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La Politique en Afrique

Guinée-Bissau : Ultimatum ouest-africain de 72 heures aux putschistes

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Les chefs d'Etat ouest-africains réunis jeudi en sommet à Abidjan ont donné 72 heures à la junte au pouvoir en Guinée-Bissau pour se plier à leurs décisions, faute de quoi seront imposées des sanctions diplomatiques et économiques à ce pays.

Si le commandement militaire (junte) ne fléchit pas dans les prochaines 72 heures, la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEQO) imposera avec effet immédiat des sanctions ciblées sur les membres du commandement militaire et leurs associés ainsi que des sanctions diplomatiques, économiques et financières sur la Guinée-Bissau, sans exclure les poursuites de la CPI (Cour pénale internationale), indique le communiqué final.

La CEDEAO précise son rôle et le calendrier dans le processus de transition au Mali

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Les chefs d'Etat ouest-africains réunis en sommet à Abidjan ont annoncé ce jeudi 26 avril l'envoi d'une force régionale au Mali et en Guinée-Bissau, pour « sécuriser » la transition dans ces deux pays déstabilisés par de graves crises politico-militaires. Au Mali, il s'agit d'aider à « sécuriser les organes de la transition et le gouvernement intérimaire en attendant que le processus arrive à son terme ». Selon des sources sur place, il s'agit aussi de « parer à toute éventualité », et notamment d'empêcher que les rebelles ne descendent encore plus au Sud. La durée de la transition est étendue à douze mois.

Ce quatrième sommet de la CEDEAO en un mois a fixé la période de la transition au Mali à un an, alors que la Constitution malienne donne au chef de l’Etat par intérim 40 jours pour organiser l’élection présidentielle.

Les dirigeants ouest-africains ont demandé aux militaires qui avaient pris le pouvoir le 22 mars de respecter totalement leur engagement de restaurer la légalité constitutionnelle et de se soumettre aux autorités civiles de la transition.

L'intégrité territoriale du Mali réaffirmée

Concernant les rébellions du nord, qui contrôlent les deux-tiers du pays, le sommet de la Cédéao de ce jeudi a dénoncé leur «occupation continue de la région de Kidal, de Gao et de Tombouctou». Les quinze pays de l'organisation ouest-africaine ont réaffirmé « leur attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali ».

Ils ont aussi plaidé une nouvelle fois pour la négociation entre les autorités de transition et les rebelles, avec la médiation du président burkinabè Blaise Compaoré, qui sera désormais épaulé par son homologue du Nigeria, Goodluck Jonathan.

Concernant la force ouest-africaine, qui devrait compter au moins 3000 hommes, aucune date n’a été fixée pour son déploiement au Mali. Sa première mission sera de sécuriser les autorités de transition, mais pas de combattre les rebelles du Nord. Selon des sources au sommet de la CEDEAO, la force en attente est sensée « parer à toute éventualité » et notamment empêcher que les rebelles ne descendent encore plus au sud. Le MNLA précise que cela n'a jamais été son intention.

Source Reuters

 

L'islamiste et Premier ministre, Abdelilah Benkirane, a publiquement critiqué l'entourage de Mohamme

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Le Maroc vit-il une révolution de velours ? Promis à une transition pacifiée depuis la modification de la Constitution en juillet dernier, le royaume a vécu dimanche un épisode sans précédent. Condamné à vivre dans l'ombre du palais royal, le Premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane, pourtant qualifié d'"islamiste de Sa Majesté", a osé remettre en cause le Makhzen, autrement dit le cabinet occulte du roi. Au cours d'un rassemblement de son parti, le Parti de la justice et du développement (PJD), organisé dimanche à Rabat, le chef du gouvernement marocain a dénoncé l'existence au sein de l'État de "bastions de contrôle sous la domination de personnes dépourvues de titre politique", rapporte Reuters. Puis il a lancé : "Le Printemps arabe n'est pas encore terminé. Il est encore là et pourrait bien revenir." Du jamais-vu sous la monarchie.

Face à la polémique suscitée par ses propos, le Premier ministre est revenu sur ses déclarations, affirmant à Reuters que ses paroles avaient été "sorties de leur contexte". "Abdelilah Benkirane a déjà émis à plusieurs reprises de telles critiques à l'encontre du cabinet royal", note Zineb el-Rhazoui, journaliste et militante du Mouvement démocratique et civil du 20 février. "Mais c'est la première fois qu'il le fait en tant que Premier ministre." "Ces déclarations correspondent aux revendications émises dans la rue par les manifestants du Printemps marocain", renchérit Pierre Vermeren*, historien du Maghreb contemporain à l'université Paris-I. Provisoirement écartés après les émeutes de février 2011, les proches de Mohammed VI, qui bénéficient d'un titre officiel de conseiller, sont revenus aux affaires après l'adoption d'une nouvelle Constitution.

Source Le Point

Menacée de sanctions par l'ONU, la junte bissau-guinéenne amorce un recul

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"C'était une proposition, pas une nomination officielle", a assuré samedi le porte-parole de la junte, le lieutenant-colonel Daba Da Walna, joint au téléphone par l'AFP aussitôt après l'annonce par le Conseil de sécurité de l'ONU qu'il envisageait d'adopter des "sanctions ciblées" contre les auteurs du coup d'Etat et leurs partisans

Menacée de sanctions par l'ONU, la junte bissau-guinéenne a amorcé un recul samedi, se disant prête à revoir les modalités de la transition décidées avec l'ex-opposition au régime renversé et qui prévoit la suspension des élections pendant deux ans.

L'"accord de transition démocratique", signé entre le Commandement militaire (junte) et les principaux partis de l'ex-opposition, a été vivement condamné d'abord par l'Afrique de l'Ouest, puis par le Conseil de sécurité de l'ONU qui a menacé samedi les putschistes et leurs "partisans" de "sanctions ciblées".

Dans une déclaration, le Conseil demande aussi le "rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel ainsi que le retour du gouvernement légitime".

Sourds jusqu'ici à toute pression internationale, les militaires, qui ont pris le pouvoir le 12 avril, et les anciens opposants avaient désigné jeudi comme président de transition Manuel Serifo Nhamadjo, candidat éliminé au premier tour de la présidentielle du 18 mars.

M. Nhamadjo, un dissident du parti au pouvoir, a assuré ne pas avoir consulté, ni même informé de sa nomination, sans toutefois la contester explicitement.

Outre le président de transition, le communiqué signé conjointement par la junte et "les partis politiques" annonçait la désignation du "président du Conseil national de transition", un autre ancien opposant au régime, chargé de gérer le processsus de transition jusqu'à la tenue d'élections présidentielle et législatives dans un délai maximal de deux ans.

"C'était une proposition, pas une nomination officielle", a assuré samedi le porte-parole de la junte, le lieutenant-colonel Daba Da Walna, joint au téléphone par l'AFP aussitôt après l'annonce par le Conseil de sécurité de l'ONU qu'il envisageait d'adopter des "sanctions ciblées" contre les auteurs du coup d'Etat et leurs partisans.

Libérations peut-être la semaine prochaine

"Nous restons ouverts", a-t-il affirmé. "Nous sommes profondément engagés à trouver, avec la Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), une solution de sortie à la crise", a-t-il dit.

Interrogé sur le sort des dirigeants renversés, le président intérimaire Raimundo Pereira et le Premier ministre Carlos Gomes Junior dont le conseil de sécurité a exigé samedi la libération "immédiate", M. Da Walna a réaffirmé qu'"ils seront relâchés dès que seront créées les conditions de sécurité.

"Nous ne voulons pas qu'ils soient victimes d'une vengeance privée ou de représailles", a-t-il dit, indiquant que "leur libération pourrait intervenir dans le courant de la semaine prochaine".

Interrogé sur la possiblité d'une reprise du processus électoral, interrompu par le coup d'Etat, il a jugé la question "prématurée".

Le putsch du 12 avril est survenu entre les deux tours de la présidentielle, dont l'ex-chef de gouvernement Gomes Junior était le grand favori. Le 2ème tour était prévu le 29 avril, mais les opposants avaient décidé de le boycotter, invoquant des "fraudes massives".

M. Da Walna a assuré que "les travaux avancent bien avec la Cédéao". "Nous travaillons dur pour que le pays trouve une solution", a-t-il dit.

Un sommet de chefs d'Etat ouest-africain, prévu lundi à Conakry, a pourtant été annulé en raison des "graves décisions prises par la junte" dans l'attente d'un sommet extraordinaire de la Cédéao, le 26 avril à Abidjan.

La question d'une éventuelle "force de maintien de la paix" ou "mission de stabilisation" en Guinée-Bissau pourrait y être discutée.

Jeudi, les pays lusophones, au premier rang desquels le Portugal et l'Angola, avaient plaidé devant le Conseil de sécurité pour l'envoi d'une force mandatée par l'ONU afin de "rétablir l'ordre constitutionnel" dans ce pays miné par une instabilité chronique et considéré comme la plaque tournante du trafic de cocaïne entre l'Amérique du Sud et l'Europe.

Dans sa déclaration, le Conseil de sécurité a affirmé soutenir les efforts de la Communauté des pays lusophones, de l'Union africaine et de la Cédéao et "pris note" de leur décision d'envisager "de nouveaux moyens qui seront éventuellement nécessaires pour stabiliser le pays".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon devra faire rapport au Conseil d'ici au 30 avril sur l'évolution de la situation.

Le point.fr

Jacques Hogard : « La chute du régime de Kadhafi est une onde de choc qui déstabilise l’Afrique ! »

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’effondrement du régime du défunt leader libyen Mouammar Kadhafi n’est pas sans conséquences dans la région du Sahel, particulièrement au Mali, qui vit une grave crise politique depuis le coup d’Etat qui a renversé le Président Amadou Toumani Touré. Le nord du pays est tombé entre les mains des rebelles touareg du MNLA et du groupe islamiste Ançar Dine soutenu par Aqmi. Jacques Hogard, spécialiste des questions sécuritaires au Sahel, analyse la situation.

Ancien cadre de l’armée française, Jacques Hogard est le président de Epée, société de conseil en intelligence stratégique. Il a effectué un stage de sept mois au centre de perfectionnement des affaires (CPA) après avoir une pris une retraite anticipée en 1999. Jacques Hogard s’est engagé très tôt dans l’armée. Il a suivi les traces de son père, le général Hogard, qui a combattu durant la Seconde Guerre mondiale. Le président d’Epée a aussi été l’un des dirigeants de l’opération Turquoise au Rwanda en 1994. Le 13 mai 2009, il est promu au grade d’officier de la Légion d’honneur avec un certain nombre d’anciens officiers de l’armée française ayant servi au Rwanda entre 1990 et 1994.

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Afrik.com : Les effets de l’effondrement du régime de Mouammar Kadhafi commencent à émerger dans le Sahel. Comment le défunt leader libyen participait-il à la stabilisation de la région ? 
Jacques Hogard :
Les conséquences du changement de régime en Libye sont incalculables en Afrique. Kadhafi n’était pas n’importe qui. C’était tout de même un chef d’Etat qui a régné durant 42 ans. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou pas, il faut admettre que Kadhafi était un personnage charismatique qui avait des moyens considérables qu’il distribuait à de nombreux pays africains, surtout au Mali. Quand il y avait des problèmes avec les Touareg, il intervenait pour les résoudre. Maintenant Kadhafi n’est plus là. Et la situation au Mali est très compliquée. La chute du régime de Kadhafi est une onde de choc qui déstabilise l’Afrique, plus particulièrement le Sahel et le Maghreb ! La France s’est engagée dans la guerre en Libye sans réfléchir aux conséquences. La crise malienne était prévisible. Et j’ai bien peur que ce ne soit pas fini !

Afrik.com : L’intervention militaire en Libye était-elle selon vous une erreur ? 
Jacques Hogard :
Je ne défends pas Kadhafi en disant que la France n’a pas réfléchi aux conséquences en s’engageant dans le conflit libyen. Bien sûr qu’il était temps que Kadhafi s’en aille ! Mais il y avait peut-être d’autres moyens pour le faire partir. Vous savez, durant le conflit libyen, j’ai rencontré un responsable malien qui m’a dit : « Jacques il faut que la France y aille doucement en Libye. Kadhafi est trop important ! On ne peut pas en finir comme ça ! »

Afrik.com : Comment le retour des Touareg, qui combattaient auprès de Mouammar Kadhafi, a permis au MNLA de reprendre l’avantage sur l’armée malienne ? 
Jacques Hogard :
Les Touareg qui se battaient aux côtés de Kadhafi sont rentrés dans leur pays d’origine avec un armement très important et des munitions. Finalement, les rebelles touareg du Nord-Mali qui réglaient le conflit à l’amiable avec le Président Amadou Toumani Touré, ont pris des décisions qu’ils n’avaient jamais prises auparavant en déclarant l’indépendance de l’Azawad. Ce qui est compliqué aujourd’hui, c’est la relation qu’entretiennent les différentes composantes armées au Nord-Mali. Le MNLA veut l’indépendance de l’Azawad. Ançar Dine, qui est la deuxième composante touareg islamiste, souhaite mettre en place un Etat islamique au Mali, tout en permettant à Bamako de garder la main mise sur l’ensemble. Et Aqmi, la troisième composante, souhaite continuer sa lutte contre l’Occident. En janvier, un des chefs du MNLA avait prévenu le président malien par un coup de fil que la rébellion allait bientôt se libérer de son emprise. Son avertissement semble être une prophétie puisque quelques semaines plus tard ATT a été renversé.

Afrik.com : Que va-t-il se passer entre Aqmi, Ançar Dine et le MNLA ? 
Jacques Hogard :
C’est la grande question. Pour le moment il est trop tôt pour le dire. Ançar Dine et Aqmi sont des alliés. Il y a beaucoup d’intérêts en jeu. L’argent est notamment en première ligne. Tout le monde sait qu’Aqmi est une industrie, l’industrie de l’enlèvement et de la rançon. Je ne pense pas qu’Ançar Dine soit dans la même optique. Les membres d’Ançar Dine sont des salafistes et fondamentalistes convaincus qui veulent une société basée sur les principes les plus conservateurs de l’Islam. Le MNLA souhaite, quant à lui, un islam modéré. Mais il ne faut pas exclure un règlement de compte entre les trois groupes. Sauf qu’Aqmi est surarmé. Et pour le moment, on peut penser que c’est Aqmi et Ançar Dine qui sont en position de force grâce à leur alliance.

Afrik.com : Est-ce que le Mali tel qu’on le connaissait pourrait à nouveau exister grâce à de nouvelles négociations ou le pays est condamné à être coupé en deux ? 
Jacques Hogard :
Vous avez pu constater que lorsque l’indépendance du nord a été déclarée, toute la communauté internationale a refusé de la reconnaitre. Mais c’est une position théorique. Ce qui est important désormais, c’est ce qui va se passer. Est-ce que le MNLA qui a décrété l’indépendance du nord, est capable de l’assumer ? Je ne le pense pas. En même temps, le MNLA n’est pas seul dans la région. Il doit faire face à une forte composante djihadiste qui a montré qu’elle n’a pas l’intention de régner sur un désert en prenant Tombouctou comme capitale. Tout le monde a vu récemment les principaux dirigeants d’Aqmi, Abou Zeid, Belmokhtar, s’installer à Tombouctou. Sans compter les membres de la secte nigériane Boko Haram qui les ont rejoints. C’est une vulnérabilité très grande pour le Mali. Auparavant les islamistes étaient diffus dans l’immensité du désert et éparpillés un peu partout, aujourd’hui, ils s’installent en ville. Quand on s’installe en ville, on devient sédentaires, on devient donc plus forts. Toutefois, je ne suis pas sûr que leur stratégie fonctionne. Dans le nord du pays, il y a des actes très graves de commis, et cela les populations ne l’accepteront pas. Elles sont victimes d’actes d’intimidation et de répression très graves.

Afrik.com : Et la France dans tout cela ? Jusqu’ici sa position a été très ambigüe. Pourquoi ? 
Jacques Hogard :
La crise malienne tombe à un très mauvais moment. La France qui est le pays d’Europe le plus lié au Mali, je dirais même le seul pays ayant une véritable histoire avec le Mali, est en pleine élection présidentielle. Comme si tout cela avait été prévu et que le plan se déroulait parfaitement. S’il n’y avait pas la présidentielle, la position française serait beaucoup plus claire. De plus, il y a un élément important dont les médias ne parlent pas : nos quatre otages enlevés à Arlit, au Niger, qui sont toujours entre les mains d’Aqmi. S’ils étaient libérés maintenant, cela changerait beaucoup de choses pour la présidentielle. Mais vu le déroulement des évènements, leur libération n’est pas d’actualité.

Afrik.com : De quels moyens disposent les états confrontés à Aqmi pour lutter efficacement ? 
Jacques Hogard :
Ces états n’ont pas les mêmes forces, les mêmes moyens, ni les mêmes intentions. La Mauritanie et l’Algérie défendent leurs intérêts. L’Algérie préfère qu’Aqmi s’établisse dans le Nord-Mali plutôt que sur son territoire. Le Niger a un président démocratiquement élu qui est une personne éclairée je pense. Il a d’ailleurs un Premier ministre touareg, un monsieur respecté et très intelligent. Les autorités nigériennes qui surveillent la situation au Mali gardent aussi un œil sur la Libye et les mouvements de Boko Haram au Nigeria pour protéger leurs frontières. La Mauritanie est aussi déjà bien engagée dans la lutte contre Aqmi. Le président mauritanien voit d’un œil sympathique la guerre que mène le MNLA, estimant qu’elle pourrait assainir la région des djihadistes. Ce qui n’a pas aidé le Président ATT à rester au pouvoir. Pourquoi ? Il était beaucoup trop complaisant vis-à-vis d’Aqmi, pensant qu’il allait avoir la paix. Ce jeu double avec Aqmi permettait aussi d’arrondir les fins de mois de beaucoup d’officiers de l’armée malienne. Malheureusement pour le moment, le rapport de force est en train de tourner en faveur des djihadiste, ce qui est une gravité extrême.

Afrik.com : Quelle est la contribution de la France dans la lutte contre Aqmi ? 
Jacques Hogard :
La France soutient les pays qui lui demandent de l’aide pour lutter contre Aqmi. Elle a choisi de prêter main forte au Mali et à la Mauritanie. Au départ elle avait refusé d’aider le Président Aziz, en lui reprochant d’avoir renversé son prédécesseur. Mais pragmatisme aidant, real politique aidant, elle a finalement décidé de l’aider à contenir le danger d’Aqmi. Ce sont les Français qui forment les forces spéciales, les entrainent, les dotent de moyens matériels et logistiques. Lorsque la France a constaté l’état de délabrement du Mali, qui ne date pas d’aujourd’hui mais de deux ou trois ans déjà, elle a commencé à prendre ses distances. Il est vrai qu’ATT ne contrôlait plus rien. Sa complaisance envers Aqmi agaçait la France ainsi que les autres dirigeants africains.

Afrik.com : Amadou Toumani Touré avait-il l’intention de se maintenir au pouvoir comme le disaient certaines rumeurs ? 
Jacques Hogard :
ATT n’a jamais eu l’intention de se maintenir au pouvoir. Au contraire, il voulait s’en aller le plus vite possible croyant qu’il recevrait tous les honneurs après son départ et laisserait derrière lui l’image d’un grand président qui a fait de son mieux pour contenir la menace islamiste. Seulement, il a été rattrapé par le temps. Il n’a pas voulu ouvrir les yeux sur la menace que représentait Aqmi. Dans son entourage, il y avait des officiers supérieurs qui renseignaient Aqmi, et il le savait très bien. Il a cru qu’il était plus malin que tout le monde et qu’il arriverait à jouer sur plusieurs tableaux en conciliant l’inconciliable. Voilà la faute d’ATT. Il a concilié l’inconciliable. Il n’avait plus de considération dans son pays, il était « grillé ». Les putschistes ont profité de son affaiblissement. Le jeune capitaine Amadou Sanogo a réussi à mener le coup d’Etat. Le pouvoir est tombé comme un fruit mûr. Le pouvoir était comme une mangue trop mûre, prête à tout moment à s’écraser par terre ! Le Mali a toujours été le maillon faible de la lutte contre Aqmi. Ce n’est pas étonnant qu’il soit le premier à être tombé.

Afrik.com : Le dialogue peut-il être une solution à la crise malienne ? 
Jacques Hogard :
Pour le moment je ne pense pas que le dialogue soit la solution. On peut négocier avec le MNLA mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas avec Aqmi. Ces gens sont tout sauf des démocrates. Ils n’ont rien à faire du dialogue. Ils sont actuellement très puissants. Je ne dis pas qu’ils sont puissants globalement mais localement ils le sont. Qu’est-ce qui pourrait changer les choses ? Je crois que ce sont les grandes puissances occidentales. Je ne dis pas cela pour que ce soit une énième ingérence, mais elles ne peuvent pas abandonner le Mali ! Le Mali n’est pas le seul pays concerné par la crise. Tous ses voisins sont aussi frileux et ont peur d’une contagion. Il faudrait au moins que les grandes puissances sécurisent les frontières de tous ces pays. Je pense que c’est la priorité. Pour le moment, on est comme dans un nuage de brume, il est très difficile d’y voir clair. On sait des choses mais on ne peut pas prévoir leur évolution.

Afrik.com

 

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