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Affaire Bouamatou : Une entreprise de liquidation ?

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Depuis une semaine, l’affaire Mohamed Ould Bouamatou occupe le terrain médiatique. L’homme d’affaires, installé, aujourd’hui, à Marrakech, au Maroc, ferait face au pouvoir, ou, plus précisément à son cousin Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la République. Il serait accusé d’avoir grugé le fisc. Mais d’aucuns y voient un règlement de comptes. Et que c’est sous couvert de la fiscalité qu’une entreprise de sa liquidation serait programmée.

Dans cette l’affaire, la difficulté est de cerner les tenants et les aboutissants. Personne ne sait vraiment ce qui opposerait l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou à son cousin Mohamed Ould Abdel Aziz. L’on peut quand même rappeler que le premier nommé a été d’un important appui au second, lors de son Coup d’Etat. Ould Bouamatou a été celui qui avait introduit Ould Abdel Aziz auprès de certains dirigeants d’Etats, notamment français, tout en contribuant, de façon remarquable physiquement et financièrement, à son élection à la présidence de la République, pendant le scrutin présidentiel de 2009 qui avait suivi les fameux « accords de Dakar ». Pour récompense, Ould Abdel Aziz décernera à Ould Bouamatou, le 28 novembre 2009, la médaille de Commandeur de l’Ordre du mérite national, au siège de sa fondation. Qu’est-ce qui a pu provoquer, par la suite, le clash  entre les deux hommes, de surcroît cousins et issus de la même tribu des Oulad Bousba ? Nul n’en sait ! Peut-être qu’avec la tournure que prend cette affaire aux allures de règlement de comptes, les raisons de cette inimité, devenue ténue, seront connues.

Mais le plus inquiétant  est la tournure politique qu’elle a prise. De nombreux partis politiques ont publié des déclarations pour s’élever contre ce qu’ils ont appelé un « règlement » de compte contre l’homme d’affaires Ould Boumatou pour le faire « plier ». Les journaux n’ont pas été en reste, certains dénonçant, dans le même registre, l’«acharnement » du pouvoir contre lui. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est le profond malaise créé par cette affaire.

En attendant, Ould Bouamatou assiste, de loin, aux attaques contre ses sociétés par la Direction Générale des Impôts (DGI). Certaines, comme Bouamatou Ciment, sont menacées de fermeture, malgré l’avis contraire de la justice, pour cause de « non payement d’impôts » ou de « fraude fiscale ». Pas moins de 4 milliards d’ouguiyas sont réclamées au Groupe BSA. Et c’est le DGI, en personne, qui joue les chefs d’orchestre d’une entreprise de liquidation qui serait programmée contre l’homme d’affaires. L’intervention du patron des impôts, qu’une certaine presse nomme le « Blé Goudé » national, à la radio «Mauritanid» et, par la suite, à la Télévision de Mauritanie (TVM) accréditerait  la thèse d’un « règlement de compte ». A quels fins, et pour le compte de qui ? Difficile d’être précis. Et pour ne rien arranger, la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) s’est mise de la partie, en enjoignant aux institutions et entreprises publiques de retirer leurs avoirs de la Générale de Banque de Mauritanie (GBM), au capital majoritairement détenu par Ould Boumatou. Ainsi, les responsables des institutions et entreprises publiques ne se sont pas fait répéter l’ultimatum, deux fois, en s’empressant de vider et clôturer leurs comptes. Des journaux nationaux ont même publié des fac-similés des ordres de virement qu’ils avaient émis. Histoire, sans doute, de mettre cette banque à genoux. 

Cette affaire, si elle n’est pas encore une affaire d’Etat, a, pour le moment, toutes les formes d’un Dallas à la mauritanienne. Des cousins très proches devenus de pires ennemis, pour une raison que l’opinion ignore encore, voilà un feuilleton à suspens explosif. Qui risque de provoquer des dégâts collatéraux difficilement quantifiables. Sans négliger qu’elle pourrait embraser aussi l’Etat.


THIAM Mamadou pour GPS