Comme il est pénible, voire insurmontable d'assister, impuissants à cette mascarade qui consiste à voir les fils de ce pays s'entretuer à coups d'armes à feu, de ceintures explosives et de voitures piégées. Ce triste constat, nous interpelle tous car l'heure est gravissime, et de promptes solutions doivent être apportées à cette gangrène qui évolue en crescendo.
Cette lourde responsabilité incombe aux citoyens, aux élus du peuple et surtout aux gouvernants. Le diagnostic est clair, il s'agit de jeunes qui souffrent du manque d'un cadre social convenable. Les premiers responsables sont naturellement les parents à cause des foyers qui se font et se défont au gré de l'humeur des parents, qui ne se soucient guère de l'avenir de leur progéniture.
L'après séparation est toujours une catastrophe dès lors où le père, sensé dans un foyer s'occuper de l'éducation et de la scolarité des enfants, particulièrement les garçons dont l'adolescence est difficile, est en général le grand absent. Il ne songe qu'à refaire sa vie et recommencer le même scénario, laissant à tort et à travers des enfants sans resources, ni éducation.
Lasses des inconvenues des crises d'adolescence ingérables, les mères seules n'ont que leurs yeux pour pleurer ou l'ultime espoir d'inscrire leurs enfants dans les " Mahadras", pensant bien faire. Or, certaines "Mahadras" de nos jours, sont devenues pépinières en terme de recrutement dans les rangs de El Qaida, et sont la proie facile car pour la plupart des enfants qui les fréquentent, les raisons sont les mêmes: enfants ayant abandonné les bancs très tôt, enfants délaissés par les parents, enfants en conflit avec la société ou la loi, ou les deux en même temps. Ce sont des jeunes qui en veulent à la terre entière pour avoir manqué d'affection, d'attention et d'éducation. Ce sont des enfants qui carburent avec la haine et la frustration hélas. Toutefois, à leur décharge, ce n'est pas une situation qu'ils ont créée ni choisie, au contraire c'est un malheureux héritage dont ils se seraient passé et pour lequel ils n'auraient pas fait de procès, si on venait à leur voler.
Les élus du peuple qui nous offrent des spéctacles pour le moins barbants à chaque session, n'ont jamais été capables de voter une loi qui met à l'abri la femme mauritanienne en cas de divorce. Pourtant, ils sont mieux placés que quiconque pour défendre les intérêts de ces femmes et ces enfants, sans qui, ils ne seraient pas là, à se disputer la parole pour ne dire, la plupart du temps que des niaiseries. D'autres élus, qui n'hésitent jamais à se servir des jeunes pour animer leurs campagnes électorales, n'ont jamais songé à leur offrir, une fois élus, au bas mot, un parc d'attraction ou une piscine municipale. A part un semblant de parc réalisé par la mairie de Tevragh-Zeina; en voilà une maire qui a une fibre maternelle!
De cette jeunesse là, ceux qui ne périssent pas par les armes, meurent par noyade dans l'océan Atlantique, via la plage très dangereuse de Nouakchott. Triste sort
pour une jeunesse, symbole de l'espoir de demain!
La responsabilité de nos gouvernants n'est pas moins négligeable, dès lors où l'enseignement en Mauritanie est catastrophique. Le système éducatif est biasé par ceux qui sont supposés en avoir la charge, du ministre au corps professoral.
Mal payés, les professeurs se sont convertis en commerçants, ouvrant des écoles privées dont la seule mission est d'amasser l'argent, au prix de faire passer en classe supérieure les plus défaillants; pourvu que l'argent rentre. Pour les ministres, on dirait qu'ils se sont donnés le mot d'ordre à chaque passation: "Le système éducatif est pourri, c'est trop compliqué, ne te casse pas la tête, évite qu'il y ait des grèves et inscris tes enfants au lycées français Théodore Monod!"
Ironie du sort, pour avoir accès au lycée français, il faut necéssairement bénéficier d'une dérogation spéciale signée par le ministre de l'éducation nationale. Pour cela , nos ministres ont bien adopté l'adage; charité bien ordonnée commence par soi-même, ils l'ont d'ailleurs "remixé", après soi, ses supérieurs puis ses collègues. Il faut dire que ce n'est pas compliqué, puisqu'ils parlent la même musique entre eux. Après l'éducation, un autre département qui ne cesse de décevoir celui de la culture, de la jeunesse et des sports!
Ce ministère est tout aussi bien responsable de cette situation, pour avoir fait et dit tout le contraire de sa mission. Entre temps, nos enfants agrandissent les rangs d'Al Qaida!
"Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps." Abrahan Lincoln
Oumrana Ahmed Bezeid