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Crédits photo : PATRICK KOVARIK/AFP
Alors que la polémique enfle après les révélations de Robert Bourgi concernant des fonds occultes africains transmis à Jacques Chirac et Dominique de Villepin, l'avocat maintient. «Je confirme totalement, intégralement» l'interview donnée au Journal du dimanche , a -t-il déclaré à la radio RTL.
Et pour répondre à ceux qui l'accusent de s'être livré dans la presse plutôt qu'à un juge, il déclare qu'il se tient «à la disposition de la justice». «Participer à une remise de mallettes - et je pouvais pas dire non - au président de la République, dans le bureau de Dominique de Villepin, en présence d'un chef d'Etat africain, je l'ai fait, mais vous n'empêchez pas ma conscience d'être agitée, j'étais troublé, j'en ai eu honte», a affirmé Robert Bourgi. «Je veux tourner la page du passé, un passé dont je ne suis pas très fier», a-t-il ajouté.

Rober Bourgi, en mai 2010. Crédits photo : LUDOVIC MARIN/AFPL'ancien président de la république Jacques Chirac et son premier ministre Dominique de Villepin sont accusés par un des piliers de la «Françafrique» d'avoir reçu, par mallettes entières, des fonds occultes de dirigeants africains. Robert Bourgi, avocat d'origine libanaise, décrit dans le Journal du Dimanche des remises de fonds d'Afrique d'un montant «incalculable», dit-il, mais qu'il estime à «plusieurs dizaines de millions de francs par an». Il aurait agi personnellement auprès de l'ex-président et l'ex-premier ministre entre 1997 et 2005. «J'ai été le porteur de valises de Chirac puis Villepin», révèle-t-il.
La noria de «valises» africaines aurait commencé, selon Robert Bourgi, en mars 1997 «le jour de l'enterrement de mon maître Jacques Foccart». Jacques Foccart créa à l'Elysée, sous de Gaulle, la «Françafrique», système très décrié de réseaux d'influence maintenus par Paris avec ses ex-colonies d'Afrique noire.
«Villepinte» pour Villepin
«Pendant 30 ans, Jacques Foccart (décrit comme «l'homme de l'ombre de De Gaulle» par le JDD, ndlr) a été en charge, entre autres choses, des transferts de fond entre les chefs d'État africains et Jacques Chirac. Moi-même, j'ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne», déclare l'avocat.
Les livraisons auraient pris fin en 2005 quand Dominique de Villepin a lancé abruptement, selon Robert Bourgi : «l'argent de tous les Africains sent le soufre». «Par mon intermédiaire», «cinq chefs d'état africains -Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon)» ont versé d'importantes sommes pour la campagne présidentielle de 2002, prétend l'avocat.
Rendez-vous devant une boutique de fleurs, argent dissimulé dans des tambours africains, surnoms fleuris («Villepinte» pour Villepin, «Le Doyen» pour Jacques Foccart) émaillent ce récit circonstancié. Robert Bourgi, conseiller de Nicolas Sarkozy pour l'Afrique, exonère totalement le président qui lui aurait demandé de travailler pour lui, «mais sans le système de financement par ‘valises'».
«J'ai décidé de jeter ma tunique de Nessus»
Pourquoi cet homme de l'ombre rompt-il son long silence ? «J'en ai assez des donneurs de leçons et des donneurs de morale», explique-t-il au JDD, se présentant comme «déçu» et «humilié». «J'ai décidé de jeter ma tunique de Nessus, cet habit qui me porte malheur et que je n'ai jamais mérité», affirme-t-il encore, en référence à un épisode de la mythologie grecque, où Déjanire aurait envoyé une tunique empoisonnée à Héraclès.
Dominique de Villepin a réagi en qualifiant dans le JDD les accusations de Bourgi de «fariboles». «Ces allégations sont mensongères et indignes», a déclaré dimanche sur France 3 l'ancien premier ministre. «On voit l'acharnement, la volonté de salir la présidence de Jacques Chirac». «Tout cela n'est pas un hasard et il y a sans doute également un écran de fumée», assure-t-il. Comme on lui oppose le luxe de détails que développe Robert Bourgi dans son interview, il lance: «La caractéristique des jolis scénarios, c'est qu'ils sont pleins de détails croustillants. Cela ne fait pas une vérité».
Hollande demande à la justice une enquête
Coïncidence de calendrier? Dominique de Villepin y voit au contraire un «mauvais coup», en lien avec la tenue du procès Clearstream et avec le jugement qui doit être rendu dans quatre jours. C'est mercredi que l'ancien premier ministre sera fixé sur son sort en appel, tandis que se poursuit le procès des emplois fictifs de la ville de Paris auquel Jacques Chirac est dispensé d'assister pour cause d'anosognosie.
A gauche, François Hollande, candidat à la primaire socialiste, a demandé sur Canal + au Garde des Sceaux l'ouverture «d'une procédure judiciaire», qualifiant les faits de «graves infractions à la législation sur le financement des campagnes électorales et peut-être même davantage». François Hollande a aussi dit ressentir «de l'étonnement» à la lecture de l'interview de Robert Bourgi. «C'est un conseiller officieux, c'est lui qui est, auprès de Nicolas Sarkozy, en charge par je ne sais quelle mission, d'être la relation entre Nicolas Sarkozy et les chefs d'Etat africains», a-t-il souligné.
Pour l'UMP, qui attend «des éléments de preuve» comme pour les deux président du sénat et de l'Assemblée nationale, Gérard Larcher et Bernard Accoyer, le seul débouché possible à toutes ces accusations est judiciaire. «Quand on a des choses à dire, on le dit devant la justice», a tranché Gérad Larcher. Interrogé sur l'éventuelle création d'une commission d'enquête parlementaire, le président de l'Assemblée a indiqué qu'il ne doutait pas «que l'une ou l'autre seront saisis».
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le figaro.fr








