Acte : III
…Suite.
J’ai fini par me résoudre à la tolérance. Rien à faire quand on rejette la nourriture des humains en faveur de la ferraille. Une fille ‘’ferrivore’’, qu’il convient de faire avec…C’est un peu difficile. Mais,’’ la ferropholie’’ existe finalement.
De toutes les façons avec les dépôts des garagistes du ksar et ceux du cinquième arrondissement l’affaire ne saurait se compliquer. J’ai amené ma fille, la nuit tombante, vers un lieu de décharges au Ksar. Sans que je lui indique quoi que ça soit, elle ouvrit la portière de la voiture, et sauta au cœur de la ferraille. Elle y passa une heure durant laquelle j’avoue que j’ai entendu toute sorte de bruits. Les grincements qui me parvenaient du débarras en provoquaient d’autres, cette fois-ci, à l’intérieur de mon cœur. Je m’efforçai à contenir l’avalanche d’émotions qui déferlaient et se donnaient rendez-vous dans mes trippes.
Au retour de ma fille, toute rassasiée, avec un visage déclinant une allégresse orgiaque, je la conduisis à la maison. Elle se dirigea vers sa chambre et s’endormit d’aussitôt. Mon souci majeur était d’entourer la propension ferromaniaque de la chronique du plus grand secret. Il ne faut surtout pas que le monde extérieur découvre cette obsession. C’est pourquoi, j’ai consacré quelques nuits à faire découvrir à la chronique tous les dépôts de Nouakchott qui abritent les décharges de ferraille, de moteurs défectueux, d’arbres de transmissions qui ne transmettent plus, châssis et autres pièces détachées d’automobiles hors d’usage. A chaque découverte, elle criait Youpi.
L’idée consistait, pour moi, à rassurer cette ferrivore de l’abondance de nourriture, pour qu’elle ne mette pas l’œil sur les véhicules et autres engins en usage et qui appartiennent à des tiers. Mais, tous ces dépôts n’ont pu servir qu’à la provision sur quelques semaines. La disparition des stocks hors usage de ferrailles au niveau des dépôts de Nouakchott ne suscitait qu’une curiosité au sein d’un cercle restreint de l’univers des garagistes.
C’est quand la chronique commença à s’auto alimenter du patrimoine roulant public et privé que l’affaire prenne des ampleurs mystérieuses et incontrôlables. Chaque jour, apporte son lot de disparition. L’affaire alimente pour la première fois la presse locale. Les affabulations les plus invraisemblables sont diffusées à travers la presse écrite et les médias en ligne. L’hebdomadaire Le Calame se pourfend d’un édito, sous le titre :’’ Une bouche d’en-fer’’, dans lequel AOC attribue ce qu’il qualifie de malédiction qui frappe le nouveau régime, née du coup d’Etat d’août 2008. La ,tribune dans un long édito, signé MFO, tient les ministres responsables de ce qu’il appelle :’’ une escalade ferrailleuse’’. Il souligne qu’un tel phénomène sévit à cause du comportement des quelques hauts cadres de l’Etat qui continuent à s’approprier dans la clandestinité du patrimoine roulant de l’Etat et à saper la volonté de changement prôné par Aziz. Le site Taqadoumy fait état de ce phénomène et précise ‘’qu’il détient des révélations qui accablent quelques parents très influents proche du général Aziz’’.
La COD monte au créneau et accuse le régime en place de vouloir occulter un phénomène dangereux qui risque de conduire le pays vers le chaos. Dans un communiqué rendu public, les parties d’oppositions lient ce qu’ils appellent une insécurité ferrailleuse à l’entêtement de Mohamed Ould Abdel Aziz et son refus au dialogue, pourtant, exigé par les accords de Dakar…
A suivre…
B.O.T








