des reliques.

Gaïd Salah veut-il vraiment accompagner la révolution vers une nouvelle république ou s’emparer du pouvoir d’une manière ou d’une autre ?

Comment cet homme qui jurait loyauté et fidélité au moudjahid Bouteflika « jusqu’à la mort » est-il devenu son pire ennemi ? Pourquoi Gaïd Salah, bouclier de Bouteflika depuis l’AVC qui, en 2013, l’a cloué dans un fauteuil roulant, est-il depuis devenu le fossoyeur du clan présidentiel ?

L’incarcération de Saïd Bouteflika, du général Toufik, ex-patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), et de son successeur, Athmane Tartag, tous poursuivis pour « complot contre l’autorité de l’armée et complot contre l’autorité de l’État », ainsi que celle de Louisa Hanoune, chef du Parti des travailleurs, et les poursuites judiciaires engagées contre les oligarques relèvent-elles d’une vengeance personnelle ou d’une volonté sincère de nettoyer les écuries d’Augias ? Gaïd Salah veut-il vraiment accompagner la révolution vers une nouvelle république ou s’emparer du pouvoir d’une manière ou d’une autre ? Retour au fameux conclave du 2 avril.

Coup de poignard

Devant ses pairs du commandement de l’armée, Ahmed Gaïd Salah dit détenir des preuves – documents, enregistrements, écoutes – qu’un complot se prépare pour l’évincer et déstabiliser l’institution militaire. La conjuration serait fomentée par l’entourage présidentiel, avec la complicité de son pire ennemi, le général Toufik, mis à la retraite en septembre 2015, ainsi que de plusieurs acteurs, dont des officines de puissances étrangères.

Gaïd Salah obtient alors carte blanche pour démanteler le système Bouteflika, confondre les conjurés et poursuivre l’opération mains propres contre ceux qui ont « pillé les richesses du pays ». En échange de ce blanc-seing, il s’engage à passer la main lorsque la révolution du 22 février aura accouché de nouvelles institutions légitimes.

Le divorce entre Gaïd Salah et Bouteflika relève davantage d’une trahison, du moins d’une parole non tenue, que d’une conjuration. Après avoir soutenu mordicus l’option du cinquième mandat, le chef de l’armée a rétropédalé à mesure que le mouvement de révolte prenait de l’ampleur. Poussé par le commandement militaire à se dédire, Gaïd Salah fait comprendre au président et à son cercle immédiat qu’il est temps de partir.

Il comprend que l’entourage présidentiel joue la montre et concocte un plan alternatif dont il sera fatalement exclu. Ce sera lui ou Bouteflika

Au terme d’une réunion avec la famille présidentielle, le 22 mars, à Zeralda, le vice-ministre de la Défense obtient l’engagement de la démission du président en échange de garanties pour sa sécurité et celle des siens. « La lettre sera rendue publique au plus tard dans trois jours », assure Saïd Bouteflika. Gaïd attend. La démission ne viendra pas. Il comprend alors que l’entourage présidentiel joue la montre et concocte un plan alternatif dont il sera fatalement exclu. Ce sera lui ou Bouteflika.

Sentant venir le coup de poignard dans le dos, Gaïd Salah ordonne, le 26 mars, l’application dans les plus brefs délais de l’article 102 de la Constitution, qui prévoit la destitution du président ou sa démission en cas d’incapacité. Le divorce entre la fratrie et le fidèle général est définitivement consommé.

Crainte de son limogeage

Deux événements viennent conforter le vice-ministre dans la certitude que les Bouteflika ont décidé de lui couper la tête. Le 30 mars, l’ancien président Liamine Zéroual rencontre le général Toufik à la demande de celui-ci dans sa résidence, à Moretti. À l’initiative de Saïd Bouteflika, Toufik propose à Zéroual de présider une instance de transition. Comprenant la manœuvre, ce dernier refuse et conseille à son interlocuteur, ainsi qu’à ses sponsors, de satisfaire plutôt les revendications de la rue.

Le jour même, alors qu’une partie du commandement de l’armée est en réunion à Alger, Saïd Bouteflika appelle Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense et autre ennemi de Gaïd Salah. Les deux hommes s’étaient déjà rencontrés le 7 mars au domicile de Nezzar. Au cours de l’entretien organisé à la demande de Saïd, celui-ci avait confié sa détermination à décréter l’état d’urgence ou l’état de siège si la contestation devait perdurer. Ce samedi 30 mars, Saïd veut aller plus loin. Devant Nezzar, qui a été entendu mardi 14 mai comme témoin par le tribunal militaire dans le cadre des poursuites engagées contre Saïd, Toufik et Tartag, il évoque la possibilité de destituer Gaïd Salah.

Vous doutiez qu’il allait agir ainsi ? s’étonne une de ses connaissances. Il ne connaît pas la marche arrière

Le décret de limogeage est déjà prêt. Saïd Bouteflika en donnera la teneur lors d’un échange téléphonique qu’il aura en fin de journée avec Liamine Zéroual, dans une ultime tentative de le convaincre d’accepter l’offre de conduire la transition. Gaïd Salah ne rate rien de ces manœuvres. Sur ses gardes, il surveille, écoute, s’informe et ferme toutes les écoutilles pour empêcher la diffusion du communiqué. La suite est connue. Le match se termine par un KO technique en sa faveur. Ahmed Gaïd Salah poursuivra de sa vindicte ceux qui ont pris part à cette conjuration. « Vous doutiez qu’il allait agir ainsi ? s’étonne une de ses connaissances. Il ne connaît pas la marche arrière. »

« Fonceur et bourru »

La personnalité d’Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, éclaire sous un autre jour l’ascendant qu’il a pris sur la scène politique. Elle explique la manière implacable avec laquelle il élimine ses détracteurs. Ses amis, ceux qui le connaissent ou ont travaillé à ses côtés, dressent de lui un portrait peu nuancé. « Fonceur, bourru, kamikaze, il est capable de colères homériques », dit l’un d’eux. « Il écoute, mais n’aime pas la contradiction », ajoute un autre.

Ahmed Gaïd Salah agit seul et ne fait confiance à personne. Il s’est enfermé dans une tour d’ivoire au risque de se mettre en danger

« C’est un solitaire qui a fini par s’entourer d’une poignée de conseillers et de collaborateurs en mesure de lui faire entendre raison », jure un de ses anciens subalternes. « Il agit seul et ne fait confiance à personne, tranche de son côté un militaire à la retraite. Il s’est enfermé dans une tour d’ivoire au risque de se mettre en danger. » Ambitieux ? À ceux qui sondent ses intentions à ce propos, il répond que Chadli Bendjedid et Liamine Zéroual, deux hauts gradés de l’armée, ont bien été présidents. Pourquoi pas lui ?

En se plaçant au centre du jeu depuis la démission de Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah donne du grain à moudre à ses adversaires, qui lui reprochent de vouloir prendre la place du chef qu’il a contribué à évincer. En s’impliquant directement dans la succession de Bouteflika, en assumant personnellement le suivi des affaires de corruption et en définissant semaine après semaine la feuille de route, le vice-ministre de la Défense est devenu l’une des cibles des manifestants, qui continuent de défiler par milliers chaque vendredi. Hier, les têtes de turc étaient Bouteflika, Saïd, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia ou encore l’homme d’affaires Ali Haddad, en prison depuis le 3 avril pour une histoire de passeport. Aujourd’hui, c’est Gaïd Salah lui-même.

Et les messages, brouillés et contradictoires, qu’il délivre au fil de ses sorties médiatiques entretiennent la méfiance de la rue. D’un côté, il répète à l’envi la volonté de l’armée de satisfaire toutes les revendications du peuple. De l’autre, il soutient le chef de l’État par intérim, Abdelkader Bensalah, et le gouvernement de Noureddine Bedoui, tenus pour des symboles du système Bouteflika et dont les départs sont réclamés chaque vendredi. Un jour, il appelle au dialogue avec les institutions de l’État pour sortir de l’impasse. Le lendemain, il rejette l’idée d’une transition négociée. Plus l’échéance de l’élection présidentielle, le 4 juillet, approche, plus la position de Gaïd Salah et de l’institution militaire deviendra inconfortable. Voire intenable.

Maintenir ce scrutin, boycotté par l’opposition et rejeté par les millions de marcheurs, c’est prendre le risque d’aller au clash. C’est aussi prendre le risque de s’aliéner l’armée et le peuple. Mais donner satisfaction aux manifestants en lâchant Bensalah et Bedoui comme il a lâché Bouteflika reviendrait à renier la feuille de route qu’il a lui-même tracée depuis la démission du vieux raïs. Dilemme cornélien.

Comparutions en cascade

Les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ainsi que le président du parti MPA et ancien ministre Amara Benyounes ont été auditionnés jeudi 16 avril par un juge du tribunal d’Alger. Détenu depuis le 3 avril dans le cadre d’une affaire de passeport qu’il aurait indûment acquis, Ali Haddad, PDG du groupe ETRH, a été également extrait de sa prison pour être auditionné. Ces responsables qui comptaient parmi les grandes figures du cercle présidentiel comparaissent dans le cadre d’enquêtes sur l’attribution de marchés publics. Le même jour, Tayeb Belaiz, ex-président du Conseil constitutionnel, comparaissait comme témoin devant le tribunal militaire dans l’affaire de la conjuration.

Source ; jeuneafrique.com

 

Soudan : la contestation veut un civil à la tête de la transition

Les leaders de la contestation au Soudan se sont dits déterminés à ce qu'un civil dirige le futur Conseil souverain, institution-clé de la transition dont la composition sera au coeur de la reprise prévue des négociations avec l'armée dimanche soir.

Selon un communiqué de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, les négociations reprendront à 19h GMT et se focaliseront sur la répartition, entre armée et contestation, des sièges du Conseil souverain ainsi que sur son futur chef.

Les négociations avaient été suspendues mercredi soir par les généraux, au pouvoir depuis la destitution le 11 avril du président Omar el-Béchir, qui réclamaient la levée des barricades installées par des manifestants à Khartoum.

Depuis le 6 avril, des milliers de Soudanais campent devant le QG de l’armée. Leur revendication principale, appuyée par la communauté internationale qui fait aussi pression sur les militaires, est le transfert du pouvoir à une administration civile.

Vendredi, des manifestants ont déconstruit des barricades mais menacé de les installer à nouveau si les généraux ne reprenaient pas les négociations. Samedi soir, le Conseil militaire de transition a annoncé la reprise des discussions dimanche avec l’ALC au palais présidentiel.

Depuis plusieurs semaines, les négociations butent sur la composition du Conseil. Les généraux insistent pour y obtenir une majorité de sièges tandis que les leaders de la contestation ont réaffirmé dimanche leur volonté de limiter la présence des militaires et de placer un des leurs à la tête du Conseil.

Débat sur la charia

Le Conseil militaire de transition actuellement au pouvoir est dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane. Les généraux qui négocient avec l’ALC ont annoncé que le général Burhane, nouvel homme fort du pays, dirigerait la future instance de gouvernement pour la transition.

Militaires et protestataires s’étaient entendus sur plusieurs points avant la suspension des négociations : la durée de la période de transition – trois ans – et la création d’un Parlement composé de 300 personnes, dont les deux tiers seraient issus de l’ALC.

La reprise des négociations dimanche soir se fera toutefois dans un contexte tendu, au lendemain d’une manifestation d’islamistes qui a rassemblé devant le palais présidentiel des centaines de personnes. Ceux-ci ont rejeté toute future administration civile qui n’utiliserait pas la charia (loi islamique) comme source de la législation.

La charia est appliquée au Soudan depuis le coup d’État de Omar el-Béchir, soutenu par les islamistes, en 1989.

L’ALC n’a pour le moment pas exprimé sa position sur la charia, affirmant que la priorité était d’instaurer une administration civile.

Source : jeuneafrique.com

 

« Complot » en Algérie : quels liens entre les protagonistes présumés ?

Depuis la démission de l'ex-président Bouteflika, le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah mène une vaste purge contre des personnalités accusées de « complot contre l’autorité de l’État ». L’accusation se fonde principalement sur des contacts avec les réseaux de Saïd Bouteflika. Mais qui a rencontré qui ?

La purge menée par Ahmed Gaïd Salah fait tellement trembler que ceux qui n’ont pas encore été convoqués se défendent déjà. Pour le moment, le frère cadet de l’ex-président Bouteflika, ainsi que les généraux Toufik et Tartag, ont été placés sous mandat de dépôt par le tribunal militaire de Blida, pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État ».

Dans le cadre de la même affaire, la leader de gauche Louisa Hanoune a elle aussi été incarcérée en fin de semaine dernière. Jeune Afrique vous résume les liens entre les différents « complotistes », qu’ils soient soupçonnés d’avoir été instigateurs, acteurs ou simples témoins [l’infographie est à retrouver en fin d’article].

• Saïd et Toufik, cerveaux du « complot » ?

Fin mars dernier, les réseaux du général Mohamed Mediène, alias Toufik, avec l’assentiment du frère du président, sont soupçonnés d’avoir voulu détrôner le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, en relançant un vieux plan : proposer à Liamine Zéroual, en retrait depuis son départ de la présidence en 1999, de diriger l’instance de transition. Mais celui-ci a refusé. Selon les informations de Jeune Afrique, un décret de limogeage du chef d’état-major était déjà prêt le 30 mars.

Dimanche 5 mai, le frère cadet de l’ex-président Bouteflika, ainsi que les généraux Toufik et Tartag, ont été placés sous mandat de dépôt par le tribunal militaire de Blida. Ils sont accusés « d’atteinte à l’autorité de l’armée » et de « complot contre l’autorité de l’État ». D’après la chaîne étatique ENTV, les trois piliers de la présidence Bouteflika seront jugés en vertu des articles 77 et 78 du Code pénal, mais aussi 284 du Code de justice militaire.

• Le général Nezzar, témoin direct

L’ancien ministre de la Défense et général à la retraite Khaled Nezzar a été entendu par la justice militaire mardi 14 mai, dans le cadre de l’enquête visant Saïd Bouteflika et les deux généraux. Il est ressorti libre au bout de deux heures. Si on ne connaît pas les détails de l’audition, Nezzar avait livré un premier témoignage dans un courrier publié par le site Algérie patriotique. Dans sa tribune, le général raconte notamment sa première rencontre avec le frère de l’ex-président, qui a eu lieu jeudi 7 mars.

Selon Nezzar, Saïd Bouteflika l’a ensuite rappelé samedi 30 mars :  « Il m’a dit que le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP [Armée nationale populaire] était en réunion avec des commandants des forces et qu’il pouvait agir contre Zeralda [la résidence présidentielle où se trouvait Abdelaziz Bouteflika] d’un instant à l’autre. Il voulait savoir s’il n’était pas temps de destituer le chef d’état-major », écrivait-il. Dans sa lettre, l’ancien ministre de la Défense accuse explicitement Saïd Bouteflika de complot contre Ahmed Gaïd Salah.

• Louisa Hanoune, « prisonnière politique » ?

Toujours dans le cadre de l’affaire dite « Tartag, Toufik, Saïd Bouteflika », Louisa Hanoune a été convoquée et arrêtée par le tribunal militaire de Blida. La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) a fait appel de la décision du juge d’instruction, et sa requête sera examinée lundi 20 mai. Si la responsable politique a admis avoir effectivement rencontré, mercredi 27 mars, le frère cadet et conseiller de l’ex-président, elle assure ne pas être impliquée dans le « complot » et se considère comme une « prisonnière politique », ont fait savoir ses avocats.

La « réunion consultative » à laquelle la dirigeante du PT a participé « avait pour objectif de donner son avis sur la situation politique. Elle pensait que cette rencontre était officielle, avec l’accord de la présidence de la République », a expliqué son avocat, Me Rachid Khane. Louisa Hanoune a demandé à son défenseur de « transmettre un message spécial à tous les libéraux et aux libéraux d’Algérie » pour qu’ils soutiennent sa libération « en tant que prisonnier politique. Le seul pêché que j’ai commis est d’avoir rempli mes hautes fonctions politiques », jure-t-elle.

Des personnalités politiques françaises ont qualifié son incarcération d’ ‘arrestation arbitraire qui suscite une légitime émotion’

Ce vendredi, une centaine de personnalités politiques françaises ont répondu à l’appel en réclamant sa libération, dans un communiqué qui qualifiait son incarcération d’« arrestation arbitraire qui suscite une légitime émotion ». Le texte a notamment été signé par l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le leader d’opposition Jean-Luc Mélenchon (gauche), le syndicaliste Philippe Martinez ou encore Me Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme.

• Abderrazak Makri prend les devants

Abderrazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), a lui aussi rencontré secrètement le frère cadet de l’ancien président, en octobre puis en décembre derniers. Le responsable islamiste souhaitait s’entretenir avec le chef de l’État, mais l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika ne l’a pas permis.

Comme le révélait Jeune Afrique, selon des sources proches du dirigeant islamiste, Saïd Bouteflika s’est contenté d’écouter son interlocuteur et lui a expliqué qu’il était difficile de trouver un consensus quant à l’organisation de l’élection présidentielle en 2019. Peu après cette rencontre, Makri a proposé de reporter l’élection initialement prévue mi-avril.

Invité ce lundi 13 mai du forum du quotidien d’État El Moudjahid, Abderrazak Makri s’est finalement expliqué sur sa rencontre avec le frère de l’ex-chef de l’État. « L’initiative du consensus national était publique et devait être discutée entre le pouvoir et l’opposition. Nous nous sommes donc adressés au pouvoir, représenté par la présidence de la République. Cette dernière a mandaté Saïd Bouteflika, en sa qualité de conseiller du président. […] Nous avons déposé l’initiative à la présidence et celle-ci a répondu. Notre rencontre a eu lieu au sein de la présidence de la République », a-t-il précisé.

• Le conclave de Zeralda

Le 19 décembre dernier, Saïd Bouteflika a réuni à Zeralda les responsables des partis de l’alliance de soutien à Abdelaziz Bouteflika, ainsi que son entourage proche. Ont notamment participé à cette rencontre le Premier ministre de l’époque, Ahmed Ouyahia, l’ex-ministre de l’Intérieur et actuel Premier ministre, Noureddine Bedoui, l’ex-ministre de l’Intérieur Tayeb Belaïz, le nouveau président de l’Assemblée nationale Mouad Bouchareb, ainsi que les ex-ministres Amar Ghoul (président du TAJ, parti membre de l’alliance présidentielle), Amara Benyounès et Benamar Zerhouni.

À cette réunion, qui a porté sur l’avenir politique du pays et sur l’incertitude de la tenue des élections en avril, Ahmed Gaïd Salah n’a pas été convié. En conclave, Saïd Bouteflika a répété, selon nos informations : « Le président ne peut pas faire de cinquième mandat. Sa santé le lâche. Il lui faut une sortie honorable. » Amar Ghoul s’est vu demander si l’armée validait le plan. « Oui, el djeich maana (“l’armée est avec nous”) », aurait-il répondu.

Si aucun des participants n’a pour l’heure été convoqué par la justice militaire, quelques-uns ont comparu jeudi 16 mai devant le tribunal de Sidi M’hamed

Si aucun des participants à cette rencontre n’a pour l’heure été convoqué par la justice militaire, quelques-uns ont comparu jeudi 16 mai devant le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger : les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mais aussi l’ex-ministre du Commerce Amara Benyounès, l’ex-ministre des Finances Karim Djoudi et l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh. Ces derniers, entendus dans le cadre de l’affaire Ali Haddad, ont finalement quitté le tribunal en soirée.

 

Lors de ce 13e vendredi de marche populaire, les manifestants ont arraché le sigle du Rassemblement national démocratique (RND), le parti d’Ahmed Ouyahia, tout en scandant des slogans hostiles au chef du gouvernement actuel, Noureddine Bedoui. « Non à la mascarade du 4 juillet », « Gaïd Salah dégage », pouvait-on également lire sur les pancartes des protestataires, à l’occasion de ce deuxième vendredi de ramadan.

Source : jeuneafrique.com

 

Algérie: l’armée défend une élection le 4 juillet, la mobilisation se poursuit

Alors qu’ils manifestent depuis trois mois, les Algériens demandent plus de changements politiques. Le chef d’état-major, lui, continue de privilégier la « solution constitutionnelle ».

L’appel à manifester a été publié sur les réseaux sociaux. Vendredi 17 mai, une manifestation pour demander un changement de système politique est organisée en Algérie, pour la 13e semaine consécutive. « Désormais, avec ou sans appel, on sort manifester quand même », rit Amine, 32 ans. Le jeune homme a participé à toutes les manifestations dans la capitale depuis le 22 février et ne compte pas s’arrêter. « Le départ d’Abdelaziz Bouteflika, ça ne nous suffit pas, on veut qu’ils partent tous ! ».

Le slogan « Yetnahaw gaa » (Qu’ils partent tous) est repris par les manifestants pour résumer les revendications. Ni les arrestations d’hommes d’affaires, dont Ali Haddad, l’ancien leader du Forum des chefs d’entreprises (FCE), la principale organisation patronale, du frère de l’ancien président, Saïd Bouteflika, ou encore des anciens responsables des services de renseignements, Mohamed Médiène et Athmane Tartag, ni les auditions dans le cadre d’enquêtes pour des affaires de corruption d’anciens responsables politiques ne semblent avoir eu que peu d’impact sur les revendications des manifestants. « J’ai l’impression qu’ils règlent leurs comptes », estime Amine. Fin avril, le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah avait annoncé que l’armée était en possession d’informations sur « des faits de spoliation de biens publics » « de montants faramineux » et que l’opération de lutte contre la corruption n’en était qu’à « son début ».

Depuis plusieurs semaines, le nombre de personnes qui manifestent en Algérie a diminué. Farid, la trentaine, ne se rend plus dans le centre de la capitale pour manifester. « Un changement de régime, ça nous prendra 20 ans. Je ne crois pas que manifester chaque semaine permette un changement rapide », explique-t-il. Pourtant, vendredi 10 mai, des milliers de personnes ont manifesté : une mobilisation qui a surpris pour le premier week-end du Ramadan. « C’est un peu comme un 22 février (le jour de la première manifestation nationale contre le 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika) à nouveau », estime un journaliste. Habituellement, pendant le mois du jeûne, les habitants réduisent leurs activités pendant la journée et sortent peu. Dans la ville de Ouargla, à 800 kilomètres au sud de la capitale, une manifestation a eu lieu de nuit, après la rupture du jeûne et la prière.

«La question de l’armée divise»

Après 12 semaines de mobilisation, les changements politiques ne sont pas aussi importants que ceux espérés par les manifestants. Abdelaziz Bouteflika a quitté le pouvoir, mais Abdelkader Bensalah, l’un de ses proches, est toujours président par intérim et  Nourredine Bedoui est lui à la tête du gouvernement. En parallèle, Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major est bel et bien devenu l’homme fort du pays. Vendredi 10 mai, les slogans visaient directement le chef d’état-major dans le cortège d’Alger.

« La question de l’armée divise les gens. Ceux qui soutiennent l’armée ne le disent pas forcément publiquement, mais ils ne vont pas manifester », affirme Samir, la trentaine, qui a fait son service militaire. Dans la ville de Ouargla par exemple, la journaliste Houria Alioua rapporte d’importantes divergences entre habitants, certains estimant que le soutien à l’armée est indissociable du nationalisme.

Aujourd’hui, le chef d’état-major défend l’organisation d’une élection présidentielle le 4 juillet prochain, expliquant que c’est la « solution constitutionnelle ». L’application de l’article 102 de la Constitution, après la démission du président Abdelaziz Bouteflika, prévoit qu’une élection présidentielle doit être organisée dans les trois mois qui suivent le départ du président. Mardi 14 mai, 73 personnes avaient déposé une lettre d’intention de candidature, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur. Pourtant, de nombreux Algériens semblent rejeter cette élection. « S’ils maintiennent l’élection, nous irons manifester ce jour-là », affirme Kahina, la quarantaine, qui a pourtant toujours voté.

Mobilisation inédite de la société civile

Parallèlement, des initiatives qui visent à poursuivre la mobilisation se succèdent. Une trentaine de groupes d’acteurs de la société civile tentent ainsi de s’organiser. Des militants des droits de l’homme, des collectifs citoyens, des universitaires, des syndicats autonomes, des associations de femmes et de jeunes ou encore des collectifs d’artistes se réunissent chaque semaine pour tenter de parvenir à présenter une feuille de route de sortie de crise. « Les discussions ne sont pas simples, mais c’est inédit qu’il y ait autant de monde autour de la table », témoigne un participant. L’ancien ministre Ahmed Benbitour a proposé lui d’élire des représentants du mouvement de protestation dans chaque préfecture du pays. « Après trois mois de mobilisation, nous n’avons aucun représentant. Le pouvoir lui se régénère, et nous allons perdre », s’inquiète Sana, commerciale dans une entreprise privée.

D’autres signes accentuent les craintes. À Skikda, un militant a été convoqué au tribunal pour « incitation à attroupement armée ». Au début du mois de mai, quatre journalistes de la télévision publique ont été sanctionnés. Leur direction leur reproche notamment d’avoir exprimé un avis politique et d’avoir fait des déclarations à des médias privés. Les journalistes des médias publics algériens organisent des rassemblements devant leurs locaux depuis plusieurs mois. Début mars, ils dénonçaient la censure au sein de leurs rédactions et des pressions qui les avaient forcés à ne pas mentionner les manifestations au début du mouvement. Depuis, les choses avaient changé. « Rien n’est gagné, il faut maintenir la pression », estime un journaliste qui demande à rester anonyme.

Source : RFI

 

Algérie: forte tension à Alger pour le 13e vendredi de mobilisation

Aujourd'hui encore malgré la fatigue du ramadan, des barrages policiers pour accéder au centre-ville et des tirs de gaz lacrymogène à Alger, les manifestants ont répondu présents. Pour le 13e vendredi consécutif de manifestations en Algérie, plusieurs appels ont été lancés : appel à la mobilisation pour demander le départ du président de transition et du chef du gouvernement considérés comme des figures de l'ancien régime ; appel aussi contre l'organisation de la présidentielle prévue le 4 juillet prochain.

Ce vendredi, le climat a été particulièrement tendu à Alger, bien plus que les vendredis précédents. Interdite d'accès toute une partie de la journée, en milieu d'après-midi la foule a finalement eu raison du barrage policier et des gaz lacrymogènes qui les empêchaient d'accéder au parvis et aux marches de la Grande Poste, pour s'étaler sur l'ensemble de la place.

Des milliers de manifestants ont manifesté à Alger dans une ambiance plus tendue aujourd'hui, mais il y a eu foule aussi à Oran et Constantine, 2e et 3e villes du pays, à Bouira et Tizi Ouzou en Kabylie ou encore à Bordj Bou Arreridj, localité située à 150 km à l'ouest d'Alger devenue un haut lieu de la contestation.

Partout les mêmes mots d'ordre : « Non à l'élection du 4 juillet », « Non aux militaires au pouvoir », peut-on lire sur l'une des banderoles postées sur Twitter. Ce sont les deux principaux mots d'ordre de ce 13e vendredi de mobilisation. Car si le pouvoir maintient toujours son calendrier électoral, les manifestants le jugent intenable pour avoir un véritable renouvellement de la classe politique et veulent une période de transition politique.

Le dépôt des candidatures à la présidentielle se termine jeudi prochain et, pour le moment, pas de grande figure de l'opposition, peu de candidats ont validé leur candidature. Il faut voir si cette date pourra être maintenue.

« Un État civil, pas d'État militaire », c'est l'autre mot d'ordre du jour, alors que l'armée est revenue au centre du jeu politique, après avoir contribué au départ du président Bouteflika. Les manifestants s'inquiètent de plus en plus du rôle joué par le général Ahmed Gaïd Salah, soutien indéfectible du président Bouteflika pendant 15 ans.

Le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah tient les ficelles du pouvoir, mais c’est un cacique du régime Bouteflika. Un sujet qui divise néanmoins. Si à Alger le rejet est très fort, dans le reste du pays beaucoup soutiennent toujours l'armée au nom d'un certain nationalisme.

De leur côté, les autorités de transition poursuivent leur opération mains propres. Ce jeudi, deux procureurs d’Alger ont été démis de leurs fonctions. Idem pour le patron de l'organisme chargé de la lutte contre la corruption. Enfin, plusieurs personnalités du régime Bouteflika ont été convoquées par la justice. Beaucoup de mouvements dont il est difficile encore d'analyser la portée. Car aucun motif pour ces démissions et ces comparutions n'a été communiqué officiellement. Ce travail de la justice n'a, en tout cas, aucun impact sur la mobilisation de la rue.

Source : RFI